‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 18 sur 43 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

les qualités d'un siècle plus poli et plus édairé. Il cultivait les arts et les sciences, alors ignorés et méprisés des personnes de son rang. Il s'appliqua avec un goût particulier à Tétude de la géogi-apbie ; instruit par les leçons de maîtres habiles et par les relations des voyageurs, il acquit bientôt assez de connaissance du globe habité, pour apercevoir la probabilité de découvrir de nouvelles et riches contrées en naviguant le long de la côte d'Afrique. Cette espérance était bien faite pour exciter Tardeuret Tenthousiasme d'un jeune homme, et il résolut de protéger de toutes ses forces un projet qui pouvait devenir aussi utile qu'il paraissait brillant et honorable. Afin de pouvoir procéder sans interruption à cette grande entreprise, il se retirade la cour immédiatement après son retour d'Afrique, et fixa sa résidence à- Sagres, près du cap Saint- Vincent, où la vue de l'Océan Atlantique, portant continuellement ses pensées vei's son projet favori, l'encourageait à en préparer l'exécution. Quelques-uns des plus savants hommes de son pays l'avaient accompagné dans sa retraite et' l'aidaient dans ^es recherches. Il demanda des- éclaircissements au* Maures de Barbarie, qui étaient accoutumés à voyager par terre dans les provinces intérieures de l'Afrique, où ils allaient chercher de l'ivoire, de la poudre d'or et d'autres denrées, précieuses. Il consulta les Juifs établis en Portugal. Il sut par des promesses, des récompensés, des marques d'estime et de confiance, attirer à son service plusieurs habiles navigateurs, tant étrangers que portugais. Dans la disposition de ces préparatifs, les grands talents du prince étaient heureuse.ment secondés per ses vertus personnelles. Sa probité, son affabilité, son respect pour la religion et son zèle pour la gloire de son pays, engagèrent des personnes de tous les rangs h donner des applaudissements à son projet et à en favoriser l'exécution. Ses compatriotes voyaient que ses vues n'étaient dirigées ni par l'ambition ni par le désir des richesses, mais par la bienveillance active d'une àme ardente à concourir au bonheur des hommes, let qui justifiait la devise qu'il avait prise pour désigner la seule ambition de son àme : Talent de bien faire,

[iM&] L'effet de sa première tentative ne fut pas d'une grande importance; c'est le sort dé toute entreprise nouvelle.

Il équipa un seul vaisseau dont il donna le commandement à Jean Gonzales Zarco ^ el à Tristan Vaz, deux gentilshommes de sa maison qui s'offrirent volontairement pour diriger Tex-* pédition : il leur recommanda d'employer tous leurs efforts pour doubler le cap Boyador, et de gouverner de là vers le sud. Fidèles à la manière de naviguer généralement adoptée, ils firent route en longeant la côte, et en^ suivant cette direction ilsv durent rencontrer des difficultés presque insurmontables pour doubler le cap; mais la fortune vint au secours de leur inexpérience, et empêcha leur voyage d'être entièrement infructueux. Un coup de vent qui s'éleva tout à coup les jeta en pleine mer, et, tandis qu'ils s'attendaient à tout moihent à périr, ils touchèrent une ile inconnue qu'ils nommèrent Porto- Santq, en mémoire de l'heureuse délivrance du danger qu'ils venaient de courir. Dans l'état où était la navigation, la découverte de cette petite île parut un^ affaire si importante qu'ils retournèrent sur-le-champ en Portugal pour en porter la nouvelle à Henri, de qui ils reçurent les éloges et les distinctions que méritait une expédition si heureuse. L'ardeur avec laquelle ce prince suivait son objet favori lui fit trouver dans ce petit succès les motifs les plus encourageants pour en espérer de plus considérables et pour tenter de nouveauj^ efforts. [1419] L'année suivante, Henri équipa troiç vaisseaux sous le commandement des mêmes offciers, auxquels il associa Barthélemi Pérestrello, et il leur ordonna de prendre possession de Tilc qu'ils avaient découverte^ A peine commençaient-ils à s'établir à Porto-Santo^, qu'ils observèrent à l'horizon , vers le sud, une espèce de tache fixe semblable à un petit nuage noir. Ils en vinrent peu A peu à conjecturer que ce pouvait bien être une terre; ils se mirent en mer pour s'en assurer, et ils arrivèrent à une grande île inhabitée et couverte de bois, à laquelle ils donnèrent le mmdeMadeira { Madère)' [1420]. Comme le principal objet de Henri était de rendre ses découvertes utiles à sa nation , i\ équipa sur-le-champ une flotte pour aller établir une

> Le p. Freire çt A. C. de Soiisa rappellent Jean de Cpncalves Zarco; il avait seul le commandement du vaisseau. (D. L. R.)

* Historical Relation of tlia fif«t discovery of Medtira , tranilaled front the Portuguefe of Franc. Alcaforado^ pag. i5, etc.

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