LIVRE HUITIÈME. I
sion de leur part, et retourne à eux. Les chefs des différentes expéditions , les gouverneurs des différentes colonies, les officiers de justice et les ministres de la religion, étaient tous nommés par le souverain, et amovibles à sa volonté. Les individus des établissements naissants ne jouissaient d'aucun privilège indépendant de la couronne, et qui pût servir de barrière à son pouvoir. Il est vrai que lorsque des villes furent bâties et formées en corporation, les citoyens y eurent le droit d'élire leurs propres magistrats qui les gouvernaient d'après les lois faites par la communauté. Dans les états même les plus despotiques, cette faible étincelle de liberté n'est pas encore éteinte ; mais dans les villes d'Amérique la juridiction est purement municipale, et se borne aux règlements de police et de commerce intérieur. Dans tout ce qui regarde l'administration générale et l'intérêt public, la volonté du souverain fait loL. Il n'y a point de pouvoir politique dérivé du peuple; toute l'autorité est concentrée dans la cou* ronne et dans les officiers nommés par le roi.
Lorsque les conquêtes des Espagnols en Améri- Tous les
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que turent terminées , les rois d Lspagne , en ior- maines de mant un plan d'administration intérieure pour leurs l'Espagne nouveaux domaines , les divisèrent en deux immen- f°" soumis
7 a deux vice-
ses gouvernements, soumis l'un au vice-roi de la rois. Nouvelle-Espagne, et l'autre au vice-roi du Pérou. La juridiction du premier s'étendait sur toutes les
l8 HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.
provinces de l'Amérique septentrionale, appartenant à l'Espagne ; et celle du second sur toutes les possessions des rois catholiques dans l'Amérique méridionale. Cette disposition, qui, dès le commencement, avait été suivie de beaucoup d'inconvénients , en entraîna d'intolérables lorsque la population et l'industrie des provinces éloignées de la vice-royauté eurent commencé à faire des progrès. Les habitants de ces provinces se plaignirent d'être soumis à la juridiction d'un supérieur dont la résidence était si éloignée ou si inaccessible qu'il leur était presque impossible d'avoir aucune communication avec le siège du gouvernement. D'un autre coté, l'autorité des vice-rois était nécessairement faible et incertaine dans son action sur des pays si loin de leurs yeux. On a cru trouver un remède à ces maux en établissant dans ce siècle-ci (171 8) à Santa-Fé- de-Bogota , capitale du nouveau royaume de Grenade, une troisième vice-royauté1 dont la juridiction s'étend sur tout le royaume de Terre- Leurs pou- Ferme et sur la province de Quito \ Non-seulement
voirs.
(1) Depuis cetle époque, de nouvelles vice-royautés et des capitaineries générales ont été créées ; et sous le rapport militaire et administratif, les états du roi d'Espagne en Amérique sont divisés en neuf grands gouvernements , que l'on peut regarder comme indépendants les uns des autres ; ce sont les vice-royaulés du Mexique, du Pérou, de la Nouvelle-Grenade et de Buénos-Ayres, et les capitaineries générales de Guatimala , de Porlo-Rico, de Carracas, du Chili et de la Havane. (D. L. R. )
(2) Ulloa , Voyage, I, 2 3, 2 55.