‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 17 sur 43 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Ce fut dans cette vue qu'il équipa à Lisbonne une flotte considérable, composée de tous les vaisseaux qu'il put rassembler dans son royaume, et d'un grand nombre d'autres qu'il loua à des étrangers. Ce grand armement fut destiné àattiiquer les Maures établis sur la. côte de Barbarie. Pendant qu'on faisait ces préparatifs, oti détacha quelques vaisseaux chargés de na-' viguer le long de la côte occidentale de l'Afrique, .bornée par^ l'Océan Atlantique, et de découvrir les pays inconnus qui s'y trouvaient situ^. C'est à cette entreprise peu importante qu'on peut rapporter l'époque où l'esprit de découverte brisa les barrières qui avaient si longtemps dérobé aux hommes la connaissance de la ipôitié du globe terrestre.

A l'époque où Jean expédia ses vaisseaux pour ce nouveau voyage, l'art de la navigation était encore très- imparfait. Quoique l'Afrique fût très-près du Portugal, et que la fertilité^des pays que l'on connaissait déjà sur ce continent invitât à j faire de nouvelles découvertes, les Portugais ne s'étaient jamais baîsardés à passer le cap Non : ce promontoire, comme son nom l'indique, avait été regardé jusque là comme une borne qu'on ne pouvait franchir ; mais les nations de l'Europe avaient alors acquis assez de connaissances pour oser enfin secouer les pré* jugés et réfoi'mer les erreurs de leurs ancêtres. Le long règne de l'ignorance, cette ennemie constante de toute recherche et de toute entreprise nouvelle, touchait à son dernier période ; l'aurore de la science jetait ses premiers rayons ; les ouvrages des Grecs et des Romains commençaient à être lus avec admiration et avec fruit. Les sciences cultivées par les Arabes avaient été introduites en Europe et par les Maures établis en Espagne et en Portugal, et par les Juifs qui étaient en grand nombre dans ces deux royaqmes. La géométrie, l'astronomie et la géographie, qui sont la base de l'art de la navigation, devinrent des objets d'attention et d'étude. La mémoire des découvertes des anciens se ranima, et l'on rechercha les progrès de leur navigation et de leur commerce. Quelques-unes des causes qui pendant le dernier siècle et dans celui-ci ont arrêté la culture des sciences en Portugal, ou n'y exHtaient pas daiis le quinzième siècle, ou n'y produisaient pas les mêmes effets^ ;

» Voyez la Note i a.

48 HISTOIRE DE LAMÉttlÛUE.

les Portugais alors paraissaient marcher dans la carrière des sciences et des lettres d'un pas égal avec les autres peuples qui habitent en deçà des Alpes. *

Comme l'esprit du siècle favorisait Texécution de la nouvelle entreprise à laquelle les Portugais so trouvaient invités par la ' situation particulière de leur pays, elle ne pouvait manquer d'avoir du-succès. tes vaisseaux équipés pour cette expédition doublèrent ce cap formidable qui avait borné la course des navigateurs précédents, et s'avancèrent à cent «soixante milles au delà jusqu'au cap Boyador. Les rochers qui forment ce cap et qui s'étendent fort avant dans la mer ayant paru plus dangereux aux Portugais que le promontoire qu'ils avaient déjà passé, ils. n'osèrent le tourner, et revinrent à Lisbonne plus satisfaits d'être allés jusque-là que honteux de n'avoir pas tenté d'aller plus avant.

Quelque peu considér|ible que fût ce voyage, Jl ne fit que donner plus d'activité à ce goût pour les découvertes qui avait commencé à se développer en Portugal. Le succès extraordinaire de l'expédition du roi contre les Maures de Barbarie fortifia encore l'esprit entreprenant des Portugais, et les encouragea à àe nouvelles tentatives. Mnis, afin d'en assurer le succès, ilè avaient besoin d'être conduits par un homme qui, doué des qualités propres à discerner ce qui était praticable, eût le loisir de former un système régulier d'opérations pour la poursuite des découvertes, et eût en même temps assez d'ardeur et de persévérance pouj* se mettre au-dessus des revers et des obstacles. Heureusement pour le Portugal ces qualités se trouvèrent réunies dans Henri, duc de Visou i , quatrième fils du roi Jean, qui l'avait eu de Philippine de Lancastre, sœur de Senri IV, roi d'Angleterre. Ce prince avait, dès sa première jeunesse, accompagné son père dans l'expédition de Barbarie, et s'y était signalé par difTérentcs actions de bravoure. A l'esprit guerrier qui, dans ces temps de chevalerie, caractérisait tout homme d'une naissance distinguée, Henri joignait toutes

• • Il nnqull :i Vorth, le 4 »niM î3 j^, et mourut :i Siprcslc i3 novembre, suivant Anl. Cict de irousa (Ui»t. (jAncal. da Cusi reak portiiyucra). Lc-P. Frcire (Vida do Inf. I). Ilinriqnu) plac hi nmrt au a3 uûvcmhn; i4-0| et Jean de Pirros la rcculo JM»r|u'{i rapiicc l4C3. ^D. L. K.)

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