‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 20 sur 43 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

fondées sur Tautorilé des anciens, ni ces raisonnements sur les intérêt^ du Portugal , ne purent faire aucune impression sur l'àme courageuse et vraiment philosophique du prince Henri. Les découvertes qù*il avait faites lui prouvaient que les anciens n'avaient guère qu'une connaissance conjecturale de la zone torride ; et il savait que les frivoles arguments de ses adversaires, relativement aux intérêts politiques du Portugal, n'avaient pour motifs que la malveillance et lajalousie. Il fut puissamment secondé par don Pèdre, son frère, qui godveinait le royaume en qualité de tuteur de son neveu Alphonse V [1438], lequel avait sucx^dé à la couronne étant mineur ; loin de se relâcher de ses efforts, Henri continua de poursuivre avec une nouvelle ardeur l'exécution de ses projets.

Pour imposer silehce aux murmures de l'opposition, ce prince chercha à obtenir la sanction d'une autorité respectable en faveur dé ses opérations. Dans cette vue il s'adressa au pape, et lui ex|>osa en termes magnifiques le pieux et infatigable zèle avec le(]uel il s'occupait depuis vingt ans à découvrir des pays inconnus, dont les malheyreux habitants, privés des lumières de la véritable religion , étaient ensevelis dans les ténèbres du paganisme, ou séduits parles impostures de Mahomet. Il supphait le saint-père, à qui, comme- au vicaire du Christ, tous les royaumes de la terre étaient soumis, de conférer à la couronne de Portugal un droit sur tous les pays appartenant aux infidèles, qui seraient découverts par l'industrie de ses sujets ou subjugués par la force de ses armes. Il le conjurait de défendre, sous les peines les plus sévères, à toutes les puissances chrétiennes de molester les Portugais tandis qu'ils seraient occupés à cette louable entreprise, et de s'établir dans aucun des pays que ceux-ci auraient découvert^. Henri promettait que le principal objet des Portugais dans toutes leurs expéditions serait de répandre la connaissance de la religion chrétienrte, d'établir l'autorité du sàint-siége, et d'^ccix)ître le troupeau du pasteur universel. Comme c'était en profitant avec adresse de toutes les conjonctures favorables pour acquérir de nouvelles forces , que la cour de Rome avait par dégrés étendu ses usurpations, le pape Eugène IV, à qui Henri s'adressa, saisit avidement l'occasion qui s'offrait à lui. H sentit prompte*

ment qu'en accédant à une pareille demande il exercerait une prérogative très-flatteuse par elle-même, et dont les suites pouvaient devepir fort avantageuses au saint-siége. Il fit en conséquence expédier une bulle, dans laquelle, après avoir capplaudi dan^ les termes les plus énergiques aux tentatives des Portugais, et les avoir exhortés à poursuivre la glorieuse carrière où ils s'étaient engagé?, il leur accordait un droit exclusif sur tous les pajs qu'ils découvriraient depuis le cap Non jusqu'au cootinent de l'Inde,

Quelque extravagante qu'une telle donation étendue à une si grande portion du globe, puisse paraître aujourd'hui, même dans les pays catholiques S il n'y avait personne dans le quinzième siècle qui doutât que je pape n'eût droit de la taire. par la pléjiitude de son pouvoir apostolique. Le prince Henri sentit bientôt tous les avantages, qu'il pouvait en retirer : seè projets se trouvaient autorisés et sanctifiés par la bulle qui les approuvait, et l'esprit de découverte se liait ainsi avec le zèle pour la religion , zèle qui était un principe puissant^ dont Tactivité influait sans cesso sur la conduite des. nations. D'ailleurs tous les princes chrétiens auraient craint -de disputer aux Portugais les pays que ceux-ci avaient découverts et de troubler les progrès de leur navigation et de leurs conquêtes *.

Le bruit des expéditions des Portugais ne tarda pas à se répandre dans toute l'Europe. Les peuples, accoutumés dès longtemps à circonscrire l'activité et les lumières de l'esprit humain dans les limites où elles avaient été jusque-là renfermées, furent étonnés de voir la sphère de la navigation s'agrandir ainsi tout à coup, et de concevoir l'espérance de connaître des régions dont l'existence n'était pas môme soupçonnée auparavant. Les savants et les philosophes faisaient des raisonnements et combinaient des théories sur des découvertes inatten^ dues, tandis que le vulgaire faisait des questions et s'étonnait. Des aventuriers hardis vinrent en foule de toutes les parties de l'Europe pour splUciter le prince Henri de les employer à ce

> Le capitaine aoglais Philip, en fondant la colonie de Botany-ficty (1788) prit possession de tout le pays qui s'étend du lo® 37 ' de latitude au 4^° 3.()' ; et du i53<> de longitude au i35^ c'est-à-dire de plus de 74,000 lieues earrdes, àiusi que de fautes les Iles environnantes, etc. Cela u'est-il pas aussi extravagant? (D. L. U.)

• Voyei U NoTi i3.

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