‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 25 sur 43 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

État de la colonie de l'EspagnoIa. — Nouvelle guerre avec les Indiens. — Cruauté des Espagnols. — Mauvais règlements sur la condition des Indiens. — Dépërissement de ce peuplq. — Découvertes et établissement.— Première colonie établie jBur le continent. — Conquête de Cuba. — Découverte de la. Floride ; —7 de la met du Sud. — Grandes espérances que l'on conçoit de ces découvertes. — Causes de leur peu de'succès pendant ^elque temps. — Discussion sur la manière de traiter les Indiens. — Décisions contraires. — Zèle des ecclésiastiques et pariiculièremept de Las Casas. — Conduite singulière de Ximenès. — Nègres transportés en Amérique. — Idée d'une nouvelle colonie présentée par Las Casas. — On lui permet de la suivre. — Son mauvais succès. — Découvertes faites vers Touést. — CeUe de rVucatan;— de Campéche; — de la N4)uveUe^pagne. — Préparatifa pour envabir cette dernière province. ,

Tandis que Colomb était occupé à "Son dernier voyage, i'ile Espagnola fut le théâtre de plusieurs événetnents remarquables. La colonie espagnole, le modèle et la sQurce de tous les établissements postérieurs que l'Espagne a faits dans le Nouveau-Monde, acquérait par degré la forme d'une société régulière et florissante. Les soins pleins d'humanité que prenait Isa-r belle pour garantir de l'oppression les malhçureux Indiens, et particulièrement l'ordonpance par laquelle il était défendu aux Espagnols de les forcer à travailler, retardèrent,, il est vrai, pour quelquetempç les progrès de l'industrie. Les paturels, regardant l'inaction comme la suprême félicité, méprisaient toutes les récompenses et les caresses par lesquelles on cherchait à les porter au travail» Les Espagnols n'avaient pgis assez de bras pour exploiter les ininçs et pour cultiver la terre. Plusieurs des premiers colons, accoutumés au service des Indiens, abandon* nèrent Tlle lorsqu'ils se virent privés des instruments àans les^-. quels ils ne savaient rien faire. Plusieurs de ceux qui étaient

arrivés avec Ovando furent attaqués de maladies particulières au climat, et dajls un court intervalle il en périt plus de mille. En même temps la demande d'une moitié du produit des mines, exigée pour la part du souverain, parut une condition si onéreuse que personne ne voulutpluss'engager aies exploiter àce prix. [1505] Pour sauver là colonie d'une ruinequi paraissait iné-. vitable, Ovando prit sur lui de modérer ià rigueur des. ordon^ nances royales. Il fit une nouvelle distribution des Indiens entre ies Espagnols, etlçs contraignit de travailler pendant un certain temps à creuser les mines ou à cultiver la terre ; mais, craignant qu'on ne l'accusât de les avoir soumis de nouveau à la servitude, il ordonna à leurs maîtres de leur payer, une certaine somme pour le salaire de leur travail. îl réduisit la part du. souverain sur l'or qu'on trouverait dans les minés, de la moitié* au tiers, et peu après au cinquième, où elle resta longtemps fixée. Malgré la tendre sollicitude d'Isabelle en faveur des Indiens, et le désir qu'avait Ferdinand d'augmenter le revenu public, Ovando détermina la cour à approuver ces nou-* veaux règlements*. . . .

Les Indiens qui venaient de jouir, quoique pendant un intervalle bien court, du plaisir d'échapper à l'oppression , ^trouvèrent alors le joug do fesclavage si intolérable qu'ils firent plusieurs tentatives pour recouvrer leur liberté. Les. Espagnols traitèrent leurs eÇTorts de rébellion et prirent les armes pour les* réduire. Lorsqu'une guerre s'élève entre des nations qui se trouvent dans un état de civilisation à peu près semblable, les moyens de défense sont proportionnés à ceux d'attaque ; dans une lutte à force égale, les efforts qui se font de part et d'autre, les talents qui déploient leur activité et les passions qui se développent, peuvent préçenttT l'humanité sous un point de vue aussi curieux qu'intéressant. C'est une des plus nobles fonctions de l'histoire que d'observer et de peindre les hommes^ dans les situationrs où les âmes sont le plus violemment agitées et où toutes leurs facultés sont mises en mouvement»: aussi les opérations et les événements de la guerre chez des nations ennemies ont-ils été regardés par les historiens, tant anciens que modernes, comme un objet important et capital dans les annales

. * Herrera, decad. I, lib'. V, cap. 3. . *

du genre humain. Mais dans une querelle entre des sauvages entièrement uns et une des nations Tes plus belliqueuses de l'Europe, où la science, ie courage et la discipline étaient tous d'un côté, et la timidité, l'ignorance et le désordre de Tautre, un détail circonstancié des événements serait aussi dépourvu d'agrément que d'instruction.

Si la simplicité et l'innocence des Indiens, en éveillant l'hujnanité dans le cœur des Espagnols, eussent tourné en un sentiment de pitié Torgueil delà supériorité, et les eussent engagés ' à instruire les habitants du Nouveau-Monde au lieu de les op^ primer, Thistorien pourrait racontée sans horreur quelques actes de violence qui ressembleraient aux châtiments trop rigoureux infligés par des maîtres impatients à des élèves indociles. Mais malheureusement ce sentiment de la supériorité s'exerça d'une manière bien différente ; les Espagnols avaient tant d'avantiges de tonte espèce sur les naturels de l'Apérique. qu'ils les regardaient avec mépris, comme des êtres d'une nature inférieure, pour qui les droits et les privilèges de l'humanité n'étaient point faits. Dans la paix, ils les soumirent à l'esclavage ; dans la guerre, ils n'eurent aucun égard à ces lois qui, par une convention tacite entre les nations ennemies, règlent les droits de la guerre, et mettent quelques bornes à ses fureurs. Les Américains ne furent point traités comme des hommes qui combattent pour défendre leur liberté, mais comme des esclaves révoltés contre leurs maîtres. Ceux de leure caciques qui tombaient entre tes mains des Espagnols étaient condamnés comme des chefs de brigands aux. pliis cruels et aux • plus infâmes, supplices, et tous leurs sujets, sans égard pour lés' rangs établis parmi eux, étaient également réduits à la plus abjecte servitude. C'est avec de semblables çlispositionsqùe l'on attaqualecacique.de Higuey, province située à l'extrémité, orientale de l'île. Cette guerre fuf une suite de la perfidie des Espagnols, qui violèrent le traité qu'ils avaieiTt fait avec les naturels, et elle se termina par le meurtre du cacique, qui fut peiidu pour avoir défendu son peuple avec une bravouire supérieure à celle de ses coippatriotes.et digne d'un meilleur sort ^

Ovando se comporta dans une autre partie de l'île d'une ma-

■ » Herrera, decad. I» lib. VI, cap. ^, lo.

45il HISTOIRE m VÀMixmE.

mère encore plus cruelle et plus p^fide. La province 4u'od Appelait anciennemeat Xâraguà,.et qui s'étendait depuis la plaine fertile où Léogane est aujourd'hui situé, .'jusqu'à l'extrémité ocddentale de Tile, était soumise à la domination d'une femme, Anàcoana, chérie et respectée de ses sujets. Par une suite de ce goût très-vif que les femmes d'Amérique avaient pour les Européens et dont on exi^iquera la cause^dans la suite, Ana- .côana avait toujours recherché l'amitié des Espagnols et les avait comblés de bons offices ; mais quelques-uns des partisans de Roldan, s'ét^t établis dans éon pays, furent tellement irrités des mpyens qu'elle prit pour ri^rimer leurs excès, qu'ils l'accusèrent d'avoir formé le dessein de secouer le joug et d'exterminer lés Espagnols. Ovando, quoique persuadé du peu de confiance que méritait le témoignage de ces hommes corrompus^ marcha sans autre information vers Xaragua ^vec trois cents hommes d'infanterie et soixante-dix cavaliers ; mais, pour empêcher que cette expédition militaire ne répandit d'avance l'alarme parmi les Indiens, il annonça que son intention était de faise une visite respectueuse à Anàcoana; à qui les Espagnols avaient tant d'obligations,- et de régler avec elle la manièredont on lèverait le tribut exigé poiir le roi d'Espagne. Anàcoana ^ s'empressant de traiter un hôte si distingué avec lés égards qui lui étaient dus, assembla les hommes principaux de ses domaines au nombre dé trois cents, etS'avançantàleurtète, suivie d'une foule nombreuse des autres habitants, elle reçut ^Ovando au milieu des chants et des danses, selon la coutume du pays, et le conduisit enèuite dans le heu qu'elle habitait. Il y fut- traité pendant Quelques jours avec tous les soins de la jsimple hospitalité; elle l'amusait des jeux et des spectacles en usage chez les Américains dans les occasions de fête et de réjouissance. Au milieu de la sécurité que cette conduite inspirait à Anàcoana, Ovando méditait la destruction de cette reine innocente et dfe son peuple, et la barbarie de son projet ne peut être égaléeque par la basse perfidie avec laquelle il l'exécuta. Sous prétexte de donner aux Indiens la représentation d'un tournoi européen, il s'avança avec ses troupeg rangées en bataille vers la maison où étaient assemblés Anàcoana et les chefs de sa suite. L'infanterie s'empara de toutes les avenues qui

{JirjUB TaOISIÈME. \ts»

conduisaient au viHage,. pendant que la cavalerie investissait la maison. Ces mouvements n*e]^citèrent d*abord que radmii;atioh sans aucun mélange de crainte ; mais à un signal dont on était convenu, les Espagnols tirèrent tout à coup leurs épées et fondirent sur le^ Indiens sans défense, et étonnés d'une trahison à laquelle ne pouvaient pas s'attendre des hommes simples

' et confiants. On s'assuta aussitôt d'Anacoana. Tous ceux qui la suivaient furent saisis et chargés de liens-; on mit le feu à la maison, et, sans examen ni preuves, tous ces infortunés qui étaient les personnes, lès plus considérables du pays furent consumés par les âam,mes. Anacoana fut réservée à un destin plus ignominieux. On la transporta enchaînée à Santo-Dooringo, où, apîès la'fornlalité d'une procédure faite devant les juges espagnols, elle fut condamnée à être pendue publiquement , sur le témoignage des mêmes homtnes qui l'avaient trahie *. •

Intimidés et humiliés par le traitement atroce qu'essuyaient les princes et les personnages les plus respectés du pays, les habitants de toutes les provinces de l'Èspagnola se soumirent Sans résistance au joug des Espagnols. .Après là mort d'Isabelle, tous les règlements, qu'elle avait faits pour adoucir le malheur de leur servitude, furent oubliés. On retira la petite gratification qu'on leur payait comme le salaire-de leur travail [4506], et en même temps on augmenta les chaînes qu'on \eut imposait. Ovando, n'étant plus retenu par rien, partagea les ' Indiens entre ses amis dans toute i'ile. Ferdinaiid, à qui la reine avait laissé par. son testament une moitié du revenu provenant . des établissements du Nouveau-Monde, accoi*da à ses courtisans des concessions du même genre, qu'il rjegardait comm^ la manière la moins onéreuse de récompenser leurs services. Ceux-

* ci. affermaient les Indiens dont ils étaient devenus les proprîétatres à ceux de leurs concitoyens qui étaient établis à l'Espagnola ;.ces peuples malheureux étant contraints par la force de satisfaire la rapacité des uns et des autres, les exactions de leurs oppresseurs n'eurent plus de bornes. Mais cette police barbare, quoique funeste aitix habitants "de l'Ile, produisit pendant quelque temps des effets très-avantageux aux t;;spagnois. En ras-

* Oviedo, lib. UI, cap. 12. — Herrera, decad. .1, lib. VI, cap. 4< — Kelacton de destruyc. de las^Indias por Bart. de h-xs Gasas^ p« 8.

semblant ainsi les forces d'une nation, fière pour les diriger vers un môme objet» on parvint à pousser l'exploitation des mines avec une rapidité et un succès prodigieuiç. Pendant plusieurs années, l!or qu'on apportait laux fontes royales de l'Espagnola montait à quatre cent soixante mille pesos (environ Jieu;c millions.quatre cent mille livres tournois), ce qui doit paraître une somme prodigieuse, si l'on fait attention à la grande augmentation de valeur que l'argent a acquise depuis le commencement du seizième siècle jusqu'à ce moment. On vit des colon^ fairetoutàcoup des fortunes immenses, et d'autres dissiper aussi rapidement* par une fastueuse profusion Jes richesses qu'ils avaient amassées avec tant de facilité. Atlii^és par cet exemple, de Nouveaux aventuriers se poilèrent en foule eiî Amèriqûêi, impatients de partager les trésors qui enrichissaient leurs compatriotes, et la colonie continua de s'accroître malgré la morta,lité qu'y occasionnait l'insalubrité du climat*.

Ovando gouvernait les Espagnols avec une sagesse et une justice peut-être égales à la cruauté avec laquelle il traitait les Indiens. Il établit des lois équitables , et en les faisant observer avec impartialité il accoutuma la colonie à lés respecter. Il fonda plusieurs villes nouvelles en différentes parties de l'île, et y attira des habitaats par la concession de divers privilèges. H chercha les moyens de tourner l'attention des Espagnols viers quelque branche d'industrie plus utile quç l'exploitation des mines. Quelques cannes à sucre ayant été apportées des îles Canaries, dans la vue seulement de faire une .expérience, la .richesse du sol et la fertilité du climat parurent si favoFables à cette culture qu'on songea bientôt à en faire un objet de commerce. On vit se former de, vastes plantations; on établit des moulins à sucre, que les Espagnols appelaient ingeniose, à cause de leur mécanisme compliquer; enfin en peu d'année» la fabrication de cette denrée fut la principale occupation des habitants de l'Espagnola et la source la plus abondante, de leur richesse *.

Les sages mesures que prenait Ovando pour accroître la prospérité de la éolonie furent puissamment secondées par

• Herrera, decad. I, lib. VI, cap. i8, etc. » Oviedo, ïib, IV, cap. 8, p. 6, etc.

Ferdinand. Les somiîies considérables que ce prince recevait clu Nouveau-Monde lui ouvrirent enfin les yeux sur l'importance de ces découvertes, qu'il avait jusqu'alors affecté de regarder avec dédain. [1*507] Il était parvenu , par son habileté et par. des circonstances heureuses, à surmonter les embarras bii rayaient jeté la mort d'Isabelle et des disputes avec son gendre pour le gouvernement des états de cette princesse *. Il «mploya le loisir dont il jouissait à s'occuper des affaires de l'Amérique ;. c'çst à sa prévoyance et à sa sagacité que l'Espagne doit plusieurs dès règlements qui ont formé par degrés ce système de politique profonde ,' mais jalouse ,• par lequel elle gouverne ses domaines dans le Nouveau-Monde. Il établit un tribunal connu sous le titre de Casa de co»fratocïoriJt)tt Bureau de commerce, composé d'hommes distingués parleur rang èl par leurs talents, à qui il confia l'administration des affaires américaines. Ce bureau s'assemblait régulièrement à Séville et exerçait une juridiction particulière et étendue. Il donna une fcMrme régulière au gouvernement ecclésiastique d'Amérique , en nommant des archevêques, des évoques; des doyens ekdes ecclésiastiques inférieurs, pour veiUer -sur les Espagnols qui' y étaient établis , ainsi que sur ceux des naturels qui embrasseraient la foi chrétienne. Mais, malgré la déférence et le respect de la cour d'Espagne pour le saint-siége, Ferdinand sentit ^importance d'empêcher toute puissance étrangère d'étendre sa juridiction où son influence sur ses nouveaux domaines; en conséquence, il réserva à la couronne d'Espagne le droit exclusif de patronage pour les bénéfices de l'Amérique , et stipula qu'aucune bulle pu ordonnance du pape n'y serait promulguée qu'après avoir été préalablement examinée et approuvée par son conseil. Ce fut par le même esprit de jalousie qu'il défendit à qui que ce fût de s'établir en Amérique, ou d'y porter aucune espèoa de marchandise » sans une permission spéciale de ce même conseil *. ....

Malgré l'attention que ce prince donnait à la police et«àla prospérité de la colonie, elle se vit menacée, par un accident imprévu, d'une destruction prochaine.. Les naturels de l'île,

» Hi<;tôire du règne de Charles-Quint.

• Uerrera, decad. I, lib. VI, cap, 19,20.

sur- ie travail desquels les Espagnols àvai^t compté pour, leur succès et même pour leur existence, se détruisaient avec tant de rapidité que l'extinctiott de la race entière paraissait inévitable. Lorsque Colomb découvrit TEspagnola, on y comptait au moins un . million d'habitants ^ ; 3ans Tespace de quinze ans ils se trouvèrent réduits à soixante mille. Cette prodigieuse diminution de l'espèce humaine résultait du concours de dififêrentes causes. Les naturels des îles de l'Amérique, étant d'une constitution plus faible que les habitants de l'autre hémisphère, ne pouvaient ni exécuter les mêmes travaux ni supporter les mêmes fatigues*que des hommes doués d'une organisation plus vigoureuse. L'indolence et Tinaction dans laquelle ils se plaisaient fljjpasser leur vie, étant l'effet de leur faiblesse et contribuant en même temps à l'augmenter, les rendaient, par habitude autant que par nature, incapables de tout effort pénible. Les aliments dont ils subsistaieht étaient peu nourrissants ; ils n'en prenaient qu'en petite quantité et cette nourriture n'était pas suffisante pour fortifier des corps débiles et les .mettre en état dé soutenir les travaux de l'industrie. Les Espagnols, faisant peu d'attention a cette constitution particulière des Américains, leur imposaient des tâches si disproportionnées à leurs forces qu'on en voyait un grand nombre succomber à la peine et périr d'épuisement ; d'autres, s'abandonnant au désespoir, terminaient eux-mêmes leiirs miser rable jpurs. Une partie de ces peuples ayant été obligée d'abs^nd'onner la culture des terres pour aller travailler.dans les mifies, la disette des subsistances amena la lamine, qui en fit mourir un grand nombre. Pour compléter la désolation, les habitants furent attaqués de différentes maladies, dont les unes étaient occasionnées par les fatigues auxquelles on les condamnait, et les autres étaient l'effet de Içur commerce avec les Européens. Les Espagnols se voyant ainsi privés par degrés des bras dont ils étaient accoutumés à se servir, il' leur fut impossible d'étendre plus loin les progrès de leur établissement et mémedecontinuer les ouvrages qu'ilsavaientcommencés.[l 508] Pour apporter un prompt remède^ un état si alarmant, Gvando proposa de transporter à l'Espagnola les habitants des îles Lu-

* Uerrera, decad. I, lib. X, cap, la.

UYRE TROiStÈMlE. 463

eayBS, sous prét^te qu'il serait plu$ aisé de les civilk;^ et de les instruire dans la;*êiigion chrétien Ae lorsqu'ils seraient unis i U colonie espagnole, sous l'inspection immédiate des missionnaires qui y étaient établis. Ferdinand, trompé par cet artifice, ou disposé peut-être à se prêter à un acte de violeace que la politique lui représentait comm» nécessaire, consentit à la proposition. (Hi équipa plusieurs vaisseaux pour les Lucayes; les c(»ninandants, qui savaient la langue du pays, dirent aux bal)itants qu'ils venaient d'une contrée délicieuse où résidaient leurs ancêtres défuii(s,'et que ceux-ci lés invitaient à s'y ren^ dre afin de partager le bqnheur dont ils jouissaient.. Ces hommes simples et crédules écoutaient avec .admiratioii ces ré-. dts merveiUieux : empressés d'aller voir leurs parents et leurs amis dans Fheurèuse région dont, on leur parlait, ils suivirent avec plaisir les Espagnols. Cet artifice en fit passer quarante . mille à. l'Espagnola, où ils allèrent partager les souffrances des haletants de l'ile, et mêler leurs pleurs et leurs gémissements avec ceux de cette race infortunée *.

Les Espagnols avaient, pendant quelque temps po^é leurs travaux dans, les mines de l'Espagnola avec tant*d'ardeur et de succès que cet objet paraissait avoir absorbé toute leur attention. L'esprit de découverte languissait, et depuis* le dernier voyage de Colomb aucune entreprise de quelque importance n'avait été formée^ Mais la diminution des Indiens faisant sentir l'impossibilité de s'enrichir dans cette ile avec '^autant de sapidité qu'auparavant, cette considération détermina les Espagnols à chercher des contrées nouvelles où leur avidité pût trouver à se satisfaire avec plus de facilité. Jean Ponce de Léon, qui commandait sous Ovando dans la partie orientale de l'Espagnola, passa dans rUe de Saint-Jean de Porto-Rico >, que Colomb avait découverte à son second voyage^ et pénétra danç Tintérieur du pays. Gomme il trouva un sol fertile , et que, d'après 'quelques indications et le témoignage des habitants, il eut lieu d'espérer qu'on pourrait découvrir des mines d'or dans les

» Herrera, decad.' I, lib. VU, cap, 3. .^-Ovieclo, Ub. UI, cap. jQ. ^ Gpjpara, Hi^„ • cap. 4»« '

» Jean Ponce, né dans la province de Léon , passa dans llle de Porio-ftico en i5o8r. (D. h. R.)

464 HISTOIRE DE L'ÂMÉRIQllE.

montagnes, Ovanck) lui permit d'essayer un établissement dans Tile ; ce qui fut exécuté sans peine par Ponce de Léon< dont la prudence égalait le courage. En peu d'années Porto-Rico fut sopmis au gouvernement espagnol ; les naturels réduits en servitude furent traités avec la' même rigueur imprudente que * ceux de l'Espagnola, et «la race (les premiers habiUgfits, épuisée par les fatigues et les souffrances, fut entièrement exterminée*,.

.Vers le même temps, Jean Diaz de Solis, de concert avec VincentYanez Pinson, un des premiers compagnons de Colomb, fit un voyage au continent, ils suivirent jusqu'à Tile de Gua* naios la mêmcroute que Colomb avait prise ; mais tournant de Jà. à l'ouest, ils découvrirent une nouvelle et vaste province connue depuis* soiis le nom de Yucàtan *, et longèrent une grande partie de la côte de^ce pays ^. Quoique cette expédition n'ait été marquée par aucun événement mémorable, elle mérite qu'on en fasse mention, parce qu'elle conduisit à des découvertes de plus grande importance. C'est pour la même raison qu'on doit rappeler le voyage de Sébastien de Ocàmpo. Il fut chargé par'Ovando de faire le tour de Cuba, et il reconnut le premier avec, certitude que ce pays, regardé autrefois par Colomb comme une partie du continent, n'était qu'une grande île *. •

Cette expédition autour de Cuba fut un des derniers incidents du gouvernement d'Ovando. Depuis la mort de Colomb, don Diego, son'fils, ne cessaitde solliciter Ferdinand de lui accorder les charges de Tice-roi et d'amiral dans le Noaveau-Monde, avec tous les privilèges et les bénéfices dont il devait hériter en conséquence de la • capitulation primitive faite avec son père. •Mais si ces dignités et les revenus qui y étaient joints avaient paru si considérables à Ferdinand qu'il n'avait pas craint de passerpour injuste et ingrat en lesôtant à Colomb, il n'est pas surprenant qu'il fût alors peu disposé à les accorder au fils. Aussi don Diegt) consuma deux: années entières en de vaines ' et continuelles sollicitations; Fatigué de l'inutilité de ses dé-

• Herrera , dçcad. I , lib. VU, cap. 1-4. — Gomara, H/st. cap. 44. — Relacion de n. de Las Casas, p. 10.

^ Cette découverte fut faite on 1 507. (D. L. R.)' 3 Herrera, decad. I, lib. Vî, cap. 17.

♦ Herrera, decad. I, lib. VU, cap. 1.

'Oigitized byVjOOQiC

marches, il tenta enfin dé se procurer par une sentence légale ce qu'il ne pouvait obtenir de la laveur d*un prince intéressé. Il, intenta une action contre Ferdinand devant' le conseil chargé d'administrer les affaires de l'Inde ; et ce tribunal, avec une' intégrité bien honorable popr ceux qui )e composaient, rendit un jugement contre le roi, et confirma les droits de don Diego à la vice-royauté et aux autres privilèges stipulés dans-la capitulation; Malgré ce décret, la répugnance que devait avoir Ferdinand à mettre un sujet en possession d'une autorité si considérable aurait pu faire naître de nouveaux obstacles, si don Diego n'avait pas trouvé un moyen d'intéresser des personnes très-puissantes au succè^de ses prétentions. La sentence du conseil des Indes lui donnait droit à un rang si élevé et à une si haute fortune qu'il lui fut aisé de conclure un mariage avec dona Maria, fille de don Ferdinand de Tolède, grand commandeur de Léoo et frère du duc d'Albe, grand du royaume de la première classe, et allié de près au roi. Le duc et sa famille épousèrent avec tant de chaleur la cause tie leur nouvel allié que Ferdinand ne jput résister à leurs sollicitations. [1 ^09] Il rappela Ovando, et nomma pour lui succéder don Diego ; mais même en lui accordant cette faveur, il ne put pas cacher sa jalousie ; car il lui permit seulement de prendre le titre de gouverneur, non celui de* vice- roi, quoique le conseil eût décidé que ce dernier titre appartenait à don Diego *.

Il partit bientôt pour l'Espagnôla, accompagné de son frère, • de ses oncles, desa-femme,^qui, par la courtoisie des Espagnols, fut honorée du titre de vice-reine, et d'un cortège nombreux de personnes de l'un et de l'autre sexe, nées de familles distinguées. Don Diego vécut avec Mne magnificence et un faste inconnus jusqu'àce jour dans le Nouveau-Monde, et la famille dé Colomb parût enfin jouir des honneurs et de^ récompenses que son génie créateur avait si bien mérités, et dont il avait été si cruellement privé. La colonie elle-même acquit un nouvel éclat par l'arrivée de ces nouyeaux habitants d'un caractère et d'un rang supérieur à celui de presque tous ceux qui avaient passé jusqu'alors en Amérique ; plusieurs des familles les plus illustres étabhés dans Içs colonies espagnoles sont descendues

•* Herrera, decad. I, Hb. VII, cap. 47.

des personnes qui avaient accompagné doti DiégC C(^ïôb à cette époque*.

Ce changement-dé gouverneur ne fut d'aucune utilité pouf les malheureux liabîtantg. Don Biegô fut nbn-seulétoreht âuto^risé par on édit royal à continuer les repartifnietitos ou les dîstributioné d'Itidieris, mais ori spécifia mêûie l€f nombrèpsécis qu'il pouvait en accorder à qhaque personne, selon le ratng qu'elle avai* dans la colonie. 11 se prévalut de cette permiâsiori ; et bientôt après son débarquenbent à Santo-Domingo, il partagea e.ntre ses parents. et les Espagnols qui TàVaieiït suivi cedi d^ Indiens qui n'avaient' encore été destrnésf à personne *. '

Le nouveau gouverneur s'occupa ensuite de'suivré l'instruction qu'il avait reçue du roi pour l'établissement d'une colonie à Gubagua, petite lie que Colomb avait découverte à son troisième voyage. Quoi(}ue ce fût un terrain stérile qui pouvait à peine fournir la subsistance de. ses malheureux habitants, ôti -trouvait sur des côtes une si grande quantité de 'teé huîtres qui produisent des peï'les que. cette île iie put pas (échapper, aux recherches des avides Espagnols, qui s'y portèrent bientôt en foule. Il se fit des fortunes considérables par la pêche des perles, qui fut suivie avec une ardeur extraordinaire. Les Indiens, surtout ceux des lies Lucayes, furent obligés de plonger ati fond de la mer pour y prendre ces huîtres, et cette occupation, aussi dangereuse que malsaine, fut Une nouvelle calamité • qui ne contribua pas peu à la destruction de cette race infortunée '.

Vers cette même époque, Jean Diaz de Sohs et Pinson s'embarquèrent ensemble pour un second voyage. Ils cinglèrent directement au sud, vers la ligne équinoxiale que Pinson avait précédemment traversée, et s'avancèrent jusqu'au quaranlièttie degré de latitude méridionale. Ils furent étonjiés de tro^vei" que le continent de l'Amérique s'étendait à leuf droite à traders i&Gtiè cette Vaéte. étendue de TOcéan. Ils débarquèrent en différents endroits pour en prendre possession au notn de leut Sou-^ verain ; mais quoique le pays leur parût três-tertile et les in-

* Oviedo, lib. III, cap. t.

« Recopilacion de Leyes, lib. VI, tit. 8, lib. I, II. — Hefrera^ dëcad, I, lib. Vil, cap. 10. . • ,

> Herrera, decad, I| lib» VU, cap. ç, ^ Gomakj Histi cap. 76,

LITRE TROI^ÈMË. 167

Y>tàt à s*y arrêter, comme leur armement avait été destiné à faire des découvertes plutôtque des établissements, ils n'avaient pas assez de monde pour laisser des colonies nulle part. Leur voyage servit cependant à donner aux Espagnols des idées plus justes et pi us grandes sur l'élend ue de cette nouvelle po rtion du globe \ Quoiqu'il se fût écoulé plus de dix ans depuis que Colomb avait découvert le coiitinent de FAm^ique, les Espagnols n'y avaient encore fait aucun établissement. C& fut alors qu'on tenta sérieusement et avec vigueur ce qui avait été si longtemps négligé ; mais lé plan de cette entreprise ne fut ni formé par la' couronne ni exécuté aux dépens de la nation ; ce fut l'ouvrage de l'audace et des spéculations de quelques aventuriers. La première idée de ce projet vint d'Alonzo d'Ojeda, qui avait déjà fait ; deux voyages pour tenter des découvertes et qui s'y était acquis beaucoup de réputation, mais point de fortune. L'opinion qu'il avait donnée de son courage et de sa prudence lui procura. aisément dés associés qui fournirent lés fonds nécessaires pour les dépenses de l'expédition. Vers le mèiùe temps, Diego de Nicuessa, qui avait acquis une grande fortune à l'Espagnola, conçut un semblable dessein. Ferdinand encouragea l'un et l'autre; il ne voulut pas, il est ?rai, leur avancer la plus légère somme, mais il leur prodigua les titres et lespatentes. n érigea sur le continent deux gouvernements, dont l'un s'étendait depuis le cap de Vêla jusqu'au golfe de Darien, et l'autre depuis ce jgolfe jusqu'au cap Gracias à Dios. Le premier fut donné à Ojeda, le second à Nicuessa. Ojeda équipa un vaisse§iu et deux brigantins, montés de trois cents tiommes, et Nicuessa six vaisseaux avec sept cent quatre-vingts hommes. Ils mirent à la voile de Santo-Domingo vers le môme temps pour se rendre à leurs gouvernements respectifs. Afin de donner quelque apparence de validité à leurs titres de propriété sur ces con« trées, plusieurs des. plus célèbres théologiens et jurisconsulte^ d'Espagne furent employés à prescrire la manière dont on devait en prendre possession *. L'histoire du genre humain n'offre rien de plus singulier ni de plus extravagant que la forme qu'ils imaginèrent pour remplir cet objet. Les chefs des deux

• Herrera,.decad. J, lib. VU, cap. 9.

t Berrera, decad. I, lib, VU, cap. lâ.

468 flISTOnUS DE L'AMÉRIQUE.

expéditions devaient, en débarquant sur le continent, annoncer aux naturels les principaux articles de la foi chrétienne ; les informer en particulier de la juridiction suprême du pape sur tous les royaumes de la lerre ; les instruire de la concession que le saint Pontife avait f^ite de leur paysau roi d*£spagne ; les requérir d'embrasser les dogmes de cette religion qu'on leur faisait connaître, et de se soumettre au souverain dont on leur annonçait Tautorité. S*ils refusaient d'obéir à cette sommation, dont il était impossible à un Indien de comprendre seulement les termes, alors Ojeda et Nicuessa étaient autorisés à les attaquer avec- le fer et le feu ; à les réduire en servitude, eux, leurs femmes et leurs enfants ; à les obliger par la force à reconnaître la juridiction de TÉglise eft l*auU)rité du roi d'Espagne, puisqu'ils ne consentaient pas à le faire volontairement *.

Il était difficile aux habitants du continent de donner tout d'uo coup leur assentiment à une-doctrine trop subtile pour des esprits sans culture, et qui leur était 'expliquée par des interprètes peu instruits de leur langue ; il ne leur était pas plus aisé de concevoir comment un prêtre étranger, de qui ils n'avaient jamais entendu pàrlçr, pouvait avoir quelque droit de disposer de leur pays, ni comment un prince inconnu pouvait s'arroger. une juridiction sur eux comme sur ses sujets ; aussi

. s'opposèrent-ils vigoureusement à l'invasion de leurs territoires. Ojeda et Nicuessa tâchèrent de conquérir par la force ce qu'ils' ne pouvaient obtenir par la persuasion. Les écrivains contemporains ont rapporté leurs opérations avec les plus grands détails ; mais, comitie ils n'ont fait aucune découverte importante ni fondé aucun établissement permanent, ces événements ne méritent pas de tenir une place considérable dans l'histoire générale d'une époque où une valeur romanesque, luttant sans cesse contre des obstacles presque Insurmontables, distingue toutes les entreprises des armes espagnoles. Les habitants des pays dont Ojeda et Nicuessa allaient prendre le gouvernement se trouvèrent d'un caractère fort différent de celui des habitants

, des iliss. Ils étaient guerriers et féroces. Leurs llèQhes étaient trempées dans un poison si violent que chaque blessure était suivie d'une mort certaine : dans un seul pombat ils firent pé-

» Voyez la Non 28.

rir plus de sofxante-dix des compagnons d'Ojeda, et, pour la première fois, les Espagnols apprirent à riédouter les habitants du* Nouveau-Monde. Nicuessa trouva d^son côté un peuple également déterminé à défendre ses possessions et dont rien ne put adoucir la férocité. Les Espagnols eurent en vain recoui^ à toute sorte de moyens pour les flatter et pour gagner leur confiance; ils refusèrent de former aucune liaison et d'entrer en aifcun commerce. d*amitié avec des étrangers dont ils regardaient la résidence parmi eux comme funeste à leur liberté et à leur indépendance. [1510] Quoique cette haine implacable des naturels rendît aussi diflicile que dangereuse la formatîi^n d'un établissement dans leur pays, la persévérance des Espagnols, la supériorité de leurs armes et leur habileté dans ^'art de la gaexre auraieat pu, avec le temps, surmonter cet obstacle ; mais tous les désastres qu'on peut imaginer s'accumulèreift sur eux et parurent se combiner pour combler leur ruin$. La perte de leurs vaisseaux, que divers accidents firent périr sur une côte inconnue ; les maladies particulières à un climat, le plus malsain de tout l'Amérique , le défaut 'fe subsistances, inévitable dans un pays mal cultivé ; les divisions qui s'élevèrent entre eux, et les hostilités continuelles des habitants, les enveloppèrent dans une succession de calamités dont le simple récit fait frémir d'horreur. Quoiqu'ils eussent reçu de l'Espagnola deux renforts considérables, la plus grande partie de ceux qui s'étaient engagés dans cette .malheureuse expédition périrent en^ moins d'un an dans la plus affreuse misère. Le petit nombre de ceux qui survécurent formèrent une faible colonie à Santa-Maria el Antigua, sur . le golfe de Darien, sous le commandement de Vaseo Nugnès de Balboa. Cet Espagnol déploya dans les occasions les plus critiques un caractère de valeur et de prudence qui lui mérita d'abord la confiance d.e ses compatriotes, et le fit désigner pour être leur chef dans des entreprises plus brillantes et plus heureuses. Ce n'était pas 1q seul Espagnol de cette expédition qui fùfdestiné à se montrer ensuite avec éclat dans des circonstances^plus importantes. François Pizarre était un des compagnons d'Ojeda ; ce fut à cette école d*adversité' qu'il acquit ou perfectionna les talents auxquels on doit les actions extraordinaires qu'il exécuta dans la suite. Fernand Cortès, I. • 46

Digiti-zed by LjOOQIC

iiO , HISTOIRE t)E L'AtÉfelQUE.

dont le nom est devenu encore plus fameux, s*ètait engagé dé bonne heure dans cette entreprise qui avait fait prendre lés armes à toute la valeureuse jeunesse de FEspagnola ; mais le b^ heut constant qui raccompagna dans seisaveirtoi^s poslérieures Ici déroba dans celle-ci aux désastres auxquels ses compagnons furent exposés. If tomba malade à Santo'-Domingo avant le départ de la flotte, et cette indiéposition Tempêcha âe s'embefrquer* ^ . •

L*issue malheureuse de cette expédition né découragea point lés Espagnols, et ne les empêcha point dé former de nouvelles entreprises du même genre. Lorsque les richesses s'acquièrent par degrés par la persévérance de riûdustrie, ou s'accumulent par les lentes opérations d'un confmercè régulier, les moyens qtf on emploie sont tellement proportionnés à leur effet qu'il n'en résulte Vien qui puisse frapper l'imagination et exciter les facultés de l'âme 'à des efforts eltraordînaires. Mais lorsqu'on voyait de grandes fortunes s'élever presque dans un instant ; lorsqu'on voyait l'or et les perles s'échanger pour des bagateïléé ; lorsque les pays otï se trotyaient ces précieuses productions, défendus seulement par des sauvages, devenaient fa proie du premier aventurier (Jui avait de l'audace, des circonstances si extraordinaires et si séduisantes ne pouvaient manquer d'ènûammer Fesprk entreprenant des Espagno'fé, et dé les précipiter éri foule vers cette nouvelle rotte ouverte aux richesses et aux bontietn^s. tant tpe cet esprit conservai sa force et son ardeur, tdo^es les tentatives* dé découverte Ou dé conquête furent ^ppïathKéiâ, étde noWeaux aventuriers s'y enga(- ^èrent ài'èi*iVi les unâ des' autres. Là passion de nou^eHes entreprises,, qui caractérise cette époque des découvertes à la fin du quinzième et m commencetnent du seizième siècle, aurait Suffi pour étftpêôhér les Espagnols de s'airêter dan^ leur carrière : mais des évéhenfiehrts arrivés âa,tis le même tettips à l'Espaîgnofâ éôhcoiîruréùt à éfiendre leur navigation et' leurs con- ^ufîteè*. ta rigueur avec laquelle On avait traité les habitants dé èfefté Hé éh aytlnt pré^é entièrement éteinf la race, plusieuW éei coiOfiSs èiâpagriofê se vifen^ dans l'impossibilité, comme je.

» Herrera, decad. IJib! VII, cap. ii.~Gomara, Hi8t.,cap, 5;, ôé, 5^.— Benîon, uist, lib, I, caf , iS-aJ, ^ F. Ôartyr, decàd, f 2a«

LITRE r^OlSIËlI^. 474

Vsl\ déjà c^rvé, de continuer leur^ trayietùx ayec la iQ$me v^guejur et le même avantage, et furent obligé^ de chercher 4e& établissements dans qudques* pays où les naturels n'eusçeqt pas été détruits par Toppressioo. D'autres, entraînés par cette légèreté inconsidérée, si naturelle aux hommes qui font d^ fortunes rapides^ avaient dissipée par une folle prpdigalité ce qu'ils avaient acquis sans peine, et la nécessité les fori^it.à s'engageV dons les entreprises les plus hasardeuses pour rétablir leurs affaires. {1 511] Lorsque don Diego Colomb se propos de conquérir l'Ile de Cuba et d'y établir une colonie, les difiBérentes causes qu^ je viens; d'exposer déterminèrent plusieurs colons les plus distingués de l'Ëspagnola à entrer dans ce projet. U confia le commandement des troupes destinées pour l'expédition à Diego Yélasquès, quj avait accompagné son pèr^ dans son second voyagé, et qui était depuis longtemps établi à l'Ëspagnola, où il' avait acquis une fortune considérable, et ui^e telle réputation d'habileté et de prudence, que personne ne par raissait plus propre à conduire une expédition importante. Troi^ cents hommes parurent suffisants pour faire la conquête d'une île* très-peuplée et qui avait plus de sept cent6 milles de lon-f gueur; mailles naturels en étaient aussi peu belliqueux que ceux de l'Espagnola. Ils ftirent intimidés par la.seule vue de leurs nouveaux ennemis, et ne songèrent à oppc^r aucune résistance : quoique depuis le temps où les Espagnols avaient pris possession 4ii Tilie voisine il$ dussent ^'attendre à une descente sur leur territçure, aucune des petites bourgades entre lesquelles Cuba était partagée n'avait fait de dispositions pour se défendre ; aucune mesure n'avait été prise pour la sûreté commune. La seule opposition que les espagnols rencontrèrent fut de la part d'Hattuey , cacique qui s'était enfui de l'Espagnola et avait pris possession de'l'extrémité orientale de Cuba. Il se mit sur la défensive dès leur premier débarquement et tâcha de les repousser vers leurs vaisseaux ; mais sa faible troupe fut bientôt rompue et dispersée,, et le cacique lui-même ayant été fait prisonnier., Yélasquès, suivant la barbare maxime des espagnols, le regarda comme un esclave qui avait porté les armes contre son paàitre, et le condamna à être brûlé. Lorsque Hattaey fut attaché au poteau, un moine franciscain s'efforçait dç

472 HISTOIRE DÉ L'AMÉRIQOE.

le iDonvertir, en lui promettant qu'il jouirait sur-le-charop de toutes les délices du ciel , s'irvoulait embrasser la foi chrétienne- « Y a-t-il quelques Espagnols/ dit Hattuey après un moment « de silence, dans ce séjour dé délices dont vous tne parlez? « —Oui, répondit le moine, mais<^ux-là seulement qui ont « élé.justeset bons. — Le meilleur d'entre eux, répliqua lieca- « cique indigné, ne peut avoir ni justice ni bonté; je ne veux « pas aller dans un lieu où je rencontrerais un seul homme de « cette race maudite*. » Cet exemple eflrayant de vengeance frappa les habitants des différentes provinces de Cuba d'une si grande terreur qu'ils tentèrent à peine de mettre quelque opposition au progrès de leurs ennemis, et Vélasquès réunit, sans perdre un seul homme*, cette île vaste et fertile à la monarchie espagnole'.

[1 5i 2] La facilité avec laquelle s'exécuta une conquête si importante servit d'aiguiljon pour former d'autres' entreprises. Jean Ponce de Léon, qui avait acquis dé la gloire et de la fortune par la réduction de Porto-Rico, était impatient de s'engager dans quelque expédition nouvelle. Il équipa à ses frais trois vaisseaux pour aller tenter des découvertes*, et sa réputation attira bientôt à sa suite un corps nombreux d'aventuriers. Il dirigea sa route- vers les îles Lucayes, et, après avoir touché quelques-unes de ces îles, ainsi qu'à celles de Bahama, il cingla au sud-ouest et découvrit un pays que les Espagnols ne connaissaient pas encore, et auquel il donna le nom dé Floride, s'oit parce qu'il le reconnut le jour du dimanche des Rameaux, soit à cause de l'aspect agréable que lui offrit le pays même. H essaya de débarquer en différents endroits ; mais l'opposition vigoureuse qu'il éprouva de la part des habitants, qui étaient

' B. de La9 Casas, pag. 40. * *

* Les habitants de la province de Mayci, où résidait le cacique, se soumirent, il est vrai, sans résistance ; mais il n'en fut pas de mêine des habitants des autres provinces de l'île de Cuba, et, à moins que les Espagnols Fussent invulnérables, il en dut périr un certain nombre, puisquén i5i2 Pamphile de Narvaez, né comme Vélasquès dans le district de Cuellar, fut obligé de venir à son secours avec un corps d'archers, pour le sefcourir contre les Indierts qui le poursuivaient vivement. (D. L.R.)

^ Herrva, decad. I, lib IX, cap. 2, 3. etc. — Oviedo, lib. XVIf, cap. 3, pag. 179.

* Ponce de Léon partit du port Semt-Germain, dans Fîîe dtf Porto-Rico, le I" mars i5i2. (D. L R.). *

IIVRE TROISIÈME. 473

féroces et guerriers, lui fit sentir la nécessité d'avoir des forces plus considérables pour y former un établissement. Content d'avoirouvert une communication avec un pays nouveau, sur la richesse-et l'importance duquel il fondait de grandes espérances, il retourna à .Porto-Rico par le canal connu aujourd'hui sous le nom de golfe de la Floride.

Ce. ne fut pas seulement le désir de. découvrir des contrées nouvelles qui engagea Ponce de Léon à entreprendre ce voyage ; il y fyt déterminé aussi par une de ces idées chimériques qui se mêlaient alors à l'esprit de conquête et y donnaient plus d'activité. Il y avait parmi les habitants de Porto-Rico une tradition établie que dans l'ile de Bimini, l'une des Lucayes, on trouvait une fontaine douée de la vertu merveilleuse de rendre la jeunesse et la vigueur à tous ceux qui se baignaient dans ses eaux salutaires. Animés par l'espérance de trouver ce restaurant miraculeux. Ponce de Léon et ses compagnons parcoururent ces îles, cherchant avec beaucoup de peine et tié sollicitude, mais * sans succès, la fontainequi était le principal objet de leur expédition. Il n'est, pas étonnant qu'un conte si absurde ait pu trouver quelque crédit parmi des peuples simples et ignorants tels qu'étaient les naturels; mais, qu'il ait pu faire quelque im- ' pression sur des hommes éclairés, c'est ce qui semble aujourd'hui presque incroyable : le fait n'en est pas moins certain, et les historiens espagnols les plus accrédités ont rapporté ce trait extravagant de la crédulité de leurs compatriotes. Les Espagnols étaient à celte époque engagés dags une carrière d'activité qui,, en leur présentant chactue jour des objets extraorclinaires et merveilleux, devait donner un tour romanesque à leur imagination. Un nouveau monde ô'offrait à leurs regards. Ils visitaient des îles et des continents dont les Européens n'avaient jamais imaginé l'existence. Dans ces contrées délicieuses la nature semblait se montrer soiis d'autres formes ; chaque arbre, chaque plante, chaque animal était différent de ceux de l'ancien hémisphère. Les Espagnols se crurent transportés en des pays enchantés, et, après les merveilles dont ils avaient été les témoins,^ dans la première chaleur* de leur admiration, il n'y avait rien d'assez extraordinaire pour leur paraître incroyable. Si une succession rapide de scènes nouvelles et frappantes put

474 HISTOIRE DÉ L'ÀMÉaiQUE.

produire assez d'impression sur l'esprit sage de Colomb pour qu'il se vantât d'avoir découvert le siège du paradis, on ne doit* pas trouver étrange que Ponce de Léon ait cru découvrir la fgntaine de la jeunesse*.

Peu de temps après cette expédition à la Floride il se fit une Recouverte beaucoup plus importante dans une autre partie de rAmérique. Balboa, ayant été nommé gouverneur de la petite colonie de Santa-Maria dans le Darien par le -suffrage volontaire de ses compagnons , fut si empressé d'obtenir de la couronne une c6nfirmation.de leur choix, qu'il dépêcha un officier en Espagne pour solliciter une commission royale qui lé revêtît d'un titre légal. Comme il sentait cependant qu'il ne pouvait fonder le succès de ses espérances ni sur la proteiction des ministres de Ferdinand , avec lesquels il n'avait aucune liaison , ni sur des négociations dans une cour dont il ne connaissait pas les intrigues, il tâcha de se rendre digne de la faveur qu'il sollicitait par quelque service signalé qui lui méritât la préférence sur ses compétiteurs. Frappé de cette idée, il fit de fréquentes incursions dans^ les pays adjacents , «oumit plusieurs , caciques et recueillit une grande quantité d'or, qui était plus abondant dans cette partie du continent que dans les îles. Dans une dé ces incursions les Espagnols se disputèrent avec une telle chaleur pour le partage d'un peu d'or, qu'ils furent près • de se porter à des actes de violence les uns contre les autres. Un jeune cacique, témoin de cette querelle et étonné de voir mettre un si haut prix à une chose dont il ne devinait pas l'utilité, renversa avec indignation l'or qui* était dans une balance, et, se tournant vers les Espagnols, leur dit: « Pourquoi vous « quereller poiir si peu de chose? Si c'est l'amour de l'or qui « vous porte à abandonner votre propre pays pour venir trou-. « hier la tranquillité des peuples qui sont si loin de vous; je « vous conduirai dans un pays où le métal qui paraît être le « çrand objet de votre admiration et de vos désii^ est si com- « mun, que les plus viïs ustensiles en sont faits, >» Ravis de ce qu'ils entendaient, Balboa et ses compagnons demandèrent

• p. Martyr, decad. p. 20 s. — Ensayo chrond. p^a I.1 HUt. dç |a Florida, por U. Gab. Cardenas, p. i. — Oviedo, lib. XVI, cap. 2. — Uerrera, decad. jf, lib. IX , cap. 5. — Hist. de la concj. de la Flprida, por Gare, de la Vega, lib. ï, cap. 3,

LI¥ai TROISIÈME. 471»

avec empressemenl-où était cetterbeureuse contrée et oomment ils pourraient y arriver. Le cacique leur apprit qu'à la distance de six soleils , c'est-à-dire de six jours de mariie vers le sud, ils découvriraient un autre Océan près duquel cette ricie contrée était située ; mais que s'ils se proposaient d'attaquer ce . royaume puissant , ce ne pouvait être qu'avec des forces très-supérieures à celles qu'ils avaient alors *.

Ce fut la première indication que reçurent les Espagnols du grand Océan méridional et du riche et vaâte pays connu ensuite sous le nom de Pérou. Balboa eut alors devant lui des objets. dignes de son ambition sans bornes et de l'audacieuse activité de son génie. Il conclut sur-le-champ que l'Océan dont parlait le cacique était celui que Colomb avait cherché dans cette môme partie de l'Amérique , dans l'espéranc'e de s'ouvrir par là une communication plus directe avec les Indes orientales ; et il conjectura que la riche contrée dont on lui fiusaitla description devait être une partie de cette grande et opulente région de la terre. Flatté de l'idée d'exécuter ce qu'un si grand homme avait en vain entrepris, et empressé d'effectuer une^ découverte qui ne devait pas être moins agréable au roi qu'utile à son pa^s , il attendit avec impatience le moment de partir pour cette expédition , auprès de laquelle tous ses premiers, exploits paraissaient être de peu d'importance. Mais il fallait faire des arrangements et des préparatifs indispensables pour s'assurer du succès. Il commença par solliciter et gagner l'ainitié des caciques voisins. Il envoya quelques-uns de ses offîders à l'Espagnola avec une grande quantité d'or, qui était à la fcws la preuve du succès qu'il avait d^à eu et l'annonce de ceux qu'il se promettait encore. Les présents qu'il en fit, distribué^ à propos,' lui méritèrent la protection du gouvernement et attirèrent beaucoup de volontaires à son service. Dès qu'il* eut reçu de cette île le renfort considérable qu'il en attendait , il se crut en état de tenter son expédition.

L'isthme de Darien n'a pas plus de .soixante milles de largeur; mais cette langue de terrequi unit ensemble le continent méridional de l^4mérique avec le septentrional est for-

» Herrera, dccad. I, lib. IX, cap. 2. — Gomara, cap. 60. — P. Martyr, decad p. 149.

tifiée par une chaîne de hautes montagnes qui s*étendent dans toute sa longueur et en font une barrière assez solide pour résister à l'impulsion des deux mers opposées. Les montagnes sont couvertes de forêts presque inaccessibles. Dans ce climat humide, où il pleut pendant les deux tiers de l'année, les vallées sont marécageuses et si fréquemment inondées , que les habitants se trouvent, en plusieurs endroits , dans la nécessité de bâth* leurs maisons sur des arbres , afin de s'élever à quelque distance au-desisus d'un sol humide et des reptiles qui s'engendrent dans les eaux corrompues U De grandes rivièras se précipitent avec impétuosité des montagnes. Cette région n'était peuplée que de sauvages errants et en petit nombre , et la main de l'industri^ n'y avait rien fait pour corriger ou adoucir ces inconvénients naturels. Dans cet état de choses , tenter de traverser un pays inconnu sans avoir d'autres guides que des indiens sur la fidélité desquels on ne pouvait guère compter, était l'entreprise la plus hardie que les Espagnols eussent encore formée dans le Nouveau-Monde. Maig l'intrépidité de Balboa était si. extraordinaire qu'elle le distinguait de tous ses compatriotes dans un temps où le dernier des aventuriers se faisait remarquer par son audace et par son cou rage .«Il joignait .à la bravoure la prudence, la gé'nérosité, l'affabilité, et ces talents populaires qui dans 'les entreprises les plus téméraires inspirent la confiance et fortifient l'attachement. Cependant, après la jonction des volontaires de l'Espagnola, il ne put rassembler que cent quatre-vingt-dix hommes pour son expédition;'mais c'étaient des vétérans robustes, accoutumés au climat de l'Amérique et prêts à le suivre au milieu des plus grands, dangers. Ils se firent accompagner de mille Indiens qui portaient leurs provisions; et, pour compléter leur armement de guerre , ils emmenèrent avec eux plusieurs de ces chiens féroces si formidables pour des ennemis entièrement nus.

Balboa se mit en marche pour dette grande expédition le !•'• septembre, vers le temps où lès pluies périodiques commençaient à diminuer. Il se rendit par mer sans aucune difficulté sur le territoire d'un cacique dont il avait gagné l'amitié; mais il n'eut pas plutôt commencé à pénétrer dans la partie

» p. Martyr, decad.p. iS».

intérieure du pays qu'il se trouva retardé dans sa marche par tous les 'obstacles qu'il avait eu lieu de craindre, tant delà nature du terrain .que de la disposition des habitants. A son approche , quelques caciques s'enfuirent avec tous leurs sujets vers le.s montagnes ^ emportant avec eux ou détruisant tout, ce qui pouvait servir à la subsistance des troupes espagnoles. D'autres rassemblèrent leurs sujets pour s'opposer à Balboa ^. qui ne tarda pas à sentir combien il lui serait difficile de con* duire un corps de troupes ad milieu de nations ennemies, au travers des marais, des rivières et des bois.qui n'avaient jamais été franchis que par dps sauvages errants. Mais eil parta-* géant toutes les fatigues d'une pareille .marche avec le dernier de ses soldats, en se montrant toujours le premier au danger et en leur promettant avec confiance plus .de gloire et de ri • chesseô que n*en avait jamais mérité.le plus heureux de leurs compatriotes, il savait si bien échauffer Jegr enthousiasme et soutenir leur courage, qu'ils le suivaient sans murmurer. Ils avaieTit pénétré assez "avant dans les montagnes lorsqu'un cacique puissant se présente avec un, corps nombreux de ses sujets pour défendre le passagQ* d'un défilé; mais des hommes accoutumés èP vaincre de si grands obstacles ne pouvaient être arrêtés par de si faibles ennemis. Ils attaquèrent 'les Indiens ave(? impétuosité et continuèrent leur marche après les avoir dispersés sans beaucoup de peine et en avoir fait un grand carnage. Quoique leurs guides leur eussent dit qu'il ne leur fallait qtfe six jours pour traverser l'isthme .dans sa largeur , ils en avaient déjà passé vingt-cinq à se frayer un chemin à travers les bois et les montagnes. Plusieurs d'entre eux étaient prêts à succomber sous les fatigues continuelles de cette marche dans un climat J}rôlànt; plusieurs furent attaqués des maladies particulières au pa*ys, et tops étaient impatients d'arriver au terme de leurs travaux et de leurs souffrances. Enfin les Indiens les assurèrent que du sommet de la montagne la plus voisine ils découvriraient l'Océan qui était l'objet de leur désir^ Lorsqu'après des peines infinies .ils eurent gravi la plus grande partie de cette .montagne escarpée, Balboa fit faire halte à sa troupe et s'avança seul au sommet, afin de jouir le premier d'un spectacle qu'il désirait depuis si ïohglemps. Dès qu'il-

dbyLjOOgle

478 HISTOIRE DB t'AMiWQCJE.

£q)erçut la mer du Sud s'étendant devant lui dans un horizon sans bornes, il tomba à genoux , et , levant les mains vers Iq ciel , il rendit grâces à Dieu de l'avoir conduit à une découv^rta si avantageuse pour son pays et si glorieuse pour lui-même. Ses compagnons, observant ses transports^, s'avancèrent vers lui pour* partager son admiration , sa reconnaissance et sa joie.. Ils se bâtèrent de gagner le rivage, ètBalboa, s'avançant just qu'au milieu des eaux, de la mer avec son l)Ouclier et son épée, prit possession de cet Océan au nom du roi d'Espagne , et fit voeu de le 'défendre avec les arpaes qu'il tenait contre tous 1^ •ennemis de son souverain *."

Cette partie de la gr.ande mer Pacifique ou mer du Sud que Balboa déœuvrit d'abord , et qui est située à l'est de Panama , conserve encore le nom de golfe de Saint-Midiel qu'il lui donna. Il força à main armée plusieurs des petits princes qui gouvei'naient les district voisins de pe gol£e à lui donner des vivres et de l'or. D'autres lui en envoyèrent volontairement. Quelques caciques ajoutèrent à ces dons précieux- une quantité considérable de perles , et il apprit jd'eux avec une grande satisfaction que les buîtres où se trouvent les perles abondaient dans la mer qu*jl venait de découvrir. •

. . La découverte de cette source de richesses contribua à encourager ses compagnons, et il reçut en même temps des avi^qui le. confirmaient dans Tespérancè de retirer de son expédition des avantages encore plus grands. Tous les Indiens des côtes de la mer du Sud l'assurèrent de concert qu'il y avait ià une distance assez considérable , vers le sud-est, un riche et puissant royaume dont les habitants avaient des animaux apprivoisés pour porter des fardeaujc ; et , pour lui en donner une idée , ils traçaient sur le sable la figure des liâmes ou moutons, qu'on trouva ensuite au Pérou , et que les Péruviens avaient en effet accoutumés à porter des Dardeaux. Gomme lellama res-< semble à peu près pour la forme au chameau , bête de charge qui était regardée comme particulière à l'Asie , cette circon-^ stance,. jointe à la découverte des perles, autre production asiatique, concourut à affermir les Espagnoles dan§ la fausse idée

» Herrera^ clec^d, I, lib, X, cap, i, — Qomara, cap, 63, etc, -^ V. Martyr, decad. ' pt 9q5j etc.

OÙ ils étaient qae le Nonvean-Monde était voisin des Indeé orientales*., . ,

[iSi4] Mais quoique les avis (Jue Baîboa recevait des habitants de la côte, fortifiant ses proptes conjectures et i^es eépérances, .lai donnassent une extrême impatience de voir ce pays inconnu , il était trop prudent pour tenter d'y entrer avec une poignée d'hommes épuisés de fatigue et affaiblis par les maladies *. Use détermina à.ramener sur-le-champ ses compa^ns à rétablissement de Santa-MiSfria dans le Darien , pour revenir la saison suivante avec* des forces proportionné^ à Tentreprise hasardeuse qu'il méditait. Afin d'acquérir une oomnaissance . plus étendue de l'isthme , il prit à son retour une route dififîérente de celle qu'il avait suivie en allant et où il s'éprouva pas moins de difficultés et.de dangers que dans la première ; mais il n'y a rien d'insurhfion table à des hommes attiraés par l'espérance et par un succès déjà obtenu. BaJboa revint à Santei- Maria, après une absence de (Quatre mois, rapportant plus de gloire et de richesses que les Espagnols n'en avaient encore acquis dans aucune dé leurs expéditions au Nouveau-Monde. Parmi les officiers qui l'avaient accompagné il n'y en avait point qui se fût plus distingué que François Pizarre, et il n'y en eut aucun qui déployât plus de courage et d'ardeur pour aider Balboa à s'ouvrir une communication avec ces pays, où il joua ensuite lui-même un rôle si glorieux *.

Le premier soin dé Balboa fut d'envoyer en Espagne les détftiîs^dc Timpôi^tànte découverte qu'il venait de faire ; et dé de- 'mlander uù renfort de lînille hommes pour tenter laconquête cfe cette riche contrée, sur laquelle il avait reçu des instructions si encourageantes. Le premier avis de ïâ découverte du Nouveau-Monde ne causa peut-être pas ùpe plus grande joie que èèfttè nouvelle inattendue qu'on avait enfin trouvé un passage àtt» é^^nd Océan méridional. On ne douta plus qu'il n'y eûfttiWé comififun'ication avec les Indes orientales par une route qui élàif H Foùest de la; ligne de démarcation tracée par le pape.

» Herrep^dècad. I,lib. X, cap. 2. ' . .

» Voyez la Non 19.

3 Herrera, d«cad. I, lib, X, cap» 3^. — Ainap^, cap, 6»j.«-PV Martyr, dccad, p. 229, •

49 HISTOIRE DE L'ÀHÉBIQirE.

Les trésors que le Portugal tirait chaque jour de ses établissements et.dejses conquêtes en Asie étaient un sujet d'envie et un objet d'émulation pour les'autres puissances. Ferdinand se ' flatta dès lors de l'espérance de partager ce commercé lucratif; et, dans l^empressèment qu'il avait d'arriver à ce but, il était disposé à faire un effort supérieur à ce que fialboa demandait. Mais dans cette, disposition même on ireconnut les effets delà politique jalouse qui le goidait , ainsi que de la funeste antipathie de Fonseca, alors évêque de Burgos ,.pour tout homme de mérite qui se distinguait dans le Nouve'au-Monde. Malgré les services récents de Balboa, qui le désignaient comme l'homme le plus propre à achever la grande entreprise qu'il avait conlmencée, Ferdinand fut assez peu généreux pour n'en tenir aucun compte et pour nommer Pedrarias d'Avilla gouverneur du Darien. Il lui donna le commandement de quinze gros vaisseaux avec douze cents soldats. Ces bâtiments furent équipés aux frais du public avec une magnificence que Ferdinand n'avait encore montrée dans aucun des armements destinés pour le Nouveau-Monde ; et tel fut l'empressement des gentilshommes espagnols à suivre unchef qiii devait les conduire dans un pays où, suivant le bruit de la renommée, ils n'auraient qu'à jeter leurs filets dans la mer pour en tirer de l'or \ que quinze cents d'entre eux s'embarquèrent à bord de la flotte, et qu'un beaucoup plus, grand nombre se seraient engagés pour cette expédition si on avait voulu les recevoir *,

Pedrarias, étant arrivé au 'golfe de Darien sans aucun accident remarquable, envoya sur-le-champ à terre quelques-uns* de ses principaux officiers pour informer Balboa dé son arrivée avec la commission 'du roi qui le nommait gouverneur de la colonie. Ces députés, qui avaient entendu parler des exploits de Balboa et qui s'étaient formés les plus hautes idéeSède ses . richesses , furent bien étonnés de le trouver vêtu d'un habit de toile, ayant des souliers déficelle, occupé aveo quelques Indiens à couvrir de. roseaux sa cabane. Sous ce vêtement simple , qui répondait si peu à l'attente et aux désirs de ses nouveaux hôles , Balboa les reçut avec dignité. La renommée

» Hi rrera, decad. I, lib. X, cap. 14*

* ilcii^era, CeiaC. I, lib. X, cap. 6, 7. — P. Martyr, dccad. p. 17.7*296.

de ses découvertes avait attiré près de lui un $i grand nombre d'aventuriers des différentes. îles, qu'il pouvait rassembler quatre cent cintiuante hommes en armes. A la tête de ces hardis vétérans il aurait été en état de résister à Pèdrarias et à sa . tipupe; mais quoique ses compagnons murmurassent haute-^ ment de l'injustice du roi en déplaçant leur commandant, et se plaignissent que des étrangers voulussent recueillir le fruit deleurs trayaux et de leurs suecès , Balboa se soumit aveuglément à la volonté de son souverain; et reçut' Pedrarfas avec tous les égards dus à son caractère **. - ^

Quoique, Pèdrarias dt>t à 'cette modération la possession paisible de .son gouvernement , il nomma un -comité, pour faire des informations judiciaires sur la conduite de Balboa pendant qu*il était aux ordres de Nicuessa et d'Bncisô, et lui imposa une amende considérable pour réparation dès fautifs dont il fut trouvé coupable par ses jugés. Balboa sentit vivement l'humiliation de se voir sourtiis à une ppocédure et condamné à un châtiment danS le lieu même où il venait d'occuper le premier raj[)g. Pèdrarias, de son côté, ne pouvait cacher la jaloiisie .qu'excitait en lui le mçrité supérieur de Balboa; de sorte que le ressentiment de l'un et la jalousie d^ l'autre furent une source de. idivisfons 'très-pernicieuses à la colonie; mais elle était menacée* d'une calamité plus funeste encore. Pèdrarias avait débarqué au Darien dans le temps le plus défavorable de l'année, vers le milieu de la saison pluvieuse , dans cette partie de la zone* torride où les nuées versent des torrents d'eau inconnus dans les climats plustempérés ^. Le village de Santa- Maria était situé dans une plaine fertile, environnée de bois et do inaraiB. La constitution des Européens ne put pas résister à l'influence pestilentielle d'une semblable situation , dans un climat naturellement malsain et dans une saison si fâcheuse. Une maladie violente et meurtrière fit -périr plusieurs soldats qui acconopagdaient Pèdrarias. L'extrême rareté des provisions aggrava encore leur détresse par l'impossibilité de se. procurer les rafraîchissements nécessaires aux malades et une subsistance

• Herrera^.decad. I, lib. X, cap. t3, i^.

• Richard, Hist» nat, de Tair, tom* I, pag. 204.

sufiisante pour ceux qui s^ partaient bien * . En un mois de temps plus de six cents Espagnols périrent dans la dernière misère. L'abattement et le désespoir se répandirent dans la colonie. Plusieurs des personnages prinicipaux dertiandèrent leur démission et renoncèrent avec plaisir à toutes leurs espérances ^e fortune pour se dérober aux dangers de cette r^ion meurtrière. Pedrarias s'efforça de distraire ceux qui restaient du sentiment de leurs souffrance» en leur procurant de* l'occupation. Dans cette vue il envoya plusieurs détachements dans ^'intérieur du pays pour ihiposer aux habitants des contributions d'or. et pour chercher les milles qui le produisaient. Ces aventuriers avides , plus occupés du gain présent, que des moyens de faciliter leurs progrès par la suite , pillaient sans distinction partout où ils allaient. Sans égard pour les alliances que Balboa avait faites-aveaplusieurs caciques, ils les dépouillaient de tout ce qu'ils avaient de précieux , et les traitaient, ainsi que leurs sujets , avec le dernier degré de l'insolence et de la cruauté. Cette tyrannie et ces exactions / que Pedrarias n'avait peut-être ni le pouvoir ni la volonté de réprimer, ne firent plus qu'un désert de .tout le paya qui s*étend du golfe du Darien jusqu'au lac* de Nicaragua, et les Espagnols se virent, par leur imprudence , privés des ressources qu'ils auraient pu trouver dans l'amitié des habitants , pour pousser lenrs conquêtes vers la mer du Sud. Balboa^ qui voyait avec douleur combien une conduite si inconsidérée retardait l'exécution de son plan favori , fit passer en Espagne des remontrances trèsfortes contre l'administration de Pedrarias qui avait ruiné une colonie heureuse et florissante. Pedrarias de son côté accusa Balboa d'avoir trompé le roi par des récita exagérés de ses' exploits et par un faux exposé de la richesse du pays *.

[1515] Ferdinand sentit à la fin la faute qu'il avait faite en déplaçant l'officier le plus actif et le plus expérimenté qu'il eût dans le Nouveau-Monde, et, voulant dédommager Balboa, le nomma adelantade ou gouverneur-lieutenant des pays situés sur la mer du Sud , avec une autorité et des droits très-éténdus.

' Herrera, decad. I, lib. X, cap. 14. — P.. Martyr, decad. p. 272. * Herrera, decad. I, lib. X, cap. i5 ; decad. Il, cap. 1, etc. — Gomara, cap. 66 .— '. P. Martyr, 'decad. III, cap. 10. — Relac^deBî deLasÇaisas, p. n.

LIVRÉ TROISIÈME. f83

il ordonna en même temps à Çednft-ias.de seconderBalboa dans touteaijes entreprises et de se concerter avec lui sun toutes les oi)érations que Pédrarias voudrait faire lui-même. Mais il n'était pas à'u pouvoir de Ferdinand de- faire passer si B^jèltement * ces deux homtnes d'une haine déclarée à Uiie entière confiance. Pédrarias continua de traiter son rival avec dédain ; et la fortune de Balboa se trouvant épuisée par le paiement de son amende et par d'âutref exactions de Pédrarias,* il fut hors d'état de faire Içs dispositions nécessaires pour se mettre en possession de Son nouveau gouvernement. Cependant, par la médiatioil et lès exhortations de Tévêquô du Darien , on vint à bout de léS réconcilier; et pour cimenter plii» solidement celle union , PedrâHa^ consentit â donner^sa fille en mariage à Balboa. Le premier effet de leur union fut de permettre àfealboa de faire quelques petites incursions dans le pays, et il les exécuta avec une sagesse qui ajouta encore i la Réputation qu'il s'était acquise. Plusieurs aventuriers se joignirent à lui , éla'vec le secours et la protection de Pédrarias, il commença à tout préparer j^ur son expéditiou vers la mer du 5|ld. Pour exëctiter ce projet il était nécessaire de construire des vaisseàui capables de. transporter des troupes dans les provinces (fU'il se proposait d'envahir. Après avoir vaincu'un grapdhombre d'obstacles et supporté plusieurs dé ées -contrariétés qui semblent <ivoir été réservées aux conquérants de TAmérique , il vint à bout de construire quatre petits birigantins. [ 1517 ]: Il était prêt à mettre à la voile pour le Pérou avec trois cents hoittiHtes d'élite (force. supérieure à r^lle avec laquelle Piz'arre etitlrejprit depuis la lifiême expédition ), lorsqu'il reçut un ihesôageinattçrtdu de Pedrat-ias^ Comme leur /écoriclliation n'avait jamais été sincère , Tentreprise que Balboa était sur le i)Oint d'exécuter taniiïïa l'ancienne inimitié de Pédrarias et la riehdlt plii^ active eiicore. ïl redoutait l'élévation et là prospérité, d'un homme qu'il avait si cruellement offensé. H craignit que le. succès n'encourageât Balboa à se rendre indépendant de sa juridiction ; et bës ttttmvëmehts dfe haine ,. de crainte et de Jalousie agissaient sur son âme avec tant de force, que. pour satisfaire sa vengeance il ne craignit pas de foire échoaer une

» Herrera) décadi II, Ub. I, cap. 3 j lib. H, cap. ï ïAZ-ïW

entreprise dlune si grande jmpprtance pour son pays. Sous des prétextes faux , mais plausibles » il «engagea Balboa à diffé' rer son voyage de quelque temps et à se rendre à' A^lf , où il voulait avoir uneentreyjie, avec lui. Balboa, avec ki confiance d'un homlne qui n*4 rien à se reprochTer^ se rendif au lieu qui lui avait été indiqué; mais il ne fut pas plutôt entré dans Acla qu'il fut arrêté par ordre da Pedrarias , qui , impatient d'assouvir sa vengeance, ne le laissa pas lanigùir longtemps dans fit captivité. On nomma sut-î^-champ déjuges pour instruire son procès, il fut accusé d'avoir manqué de fidéfité au roi et d'avoir voulu se révolter contre le gouverneur. La sentence de rport fut bientôt prononcée , et quoique leâ juges eux-mêmes , secondés par toute la colonie, sollicitassent vivement la grâce de Balboa, le gouverneur fut inexorable, U les Espagnols virent avec autant de douleur c^uc d'étoiuiement périr s^»- Téchafaud un hoRime qui , de tous ceux qui avaient commandé en Amérique , était généralement regardé comme le plus propre à concevoir et à exécuter de gracfds projefs*. Sa mort fit renoncer^àTexpédition qu'il avait projetée. Bedrarias, puissamment iJrotégé par.i'évêque de Burgos et par quelques autres courtisans , échappa, non-seulement à la punition que méritaient la violence et l'iniquité de sa conduite , mais con- , scrva m%me sa place et son autorité. Bientôt après il obtint la . permission de faire passer la colonie- du poste malsain de Santa-Maria à* PaBania ,' qui était sur le côté opposé de l'isthme; quoique ce changement né fût pas fort avantageux sous le rapport de* la salubrité d.u lieu , la situation commode du nouvel établissement ne «Bntribua pas peu à facifiter les conquêtes posrieures des Espagnols daps les vastes provinces qui bordent la merduSijd*. • ^' • '

Pendant que. ces événements, dont cm a c^:u ne devoir pas

interrompre le récit, se passaient dans le Darien, il se faisait

» Herrera, decad. U) lib. Il, cap. ai, 22.*— La CoIIectton des voyages et découvertes des Espagnols, depuis la fin du quinzième :)iècle, contient plusieurs Relations et letiros originales inédites de Balboa , de ce malheureux Balboa, que son intrépidité S(fn talent maritime/ses découvertes et ses conquêtes font placer à côté de Fernand Cortex et de Pizarre. On y trouve aussi quelques pièces relativea.au procè» qui tei^ mina ses jours. (D. L. R.) ,'

s Herrara, decad. II, «lib. IV, cap. 1.

Éulleurs d*autrêB' opérations importantes relâlivement ^i la découverte, à la conquête et £p gouvernement des autres provinces du Nouveau-Monde. Ferdinand était si occupé du projet d'ouvrir une communicaliaû par Touest avec les Moluques ou îles des épiceries , que dans l'année 151 S il équipa à ses frais deux vaisseaux destinés à cette expédition et dont il donna le comg:iandem4l3t à Jean Diaz de SoTis , qui passait pour le p1u5 habile navigateur 4'£spagne« êolis prit sa roij^^e le long de la côté de TAmérique méridiCHialé, et le 1*^ janvièi: 1516., il

donna le nom de Janeiro lerce considérable. De là il }ii'il imagina être l'entrée isen 'e du i con-

mhx es de sôD éguipage furent ^ués par les natc vais-

seaux coupèrent paf morceaux les it les

.mangèrent après les «voir fait rOtir bor-

' rible» spectacle et découragés par- là i lant,

ceux des Espagnols qui resta^ient §^es vaisseaux retournèrent en Europe sans tenter aucuije autre découverte*.' Quoique cette tentative eût échoué, elle ne fut pourtant pas jÉnUle : éller

fmes instruits <3t

li ^ peu d'années

erdin^nd.

tant d'activité à

ts en Amérique,

leur principale

iego Colomb, ne

s.pourpiKKîurer

sétte dôlonfe qui

éfisiient plus immédiatement sous sa juridiction ; mai)^ il était

gêné. dans toutes ses opérations par la politique so^pçônn/wise

* Cet ^vénemenl se passa près 9'ua ruisseau qui est situé entre Montevideo et Maldonado, efqui a conservéjîiiiAOâ de Rio.de Solis. j(D. L. H.) > Herrera, decad. II, 1^. f^^^P* 7*-' !*• Martyr, decad. pag. 317.

486 • HISTOÏRÇ JXft \.'A^t^(fE.

de Ferdinand , qui , en toute occasion çt ^pus-l^ pii'étes^teç les plus fi^Yoles , l\ii ôta unç partie de ses privilèges et encouragea le trésosiier, les juges et les autres officiers inférieurs à contrarier ses mesures et ^ contester son autorité. )La prérogative la plus" importante du gouverneur» était celle de distribuer les Indiens parpiV. les Espagnols établis dans l*ile. La servitude rigoureuse de ces nAlheureux n^ayant reçu que d^ très -faibles adoucissefl^ents par les diyey§ règlements qu'on' avait fï^its'én

. leur faveur, le pouvoir de disposer à son gré des i^istruments du trf^vail assurait au gouverneur une grande ^i *

la colonie, four l'en dépouiller, Ferdinand c i

emploi auquel i| ^t^chs^ le droit de faire le paytag et qu*il donna à ïlo(^riguç i^lbqt^uerqiie, parent d ministre de confînnce. Don Diegq sentit vivemen r^ffront qu'on lui faisait en le privant de ses drc jet si essentiel ; et ne voulant pas rester plus longtemps dans un lieu où son pouvoir et §on créait étaient presque anéantis^ , u passa e^ Espagne dans la vtiine espérance d'ob^e^ir jystice^ S Albuquerque eqtra dans ses nouvelles fo^ictions ^vec' toute ^ rapacité d'un iRdigent aventurier impatient (}^ s'enricbiic. |î • commença par se «faire cjonner le nombre exact des Indieps qui étaient daps Tile, et trouva que de soixante mille q^./^ft iSOS, ç^Vaient survécu i toutes leurs souffrances, ^l n*çn reliait plus que quatorze mille. Il in fit plusieurs lots qu'il mit à renctière et qa'il " ' i offraient le plus

hdL\\\ prix. Par ceti an grançl nombre

d'Indiens furent élç habitations ,*'fiUi-

> sieurs î^utres enleva is, et tous fij^'ent

soumis à des trav£| rs nouveaux pre-

priétaires, pressés c ! avances. Ce sur-

croît de calamité co ^ destruction âo

cette r«ce innbcent(

La violence de ci funestes consé-

quencesi qui en furent la suite,- excitft non-seulement, <es plaintes des colons qui se cipoyaient lésés, mais encore teuçhai le cœur de tous ceux qui conservaient quelque sentiment d'hja-

* Herrera, decad. I, lib. IX, cap. 5; lib. X^ cap. 19. .» Herrera, decad. I, lib. X, cap. 12.* -,

LIVRB TROISIÈME. . 487

manité. Du moment qu*on envoya en Amérique des ecclésiastiques pour instruire et convertir les naturels , ils s'apc^rçurent que la. rigueur avec laquelle on traitait ce peuple rendait leur ministère presque inutile. Les missionnaires, se conformant à Tesprit de douceur de )a religion quMls venaient annoncer , s'élevèrent aussitôt contre les maximes de leurs compatriotes à regard des Indiens, et condamnèrent les repartimentos ou ces distributions par lesquelles on les livrait en esclaves à leurs conquérants, comme des actes aussi contraires à l'équité naturelle et aux préceptes du diristianisïne qu'à la saine politique. Les dominicains , à qui l'instruction des Américains fut d'abord confiée, se montrèrent très-ardents à attaquer ces distributions^ En 1511 , Montesino , un de leurs plus célèbres prédicateurs , déclama contre cet usage dans la grande église de Santp-Domingo avec toute l'impétuosité d'une éloquence populaire. Don Diego Colomb, les principaux officiers de la colonie et tous les laïques qui avaient entendu ce sermon se plaignirent du moine à ses supérieurs ; mais ceux-ci , loin de le condamner, approuvèrent sa doctrine comme également pieuse et convenable aux circonstances. Les franciscains, guidés par l'esprit dH^pposition et de rivalité qui subsistait entre les deux ordres , parurent disposés à se joindre aux laïques et à prendre la défense des repartimkntos. Mais comme ils ne pouvaient pas avec décence approuver ouvertement un système d'oppression si contraire à l'esprit du christianisme, ils s'efforcèrent de pallier ce qu'ils ne pouvaient pas justifier, et alléguèrent , pour excuser la conduite de leurs concitoyens, qu'il était impossible de faife aucune amélioration dans la colonie , à moins que les Espagnols n'eussent assez d'autorité sur les naturels pour les contraindre au travail *.

Les dominicains, sans égard pour ces considérations de politique et d'intérêt personnel, ne voulurent se relâcher en rien de la sévérité de leur doctrine, et refusèrent même d'absoudre et d'admettre à la communion ceux de leurs compatriotes qui tenaient des Indiens eu servitude *. Les deux partis s'adressèrent au roi pour avoir sa décision sur un objet de si grande

> Hcrrera, decad. I, lib. VIII, cap. ii — Oviedo, lib. HI, cap. 6, pag, 97, * Oviedo, lib. UI, cap. 6, p. 97.

^88 HISTOIRE DE LAMÉBIOUE.

importance. Ferdinand nomma une commission dé son conseil privé à laquelle il joignit quelques-uns des pl&s habiles jurisconsultes et théologiens popr entendre les députés d'Espagnola chargés de .défendre leurs opinions respectives. Après une longue discussion, la partie spéculative de la controverse fut décidée en faveur des dominicains, et les Injjiens furent déclarés un. peyple libre, l'ait pour jouir de tous les droits naturels de rhomme } mais, malgré cette décision, les repartimietrtos continuèrent de se foire dans la môme forme qu'auparavant K Comme le jugement de la cbmmission reconnaissait le principe sur lequel les dominicains fondaient leur opinion, il était peu propre à' les convaincre et à les réduire au silence. Enfin, pour rétablir la tranquillité dans la colonie alarmée par les remontrances et les censures de ces religieux, Ferdinand publia un décret de son conseil privé, duquel il résultait qa'après un mûr examen de la bulle apostolique et des autres titres qui assuraient les droits de la couronne de Castille sur ses possessions dans le Nouveau-Monde, la servitude des Indiens était autorisée par les lois divines et humaines'; qu'à moins qu'ils ne fussent soumis à l'autorité des Espagnols et forcés de résider sous leur inspection, il serait, impossible de les arracher à Wdolâtrie et de les instruire dans les principes de la foi chrétienne ;. qu'on ne devait plus avoir aucun scrupule sur la légitimité des repartimientos, attendu que le roi et son conseil en prenaient le risque sur leur conscience; qu'en conséquence les dominicains et les moines des autres ordres devaient s'interdire à l'avenir les invectives que l'excès d'un zèle charitaWe, mais peu éclairé, leur avait fait proférer contre cet usage *.

Ferdinand, voulant témoigner clairement l'intention où ii était de faire exécuter ce décret, accorda de nouvelles concessions d'Indiens à plusieurs de ses courtisans '. Mais afin de ne pas paraître oublier entièrement les droits de l'humanité, il publia un édit par lequel il tâcha de pourvoir à ce que les Indiens fussent traités doucement sous le joug auquel il les assujettissait ; il régla la nature du travail qu'ils Seraient obhgés

» Herrera, decad. I, lib. VIII, cap. 12; lib*. IX, cap. 5. * Herrera, decad. I, lib. IX, cap. 14. 3 Voyez la Note 3os * *

• LIVRE TR<rtSrfel|lE. -189

dé faire ; il iwescrivit la manière dont ils devaient être vêtus et nourris, et fit' des règleme les pnncipes du christianism geaient de raverrir par la^coi sentirent bientôt Tinsufflêani rerit que tant que les îndivi Indiens avec rigueur, aûcu repdre leur servitude douce qu*il serait inutile de consq^ sayer de communiquer le^ v( hommes dont Tâme était al

pression. Quelques-uns de ces missionnaires, découragés', demandèrent à leurs supérieurs la permission de passer sur le continent, -pour y remplir l'objet de leur mission Bai:mi ceux ' dès Indiens qui n'étaient pas corrompus par l'eiemiSte des Espagnols, ni prévenus par leurs. crua|ilé» contre les dogmes du christianisme. Ceux qui restèrent à TEspagnola continuèrent, de faire de& remontrances avec une fermeté décente contre la servitude des IridifeflB *. *? * " ^

Les opérations violentes; "d'Aïbuquerque, qui venait d^être chargé dià partage des ïndiert», rallumèrent le zèle des dominicains contre les repartimientos, .et suscitèrent à ce peuple opprimé un avocat doué du courage, des talents et de l'activité nécessaires pîmr défendre une çjause si désespérée^ Cet homme zélé fut Barthélemi de Las Casas, natif de Séviîle, et l'un des ecclésiastiques qui accompagnèrent Colomb au secoijMl voyagé des Espagnols, lorsqu'on voulut commencer nn établissement dans l'He Espagnc^a. Il avait adopté de bonne Reui;e. l'opinion dominante parmi les ecclésistiques, qui regardaient comme une injustice de réduite les Indiens en servitude ; et, pour montrer sa sincérité et sa conviction, il renonça à la portion dlndiens qui lui était échue lors du partage qu'on en avait fait enlrç les conquérants, déclarant .qu'il pleurerait toujours la faute.dont il s'était rendu coupable en exerfànt pendant un moment sur ses frères cette domination împiô *. Dès lors il fut !e pat^ déclaré des

» ilerrel^, deca^. I, lib. IX, cap. 14.

• Herrera, decad. I, lib. IX, cap. 14.— Tj^rou, iftst. gén. de rAmér., t. I^-j). aSa. 3 Fr. Aûg. Davila Padilla, Uist.* dé la F|indacion de la provincia de San-Jagode Iffjfico, jpag. 3oS, 304. *-* Uerrera, decad, I, lib. X, cap." la.

• . . • ^ • • ■. JigitizedbyCjOOQlC

19ia HlST&p DlÉ I^^IUQUE. .

iQdiens, et par spa courage à les çléfenclre, ^uss\ bien q^e par. le respect qu'ia^p^aient se^ talents et $op caractère, il eut soi|^ vînt le bonl^r d'arrêter lés, excès de §es cçipapatriates. l] s'é^ leva vivement contre les opérations d'Albuquçrque, et giic5gw*i^ eût Iwentôt découvert que l'intérêt dq gouverneur le rendait vsour4 à toutes les s^olUcitations, il n'abandonna pas pou( cela la malheureuse nation dont il avait épousé la cAuse. ^l partit pou? l'Espagne avec la ferme espérance qu'il ouvrirait les yeux et lo\jcherait le cœur de Ferdinand en ]wi faisant un tableavi de

' l'oppression que souffimietit«es nouveaux sujets ^

U obtint facilement une audience du roi, dont la santé était fort altérée. Il mit sous ses yeux avec autant à& liberté que d'éloquence les effets funestes des re|)arim^'enio5 dans Ij^Nouyeau- Monde, lui reprochantavec courage d'avoir autorisé ces mesures impies quI^vaicAt porté la misère et la destruction sqr une race nombreuse d'hommes innocents que la providence avait copflée à ses soins. Ferdinand» dont l'esprit et le corps étaient affaiblis par la maladie, fut vivement alarmé par ce reproche d'impiété, qu'il aurait méprisé dans d'autres circonstances. Il écouta le

; discours de Las Casas avec les manjucs d'un grand repentir ^ et promit de s'occuper sérieusement des moyens c|e réparer lea maux dont on se^plaignait. Mais la mort Vempêpha d'exécuter cette résolution. Charles d'Autriche, à qui tous ses royaumes. Curent dévolus, faisait alor^ sa résidence dans les ét^ts des Pays-Bas. Las-Gasas, avec «on ardeur accoutumée, se prépa-. . rait à partir gour la Flandre, dans la^ vue de prévenir Iç jeune monarcfue^ lorsque le cardinal Ximenèa, devenu régent de Castille, lui ordonna de renoncer à ce voyagé, et lui pr.omit d'écouter lui-môme ses plaintes.

Le cardinal pesa la matière avec l'attention que méritait son

. importance; et* comme son esprit jirdent aimait les p{ans*hardis et peu communs, celui qu'il adopta très-promptement étonna les ministres espagnols^ accoutumés aux lenteurs et aux formalités de l'admmii^^fVation de Ferdif|and'. Sans égard ni aux droits que ^cl«mait don Diego Colomb, ni du^ règles établies, l^ar le feu roi, il se détermina à envoyer en Âmér\qi(e. ycç^i g,ur-

» Herrera, decad. I, lib. X, cap. la; dçcad. !(, \ïh'. !, cap. (i.— ^^a^a pa^U^,^ Uist., paç. 304. • i

LIYBB TRÛISlilIE. 49^

inteodants de toutes les colonies avec ràutorité suffisante pour décider en dernier ressort la grande question de la liberté des Indiens, après qu'ils auraient examiné sur les lieux toutes les circonstances. Le choix de ces surintendants était délicat. Tous les laïques, tant ceux qui étaient établis en Amérique que ceux qui avaient été consultés sur l'administration de ce départeinçnt, avaient déclaré leur opinion et pensaient que les Espagnols ne pouvaient conserver leurs établissements dans le Nouveau-Monde, à moins qu'on ne leur permît de retenir les Indiens dans la servitude. Ximenès crut donc qu'il ne pouvait compter sur leur impartialité et se détermina à donner sa confiance à des ecclésiastiques. Mais condme d'un autre côté les dominicains et les franciscains avaient épousé des sentiments contraires, il exclut ces deux ordres religieux. Il fit tomber son choix sur les moines appelés hiéronimités, communauté peu nombreuse cq Espagne, mais qui y jouissait d'une grande considération. D'après le conseil de leur général et de concert avec Las Casas, il choisit parmi eux trois sujets qu'il jugea dignes de cet important emploi. Il leur associa Zuazo, jurisconsulte, d'une probité distinguée, auquel il donna tout pouvoir de régler l'administration de la justice dans les colonies. Las Gasas fut chargé de les accompagner avec le titre de pro* tecteur des Indiens *.

Confier un pouvoir aussi étendu pour changer eiî un moment tout le système du gouvernement du Nouveau-Monde à quatre personnes que leur état et leur condition n'appelaient pas à de si hauts emplois, parut à Zapata et aux autres mi- . nistres du dernier roi une démarche si extraordinaire et si dangereuse qu'ils refusèrent d'expédier les ordres nécessaires pour l'exécution. Mais Ximenès n'était pas disposé à souffrir patiemment qu'on mît aucun obstacle à ses projets. Il envoya chercher les ministres, leur parla d'un, ton si haut et les effraya tellement qu'ils obéirent sur-le-champ *. Les surintendants, leur associé Zuazo et Las Casas s'embarquèrent pour Santo-Domingo. A leur arrivée, le premier usage qu'ils firent de leur autorité fut de mettre en liberté tous les Indiens c^ui

* Herrera, decad. U, \i\). H, cap. 3.

% ^lid. çap. &;

avaient été donnés aux courtisans espagnols, et à toute personne non résidente en Amérique. Cet acte de Vigueur, joint à ce qVon avait appris d'Espagne aur Tobjet de leur commission*, répandit une alarme générale. Les colons conclurent qu*on allait leur enlever en un moment tous les bras avec lesquels ils conduisaient leui-s travaux et que leur ruine était inévitable. Mais les PP. de Saint-Jérôme se conduisirent avec tant de précaution et de prudence que les craintes furent bientôt dissipées. Ils montrèrent dans toute leur administration une connaissance du monde et des affaires qu'on acquiert rarement dans le cloître, et une modération et une douceur encore plus rare parmi des hommes accoutumés à Taustérité de la vie monastique. Ils écoutèrent tout le monde ; ils comparèrent les différentes informations .qu'ils avaient recueillies, et après une mûre délibération, ils demeurèrent persuadés que l'état de la colonie rendait le plan de Las Casas, vers lequel penchait le cardinal, impossible dans l'exécution. Ils se convainquirent que les Espagnols établis en Amérique étaient en trop petit nombre pour pouvoir exploiter les mines déjà ouvertes et cultiver le pays; que pour ces deux genres de travaux ils ne pouvaient se passer des Indiens ; que, si on leur ôtait ce secours, il faudrait abandonner les conquêtes, ou au moins perdre tous les avantages qu'on en retirait ; qu'il n'y avait aucun motif assez puisSant pour faire surmonter aux Indiens rendus libres leur répugnance naturelle à toute espèce de travail, et qu'il fallait l'autorité d'un maître pour les y forcer; que, si on ne les tenait pas sous une discipline toujours vigilante, leur indolence et leur indifférence naturelles ne leur permettraient ja- . mais de recevoir l'instruction chrétienne, ni d'observer les pratiques de la religion. D'après tous ces motifs, ils trouvèrent nécessaire de tolérer les repartimientos et l'esclavage des Américains. Ils s*e(ft)rcèrent en môme temps de prévenir les funestes effets de cette tolérance et d'assurer aux Indiens le meilleur traitement qu'on pt^t concilier avec l'état de servitude. Dans cette vue ils renouvelèrent les premiets règlements, y en ajoutèrent de nouveaux, ne négligèrent aucune des précautions qui pouvaicntdiininupr la pesanteur du joug; enfin ils employèrent jeur auloril(3, leur twciiplc et leurs exhortations à inspirer à

leurs compatriotes des sentiments d'équité et de douceur pour ces Indierft dont le travail leur était indispensable. Zuazo, dans son déparlement, seconda les efforts des surintendants. Il réforma les cours de justice, afin de rendre leurs décisions pins équitables et plus promptes, et* fit divers règleftnents poor mettre sur un* meilleur pied la policé intérieure de la colonie. Tous les Espagnols du Nouveau-Monde témoignèrent leur satisfaction de la conduite de Zuazo et de ses associés, «t admirèrent la* -hariliesse de Ximenès, qui s*étiait écarté si fort des routes ordinaires dans la formation de son plan, et sa sagacité dans le choix des' personnes auxquelles il avait' donné sa confiance, et qui en étaient dignes par leur sagesse, leur modération ^ leur désintéressement ^ ' . '

Las Casas seul était jnécontent. Les considérations dictées par la prudence qui avaient détcrmindles surintendants ne disaient aucune impression sur lui. Le parti qu'ils prenaient de, confcr-mer leurs règlements à Tétat de la colonie lui paraissait l'ouvrage d'une politique- mondaine et timide, qui consacrait une iûjjistice parce qu*elle était avantageuse. Il prétendait que les Indiens itaient libres par le droit de nature, et, comme leur protecteur, il sommait les surintendants de ne pas les dépouiller du privilège commun dô l'humanité. Les surintendants reçurent ses remontrances les plus^pres sans émotion et sans s'écarter en rien de leur plan. Les colorfë espagnols ne fureot pas si modérés à son égard» et la fermeté avec laquelle il insistait sur une demande qui leur était si odieuse Texposa souvent au danger d'être naassacré. . Las Casas, pour se garantir de Jafureur des coloas, fut obligé de chercher un asile dans^un couvent, et voyant que Ipus ses efforts en Amérique étaient sans effrt, il repartit pour l'Europe, bien résolu de ne pas abandonner la défense* d'un peuple qu'il regardait commevictime d'une oppression cruelle '. .

S'il eût trouvé dans Ximenès la même vigueur d'esprit que ce ministre mettait ordinairement aux affaires,^il eût été vi:^'semblablement fort mal reçu. Mais le cardinal était atteint d'une maladie mortelle et se préparait à remettre l'autorité dans les

• llcir<:ra,(liîcad.n,'lil», U, cap. i5.— R( mcsal. Hisl. çén., lih. U, cap. 14, i5, 16. • ? U^rrora, decaj. Il, lih. H, c.»p, 16.

194 BISTQH^ Itï L^¥1^RIQUE. •

mam du Jeune roi, qu'on s^ttapdi^it de jour eq jour des Pay^ Bas. Charles arriva, prit posse^ion du gQ^verneoMttt^, et, par la mor^ de Ximenès, perdit un ministre qui aurait mérité ^ confinée par sa droiture et ses talents,. 9ee^ucoupde seigneurs flamands avaient accompag^é leur souverain en Espagne. L'at^ tachement naturelde Charles po,^r ses oompat^iotes l'engagerait ' à les consulter sur touti^ tes aflajres de son nouveau royaume, çt ces étrangers ^lontrèrent m empres^ment indiscret à se çièler^de fout et à s'emparer de presque toutes les parties de Tadministration *. La direction 4es affaires d'Amérique était un ohjet^trop séduisant pour leur échapper. Las Casas remarqua leur crédit naissant. Quoique les homn^es à prctjets soient communément trop ardents pour se conduire avec beaucoup d'adresse, celui-ci était doué de cette infatigable activité qui réussit quelquefois mieux que l'esprit le plus délié. Il ut sa cour aux çQinistres flamands avec assiduité. Il m^t som^ leurs yeux l'absurdilé de toutes les maximes acypptées jusque-là dags le gouvernement de l'Amérique, et particulièrement le vice des dispositions faites par Ximenès« La mémoire de Ferdinand était odieuse aux Flamands. L$^ vertu et les talents, de Ximenès avaient été pour eux des pio^ifs de J£^lousie. Us désiraient vivement trouver des prétextes plausibles pour condamner les mesures du ministre et du défunt monavque, et pour décrier 12^ politique de l'up et 4e l'autre. Le^amis de dop Diego Colomb,-aussi b^en que les courti^ns espagnols qui avaient eu à se plaindre de l'administration du cardinal, se joignii^ent à Las Casas pour * dés^gi^picouver la commissio|[\ des surintendants en Amérique. Cette union de tant de passions et d'intérêts devint si puissante, que les. ^iéronimites et Zoazp furent rappelés. Rodrigue de Figueroa, jurisconsulte estimé, nommé premier juge de l'île, reçut, d'après lés insta^^çes de Las Casas, des instructions nouvelles pour examiner encore avec la p^us grande attention la question imports^nte élevée entre cet ecclésiastique et les colons relativement à la manière dont on devait traiter les Indiens. . En attendant, fl était autorisé à faire tout ce qui serait possible pour soulager leurs maux et prévenir leur entière destruction *,

» Hist. Tlu règne de Charles V, vol. a, pag. 43. ^

* Uerrei^a, deçad, U, lib. H, ca||>, ^6, 19, ai j lib, \[\, ca||». 7, 8^,

Ce f vit p^X ce que te zèle ç(e Las Qasas put ot)teDif ^fl^s en (aveiiv ^e;| i^ç!i0!^&i* L'irnpotssibili^ de feiro faire aux colonie ^i\içuQ pii'PgrèSt ^ ,n[iQins que les eqk^s espagnols ne pussent {(^ç&il le^ Am^ricaif^ au iSravaU, était une ojbjectioo insurmontable à l*exô^tk)n ete son plan de liberté. Pour écarter let obstacle, (^^^ Casc^ p^^Qpoââ 'Cacheter dans les établissements des Portugais à la côte d'Afrique un,nombr# sutTisant de Noirs et de les^ transporter e^ Amérigii^, où on les emploierait comme esclave^ ^\\ travail des. Ruines et à la culture du sol \. Les {u*emiers ^yao.^e^que les Portugais avaient retirés de leurs découvertes ep Afyique^ leur f^vaiept.été procurés par la vente des esclaves. P^us^eurs cirçopstançes concouraient î faire revivre cet odieux coiQ)n^^rç^,£)iboli depuis longtemps en Europe, et aussi contraire a(i^f^n,iip[ientsc(e^iiUmanité qu'aux prin^Uffe de la religion. ïi/bs Tan ^^Ç3 pn ^vaU envqyé en Amérioflw? un petit nombre d'esclave^ nèygvfSi*. Çn ISil, Ferdinând.^it permis qu'OJî y . ça portât unie pftsgvi^nde quîwtité ^ On trouvaque cette «ppècc d^hoçfime^ était pl«â ço^utte que les Américains, plus capable • d^ "résister à une grande îatigue et plus patiente sous le joug de ta, seyyitu^e. Or^ ^eèonnut quç le travail d'un noir équivalait à cdu^ de quatre Àiiléiicains^ Le cardinal Ximenèsavait élé $ol* " \\c\\^ de perin^^trô ^t d'ençoyf ager ce commerce ; mais il avait rfy[)oussé le p^^ctjet avtp fermeté, parce qu'il avait senti combien il était inii>ste de yé^utrçi une raoe d'bommes en esclavage en délibérant s^ l^â moyens ^e rendre? la liberté ji*une autre ^ lijlais L^s Casas, tnponi^qi^ent comme le sont tous les esprits qui se portent avec une impétuosité opiniâtre vers une opinion ftivQrite, était incî^pable de faire cette réflexion. Pendant qu'il combattait avec "tant de chaleift* pour la liberté des bàbitants du Noi^veau^Monde, il travaillait à rendre escla\f s ceux d'une autre partie ; et dans la chaleur de sou zèle pour sauver les Américains, du. joug,; il prononçait swis scrupule qu'il était juste et

utile d'en in^pose^r iiq plus pesant encore survies Afriçaiqs. Mal-

» Voyez la Note 3i. '

* Herrera, decad. I, lib. V, cîjp". i a. '• » Ibid., Kb. Vni, cap. 9. .

* Ibid., lib. IX, cap. 5.

$ Ibid.i decad. II, Ub. U, ca^, 8.

496 HISTOIRE DE L'AMÉAliUE.

heureu^eiBent pour ces derniers, le plan de Las Casasrfut adopté^ . Charles accorda à un de ses coUrtisanc flamands le privilège exclusif d'importer en Amérique quatre mille noirs: Celui-ci vendit son privilège pour vingt-cinq mille ducats ? à des marchands génois qui les premiers établirent avec. liinp foflne régulière entre l'Afrique et T Amérique ee commerce d'hommes, qui a reçu depuis de si grands accfoissements^.

Mais les marchands génois, conduisant leurs opérations avec l'avidité ordinaire aux monopoleurs , deçlandèrent bientôt un prix si exoriîitant des noirs qu'ils portaient à-l'Espagnola, qu'on y en. vendit trop peu poui" améliora' l'état ée la colonie. Las Casas, dont le zèle était* aussi inventif qu'infatigable, eut recours à un aufrè expédient pour soulager les Indiens. Il avait observé que le plus grand nombre de cetiK qui jusque-là* s'étaient établis en. Amérique étaient des soldats ou dès matelots employés à la découverte ou à la conquête de ces régions, des lils .cadets de familles nobles attk^s par l'espoir de s'enrichir promptement, ou des avertturiers ^aùsi^essource efforcés d'abandonner leur patrie par leurs orimes ou par leur indigence. A la place de ces hommes avides , saiis moeurs , incapables de l'indostrie pôrsévéraiite et de l'économie nécessaire dans l'établissement d'une colonie, il propcj^a fl'enK)y%r à l'Espagftola et dans les autres îles un nombre suffisant de cultivateurs et d'ar-^ tisans auxquels on donnerait des encchirgffemènts pour s'y transporter^Oe tels hommes^ accoutumés k la fatigué, seraient en état de sout^hir des travaux dont leB Américains étaient in- * c<lpablespâ!r la ^iblesse de leur ponUiti^tion, et bientôt ils de-, viendraienteux-mêmes, parla culture, de riches et d' utiles citoyens. Mais, quoiqu'il eût grand besoin d'une nouvelle recrue dliabitants à l'Espagnola, où la p€^te vérotejtenait de se montrer et d'emporter un noqabre considérable dlndiens, ce projet, malgré l'appui des ministres flamands, fut trç^vérsé parl'évèque de Burgos, toujours opposé aux plans de Las C^as*.

Ce dernier commençait alors à désespérer *de iaire aucun

• Voyez' la Note^ 3 i .

* 34,000 ducats, suivant M. de Navarretje, Introduction à Ih Cqliectiôn.det voyages et découverte» des ERp.uînol», etc., § 58. (D. L. ft.)

3 Herrera, dccad il, lil). Il, cap. 20,

♦ II>id., cap. ai, •

Page 1