LIVRE NEUVIÈME
chères pendant les vingt premières années d'Elisabeth ; l'économie soigneuse de cette princesse , à l'aide de laquelle elle épargnait à ses sujets le fardeau des taxes ruineuses pour le commerce ; la popularité de son administration : toutes ces circonstances favorisaient les entreprises commerciales, et les excitaient à se déployer dans toute leur vigueur. La sagacité d'Elisabeth lui ayant fait apercevoir de bonne heure que la sûreté d'un royaume environné par la mer était fondée sur ses forces navales , dès le commencement de son règne elle augmenta le nombre et la force des vaisseaux de la marine royale, totalement négligée durant une minorité troublée par des factions , et pendant un règne uniquement occupé d'extirper l'hérésie. Elle remplit ses arsenaux de munitions navales, fit construire beaucoup de vaisseaux très forts relativement à l'état de la marine européenne en ce temps-là, montra la première à ses sujets les moyens de ne plus dépendre des étrangers, de qui les Anglais avaient jusque là acheté tout faits leurs vaisseaux d'un port un peu considérable \ Par ces moyens les constructeurs anglais se perfectionnèrent, le nombre des navigateurs s'accrut, et l'attention nationale se tourna vers la marine comme vers l'objet le plus important pour le pays. Loin d'abandonner aucun des nouveaux canaux du commerce ouverts sous les trois règnes
(i)Camden, Annales, p. 70, édit. de 161 5, in-fol.
précédents, les Anglais les fréquentèrent avec une plus grande assiduité, et la protection de leur souveraine donna une énergie nouvelle à leurs efforts. Pour leur assurer la continuation de leur commerce exclusif avec la Russie , Elisabeth entretint avec Jean Vasilowitz la liaison formée par la reine Marie, et gagna si bien la confiance de ce prince par des ambassades successives, que les Anglais jouirent de ce privilège lucratif pendant toute la durée du long règne de ce prince. Elle encouragea la compagnie des marchands aventuriers, dont le monopole pour le commerce de Russie fut confirmé par acte du parlement ' , à reprendre le projet de pénétrer par terre en Perse. Leur seconde tentative conduite avec plus de prudence , ou entreprise dans des circonstances plus favorables que la première, fut aussi 4 562 plus heureuse. Les agents de la compagnie furent reçus à la cour de Perse , et obtinrent du Shah une telle protection et des privilèges si importants , que pendant une suite d'années , ils firent un commerce très avantageux dans son royaume a , et qu'en fréquentant les différentes provinces de Perse , ils acquirent une assez grande connaissance des richesses de l'orient , pour se fortifier dans le projet de s'ouvrir par mer un commerce plus direct avec ces riches contrées.
Frobisher Mais , toutes les tentatives pour trouver le pasfait trois ten-
(i) Hackluyt, 1 , 369. (2) Ibid. , 344 , etc.