LITRE PREMIER
pas encore eu d*idée. Oa peut dire que la boussole a ouvert à rhomme l*empire de la mer, et qu*elle lui assure la possessioa du globe, en le mettant à portée d*en parcourir toutes les parties. Flavio Gioïa, bourgeois d*Amalfi, ville considérable de commerce dans le royaume de Naples, fit cette grande découverte vers Tan .1502 K Tel a été trop souvent le destin de ces illustres bienfaiteurs âe Thumanité, qui ont enripbi la science et perfectionné les arts par leurs inventions, qu*il8 ont retiré plus de gloire que d'avantage des heureux efforts de leur génie ; mais le sort de Gioia a été encora plus cruel ; car Tinattention ou rignorance des écrivains contemporains Va privé mâme de la célébrité à laquelle il avait de si justes droits [iSfl]. Ils ne nous ont laissé aucune lumière sijir sa profession , sur son caractère, sur le tempft précis où il fit cette importante déoonverte, et sur les hasards ou les observations qui l*y ont conduit. Les annales de Tesprit humain ne noiis offrent aucun événement qui ait produit de plus grands effets que cette invention, dont la connaissance nous a été cependant transmise sans aucune des drconstances propres à satisfaire la curiosité qu'elle doit naturellement exciter ^. Quoique l'usage de la boussole mit les Italiens en état d'exécuter avec plus de promptitude et de sécurité les petits voyages qu'ils étaient accoutumés de faire, cependant cette nouveauté n'eut pas une influence assez subite et assez générale pour exciter sur-le-champ l'esprit de découverte et le désir d'entreprendre des navigations hardies. Plusieurs causes concoururent à empêcher cette invention utile d'avoir tout son effet. Les hommes n'abandonnent que lentement et avec répugnance les anciennes habitudes : ils craignent les nouvelles tentatives et ne s'y livrent qu'avec timidité. Il est probable aussi que la jalousie de commerce engagea les Italiens à cacher aux autres nations Theureuse découverte de leur compatriote. On n'acquit que par degrés l'art de naviguer avec la boussole , en l'employant avec assez .d*babileté pour donner une entière confiance dans sa direction. Les marins, accoutumés à ne jamais perdre de vue la terre , n'osèrent, pas tout d'un coup s'aban-
» Voycï la NoTg 9.
* CoUiuat et Trombeilus, de Âcus Dautics inventore. loat. Bonon., t. U, part. UT, pag. 37a.
donner au milieu dès mers inconnues : ainsi ce ne fut que près de cinquante ans après la découverte de Gioï§i que les navigateurs se hasardèrent à entrer dans des mers qu'ils n'avaient pas encore fréquentées.
Les voyages des Espagnols aux îles Fortunées ou Canaries fut la première époque où la navigation prit un essor plus hardi. Les écrivains contemporains ne nous ont point appris quelles furent les circonstances qui préparèrent la découverte de ces petites îles*, situées à près de cinq cents milles de la côte d'Espagne, et à plus ée cent cinquante milles de celle d'Afrique. Maison sait que, vers le milieu du quatorziènie siècle, . les habitant^ des différents, royaumes dont TEspagne était composée étaient dans l'habitude de faire des excursions dans ces îles, pour y piller les naturels ou les mewr en esclavage. Clément VI, en vertu du droit que le saintsiége prétendait avoir de disposer de tout les pays possédés par les infidèles, érigea ces îles en royaume dans l'année i 344, et les donna en souveraineté à Louis de La Cerda, descendu de la famille royale de C-astille'; mais ce prince infortuné, manquant de forces suffisantes pour réaliser ce titre chimérigue, n'alla jamafs aux Canaries; et Jean de Béthencourt, baron normand, en obtint la concession de Henri UI, roi de Castille' [1365]. Béthencourt, brave et heureux comme l'étaient alors presque tous les aventuriers de son pays, entreprit ki conquête de ces îles et y réussit*; sa famille en resta quelque temps en possession, comme d'un fief relevant de la couronne de Castilie. On prétend qu'avant cette expédition de Béthencourt, des navigateurs normands avaient déjà visité la côte d'Afrique et s'étaient avancés fort loin vers le sud des îles Canaries ; mais ces voyages ne paraissent pas avoir été entrepris sur un'plan régulier et national, ni dans la vue d'étendre la navigation ou de tenter des découvertes. C*étaient ou des excursions suggérées par cet esprit de piraterie que les Normands tenaient de leurs ancêtres, ou des
» Voycï la Note io.
• U était arriére-peiit-fils d'Alphonse le Sage, et c'est de lui t|ue descendent les ducs de Médina Céli. (D. L. R.)
' Viera y Clavijo. Notic. de Hist. de Canaria, , liv. I, pajj. a68, etc.— Glas. Htst. cliap. I.
^ VeycïlaNoTi II. •