‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 77 sur 175 · LIVRE NEUVIÈME. iGl · texte numérisé non relu

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projet de faire un puissant armement contre l'Espagne, pour établir don Antonio sur le trône de Portugal. Il avait dès lors formé son plan favori et tout-à-fait chimérique de pénétrer dans la Guiane , où il imaginait, dans ses rêves flatteurs, qu'il trouverait des richesses inépuisables et les mines du inonde les plus riches. Parmi cette multitude de projets séduisants, auxquels leur nouveauté même donnait à ses yeux plus de prix, il se refroidit naturellement sur ses anciens plans, qui ne lui avaient jusque là apporté aucun profit. Il abandonna la Virginie, et céda ses droits sur cette contrée où il n'avait jamais mis le pied, ainsi que tous les privilèges que lui donnait sa charte, au chevalier Thomas Smith et à une compagnie de marchands de Mars 1596. Londres. Cette compagnie, contente d'un commerce peu étendu qu'elle faisait sur de petits bâtiments, ne fit aucune démarche pour prendre possession du pays qu'on lui cédait. Ainsi , après une période de cent six ans depuis la découverte du continent septentrional de l'Amérique par Cabot, au nom d'Henri VII, et après vingt ans depuis l'envoi de la première colonie par Ralegh, il n'y avait pas encore un seul Anglais établi dans cette partie du Nouveau- Monde, à la mort de la reine Elisabeth, en i6o3.

J'ai déjà expliqué les causes de ce fait, pour la Circonstanpériode antérieure à l'avènement d'Elisabeth ; mais ray*L à i»2°I sous son règne même, il y en eut d'autres qui du- blissemem .

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de colonies rent produire le même effet. Quoique pendant une «PEl 6beth6 mo^t^ ^e ce règne l'Angleterre n'ait pas eu de guerre avec les étrangers, et que le commerce ait joui, dans tout ce temps, de cette parfaite sécurité qui est si favorable à ses progrès; quoique la gloire de ses dernières années eût donné à l'esprit national beaucoup d'élévation et de vigueur, la parcimonie extrême de la reine, et sa répugnance à demander à ses sujets aucun impôt extraordinaire , la disposaient plutôt à retenir qu'à seconder l'ardeur de sa nation dans des entreprises du genre de celles dont il s'agit. Les plus brillantes, sous son règne, furent tentées et exécutées par des particuliers. Tous les projets d'établissement de colonies furent conduits à l'aide de fonds fournis par des individus et sans les secours publics. La félicité même de ses sujets sous son gouvernement les détournait d'aller s'établir dans des contrées éloignées. Le sol natal a pour l'homme de si puissants attraits , et son attachement aux lois, aux mœurs, aux usages de son pays, est si profond, que rarement il se résout à s'en éloigner, à moins qu'il n'en soit chassé par l'oppression, ou ne soit fortement attiré ailleurs par l'espoir d'une grande et soudaine fortune; mais les parties de l'Amérique où les Anglais avaient tenté jusque là de s'établir ne les invitaient pas, comme celles qu'avait découvertes l'Espagne, par des apparences de mines d'or et d'argent. Le profit

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qu'ils avaient à espérer était éloigné, et ne pouvait être obtenu que par les efforts persévérants du travail et de l'industrie. Les maximes du gouvernement d'Elisabeth étaient si populaires, qu'elle ne donnait à aucun de ses sujets des motifs d'émigrer pour échapper aux vexations du pouvoir1. Il paraît même que c'est avec quelque difficulté qu'on était venu à bout de rassembler ces poignées de planteurs, auxquelles les écrivains du temps donnent le nom de première et seconde colonie de Virginie. L'époque de la colonisation anglaise n'était point encore arrivée.

L'avènement des Stuarts au trône d'Angleterre ^gos en accéléra l'approche. A peine Jacques Ier fut-il , csne, l

rr r *■ Jacques 1, la-

établi sur le trône , qu'il annonça son caractère pa- vorable à l'é-

qu il annonça son caractère p;

de colonies,

cifique , et qu'il termina par un traité amical avec '

l'Espagne la longue guerre des deux nations entre elles. Depuis cette époque , la paix ne fut plus troublée sous son règne. Beaucoup de personnes de distinction et d'une ambition ardente , à qui la guerre avec l'Espagne avait fourni une occupation constante et des espérances séduisantes, non-seulement de gloire , mais de richesses à acquérir , se virent bientôt avec impatience réduites à une vie

( i) Cet éloge du gouvernement d'Elisabeth ne nous parait pas fondé, et les conséquences que Robertson en tire ne sont pas exactes. Celte souveraine, si grande sous d'autres rapports , fut loin d'être tolérante, elle persécuta violemment ses sujets catholiques. On peut voir ce qu'en disent Hume , et d'autres historiens. (D. L. R.)

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oisive et n'ayant plus de but. Leur imagination

travailla a chercher quelque exercice à leur activité

et à leurs talents. Le nord de l'Amérique ouvrait

un vaste champ à l'un et à l'autre , et les projets

d'y établir des colonies devinrent plus populaires

et acquirent un plus grand nombre de partisans.

Premier Un voyage entrepris par Barthélemi Gosnold ,

d^An^eterre ^ans la dernière année du règne d'Elisabeth , faci-

au nord de lita et encouragea l'exécution de ces plans. Il fit

l'Amérique ^-^ (je Falmouth dans un petit bâtiment, avec

entrepris par l

Gosnold. trente-deux hommes. Au lieu de suivre les premiers navigateurs dans le détour inutile qu'ils avaient pris par les îles de l'Amérique et le golfe de la Floride, Gosnold se dirigea droit à l'ouest, autant que les vents le lui permirent , et fut le premier capitaine anglais qui atteignit le Nouveau-Monde par cette route plus courte et plus directe .Lapartie de l'Amérique qu'il vit la première est un promontoire appartenant à la province appelée aujourd'hui de Massachusets (Massachusets-bay), et auquel il donna le nom de cap Cod. En suivant la cote , et s'avançant vers le sud-ouest, il toucha à deux îles, à l'une desquelles il donna le nom de Marthas vinejard (la vigne de Marthe), et à l'autre , celui d'île d'Elisabeth. Il visita aussi le continent adjacent, et commerça avec les habitants. Lui et ses compagnons furent si enchantés de l'aspect séduisant du pays, que, nonobstant leur petit nombre, plusieurs

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