‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 12 sur 43 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

le caprice de Constantin , qui voulut changer le siège du gou?vernement, diminua sa force en la divisant: les nations barbares que la Providence préparait comme des instruments destinés à renverser le grand édifice de la puissance romaine, commencèrent à rassembler et à passer en retue leurs armées sur sa frontières TEmpire fut ébranlé jusqu*en ses fondements. Dans ce période de Ja vieillesse et de la décadence du grand empire, il était impossible que (es sciences fissent des progrès : les efforts du génie étaient aussi faibles et aussi languissants que ceux du gouvernement. Après Ptolémée, il ne parait pas qu'il se soit fait aucune découverte en géographie, et il n*y eut aucune révolution important^ en commerce, si ce n'est que Constantinople devint, par les avantages de sa situation et pair les encouragements des empereurs d'Orient, une ville commerçante du premier ordre.

Les nuages qui se rassemblaient depuis longtemps autour de l'empire romain annonçaient Forage qui éclata enfin. Les Barbiires y fondirent avec une impétuosité irrésistible, et, dans le naufrage universel causé par l'inondation dont l'Europe fut couverte, les arts, les sciences, les in ventions et les découvertes périrent et disparurent de la terre*. Tous les peuples qtii conquirent les diffj^rentês provinces de l'empire romain et s'y établirent n'avaient aucune Idée de civilisation : ils étaient étrangers aux litres et aux arts, sans police, sans lois; sans forme régulière de gouvernement. Les mœurs et les institutions de quelques-uns djentre eux étaient encore dans un degré de barbarie à peine compatible avec un état d'union sociale. L'Europe, étantoccupée par de semblables habitants, retournait pour ainsi dire à une secondé enfance, et avait une nouvelle carrière à commencer pour se civiliser, s'éclairer et se polir. Le premier effet de l'établissement de ces conquérants barbares fut de détruire les liens par lesquels la puissance romaine avait uni les hommes; ils morcelèrent l'Europe ea un grand nombre de petits états, indépendants et différant les uns des autres de mœurs et de langage. Il ne resta aucune comrnunication entre les membres respectifs de ces états divisés et ennemis : accoutumés à une manière de vivre très-simple, ignorant les arts et

» Tiiic. du r^gne do Giiarlçs V, loirud,

34^ ' HISXPIRE PS L'AICÈRIQÙe.

craignant le travail ^ ils n'amept que peu de besoins^ satisfaire, et point de superflu à échanger. Les noms û*étranger et d'ennemi tjevinfent encore une fois des mots synonymes ; il s'établit. partout des coutumes et môme des lois qui exposaient à de grands inconvénients ^t à des dangers ceux qui voulaient voyager dans quelques pays étrangers *. On ne pouvait faire de commerce que dans les villes; et elles étaient en petit nombre, peu considérables, et dépourvue des privilèges qMi peuvent procurer la èûfeté et exciter Témulation. On ne cultivait aucune des sciepceà $ur lesquelles la géographie et li\ navigation sont fondées. Les traditions que les auteurs grecs et romains avaient laissées sur les travaux et les découvertes des anciens étaient, négligées ou mal entendues. La connaissance des pays lointains s'était perdue; leur situation fleurs productions et presque leur§ noms étaient oubliés. *

Cependant une circonstance empêcha la cessation entière de tpute communication de commerce entre les nations éloignées. Constantinople, quoique souvent menaa^e par les conquérants féroces qui répandaient Içi désolation sur le reste de l'Europe, eut le. bonheur d'échapper à leur rage destructive. Ce fut dans cette ville que se conserva la connaissance des arts des anciens et de leurs découvertes : le goût du luxe et de la magnificence y Tégnait; les productions des pays étrange^^ y étaient recherchées, pt le .commerce continuait d'y fleurir tandis qu'il était éteint daps les autres parties de l'Europe. Les habitants de Constantinople ne bornaient pas leur commerce aux iles de. l'Archipel et aux côtes voisines d'Asie; leur industrie s'était ouvert une carriôrp plus vaste ; ils suivaient la route que les anciens leur avaient tracée, et faisaient venir par Alejjandrie les productions des jindes orientales. Quand l'Egypte fut séparée de l'empire romain par les Arabes, les Grecs découvrirent unç nouvelle route par laquelle les marchandises de l'jnde pouvaient être amenées à Constantinople, en leur faisant remonter l'Indus Jusqu'au point où cette grande rivière cesse d^tre navigable; (le 1^ , on les faisait passer par terre jusqu'aux bord§ de. la ri- . vière Oxus, qui les portait à la mer Caspiennp. Là on Içs embarquait sur le Volga, et, après avoir remqnté ce fleuve, ellQ3

* Hist. du rèçae de Charles V, Introd.

LtviiË mkiER. se

allaient par terre jusqu'au Tanaïs, qui les C(fcduisàit àii l^prit- Euiin, où deSt vaisseaux de Côhstantinople vénaiertt les recevoir ^ Cette iohgue et ^îénible roiité tnéritë d'être remarquée, bon-seulement comme une preuve deTe^tiréme passion que les Grecs avaient conçue pour les superfluités de VOrient, et comme un exemple dé Târdeur et dé Tindustrie qu'ilë portaient dans lé œmmerce ; mais encore parce que ce foit démontre qu'on avait conservé à ConStantinopleJa connaissance dés pays lointains, pendant que le reste de l'Europe était plongé dans l'ignorance.

On voit en même temps quelques rayons de liiitiièrë brillef àor l'Orient. Les Arabes, ayant contracté quelque goût pdUr leà Sciences du peuple dont ils avaient-* contribué à.renvét^er l'empire, traduisirent dans leur langue les livres de plusieurs philosophes grecs. Uri des premiers qu'ils s'approprièrenf ainsi fut un ouvrage estimabféde Ptolémée dont j'ai déjà parlé. La géographie fut donc dé bonne heure un objet d'étude pour leâ Arabes; mais ce peuple ingénieux et subtil s'attacha partifeiillétemertt aux parties spéculatives dé cette science. Voulant détertniner la figure et les dimensions du globe terrestre, ils surerit appliquer à cet objet les principes de la géométrie; ils eurent recours aux observations astronomiques : ils employèrent enfin des expériences et dès opérations que les Européens, dans deé temps plus éclairés, se sont fait honneur d'adopter et d'imitéh Mais à cette première époque les travaux des Arabes ne parvinrent pas en Europe. La connaissance de leurs découvertes était réservée â dès siècles capables de les comprendre et de les perfectionner; .

Cependarit les calamités et les ravages que les provinces occifleiitalesde l'empire romain avaient soufferts par la conquête fe Barbares S'Oublièrent peu à peu , et se trouvèrent en partie fêpâirés; Les peuples groîssiers qui s'y établireht, ayant acquië pjtf ëégté quelque idée de gouvernement régulier et du goût ffeur léS occupations et les douceurs de la, vie civile, l'Europe tofntiiéhça à éortir de son état d'inaction et d'engourdissemerit. Gë fut en Italie qu'on aperçut les premiers symptômes de cette ^ëftaissàhcè. Leè tribus septentrionales qui s'emparèrent de ce payé se civilisèrent pluâ promptinment que les peuplades qui

' Ramiuio, Tol I,p. 37a, F,

U mSTOIftE DE L'AMÉRIQUE.

s'étaient établies dans les autres parties de TEurope. bifierentes causés, que le plan de cet ouvrage ne me permet ni d'exposer ni de développer concoururent à rendre aux villes d!Italie Tindépendance et la liberté* : Tacquisition de Ces avantages y excita l'industrie, et donna le mouvement et la vigueur à toutes les facultés actives de l'esprit humain. Le commerce étranger se ranima; on s'appliqua à la navigation, et elle se perfectionna. Constàntinople devint le marché principal où se rendaient les négociants italiens; et non-seulement ils y trouvaient un accueil favorable, mais encore ils y obtenaient des privilèges' qui les mettaient en état de faire lecommerce avçc un plus grand avantage. On leur fournissait et Jes denrées précieuses de l'Orient et des productions de manufactures curieuses, restes des art^ anciens qui s'étaient conservés chez les Grecs. La peine et la dépense qu'exigeait le transportées prodU'ctionâ de l'Inde jus-^ qu'à Constàntinople par la route longue et détournée que J'ai décrite,, rendant ces marchandises extrêmement rares et d'un prix excessif, l'industrie des Italiens découvrit bientôt d'autres moyens de se les procurer en plus grande abondance et à un prix plus modéré. Ils en achetaient quelquefois à Alep, à Tripoli,* et eh d'autres ports de la côte de Syrie, où elles arrivaient par une route qui p'était pas inconnue des ancjens. On les ap* portait de l'Inde par mer jusqu'au golfe Persique, et,^ après avoir remonté l'Euphrate et le Tygre jusqu'à Bagdad, on les trans- ÏK)rtait par terre à travers les déserts jusqu'à Paimyre, et de là aux villes situées sur la Méditerranée, lifais la longueur du voyage et les périls auxquels les caravanes étaient exposées rendaient encore cette opération pénible et souvent incertaine. Enfin, les soudans d'Egypte ayant rétabli le commerce de l'Inde par l'ancienne route du golife Arabique, les négociants italiens, malgré la violente antipathie qui animait alors les chrétiens et les mahométans les uns contre les autres, se rendirent à Alexandrie, et l'amojjr du gain leur taisant supporter l'insolence et les exactions des mahométans, ils établirent dans ce port un . commerce très-lucratif. A cette époque, l'esprit de commerce acquit une activité singulière en Italie. Venise, Gênes, Pise, qui n'étaient que des bourgs peu considérables, devinrent, des villes

^^ist. (la rrffne (le Clinrlcii V, Introd.

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