LIVRE NEUVIEME. I
tière destruction. Il commença par élever autour de James-Town des fortifications bien imparfaites, mais suffisantes pour résister aux attaques des sauvages. Il marcha ensuite à la tête d'un petit détachement pour chercher les ennemis. Il gagna quelques-unes des tribus par des caresses et des présents, et obtint d'elles quelques provisions. Il attaqua les autres à force ouverte; et, les battant toujours, quelque supérieurs qu'ils fussent en nombre , il les força de partager avec lui leurs provisions d'hiver. Il fut payé de ses travaux et de son courage par le retour de l'abondance dans la colonie , et la satisfaction de ses compagnons, et il se flatta qu'il pourrait les maintenir dans cette heureuse situation jusqu'à l'arrivée des vaisseaux anglais attendus au printemps; mais , dans une de ses excursions, il fut surpris par un corps nombreux d'Indiens ; et , forcé de fuir après une vigoureuse résistance, il tomba dans un marais où, enfoncé jusqu'au cou, il fut obligé de se rendre. Quoiqu'il connût le sort affreux n est fait destiné par les sauvages à leurs prisonniers , sa pré- prisonnier par
i, ,, , 1 Tl > les Indien?.
senced esprit ne 1 abandonna pas. Il montra a ceux qui le gardaient une boussole , et les amusa de tant de contes sur les vertus merveilleuses de l'aiguille aimantée, qu'il les remplit d'un étonnement et d'une admiration qui commencèrent à opérer fortement en sa faveur. Ils le menèrent cependant en triomphe en différentes parties du pays, et le conduisi-
rent enfin à la résidence de Powhatan, le plus considérable sachem ou chef de cette partie de la Virginie. Là, sa sentence de mort étant prononcée , il fut conduit au lieu de l'exécution , et sa tête était déjà baissée pour recevoir le coup mortel, lorsque le faible des femmes américaines pour les conquérants européens , qui a sauvé la vie à plus d'un Espagnol, vint au secours du capitaine anglais. La fille favorite de Powhatan se jeta entre lui et le sauvage qui allait le frapper; et, par ses prières et par ses larmes , elle obtint de son père qu'on lui laisserait la vie. La bienfaisance de sa libératrice , que les écrivains anglais de ce temps-là honorent du titre de princesse Pocahuntas, ne se borna pas là. Elle lui fit rendre bientôt sa liberté, et lui envoya depuis de temps en temps des provisions , le plus précieux de tous les présents qu'on pût faire à lui et à ses compagnons \ A son retour Smith, à son retour à James-Town, trouva la il trouve la colonie réduite à trente-huit personnes , qui dans
colonie près- . , . %
que ruinée. leur desespoir se préparaient a abandonner une contrée qui semblait repousser les Anglais de son sein. Il employa les caresses, les menaces et même la force pour empêcher l'exécution de cette fatale résolution. Il parvint avec peine à leur faire différer leur départ assez long-temps pour que le secours attendu d'Angleterre arrivât.
(i)Snnlh'sTravels, p. 4 4, etc. Purchas,IV,i7o/,. Stilh.,p. 45, etc.