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vcniement , une bulle qu'il croit essentielle à son salut '.
Il est presque impossible de déterminer avec précision à quelle somme montent toutes ces différentes branches de revenu. L'étendue des domaines espagnols en Amérique, la jalousie du gouvernement qui les rend inaccessibles aux étrangers , le silence mystérieux que les Espagnols ont coutume d'observer sur tout ce qui regarde l'état intérieur de leurs colonies, tout cela concourt à jeter sur cette matière un, voile qu'il n'est pas facile de lever2. Mais on vient de publier un détail , qui paraît aussi exact qu'il est curieux, du revenu royal dans la Nouvelle-Espagne; d'où l'on peut se former une idée de celui des autres provinces : selon ce détail , la couronne ne tire pas plus de vingt-deux millions cinq cent mille livres tournois de toutes les branches d'imposition dans la Nouvelle-Espagne, dont il faut déduire la moitié pour les frais de l'administration de la province \ Il est probable que le Pérou en rend autant; et, en supposant que les autres provinces de l'Amérique, y compris les îles, fournissent un tiers de cette valeur, nous ne nous écarterons pas trop de la vérité en concluant que le revenu net de l'Espagne levé en Amérique n'excède pas trente-sept millions cinq cent mille livres tournois (un million et demi sterling). Ce compte est
(1) Voyez la note 47. (2) Voyez la note 4 8 . (3) Voyez la note 49.
bien éloigné des sommes immenses auxquelles on a quelquefois porté ce revenu d'après des suppositions et des conjectures '. Il y a néanmoins en ceci une chose remarquable, c'est que l'Espagne etle Portugal sont Jes seules puissances en Europe qui tirent de leurs colonies un revenu direct2 ; de manière qu'elles supportent leur part des dépenses générales du gouvernement. Tout l'avantage qui revient aux autres nations de leurs possessions en Amérique j c'est de jouir exclusivement du commerce qui s'y fait; au lieu qu'indépendamment de cela, l'Espagne a su faire contribuer ses colonies à l'accroissement du pouvoir de l'état et au partage proportionnel des charges de la communauté, en retour de la protection qu'elle leur accorde.
Ce que je viens de présenter comme formant le revenu de l'Espagne en Amérique n'est que le produit des impositions , et cela est bien loin de composer tout ce qui revient au roi de ses domaines du Nouveau-Monde. Les droits onéreux établis sur les marchandises exportées d'Espagne en Amérique 3? et ceux que paient celles qui sont renvoyées en échange en Europe ; la taxe sur les nègres esclaves dont l'Afrique fournit le Nouveau - Monde, et plusieurs autres petites branches de finance, versent dans le trésor des sommes considérables dont
(i) Voyez la note 5o. (2) Voyez la note Si.
(3) Voyez la note 52 .
tion.
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il ne m'est pas possible de déterminer la valeur.
Mais si le revenu que l'Espagne tire de l'Ame- Dépense de
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nque est considérable , les dépenses de 1 administration de ses colonies y sont proportionnées. Dans tous les départements, même dans ceux de police intérieure et de finance, l'Espagne a adopté un système plus compliqué, plus embarrassé de tribunaux et d'officiers qu'aucun état de l'Europe dont le souverain possède une puissance aussi étendue. Cet esprit de jalousie qu'elle porte dans l'administration de ses établissements en Amérique et ses efforts pour prévenir la fraude dans des provinces si éloignées de son inspection , l'ont engagée à multiplier les tribunaux et les agents de toute espèce avec une attention encore plus scrupuleuse. Dans un pays où les dépenses de nécessité sont considérables, les salaires de ceux qui sont employés pour le service de l'état doivent être proportionnés et charger le revenu d'un immense fardeau.
Le faste du gouvernement doit encore augmenter le poids des charges. Les vice-rois du Mexique , du Pérou et du nouveau royaume de Grenade, représentant la personne du souverain parmi des peuples amoureux de l'ostentation, traînent à leur suite toute la pompe des rois. Leur cour est composée sur le modèle de Madrid ; ils ont des gardes à pied et à cheval, une maison dans les formes, un nombreux domestique, et toutes les marques du pouvoir?
à un degré de splendeur capable de faire oublier qu'ils ne jouissent après tout que d'une autorité précaire. La couronne fournit à toutes ces dépenses , nécessaires à l'ordre extérieur et constant du gouvernement; les vice-rois ont d'ailleurs des appointements particuliers proportionnés à la dignité et à l'élévation de leur place. Le salaire fixé par la loi est à la vérité très médiocre ; celui du vice-roi du Pérou n'est que de trente mille ducats , et celui du vice-roi du Mexique , de vingt mille '. Il a été porté en dernier lieu jusqu'à quarante mille ducats.
Mais ces salaires ne constituent qu'une petite partie de leur revenu. L'exercice d'une autorité absolue dans toutes les parties du gouvernement, et le pouvoir de disposer de plusieurs charges lucratives , leur procurent une foule d'occasions d'accumuler des richesses. À ces émoluments , qu'on peut regarder comme approuvés et légitimes, ils ajoutent souvent des sommes immenses par des exactions qu'il n'est ni facile de découvrir, ni possible de réprimer dans des contrées si éloignées du siège du gouvernement. Un vice-roi , en se réservant exclusivement quelques branches de commerce , en s'intéressant dans d'autres, en favorisant les fraudes des marchands, peut se faire un revenu annuel dont on n'a pas d'idée en Europe2. J'ai appris qu'un
(i) Recopil. lib. III, th. 3, cap. 72. (2) Voyez la noto 5 >.
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vice-roi avait tiré soixante mille pesos du seul article des présents ordinaires qu'on lui fait le jour de l'anniversaire de sa naissance, qui est toujours observé comme une grande fête. Selon un dicton espagnol, les revenus légitimes d'un vice-roi sont connus; ses profits réels dépendent des occasions et de sa conscience. En conséquence , les rois d'Espagne, comme je l'ai déjà observé, ne donnent la commission de vice-roi que pour peu d'années ; mais cela même rend souvent ces officiers plus avides, et ils n'en travaillent qu'avec plus d'ardeur et d'adresse à profiter de tous les instants d'une autorité qu'ils savent devoir bientôt finir ; et, quelque courte qu'en soit la durée , elle suffit ordinairement à réparer une fortune délabrée , ou à en créer une nouvelle. Mais, au milieu même d'une épreuve aussi forte pour la fragilité humaine , on a des exemples d'une vertu intacte. Le marquis de Croix quitta en 1 772 la vice-royauté de la Nouvelle- Espagne, après l'avoir exercée avec une intégrité généralement reconnue , et rapporta dans sa patrie, au lieu d'immenses richesses, l'admiration et les applaudissements d'un peuple reconnaissant, que son gouvernement avait rendu heureux.