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LIVRE PREMIER. o

excitées par la perspective d'un Mnéfice certain, durent poursuivre leurs recherches avec pluç d'ardeur que lorsqu'ils n'étaient animés que par l'espérance et la curiosité [1481}.

Cette disposition ne pouvait manquer d'acquérir de nouvelles forces par la protection d'un monarque tel que Jean II : il encouragea: hautement toutes les entreprises qui avaient pour but quelque découverte, et en favorisa l'exécution avec tout le zèle de son grand-oncle le prince Henri, mais avec un degré supérieur de puissance. Les effets de ses soins ne tardèrent pas à se faire sentir. [1484] Les Portugais équipèrent une flotte puissante qui , apr^ avoir découvert les royaumes d^ Bcnin et de Congo, s'avança de plus de quinze cents milles au delà de réquateur, et les navigateurs européens virent pour la première fois un nouveau ciel, et observèrent les étoile^ d'un autre hémisphère. Jean était non-^ulement jaloux de décûuvrir des terres nouvelles; il s'occupait aussi à s'en assurer la possession. Il bâtit des forts sur la côte de Guinée, et y envoya des colonies; il établit des relations de commerce avec les États les plus puissants, et tâcha de rendre tributaires de sa couronne ceux qui étaient feibles ou divisés. Plusieurs petits princes d'Afrique se reconnurent volontairement vassaux du roi de Portugal, d'autres y furent contraints par la force des armes. Il se forma un système régulier et bien réfléchi relativement à ce nouvel intérêt de politique, et les Portugais, en l'observant invariablement, parvinrent à établir sur un fondement solide leur puissance et leur commerce en Afrique.

Une communication suivie avec les peuples de l'Afrique procura par degrés aux Portugais quelque connaissance des parties dé ce continent qu'ils n'avaient pas visitées. Les informations qu'ils reçurent des habitante^ jointes à ce qu'ils avaient observé eux-mêmes dans leurs voyages,^ commencèrent à leur offrir des vues plus étendues et à leur îtuggérer l'idée d'entreprises plus importantes encore. Ils avaient reconnu l'erreur des anciens sur l'état de la zone torride. En avançant davantage vers le sud, ils trouvèrent que le continent de l'Afrique, au lieu de s'étendre en largeur^ selon la doctrine de Ptolémée *, qui était alors l'oracle et le guide des géographes, paraissait sç

» Vide Nof. Ofbis Tabula Oeogr.iecund. Ptolem. Ams. 1730.

resserrer insensiblement et se courber vers l'est. Cette observation leur inspira quelque confiance dans les récits des voyages que les Phéniciens faisaient anciennement autour dé l'Afrique, et qu'on avait regatdfeJongtemps^comme fabuleux ; ils conçurent l'espérance qu'en suivant la routa des Phéniciens, ils pourraient arriver aux Indes orientales, et s'emparer du conlmerce, source assurée de richesse et de pouvoir pour les nations quî en ont joui. Le vaste génie da prince Henri, autant qu'on peut le côn|ecturer par la teneur de la bulle du pape, avait conçu de bonne heure l'idée de cette navigation. Tous les pilotes et mathématiciens portugais s'accordaient mainlenant à la regarder comme praticable. Le roi entra avec chaleur daçs leurs idées, et commença de concerter les mesures nécessaires pour cette diffîcîîe et importante entreprise.

Avant que les préparatifs de cette (flcpéditionr fussent achevés» on apprit d'Afrique que différentes nations établies le long de la côte avaient indiqué un royaume puissant, situé à une grande distance vçrs l'est de leur continent, el dont le souverain, suivant les détails qu'(Blleî> en donnaient, professait la religion chrétienne. Le roi de Portugal en conclut sur-le-champ que ee devait être Tempereurd'Abyssinie, auquel lesEuropéens, trompés par une méprise de Rubruquis, de Marc^-Polo et de quelques autres voyageurs, avaient ridiculement donné le nom de Prête ou Prêtre-Jean ; et comme il espéra de recevoir des lu- . miêres et des secours d'un prince chrétien pour le succès d'un plan qui tendait à propager leur doctrine commune, il résolut d^êtablir, s'iF était possible, une correspondance avec cet empire. Il choisit pour cet objet Pierre de Covilhan et Alphonse de Payva, qui entendaient parfaitement la langue arabe ; il les envoya à l'est du continent de l'Afrique, pour chercher fa ré* sidence de ce potentat inconnu, et lui faire des propositions d'àîfiance et d'amrtié. Les deux députés étaient chargés aussi de se procurer, dans îes pays qu'ils visiteraient, tous les éclaircissements qu'on pourrait leur donner sur le commerce de l'Inde et sur le cours de navigatioô qu'il faudrait suivre pour y pénétrer ^ ^ *

' FariaySousa, Port* Asia, vol. T, pa^. 36*— Lafitan^DëcoiîvertMdeiPortii^'ii*, liy. I, p. 46.

LIYEE PREHIER. 59

Tandis que Jean faisait cette tentative par terMi pour obtenii* quelque connaissance d*uii pays qu'il désirait si ardemment de découvrir, [i486] il s'occupait en même temps des moyens de suivre par mer ce grand dessein. La conduite de cette expédifion, la plus difficile et la plus importante que les Portugais eussent encore projetée, fut confiée' à BarthélemîDiaz, officier qui avait toute la sagacité, Texpérience et le courage qu'exigeait une pareille entreprise, il s'avança hardiment vers le sud, et franchissant les limites oU jusqu'alors ses compatriotes avaient arrêté leur course, il découvrit plus de mille milles de terres nouvelles. Ni les dangers auxquels il se vit exposé par une suite de tempêtes violentes dans des iners inconnues et par les fréquentes mutineries de son équipage, ni les détresses de la famine où il fut réduit par la perte du vaisseau qut por^ tait ses provisions, ne purent l'empêcher de pofursuivre son entreprise. Pour fruit de ses travaux et de sa persévérance, il reconnut enfin le promontoire élevé qui borne l'Afrique vers fe sud; mais tout ce qu'il put faire fut de le reconnaître *. La violence des vents, le délabrement de sçs vaisseaux et Fesprit turbulent de son épuipage, le forcèrent de revenir sur ses pas après un voyage de seize mois, dans lequel il décotrvrit une étendue de pays beaucoup plus considérable que ce qu'avait découvert avant lui un autre navigateur. Diaz avait appelé le promontoire qui terminait son voyage Cab^ tarmentoso, \e cap des tempêtes; mais le roi son maître ne doutant plus qu'il n'eût enfin trouvé la roule qu'il cherchait depuis si longtemps pour passer dans î'Inde, donna à ce cap un nom plus entourageant et de meilleur apguire; I! Tappelî^ le Cap de Bonnes Espérance*, . ,

Ces espérances de succès se trouvèrent confirmées por }m nouvelles que le roi de Portugal ; reçut des députés q«'il avant envoyés parterre en Abyàsinie. Covilbîin et Payva, se cônfar^ mant aux instructions de leur maître, se rendirent d'abofd au grand Caire , d'oti ils se mirent en roete avec tirm caravane de marchand* égyptiens, et arrivèrent à Aden sur la mer Roifge.

* BartUél^tni Diaz fit plus que de fOMnnatire h eap^ il la doubla- et sVvauc» ï 4o lieues à l'est. (U. L. R )

* F afij y Sentn, PtMrt. Awa, wi. >, jr, jt,

60 HISTOIRE DE L'AMÉKIQUE.

Là ils se séparèrent; Payva cingla vers l'Atiyssinie; Covilhan s*embarqua pour les Indes orientales, et après avoir visité Calicot, Goa, et d*autres villes sur la côte de Malabar, il alla à

• Sofala sur la côte orientale d'Afrique; et de là au grand Caire, où les deux députés s'étaient donné rendez -vous pour se rejoindre. Malheureusement Payva avait été assassiné en Abyssinie; mais Covilhan trouva au Caire de^ix juifs portugais qui avaient été envoyés par Jean, dont la sagacité prévoyante ne négligeait aucun moyen propre à faciliter l'exécution de ses desseins; il avait prescrit à ces juifs de recevoir des deux ambassadeurs le détail de leurs opérations, et de leur remettre de nouvelles instructions, Covilhan chargea un de ces juils de porter en Portugal un journal de ses voyages par mer et par terre, et ses remarques sur le commerce de l'Inde, avec .les plans exacts des côtes où il avait touché ; d'après ses propres observations, ainsi que d'après les éclaircissements que lui avaient donnés d'habiles marins en différents pays, il concluait qu'en tournant l'Afrique par mer on devait trouver un passage aux Indes orientales K

L'heureuse conformité de l'opinion et du récit de Covilhan avec les découvertes que Diaz venait de faire ne laissait presque plus d'incertitude sur la possibilité d'aller par mer de l'Europe dans l'Inde ; mais l'énorme longueur du voyage et les tempêtes furieuses que Diaz avait essuyées près du cap de Bonne-Espérance avaient extrêmement intimidé les Portugais, quoiqu'une longue expérience en eût déjà fait alors d'habiles et hardis navigateurs : il fallut quelque temps pour rassurer les esprits et les prcjparer à cette dangereuse et extraordinaire expédition. L'autorité et la fermeté du monarque dissipèrent cependant par degrés les vaines terreurs de ses sujets ou forcèrent de les cacher. Jean se voyant à la veille d'accomplir le grand dessein qui avait été le principal objet de son règne, l'ardeur qu'il mit à en poursuivre l'exécution fut si vive que cette idée absorbait ses pensées pendant le jour et le privait du sommeil pendant la nuit. Tandis qu'il était occupé à prendre toutes les

^mesures que ses lumières et l'expérience pouvaient lui suggérer pour assurer le succès d'une expédition qui devait décider du

» Faria y Sousa, Port. Asîa, vol, I, paç. a;»— Lafiteu, Découvertes, tom. I, p. 49,

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