LIVRE NEUVIEME. I
nistration de leurs affaires fut nouveau aussi. Au lieu du droit accordé ordinairement aux corporations d'élire leurs officiers, et de faire des statuts particuliers pour la conduite de leurs opérations, le gouvernement suprême des colonies qu'on allait établir fut attribué à un conseil résidant en Angleterre, dont les membres seraient nommés par le roi, selon les formes que sa majesté fixerait par des ordonnances signées d'elle. Une juridiction subordonnée fut confiée à un conseil résidant en Amérique, pareillement nommé par le roi, et devant se conduire d'après les instructions qu'il en recevrait. A cette clause importante qui réglait la forme de leur constitution, le roi ajouta divers privilèges capables d'encourager ses sujets à aller s'établir en Amérique. Quelques-uns furent ceux-là mêmes qui avaient été accordés à Gilbert et à Ralegb , tels que celui qui assurait aux émigrants et à leurs descendants tous les droits de citoyens anglais , comme s'ils fussent demeurés ou fussent nés en Angleterre, et celui de posséder les terres en Amérique par la plus libre et la moins grevée de toutes les tenures. Jacques fit même, aux nouveaux aventuriers, des avantages qu'Elisabeth n'avait pas donnés aux premiers. Il permit d'exporter d'Angleterre, durant sept ans, sans payer aucun droit, tous les objets nécessaires au soutien ou au commerce des nouvelles colonies; et, pour encourager encore davan-
tage leur industrie, il leur accorda toute liberté de commercer avec les nations étrangères, et consacra le droit sur les marchandises du dehors , durant vingt-un ans, à former un fonds pour le soutien des colonies \ Défauts de Dans cette singulière charte 7 dont les dispositions n'ont pas été considérées avec assez d'attention par les historiens de l'Amérique , quelques articles sont aussi nuisibles aux droits des colons, que d'autres sont contraires aux intérêts de la métropole. En plaçant le pouvoir , tant législatif qu'exécutif, dans un conseil nommé par le roi et dirigé par ses instructions, elle semble dépouiller tout Anglais allant s'établir en Amérique du plus noble privilège d'un homme libre, tandis que la liberté illimitée de commerce avec les étrangers privait la mélropole de ce commerce exclusif qu'on regardait comme le principal avantage à retirer de l'établissement des colonies. Mais , dans l'enfance de la théorie de la formation des colonies , et avant qu'on pût être guidé par l'observation et l'expérience, les idées n'étaient pas encore assez développées ou assez bien arrangées pour qu'on pût en déduire les meilleurs principes de conduite dans ces sortes d'entreprises. A une époque où l'on ne pouvait prévoir l'importance et la grandeur future de ces communautés, qu'on appelait, pour ainsi
(i)Slilh. llisl. of Virginia, p. 35. Appeml., p. r.Purclias, V, i683.