LIVRE NEUVIÈME. 2C
complot, parce qu'on craignait leur attachement à leurs nouveaux voisins. Chaque trihu eut sa destination et son rôle. Le matin du jour consacré à la vengeance, chacun des guerriers se trouva à la place qui lui avait été assignée; tandis que les Anglais étaient si peu en défiance qu'ils reçurent avec hospitalité plusieurs Indiens envoyés par Opechancanough, venus sous le prétexte de leur apporter des présents de fruits et de la venaison ? mais , dans la vérité, pour observer leurs mouvements. La sécurité des Anglais étant ainsi parfaitement reconnue , à midi , moment fixé d'avance pour commencer cette scène d'horreur, les Indiens se précipitèrent au même moment sur leurs victimes dans chaque établissement, massacrèrent hommes, femmes, enfants, avec cette rage aveugle, cette cruauté réfléchie que les sauvages exercent avec leurs ennemis. En une heure de temps, environ le quart de la colonie fut exterminé, sans presque savoir par quelles mains il périssait. Rien n'eût échappé, si la compassion, ou quelque autre bon sentiment, n'avait pas porté un Indien converti, à qui le secret avait été communiqué dans la nuit qui précéda le massacre, à en faire part à son maître assez à temps pour sauver James-Town, et quelques-unes des habitations qui en étaient voisines ; et si les Anglais , en d'autres districts, n'avaient pas couru aux armes, poussés par le désespoir, et ne s'étaient pas défendus
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assez vigoureusement pour repousser les assaillants, qui, dans l'exécution de leur projet, ne montrèrent pas autant de courage qu'ils avaient mis de sagacité et d'artifice à le concerter1.
Mais le coup , sans avoir tout l'effet que s'étaient proposé les sauvages, fut terrible pour une colonie naissante; il y eut des habitations dans lesquelles pas un seul Anglais n'échappa. Beaucoup de personnes de marque et de membres du conseil périrent. Ceux qui échappèrent, abîmés dans la douleur, et frappés d'étonnement et de terreur, abandonnèrent leurs établissements éloignés, et, se rassemblant à James-Town pour y trouver la sûreté, furent réduits à n'occuper que le même territoire sur lequel leurs compatriotes s'étaient établis en arrivant en Virginie. Confinés dans ces étroites limites, ils s'occupèrent moins de projets d'industrie que de plans
Guerre san- de vengeance. Tous les hommes prirent les armes.
g anie avec jjne guerre sanglante commença avec les sauvages ,
les Indiens. « .,,,. ... r j.
et, déterminés à en éteindre la race, ils jurèrent de n'épargner personne. La conduite des Espagnols dans le sud de l'Amérique fut ouvertement proposée comme le modèle qu'il fallait imiter a ; et , oubliant comme eux les principes de la bonne foi , de l'honneur et de l'humanité, qui adoucissent du moins les horreurs de la guerre entre les nations civilisées ,
(i) Stith. , p. 208 , etc. Purchas , IV , 1788 , etc. (2) Ibid., p. 233.