‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 19 sur 43 · LIVRE PREMIER. 5t · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. 5t

colonie portugaise dans ces doux îles. Il eut soin d'y faire porter les semences, les plantes et les animaux domestiques communs en Europe ; mais comme il prévit que la chaleur du climat et la fertilité du sol ne pouvaient manquer d'être favorables à d'autres productions, Jl se procura des plants de vigne de nie de Chypre, dont les vins étaient alors très-renommés, et des canes k sucre qu'il tira de Sicile où l'on en avait introduit depuis peu. Ces précieux végétaux prospérèrent rapidement dans les deux nouvelles iles; on ne tarda pas â reconnaître les grands avantages de leur culture ; et le sucre et le vin de Madère devinrent bientôt des articles. considérables du commerce de Portugal *.

Dès que Ton commença ^ sentir les avantages qui résultaient de ce premier établissement à l'ouest du continent de l'Europe, l'esprit de découverte parut moins chimérique et augmenta d'audace et d'activité. Les portugais , en continuant leurs voyages à Madère, s'étaient accoutumés par degrés à une navigation plus hardie, et, au lieu de se traîner timidement le long de la côte, ils ne craignirent pas de se lancer on pleine mer. Gilianez', qui commandait un des vaisseaux du prince Henri, doubla par cette nouvelle route le cap Boyador, qui pendant plus de vingt ans avait arrêté la navigation portugaise, et était regardé comme une barrière impossible h franchir. [1435] Cet heureux voyage, que l'ignorance du siècle faisait comparer aux plus fameux exploits transmis par l'histoire, otivrit une nouvelle carrière aux navigateur, parce qu'il leur découvrit le vaste continent de l'Afrique, qui, baigné par l'Océan Atlantique, s'étendait au lojn vers le sud. On eut bientôt reconnu une partie de ce continent; les Portugais S'avancèrent dans les tropiques, et, dans l'espace de quelques années, ils découvrirent la rivière du SénégaLet toute la côte qui s'étend du cap Blanc au cap Vert,

Jusque-là les Portugais avalent été guidés et encouragés dans leurs découvertes par les lumières et les instructions qu'ils avaient trouvées dans lés ouvrages des mathématiciens et géographes anciens. Mais, lorsqu'ils commencèrent à entrer

' Lad. Guicciar4ini Descrit.de 1*ae«i Bussi, pag. i^o, i8i. • Le V. Freirc Tappclle Gil Eanuds. (D. L. R.)

dans la zone torride , le préjugé reçu chez les anciens que la chaleur excessive et perpétuelle qui régnait dans cette zone la rendait inhabitable à Tespèce humaine , leur ôta pendant quelque temps le courage d'aller plus avant. Les observations qu'ils firent eux-mêmes, loi^u'ils approchèrent pour la première fois de cette région inconnue et redoutable , tendaient à confirmer l'opinion des anciens sur l'action violente des rayons directs du soleil. Jusqu'à la rivière du Sénégal, les Portugais avaient trouvé la côte d'Afrique habitée par des peuples à peu près semblables aux Maures de Barbarie; mais, lorsqu'ils pénétrèrent au sud de cette rivière, l'espèce humafne' se présenta à eux sous une nouvelle forme; ils virent des hommes qui avaient la peau noire comme de l'ébène, avec des cheveux courts et bouclés , des nez aplatis , des lèvres épaisses, et tous les traits particuliers qui distinguent la race des nègres. Us durent naturellement attribuer ce changement extraordinaire à Tinfluence de la chaleur, et ils commencèrent à craindrç qu'en avançant plus près de la ligne les effets n'en fussent encore plus terribles. Des grands du royaume, qui, par ignorance, par envie ou par cette froide et timide prudence qui rejette tout ce qui a l'air de nouveauté ou de projets hardis, avaient jusqu'alors condamné les projets du prince Henri, exagérèrent les dangers qu'on courait à porter ces recherches plus loin, et proposèrent d'autres objections contre l'idée de tenter de nouvelles découvertes» Us représentèrent qu'il était absolument chimérique d'espérer quelque avantage de la recherche de pays situés dans une partie du monde que la sagesse et l'expérience des anciens leur avaient fait reconnaître pour inhabitable; que leurs ancêtres, contents de cultiver le territoire qui leur avait été assigné par la Providence , ne songeaient pas à prodiguer les forces du royaume en vains projets pour chercher de nouveaux applaudissements; que le Portugal était déjà épuisé par les frais des tentatives qu'on avait faites pour découvrir des terres qui n'existaient pas ou que la nature avait destinées à rester inconnues ; enfin que ces tentatives avaient déjù causé la perte d'un grand nombre d'hommes qui auraient pu être employés à des entreprises dont le succès beaucoup plus facile aurait produit de plus grands avantages. M^ns ni ces réclamations

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