LIVRE PREMIER
service honorable. Les Vénitiens et les Génois, qui surpassaient alors tous les autres peuples dans la connaissance et la pratique de la marine, fournirent surtout un grand nombre de marins, qui entrèrent à bord* des vaisseaux portugais, et acquirent à cette nouvelle école de navigation une connaissance de leur art plus exacte et plus étendue. L^s Portugais , animés par l'exemple de ces étrangers, s'empressèrent d'exercer leurs propres talents et leur activité. La pation seconda les desseins du prince. Des négociants formèrent des associations pour concourir à la recherche des pays inconnus. On découvrit les lies du cap Vert qui gisent à la hauteur de ce cap dont elles portent le nom, et, peu.de temps après, celles qu'on a nommées Açores [1449]. Comme les premières sont à plus de trois cents milles de la côte d'Afrique et les dernières à neuf cents milles de tout continent, il est évident que les Portugais n'avaient pu s'abandonner ainsi dans les hautes mers, sans avoir déjà fait des progrès surprenants dans l'art de la navigation.
[1463] Cette passion pour les nouvelles découvertes était au ï^us haut degré de chaleur et d'activité lorsqu'elle éprouva un revers funeste par la mort du prince Henri, qui avait jus(tue*là dirigé les entreprises des navigateurs par ses grandes connaissances et qui les avait encouragées et soutenues par son pouvoir et son crédit, Il est vrai que pendant sa vie les Portugais, dans leurs courses les plus avancées vers ^e sud , n'avaient pénétré qu'à cinq degrés de la ligne équinoxiale ; et qu'après une suite d'ex^péditions continuées pendant un demi-siècle, à peine avaient-ils découvert quinze cents milles de la côte d'Afrique. Ces essais de l'art naissant doivent paraître bien faibles et bien timides aux hommes qui connaissent les progrès que la navigation a faits dans son étatde maturité ; mais, quelque peu considérables que fussent ces premiers efforts ,- c'en était assez pour tourner la curiosité des nations de l'Europe vers de nouveaux objets, pour y exciter le goût des entreprises, et pour frayer la route à d'autres découvertes.
Alphonse, assis sur le trône à la mort du prince Henri, était alors fort occupé à soutenir ses prétentions à la couronne de Castille, et à poursuivre ses expéditions contre les Maures de
< Voir la note du bas 4* la p. 48.
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Barbarie ; les forces du royaume étant employées à d'autres opérations, ce prince ne put pas mettre beaucoup d'ardeur à suivre les découvertes en Afrique. Il en laissa la conduite à Fern.and Goniez, négociant de Lisbonne , auquel il accorda le droit exclusif de commercer avec tous leè pays dont le prince Henri avait pris possession. Les gènes et l'oppression de ce monopole ne pouvaient manquer de ralentir l'esprit de découverte, parce que cessant d'être un objet national , ce n'était plus que l'afiFaire d*un particulier plus attaché à l'intérêt de sa fortune qu'à la gloire de son pays. On fit cependant quelques nouveaux progrès. Les Pprtugais se hasardèrent enfin à traverser la ligne, et, à leur grand étonnement, ils trouvèrent que cetle région de la zone torride, qu'on supposait embrasée d'une chaleur intolérable, était nori-seuleoient habitée, mais encore très- |)euplée et très-fertile.
[1471] Jean II, qui succéda â son père Alphonse , avait tous les talents nécessaires pour former et pour exécuter de grands desseins. Comme une partie de ses revenus, tandis qu'il était prince royal, provenait des droits établis sur le commerce qu'on faisait avec les pays nouvellement découverts, son attention se tourna naturellement vers cet objet; il en sentit bientôt importance, et, à mesure qu'il acquit plus de connaissances sur ces nouvelles contrées, la possession lui en parut d'un plus haut intérêt. Tant que les Portugais, côtoyèrent les bords <îe l'Afrique, depuis le cap Non jusqu'à larivière de Sénégal, ils ne trouvèrent sur cette longue étendue de côtes qu'un terrain sablonneux, stéi'ile, habité par des peuples misérables et trèspeu nombreux, professant la religion mahométane, et soumis au vaste empire de Maroc ; mais au sud de cette même rivière, la puissance et la religion des mahométans n'étaient plus connues. Le pays était divisé en petites principautés indépendantes; la population y était considérable et le sol fertile \ et les Portugais reconnurent bientôt qu'il produisait de l'ivoire, des gommes, de l'or et d'autres denrées précieuses. Cette découverte, en étendant 1^ commerce, encourageait â de nouvelles tentatives; et des hommes, dont l'audace et l'activité étaient
' Navigatio Aloysii Cadamusti apud NovumOrbem Grynaei , p. 2, 18.*— Wavigac air Isola di Sam Tome pcr un pilotto Portugh.— Ramusio, 1. 11 5.