LIVRE HUITIÈME. îg
ces vice-rois représentent la personne du souverain, mais ils jouissent encore de toutes les prérogatives de la couronne dans toute leur étendue, chacun dans les limites de son gouvernement. Comme le roi, ils exercent l'autorité suprême dans le civil, le militaire et le criminel. Ils ont seuls le droit de nommer à beaucoup d'emplois de la plus haute importance, et le privilège de faire remplir par intérim ceux qui sont à la nomination du souverain, jusqu'à ce que le successeur nommé par le roi arrive. La pompe extérieure qui les accompagne est proportionnée à leur dignité et à l'étendue de leur pouvoir. Leur cour est formée sur le modèle de celle de Madrid. Des gardes à pied et à cheval, une maison régulièrement établie, de nombreux serviteurs, les insignes du commandement et la magnificence extraordinaire qu'ils déploient, leur donnent plutôt l'air de souverains que de gouverneurs exerçant une autorité déléguée1.
Mais comme le vice-roi ne peut exercer en per- Tribunaux sonne les fonctions de magistrat suprême dans tou- aPPelés autes les parties dune juridiction si étendue, il est aidé dans son administration par des officiers et des tribunaux semblables à ceux d'Espagne. La conduite des affaires dans les provinces et districts des possessions espagnoles en Amérique est confiée à
(i) Ibid, 43?., Gage, 6r. Voyez la note 9.
des magistrats de différents ordres et de différentes dénominations : quelques-uns sont nommés par le roi, et d'autres par le vice-roi; mais tous reçoivent les ordres de ce dernier et sont soumis à sa juridiction. L'administration de la justice appartient à des tribunaux connus sous le nom d'audiences , et formés sur le modèle de la cour de chancellerie d'Espagne ; ils sont au nombre de onze , et rendent la justice à autant de districts1. Le nombre des juges est plus ou moins grand dans chacun , en proportion de l'étendue et de l'importance de leur juridiction. La place déjuge dans une cour d'audience est aussi honorable que lucrative, et remplie communément par des personnes de mérite et de talent, ce qui rend ces tribunaux extrêmement respectables. Ils connaissent des causes tant civiles que criminelles ; mais ces deux genres d'affaires sont par- Leur juri- tagés entre les juges. Quoique ce ne soit que dans diction. jes gouvernements les plus despotiques que le souverain exerce en personne la redoutable prérogative de rendre la justice à ses sujets, et d'absoudre ou de condamner, sans consulter d'autre loi que sa volonté ; quoique , dans toutes les monarchies d'Europe, les fonctions de juge soient confiées à des magistrats dont les décisions sont réglées par des lois connues et des formes établies, les vice-rois espagnols ont souvent tenté de s'introduire eux-
(i) Voyez la note 10.