‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 13 sur 43 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

riches et peuplées. Leur, puissance marillme s'étendit : leurs vaisseaux fréquentèrent tous les ports de la Méditerranée ; ils osèrent même quelquefois franchir le détroit et visiter les places maritimes d'Espagne, de France, desPays-BîïS et d'Angleterre; enfin, en distribuant partout leurs marchandises, ils donnèrent aux différentes nations de l'Europe la connaissance des productions précieuses de l'Orient et quelque idée des arts et des manufactures qui n^ètaient connus qu'en Italie.

Tandis que les villes de cette région étendaient ainsi leur commerce et leur industrie, un des plus extraordinaires événements que nous offre Tbistoire du genre humain , au lieu de retarder les progrès du commerce des Italiens, les rendit encore plus rapides. L'esprit guerrier des Européens, enflammé par un zèle religieux, leur fit prendre la résolution de délivrer la T^rre-Sainte de la domination des infidèles. De vastes armées, tirées de toutes les nations de TEurope, se rassemblèrent pour cette étrange entreprise, et marchèrent vers l'Asie. Les Génois, les Pisans et les Vénitiens fournirent les bâtiments de transport sur lesquels s'embarquèrent ces troupes, et les approvisionnèrent de vivres et de munitions de guerre. Outre les sommes immenses que ces peuples reçurent pour cet objet, ils obtinrent encore des privilèges et des établissements de commerce de la plus grande importance, soit dans la Palestine, soit dans les autres parties de TAsie dont les croisés s'emparèrent.

Ce furent des sources de richesses prodigieuses pour les villes commerçantes d'ftalie. Elles acquirent en môme temt)S un égal accroissement de pouvoir; et, à la fin de la guerte sainte, Ve^ niseen particulier devint un état maritime, possesseur de vastes territoires, etjouisant d'un commerce fort étendu *. L'Italie ne fut pas le seul pays où les croisades contribuèrent à ranimer et à répandre cet esprit d'activité qui préparait l'Europe à de nouvelles découvei'tes. Les expéditions en Asie fireirt connaître aux autres nations européennes des pays éloignés, qu'elles ne connaissaient auparavant que de nom et par les relations de quelques pèlerins ignorants et crédules : elles eurent par là une occasion d'observer les mœurs, les arts et les usages de peuples plus civilisés qu'elles ne l'étaient encore elles-mêmes* Cette

^ Ewai sur rbi«C. du commerce de Venise, paç. Sa,

3S HISTOIRE DE L'AMÉRÎQtJE.

communication entre rorient et VOccident subsista pendant près de deux siècles. Les aventuriers qui revenaient d'Asie communiquaient à leurs concitoyens les connaissances qu'ils avaient acquises et les habitudes qu'ils avaient contractées en vksitant des nations plus avancées dans la civilisation. Les Européens commencèrent à éprouver de nouveaux besoins ; leurs désirs furent eXcHés par des objets nouveaux, et le* goût des commodités et des arts des autres contrées se répandit bientôt parmi eux, au point que non-seulement ils encouragèrent les étrangers' à venir dans leurs ports , mais qu'ils commentîèrent à sentir le^ avantages et la nécessité de s'adonner éux-mémes au commerce ^

Cette œmmunicatlon qui s'était ouverte entre l'Europe et les provinces occidentales de l'Asie, encouragea différents voyageurs à s'avancer fort au-delà des pays où les croiséa aVaient porté leurs armes, et à pénétrer par terre jusque dans les régions les plus ékngnées et les plus riches de TOrient; Le bizar^ fonatisme qui dans ce périoîde semble avoir influé sur tous les projets des individus autant que sur les conseils des nations, fut le motif qui fit d'abord entreprendre ces longues et périlleuses expéditions : on les répéta ensuite pour des intérêts de commerce ou par des motifs de pure curiosité. Un Juif de Tudéla, dans le royaume de Navarre, nommé Benjamin ', plein d'un respect superstitieux pour la loi de Moïse, et désirant visiter ses frères établis en Orient ^ où il espérait les trouver dans un 'état de crédit et d'opulence qui pourrait relever l'honneur de ses coreligionnaires, partit d'Espagne en il 60. Il alla par terre à Constantinople, et traversa les pays qui sont au nord du Pont-Euxinet delà mer Caspienne jusqu'à laTartarie chinoise. De là il prit sa route vers le su4, et, après avoir traversé différentes provinces de l'intérieur de l'Inde, il s'embargua sur rOeéan indien, visita plusieurs îles qui s'y trouvent, et, au bout de treize ans, revint par l'Egypte en Europe , avec de grandes • connaissances sur une portion considérable du globe, inconnue alc»^ aux peuples^ occidentaux ^.

» Hiftt rie Cliacics V, Infrod. '

* J. B. Mnfioz (llUtor. del Nuevo Mundo) l'appelle Benjamin Ben Jonali. (D. L. R.)

* Bcqjcrtïn, Rct\ de voyage», etc., tom. 1, p. i.

Baraticr, qui n donné la meillenre traduction de riiinéraire de Beojamia de Tu*

Le 2èle do chef det'égHse chrétienne concourut avec la superstition du juif fienjamtn à faire découvrir les provinces inté* rieures et éloignées de TAsîe. Toute \â chrétienté ayftnt été alarmée des bruits qui se répandaient sur les progrès rapides des armes tartares sous Gengis-Khan [1246]» le pape Inno* cent lY, qui avait la plus haute idée d^ la plénitude de son pou^ voir et de la soumission due k ses commandements, envoya le père Jean de Piano Carpirn à la tête d*une mission de moines franciscains, et le père Ascotinoà la tête d'une autre mission de dominicains, pour exhorter Cayuk-Khan, petrt-flis. de Gengis et qui lui avait succédé au trône de TartaHe \ à ^nbrasser la fol chrétienne, et k cesser de désoler la terre par ses armes. Le fier descendant do plus grand coriquérant que Y Ame eût jamais vu, étonné d'un message aussi étrange de la part d*ûn prêtre italien dont il ignorait également et le nom et ù puissance, reçut cette îrtjofjctiow avec le mépris qu'elle méritait , mais il renvotâ éan$ leur fah-e aucun mal les^ moines qui Tavaiént appose. Comme ces missionnaires étaient arrivés par dlàér^ rentes routes et avaient suivi quelqite temps les^ camps ôeê Tartaï^, qtïi étaient toujours en mouvement, ils avaient eu occasion de parcourir trn^ grande partie de KAsie. Carpini, qui avait pris !a route de Pologne et de Kussie , traversa les provinces septentrionales dtfrAsiejusqu'aux extrémités du Thihet. AàcoHno *, qui paraît avoir débartfué sur la côte de Syrie, s*arart<?à dans les provinces méridionale jusque dans intérieur de la Perse*.

cMIft^ebérehe à établir, dLia& un commcniiiirc plein d'érudition et deit.iine critique^ ^ue K«nj}tmin ne voytige^ point, et qu'il ne fît qne compiler les relations de set citfofeffiporai'fts. (t). F.. R.)

* Il est fan citffhita d«r eaneitier l<>s^ dr^ércittos optiftons <|ui ont éic (omises rt i^ •ftjet}4(pur»k cependant que rainl>:i«.<«adc futcaveyée vers RatifKlian^ et que eclui^ ci l'envoya ensuite vers l^aïouk, 0rantf klian, qui avait succédé h Ôkiaï, son pAre, Itfs doDjenciiyZ'lilian. Consulter feé Mén#oires sur teé rdafîonvpothrqttes des pfincetf .elvrétien» âvet; les «mpéreafrt Mongol», par M. ÀêeHWnkusa. P.irri«^, tSiri, n^4f<^,

p. »& et suiv. (D. h. R.)

* Ascolino, Ascolin ou Anselme (1247), suivit le sud ^e h mer Caspienne, travers:! la Syrie et h Put^. et se ffrèteâts ^Vfint Bn(jtt'I!fovraii (B»)otliHMMf), l'iin d«s tïn'H dKongoit. Son jourrtat Aef noiM oo» pas j^twenw on entier, ee que notts en avons nou« a été conservé par Viiicent de Beauvais, qui tenait cet extrait de Simon d<* Saiui- Qnentin, compagnon d'Asoeliv, êitfeA Tioséra diiws ^# KSkàk lH>s(or>«fne. (&. t. R}.

* H»Muyi, tom 1, f u, -s Hèi^ottf tom i,

iO HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.

[d253] Peu de temps après cotte époque, Louis IX, roi de France , contribua à étendre îes connaissances que les Européens commençaient à acquérir sur les contrées lointaines. Un imposteur adroit, tirant avantage des notions imparfaites que les chrétiens s'étaient formées sur l'état et le caractère des nations asiatiques, l'informa qu'un khan des Tartares très-puissant avait embrassé la religion chrétienne. Le monarque adopta ce conte avec une pieuse crédulité, et résolut à l'instant d'envoyer des ambassadeurs à cet illustre converti' pour l'engager à attaquer d'un côté leurs ennemis communs, les Sarrasins, tandis que Louis tomberait sur eux de l'autre. Comme il n'y avait que des moines qui eussent les connaissances nécessaires pour exécuter une commission de cette espèce, il en chargea url père André, jacobin, auquel se joignit ensuite le père Guillaume de Rubruquis *, franciscain. Il n'est resté aucune relation du voyage du premier ; mais on a publié le journal de Rubruquis. Ce moine fut admis-à l'audience de Mangu, le troisième khan des Tartares depuis Gengis ; il fit ensuite un long circuit dans les parties intérieures de .l'Asie, qu'il parcourut avec plus de détail qu'aucun autre Européen n'avait fait avant lui '.

Ces voyageurs, qu'un zèle religieux avait conduits en Asie, furent suivis par d'autres, que des intérêts de commerce ou des inotifs de pure curiosité engagèrent à voyager dans les pays lointains. [4 269] Le premier et le plus célèbre de ceux-ci fut Marco Polo, noble vériitieti. Engagédès ses jeunes ans dans le commerce, selon Tusagcde son pays, son esprit entreprenant chercha une sphère d'activité plus étendue que celle qui lui était offerte par le trafic établi daqs les différents ports d'Europe et d'Asie fréquentés parles Vénitiens. Ce motif le détermina à voyager dans les pay« inconnus , dans la vue d'y former des relations de commerce plus conformes aux espérances et aux idées hardies d'un jeune aventurier. Comme son père avait déjà porté dés marchandises d'Europe à la cour du grand khan des Tartares et les y avait vendues avec un bénéfice considérable , M^rco Polo s'y rendit. Assuré de la protection de Kublay-Khan , le plus puissant de tous les successeurs de Gengis , il continua

• Son vérilable nom c§t Gnillaume de Ruytbroeck.

* Uakluyt, tom. I, p. 71*— Rec. d« voyaÇM par Ber0cron, tom. I.

Page 1