LIVRE NEUVIÈME
ses avantages. De violentes inimitiés s'étaient élevées entre les chefs durant le voyage ; elles ne se calmèrent pas à leur arrivée. Le premier acte du conseil qui prit l'autorité en main, en vertu d'une commission apportée d'Angleterre sous le sceau de la compagnie, et ouverte le lendemain de leur débarquement, fut une injustice. Le capitaine Smith, qui était nommé par la commission même membre du conseil, en fut exclu par la basse jalousie de ses collègues, et non-seulement réduit à la condition d'un homme privé, mais devint l'objet des soupçons et de la vigilance inquiète de ses supérieurs. Cette diminution de son influence, et son inaction qui en fut la suite , furent un grand malheur pour la colonie qui avait besoin dans de telles circonstances de son génie et de son activité. En effet, à peine les Anglais étaient-ils établis , qu'ils entrèrent en guerre avec les naturels du pays; soit par leur propre imprudence, soit par la défiance et la férocité des sauvages. Ceux-ci , quoique épars dans les La colonie pays adjacents à la rivière James , et divisés en peu- est atlacî"ee
, , . r . par les In-
plades indépendantes et si faibles que la plus consi- diens. dérable pouvait à peine assembler deux cents guerriers ' , fatiguèrent beaucoup la colonie naissante
de la rivière James , élait occupé , suivant Thomas Jefferson (notes on the state ofFù-ginia, p. 149) , par plus de quarante tribus différentes d'Indiens. Les Powhatans,les Mannahoacs et les Monacans étaient les plus puissantes. (D. L. R.)
(0 Purchas , vol. IV ,1692. Smilh's Travels , p. 2 3.
par leurs continuelles hostilités. A cette calamité
s'enjoignit une autre encore plus terrible : le fonds
de provisions laissé à la colonie au départ des na-
1 5 juin, vires pour l'Angleterre était si peu abondant et de
Elle souffre „ • • i>./ 1 11 r i* i».
, , si mauvaise qualité , qu elle éprouva bientôt une
et de l'insa- disette bien voisine de la famine. La mauvaise nourlubriteduch- riture et la petite quantité qu'on en donnait produisirent bientôt des maladies, dont la violence fut accrue par la chaleur étouffante du climat et par l'humidité d'un pays couvert de bois ; de sorte qu'avant le commencement de septembre une moitié des nouveaux colons avait péri, et la plupart des survivants étaient malades et tout-à-fait découragés. C'est dans de telles extrémités que se reconnaissent les ressources et les talents de chacun , et qu'on y a recours. L'homme prend alors la place et l'ascendant que lui donnent son génie et sa ca- Smith, fait pacité. Tous les yeux se tournèrent maintenant sur gouverneur , smith e± tous ses compagnons lui déférèrent volon-
sauve lesco- . .,,.,,,. , , ,
lonies. tairement 1 autorité dont ils 1 avaient précédemment dépouillé. Son caractère intrépide , fortement empreint d'une teinte de l'esprit romanesque commun parmi les militaires de ce siècle, était particulièrement assorti à la situation où il se trouvait. La vigueur de sa constitution avait heureusement résisté à la maladie, et son courage n'avait jamais été abattu par le danger. 11 adopta sur-le-champ le seul plan qui pouvait sauver la colonie d'une en-