‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 27 sur 43 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Tableau de J'Amërique lors de sa première découverte. — Des mœurs et usages de ses liabitants. — Vaste étendue de l'Amérique. — Graideur des objets qu'elle présente à la vue. — Ses montagnes. — Ses rivières. — Sei lacs. — Sa forme favorable au commerce. — Sa température. — Le froidy domine. — Quelles en sont les causes. '— Son défaut de culture. — r L'air y est malsain.— Ses aninviux. — Son sol. — Recherches sur l'or^jine de la population de l'Améf^ue. -r- Différentes hypothèses à ce sujet. — Quelle est celle qui parait la plus probable. — État et cal^ctère des Américains*. — Hs se trouvaient tous dans un iQit sauva{;e, excepté les Mexicains et les Péruviens. .— On borne les recherches aux peuples qui n'étaienl point civilisés. — Difficilllés qu'on trouve à obtenir des informations sur l'état de ces peuples. .— Causes de ces difficultés. — Méthode observée dans ces recherches. — I. Coustilutioh physique des Américains. — H; Leurs qualité* intelleèlueHes. — III. Leur état domestique. — IV. Leur état civil et politique. — V.- Système de guerre et de sûreté publique. — Vf. Arts qiii leur étaietft connus. — Vil. Idées et institutions religieuses. — VIII. Usages singuliers, qui ne peuvent être rangés sous aucun des articles précédents. — IX. Idée générale de leurs vertus et de leurs vices.

Vingl-six feis s'étaient écoulés depuis que Colomb avait con* duitjos Européens dans le Nouveau-Monde , et pendant cet in-tcrvalle les Espeignols avaient fait de grands progï'ès dans Texplôratiou d^jtf^s différentes partie». Ils avaient visité toutes les ' îles diipersée3 en groupes IHr celte partie de TOcéan qui s'étend, entre VAmérique du Nord et TAmérique du Sud, Ils avaient navigué. le long de la côte orientale du Continent depéfc « la' yivîêre /le la Plata jusqu*ai> lond du golfe du Mexique, et avaient reconnu qu'elle s'étendait sati^ interruption ^ traveij; cette .vaste portion du globe. Ils avaient découvert la grande mer du Jgud qui ouvrit une nouvelle^erspectiye de ce côté. Ils avaient reconnu en partie les côtes 4e la Floride, ce qui les conduisit à observer et à suivre le côntipent dans.nne direction oppc^e. et, quoiqu'ils n'eussent pas troussé leuxs découvertes plu3 loin vers lie nord, d'autres nations avaient visité les par-

ties que les Espagnols avaient négligées. Les Anglais , dans nia- voyage dont on rapportera ailleurs les motifs et le succès , avaient navigué le longue la côte d^Amérique depuis la terre . de Labrador jusqu'aux oonâns de la Floride ; et les Portugais , en cherchant un passsge plus court aux Indes orientales; s'étaient aventifrés dans les n»rs du Nord et avaient rêconn» les mêmes régions ^ Ainsi- à cette époque où je me suis pro« posa d'examiner Tétat du Nouveau-Monde , on en connaissait presque entièrement rétendue, depuis son extrémité septentrionale jusqu'au trente-cinquième degré au sud de Téquateur ; naais ^es pays qui s'étendent de là jusqu'à l'extrémité méridio^ nale de l'Amérique, le grand empire du Pérou et les parties intérieures des vastes domaines soumis au souverain du Mexique n'étaient pas encore découverts.

En fixant nos regards sur le continent d'Amérique , la première circonstance qui nous frappe est son immense éteiidue. La découverte de Colomb né s'esfpas bornée à nous faire connaître une portion de terre qui, par le peu d'espace qu'elle occujpe sur le globe, avait pu échappef aux recherches des siècles précédents. On lui doit^la connaissance d'un nouvel hémisphère, plus ;i^aste que l'Europe, l'Asie ou l'Afrique, les trois divisions connues de Ta^^pien continent et dont l'étendue est presque égale au liôrs du globe habitable *.

L'Amérique est remarquable non-seulement par sa grandeur, mais encore par sa positjpn. Elle se prolonge depuis le cercle polaire du nord jusqu'à une latitude très-haute vers le sud, plus de quinze ceqts milles ^ delà de l'extrémité la plus avancée de l'ancien continent verg le pôle antarctique. Une contrée d'une telle étendue comprend tous les climats firoprcs à devenir l'habitation de l'homme et à fournir les différentes productions particulières aux légiofhs tempérées ainsi qu'aux régions brûlantes du globe.

Après retendue du Nouveau-Monde, rien n'est plus fait pour frapper les regards d^un observateur que' la grandeur des objets qu'il pr^ente à la vue. Les ouvrages de la nature paraissent y porter l'empreinte d'une main plus hardie ; elle semble

» Ilerrera, decad. I, lib. VI, cap. i6. • « \'ûyei la Nute- 35.

^14 HIS^OIBE DE L*AllKiliODE.

avoir distingué les traits de ce pays par une magnificence pmticuliàre. Les montagnes d'Amérique soflt beaucoup plus hautes ' que pelles des autres diviiions du globe ^ : la pkinu même cte Quila, qui peut être regardée comme' la base des Andet, est plus élevéd au-dessus du niveau de la mer que le sommet des Pyrénées. Cette chaîne étonnantedes Andes ndb moins remaiNquable par son étendue que par son élévation , s'élève en dififéreftts endroits de plus d'un tiers de leur hauteur au-des^s ctu Pic delénériffe, la plus haute montagne de l'ancien hémisphère *, C'est des Andes qu'on peut dire à la lettre qu'elles cachent leur tète dans les nueâ : on entend soùve&t les^ tapotes éclater et le tonnerre rouler au-(]tessous (Jeteurs soi^mets, qui, tout exposés quHls sont aux rayons 4u soleil dans le mkti^Q^ de la zone torride , sont cmiverts de neig^ éternelles *.

De ces hautes mofttagnes on voit descendre des riyi^es d'une largeur proportionnée et auxquelles les rivières de l'anr cien continent ne peuvent être comparées, ni pour la longueur de leur cours, ni pour la nfasse énorme d'eau qu'elles rouletti vers l'Océan. Les fleuves de Maragoon , de l'Orénoque et de U^ Plata dans l'Amérique méiidtonale; «eux dû Mississipi ef.de Saint-Laurent flans l'Amérique septentrionale, «coulant daps des lits si spacieux, que, même Iqfigtemps avant d'éprouver l'influence de la marée , ils res^mblent plus à des b^as de me^ qu'à des rivières d'^eau douce *.

Les lacs du Nouveau-Monde ne soq^ pas moins remarquables par leur grandeur que les montagnes et les rivières : il n'V * rien dans les autres parti^ du globe qui ressemble à cette chaîne prodigieuse de lacs de F Amérique septentrionale. On pourrait les appeler proprement des mers méditerranées d^f>an douce : ceux même qui ne sont que de la seconde et4e la troisième classe pour la grandeur ont encore plus de circonférence que le plus grand lac de l'ancien continent '.

La forme du Nouveau-Monde est extrêmement favorable aux communications du commerce. Lorsqu'un continent comme l'Afrique est composé d^une masse solide et va^ , qui n'est

. » Voyez la Note 36. — » Voyez la Note 37. — 3 Voyez la Note 38. * Voyez la Note Sg.

^ La mer Caspienne exceptée (D. L; R.)

^ LIVRE QUATftlÈMB* 24 H

poW oMipée Vï* des- bras de mer pénétrant dans l'intérieur et n*a qtt'un petite nombre de grandes rivières placées très-loin Tune, de l'autre; la plos grande partie d'un tel continent semble condamnée par la nature à n'être j^ais civilisée et à rester privée de toute communication active avec le reste des hommes *. Lorsque; ^comme l'Europe, un continent est ouvert par ^e vastes |)ranches de l'Océan., telles que la Méditerranée et la mer Baltique > ou lorsque, comme l'Asie, ses côtes sont coupées p^ des baies profondes pénétrant fort avant dans les terres . telles q^ue lamer Noire et les golfes d'Arabie» de Perse, de Bejigale, de Siam et de Leotang * ; lorsque les mers environnantes sont remplies d'îles grandes et fertiles, et que le coiitinent même^st arrosé par un grand nombre de rivières navigables, on peut dire que'de telles régions possèdent tout ce qui peut favoriser les progrès de leurs habitants dans la civilisation et aans le commerce.^ tous ces égards, l'Amérique peut entrer en comparaison ^vec Tes autres parties- du globe. Le golfe de Mexique, qui s'étend entre la- partie méridionale et la partie septentrionale de TAn^érique, peut être regardé comme une mer Méditerranée procréa oXivrir qn commerce maritime avec toutesles eontréçs dont elle est environnée. Les lies qui y sont répandues , ne ^ont inférieures en nombre, en grandeur et en fertilité qu'| celles d^ l'Archipel indien. En avançant le long de la partie septentrionale de l'hémisphère américain, la. baie de Chesapealc présente un canal spacieux qui conduit le navigateur fort avant dans les parties intérieures de provinces nort moins fertîlies qu'étendues ; et si jamais les ptog^ de la cultufe et de la population parviennent àadoucir Textrêmô rigueur du climat dans les districts pkis septentrionaux de l'Amérique, la baie de Hudson peut* devenir aussi favoirablô aux communica* ttOBS de commerce dans cette partie du globe que la mer Baltique l'est en Europe. L'autre grande pdrtion du Nouveau- Monde est enviropnée de tous côtés par la mer*, à l'exception d'urt isthme étroit qui sépare la mer.Atlantique de la mer Pacifique ; et quoiqu'elle ne soit ouverte ni par des baies profondes

> Comme nous connaissons très-peu Tinti^rieur de TAfrique , les assertions de lioberfsbn font au Wi(i'nis hasardées, (b. t. R.) * CVst fjdaaumy qu'il «tirait feUa mettrez (B, L; &)

Digitizecr by LjOOQ IC

j|46 HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.

ni par des bras de mer, les parties antérieures en sont accwtibles par plusieurs grandes rivières, qui recoivfmt un si grand nombre de courants auxîliarrqs et coulent dan^ des directions, si variées que, sans aqcuft secours de Tart ni de rindîistrie, il. est aisé d'établir une navigation intérieure à travers toutes les provinces de ce continent, depuis la rivière de ht Plala jiisqur'aiji golfe de Paria. Cette bienfaisance de la nature n'est pas bornée à la division méridionale de TÀmérique. Le continent s^ten • trional n'est- pas moins abondant en rivières ^ui soh€' navigables presque jusqu'à leur source; et l'imtaiBnse chaîne de ses lacs est un moyen de communication intérieure, plus étendu et. plus commode qu'il n'y.en a dans aucune partie du globe. Les pays qui s'étendent depuis le golfe (Je DariencT'un tôté, jusqu'à celui delà Californie deH'autre, et dont se forme la chaîne qui unit ensemble* les deux parties du cûhtinènt américain, ont* aussi leurs: avantages particuliers, l^es C6teë en sont baignées d'un côté par l'a mer Àtlantiqde, dé l'autre par la mer Pacifique : les rivières qui y coulent^ §e jetant les unei^ vers*te pre- •mi^e de. ces mers et leà autres vers la seconde, as^eoljr^x différçntgs provinces toutes les facilita de commercé qui peuvent résulter d'une communication aVec les cleux mers.^^

Mais ce qui distingue surtout l'Amérique des autres parties de la terre, c'est la. température particulière du clin^^t et les différentês.iois qu^ y règlent la distribution ^e la chaleur et du froid. Ce n'est pas simplement ep mesurant 'ja distance d'une partie du globe à l'équatéur qu'il est possible de déterminer avec précision le degré de chaleur qu^on y éprouve. Le climat d'un pays est affecté jtoutà la foifc par l'élévation de la terje au-dessus du niveau de la mer, "par l'étendue tlù continent, par la nature du sol, par la hauteur dès montagnes voisines et par d^autres circonstances. Cependant l'influence de ces causes resj()ectives est par difl'érentes raisons moins sensible. daps la plus' grande parue Be l'ancien continent, où la situation d*un pays étant détermmée, on peut établir avec plus de certitude quelles* doivent être la chaleur de son climat et la nature de ses producjtiôns. . ^ ,

Ljs observations fondées sur la connaissance de notre hé-* misphère ne peuvent pas s'appliquer à l'autre. Dans celui-ci le

D,g^t,zed"byGOOgIe

LIVRB QUATRIÈME. . 247

froid prédomine, et la rigueur de là zone glacée s'étend sur la moitié de celle qui, par sa position, devait être tempérée* Des pays où la figue et le raisin devraient mûrir sont ensevelis sous la neige pendant une moitié de l'année, et des terres situées dans le même parallèle qu« les provinces les plus fertiles et les mieux cultivées de l'Europe sont desséchées par des gelées perpétuelles , ^ui y détruisent presque eirtièrertient l'activité de la végétation *. En avançant vers ces parties de l'Amérique placées sous le même parallèle que certaines provinces d'Asie et d'Afrique qui jouissent constamment de cette chaleur féconde , favorable à la vie et à la végétafion, l'empire du froid continue à s'y faire sentir, et l'hiver y règne, souvent avec une extrême rigueur, quoique pendant lïn court espace de temps. Si nous traversons le continent d'Amérique vers la zone torride , nous trouverons encore que le froid, qui domine dans le Nouveau- Monde, s'étend ausèi à cette région et y modère l'excès de la chaleur. Jandis que le nègre* sur la côte d'Afrique est dévoré par l'ardeur continuelle et brûlante du climat, l'habitant- du • Pérou respire un air également doux et tempéré, ombragé pour ainsi dire par un dais de nuages légers ,• qui interceptent les rayons brûlants du soleil sans affaiblir son influence bienfaisante*. Le long de la côte orientale de l'Amérique, le climat, quoique plus approchant de .celui.de la zone torride dans les autres parties dé la terre, est cependant beaucoup plus doux que dans les contrées d'Asie et d'Afrique situées à lîi même la- . titude. Si du tropique méridional nous continuons notre marche jusqu'à l'extrémité du continent américain, nous ren-* controns beaucoup plus tôt que dans le nord des mers glacées et des pays horribles., stériles et presque iiihabitables par la rigueur du froid '.

Diverses caiTses concourent à rendre le climat de l'Amérique si différent de celui dç. l'ancien continent. Quoiqu'on ne connaisse pas encore jusqu'où TAmérique s'étend v'ers le nord, nous savons qu'elle s'avance plus près vers le pôle que l'Asie

» Voyez la Note 40.

•* Voyage de UUoa, tom. I, pag. 453. — Ânson's Voyage, pag. 1B4. ^ Anson's Voyage, pag. 74. — Voyage de Quiro», dani l'Histoire générale des voyages, .tom. XIV, pag. Ô3. — Richard, Hist. nat. de l'air, tom. II, pag. 3o5, etc.

248 QISTOIEE DE L'AMÉRIQUE.

OU TEurope. Il y a au nord de ces dernières de vastes mers qui sont ouvertes pendant une partie de Tannée; et iors même qu'elles sont couvertes de glace, le vent, qui y souffle a une intensité de froid moindre que celui qui règne à terre dans les mêmes latitudes. Mais en. Amérique la terre se prolonge du fleuve SaintrLaurent vers le pôle, et s'étend considérablement à l'ouest *. Une chalns d'énormes montagnes cofUvertés' de neige et de çlace travers? toute*^ cette triste. région. Le vent» en passant sur une si grande étendue de terre élevée et glacée, s'imprègne tellement de froid qu'il acquiert une activité perçante, qui se conserve même 'dans sa rgûte à travers des climats plus chauds, et ne se modifie entièrement que lorsqu'il arrive au golfe du Mexique. Sur tout le.continent de l'Amérique septentrionale lé vent du nord-ouest et le froid excessif» sont des' termes synonymes. Même dan^s l'été le plus brûlant, dès que le vent tourne de ce côté, son activité pénétrante se fait sentir par un passage aussi violent que subit du chaud jau froid. . C'est à cette cause puissante qu'il faut attribuer l'influence extraordinaire du froid et ses incursions violentes dans les provinces méridionales de cette partie du globe *. '

D'autres causes non moins remarquables servent à diminuer là puissance active de la chaleur dans les régions du continent de l'Amérique situées entre les tropiques. Dans toute cette partie du globe le vent souffle invariablement dans une direction de Test à lt)uest. Ce vent; en suivant ga route à travers l'ancien continent, arrive à des pays qui s'étendent le long de la . côte occidentale de l'Afrique, embrasé de toutes les particules ignées qu'il a entraînées des plaines échaufiëes de l'Asie et des sables brûlants des déserts, de l'Afrique. La côte d'Afrique est donc la région de le terre qui, étant exposée à toute l'ardeur de la zone torride sans aucune circonstance qui la tempère, doit éprouver la plus violente chaleur ;. mais ce même vent, qui apporte 'cette Augmentation de chaleur aux pays situés entre la rivière de Sénégal et la Cafrerie, traverse l'océan

> Les voyages exécutes récemmeoc par les Anglais ont démontré Finexactitude de la première partie de cette assertion ; la seconde partie reste encore incertaine. (D. L. R.)

• Gharlevoix, Ifist. dé la Nout. France, tom. IH, pag. i6S« — Bift gén. det ▼o^ge», tom. XV, pag. iiR, etc. • • .

Atlantiiîue avant que d'arriver aur côtes d'Amérique ; il se refroidit en passant sur ce vaste amas d'eau , et ne se fait plus sentir que comme une brise rafraîchissante le k)ng deS ofytes du Brésil* et de la Guyane ; de sorte que ces pays^ quoique comptés parmi les plus chauds de l' Amérique, ont un climat, tempéré .en comparaison de. ceux qui sont dans les latitudes correôpondantes en Afrique *. .En. avançant à travers T Amérique, ce vent rencontre des plaines immenses couvertes de forêts impénétrables ou occupées par dé grandes rivières, par des njarais et des eaux stagnantes qui ne peuvent pas lui rendre une grande chaleur. Enfin il arrive aux Andes qui tra- . versent tout le continent dans une«direction du nord au sud. • En passant sur ces hauteurs glacées il acquiert un tel degré de froid, que la plus grande partie des pays qui se trouvent au delà n'éprouvent pas la chaleur doht ils paraissent susceptibles parleur position*. Dans les autres provinces de l'Amérique, depuis la terre ferme à l'oued jusqu'à l'empire du Mexique, la chaleur du climat est tempérée en quelques endroits par l'élévation du sol au-dessus de la mer,, e^ d'autres par l'humidité extraordinaire du terrain, et dans tous par les énormes montagnes qui y sont répandues. Les lies de l'Amérique sous la lone torride sont ou très-petites ou montagneuses, et sont rafraîchies alternativement par les brises de terre et de mer.

On ne peut: pas expliquer d'une manière également satisfaisante les causes du froid excessif qui se fait sentir vêts l'extré* 'alité méridionale de l'Amérique et dans les ûiers qui sont au delà. On a supposé* longtemps qu'il y avait, entre la pointe méridionale de rÂmériqué et le pôle antarctique , un vaste continent auquel on adonné le nom de Terré^austraîe incoHHue. Les mêmes t)Hncipes qui ont servi à expliquer l'intensité ex* trême du froid dans les régions septentrionales de l'Amérique , ont été employés à expliquer celui qui se fait sentir au cap Hom et dans lefe pays voisins. L'immense étendue du continent méridional et les grandes rivières qu'il verôe dans l'Océan ont été regardées par les philoBOt)hes coàame des causeà âtiffisantes

» Voyet la Non 41. ~ * Voyei la Note 4».

^ Acôsta, hier, ndiri orbîs, tib. H, cap. 2. — feuFfon, Histoire nakurelle, tom. Ilf, pag. 5i3, etc. ; IX, pag. 107, «le. — 0i)Mni*i (k^ttcci of y9yt^ mftkMt f^ 868.

220 fllSJOIRP DE L'AMÉRIQUE.

pour occasionner la sensation extraordinaire de froid et le phénomène plus extraordinaire encore des mers glacées dans cette partie tlu globe *. Mais on a cherché en vain le continent imaginaire auquel on attribuait cette influeiice ; et l'espace qu'il , était censé occuper s'élant trouvé une mer entièrement ouverte, ilfiiut avoir recours à une nouvelle hypothèse pour çxpliquer une température de climat. si .différente de celle qu'on trouve dans les pays situés à une égale distance du pôle opposé *.

Après avoir examiné ces qualités caractéristiques et permanentes du continent américain, qui naissent des circonstances particulières de sa situation et de la disposition de s^ parties , le principal objet qui doit, fixer ensuite notre attention c'est l'état où était ce continent lorsqu'on en fit la découverte, relativement à ce qui dépend de l'intelligence et des opérations de l'homme. Les effets de l'industrie et du travail sont plus étendus'et plus considérables que notre vanité même ne riou3 porte à. le croire. En jetant les yeux sur la face du globe habité, on voit qu'une grande partie de la beauté et de la fertilité que nous attribuons à la main de la nature est l'ouvrage de l'homme. Ces efforts , lorsqu'ils se continuent pendant une suite de siècles , parviennent à perfectionner les qualités de la terre et à en changer même l'apparence. Comme une grande partie de l'ancien continent a ^té longtemps occupée par des nations fort avancées dans les arts., notre œil s'est accoutumé à voir la terre sous la forme qu'on lui a donnée en la rendant propre à être habitée par une race nombreuse d'hommes, et à* leur fournir 'des aubsistances.

Mais dans le Nouveau-Monde l'espèce humaine n'était pas si avancée , et la nature y présentait un aspect bien différent. Dans toutes les vastéë régions qui le composent il ne se trouvait que deux monarchies remarquables pour retendue du terrltoir€f , et distinguées par quelque progrès dans la civilisation. Le. reste du continent était peuplé de petites tribus indépendantes, privées d'art et d'industrie, qui n'avaient ni les moyens ni- le désir d'améliorer l'état de cette portion de la terre qu'elles habitaient '. Des pays ainsi occupés étaient presque dans le même état que s'ils fussent restés sans habitants. .D'immenses

» Voyex la Non 43. — « Voyea la Noxi 44. — 3 Voyei la Note 45.

forêts couvraient une grande partie de cette terre inculte; et comme la main de Tindustrle n'avait pas encore forcé les ri-, vières à coulei' dans le lit qui leur çtait lé plus convenable et n'avait pas ouvert des écoulements aux eaux stagnantes, .plusieurs des plaines les plus.ferliles étaient inondées par les débordements ou converties en marais. Dans les provinces méridionales, où la chaleur du soleil, l'humidité du climat et la fertilité du sol concourent à donner de l'activité à toutes les pjûssances .de la végétation ,.\e^ bois sont tellement embarrassés par l'exubérance même de cette végétation , qu'il est presque impossible d'y pénétrer, et'que la surface du terrain y est cachée sous des couchés épaisses d'arbrisseaux , d'herbes et de plantes sauvages. C'est dans cet état .de nature brute et abandonnée à elle-même que restent encore plusieurs des grandes provinces de ^Amérique méridionale, qui s'étendent du pied des Andes jusqu'à la mer. Les colonies européennes ont défriché et cultivé quelques cantons le long de la .côte ; mais les naturels, toujours grossiers et indolents-, n'ont rien fait pour découvrir ni pour améliorer un' pays qui possède tous les avantages de situation et de climat que la nature. peut donner. En •avançant vers les provinces septentrionales de l'Amérique la nature continue de présenter un aspect sauvage et abandonné ; et, à proportion que la rigueur du climat augmente, la terre devient plus inculte et plus déserte. Là les forêts, quoique moins embarrassées par i' excès de la végétation ,. sont également vastes; d'immenses marais couvrent les plaines, et à peine aperçoit-on quelques tentatives de l'industrie humaine pour cultiver ou embellir la terre. Il n'est pas surprenant que ies<;olonies envoyées d'Europe aient été étonnées à la première vue du Nouveau-Monde : il leur parut triste „désert et repoussant *. Lorsque les Anglais commencèrent à s'établir en Amé-. rique , ils appelèrent les pays dont ils prirent possession le Déserta Il a' y avait que respéraiicë flatteuse de découvrir les mines d'or qui pût engager les Espagnols à pénétrer dans les bois pt les marais d'Amérique , où ils observaient à chaque pas

' Ce n'est pa» ce qu ont dit les premiers explorateurs de rAméri^ue, en comnençant par Christopfae Colomb lui-ménae, qui trouvait le pays si'beau qu'il crut ' avoir découvert le paradis terrestre. (D. L. R.) .

ûigitized

^Sl " SISTOIRE DB L*A1IÉRIQÙE.

Textréme différence de raspectqiae présente la nature inculte •et sauvage d*avec celui qu'elle prend sous la main industrieuse de rarl K , ' ' \

Non-seulement les travaux de Thomme améliorent et em,-^ belïissent la terre, mais ila la rendent encore pliis salulsr^ et plus favorable à la vie. Dans toute région négligée et deatituéQ de culture, Tair est stagnant dans les bois ; des vapeurs cbrr rompues s'élèvent des eaux ; la surface de la terre , sUrchargéd d'une abondante végétation , n'éprouve point* l'influence purifiante du soleil; la malignité des maladies naturelles au climat s'augmente , et il s'en produit de nouvelles non moins funeste§. Aussi toutes les provinces, de l'Amérique furent-elles trouvées extrêmement mal saines lorsqu'on en fit la découverte. C'est ce que les Espagnols éprouvèrent dans toutes les expéditions qu'ils firent dans le Nouveau-Monde , soit pour tenter des con* . quêtes, soit pour former ties établissements. Quoique lavii gueur naturelle de leur constitution , leur tempérance babi'^ .tuelle, leur courage et leur constance les rendissent aussipropres qu^aucun autre peuple d'Europe à une vip active dans un climat brûlant , ils éprouvèrent les qualités funestes de.cea régions incultes qu'ils traversaient ou dans lesquelles ils tàr cbaient d'établir des colonies. Il en périt un grand nombre des maladies violentes etr inconnues dont ils furent attaqués, Ceux qui échappèrent à la fureur meurtrière de cette contagion ne purent se dérober aux pernicieux effets du climat. On les vit. Suivant la description des anciens historiens espagnols , revenir en Europe faibles, maigres, avec des regards languissants e| un teint jaunâtre^, signes non équivoques de la température malsaine dés pays où' ils avaient résidé *. *

L'état inculte eu f^ouveau-Moncle affectait non-seulement la • température de l'air, mais les qualités même de ses productions. Le principe de là viê^emblait y avoir moins de force et d'activité que dans l'ancien continent; Malgré la vaste étendue de l'Amérique et la variété de ses climats, les différentes espè» ces d'animaux qui. lui sont propres s'y trouvent proportion-^'

• Voyez U Note 46. .

• Gomara, Hist , cap. ao, 12. .^ Oviedoj Hist., lib. II, cap. |3j Ub. V, ctp, io,-p P. Martyr, Epwt, 54S, decad., pag. 176.

néllement en beaucoup plue petit nombre que diaiDS Tautre hémisphère. On ne trouva dans les îles que quatre espèces de quadrupèdes connus, dont le plus grand n'excédait pas la gro^iseur d'un lapin. Il y avait une plus grande variété sur le

. continent . Les individus de chaque espèce ne pouvaient pas manquer de s'y multiplier extrêmement, parce qu'ils étaient peu tourmentés par les hommes» qui n'étaient encore ni a^ez nombreux ni assez unis en société pour s'être rendus pedoutables aux animaux ; "cependant le nombre; des espèces disctinctes ne peut être encore regardé cfue comme très -petit. D^ deux cents espèces différentes de quadrupèdes répandues sur la surface de la terre, on n'en trouva en Amérique qu'environ un lier» lorsqu'elle fut découverte*. La nature était non-seulement inoins féconde dans le Nouveau -Monde, mais elle semble encore avoir été moins vigoureuse dans ses productions. Les quadrupèdl^ qui appartiennent originairement à cette partie du globe paraissent être d'une race inférieure;. ils ne sont ni aussi robustes ni aussi féroces que ceux de l'ancien continent*. Il n'y en â aucun en Amérique qu'on puisse comparjBr à l'éléphant et air rhinocéros pour la grandeur, ni au lion ou au tigre pour la force et la férocité *. Le tapir du Brésil, le plus granci des quadrupèdes du NouveaurMonde ^ est de là grosseur d'un veau de six mois. Le pumas et le jaguar, les plus farouches des animaux' carnassiers, et auxquels les Européens ont donné mal à propos les dénominations de lions et de tigres, n'ont' ni le courage indomptable des premiers , ni la. voracité

.cruelle des derniers**. Ils sont indolents et timides, peu redoutables pour l'homme, et ils s'enfuient souvent à la moindre apparence dé résistance ^. Les mêmes qualités du climat à*Anjériqi5è qui rendent les animaux indigènes plus petits, plus faibles et plus timides, ont exercé leur infltjence peri^iciepse sur ceux qui y ont passé spontanément de l'autre continent

* Buffon, Hist. nat, tom. IX, p. 86.

» Voyez la Noxi 47. -rr ^ Voye» la Nçt» 4^* "" * Voyez la Nprt 49* ' s Buffon, Hist. nat., tom*. IX, p. 87,.— Margraviij.Hist. nat. Bra»il., p. 229.

^ Buffon, Hist. nat.*, tom. 171, pag. i3,.2o3. — Acosta, Hisl., lib. IV, cap.^4.— Pisonis Hist., pag*. 6. -r- Her era, decad. IV, |ilK IV, cap. i ; lib. X*, cap. i3. — Voyez la Note 5o.

OU qui y ont été transportés par les Européens *. Les ours, les loups, les bêtes fauves d'Amérique ne sont pas égaux en volume à ceux de l'ancien monde '. La plupart des animaux domestiques dont les Européens ont pourvu les provinces où ils se sont établis ont dégénéré et pour la grosseur et pour la qua-. •lilé, dans un pays dont .la température et le sol semblent être moins favorables à la force et à la perfection du genre animal '. Mais les mêmes causes qui concouraient à diminuer le vo- ' lume et la vigueur des plus grands animaux favorisaient la propagation et l'accroissement des reptiles et des insecte^. Qijpiquece fléau rie soit pas particulier au Nouveau-Monde, et que ces odieuses familles , nées de la ehaleur, de Thumidité et de la corruption *, infestent toutes les parties de la zone torride, elles se multiplient peut-être encore plus favorablement en Amérique, et les individus y parviennent à une grosseur plus monstrueuse. Gomme cette contr^ est en général moins cultivée et moins peuplée que les autres parties de la terre,, le principe de la viç y consume son activité et sa force dans les productions de cette classe inférieure. L'air y est souvent obscurci par des nuées d'insectes , et la terre couverte de reptiles hideux et malfaisants. Les environs de Porto-Bçlo produisent une si grande multitude de crapauds, que la surface de la terre en est entièrement cachée. Les éerpents et les vipères .ne sont guère moins nombreux à GuayaquiK Carthagène est infectée de bandes nombreuses de chauves - souris qui tourmentent non-rsevlement les troupeaux , mais les hommes même '^i Dans les îles on voit de temps en* temps des légions de fourmis con-^ sumer toutes les productions végétales •, et laisser la terre aussi parfaitement dépouillée que si elle avait été dévorée par le feu. Lès fôrôts humides et le sol marécageux des pays t[ai bordent

» Churchill, tonti. V, p. 691. — Ovalle, Relat. of Chili, Çhurch. tom. ïfl. p. 10. — Sommârio de Oviedo, c «p. 14-aa. -- Voyage de Des Marchais, loin. IH, p. 199.

• Buffoo, Hist. nat., tom. IX, p. io3.— Kalm's Travels, toiû. I, p. loa. — Biette, Voy. de la France équin., pag. 339. .

' Voyez les Notes 47 et Si.

• La chaleur, Thumidiié et la corruption ne peuvent produire par elles-mêmes , aucun être animé; elles en fovorisent seulement la multiplication. (D. L.^.)

^ Voyage de Ulloa, tom. I, p. 89 ; Idem. p. 147. — Hefrera, decad. II, lib. III, cap. 3, 19. • * • .

• Voyez la Note Sa.

TOrénoque et le Maragnon fourmillent de presque tous les animaux malfaisants et venimeux auxquels l'aètivité d'vm soleil brûlant peut donner la vie *.

Les o'iseaux du Nouveau-^onde ne sont pas distingués par* des qualités aussi marquées et aussi 'caractéristiques qu^^lles qui ont été observées dans les quadrupèdes.' Les oiseaux sont plus indépendants de l'bomme et moins affectés par les changements que son industrie et.^on travail opèrent daris Tétat de la. terre. Ils ont une plus grande propension à passer d'un pays à un autre, et ils peuvent aisément et sans danger- satisfaire cet instinct de leur nature. Aussi le nombre des oiseaux propres aux deux continents esf-il beaucoup plus grand que • celui des quadrupèdes; et les ^èces mêmes particulières à TAmêriqne ressemblent beaucoup à celles que Ton trouve dans 'les régions correspondantes de ranciea hémisphère. Lçs oi» seaux américains de la zone torride-, comme ceux du même, climat en Asieet-en i^frique, sont parés d'un- plumage qui éblouit Tœil par Téclat et la* beauté de ses couleurs ; mais la nature, qui semble s*être * contestée de leur avoir donné cette agréable parure, a refusé à la plupart ce chant mélodieux 'et varié qui flatte etarauSe Toreille. Lès oiseaux des climats tem-r pérés dans le nouveau continent , dé même que dans le nôtre, ont un extérieur moins brillant; mais ils ont aussi en dédommagemient une voix douce et mélodieuse. En- quelques districts de l'Amérique la température malsaine de Tair semble avoir été nuisible môme à cette partie de la nature animée ; on y voit moins d'oiseaux que dans les autres contrées , et le voyageur est étonné de la solitude et du silence qui régnent dstns les forêts ^ tl est cependant remarquable que TAmérique, où les quadrupèdes sont si petits et si poltrons , ait produit le condor, à qui Ton ne*peut refuser la prééminence sur Joute la race ailée , pour le volume,, la force et le courage ^. .

' Voyage de La Condamine, p. 167.— Gumilla, tom. IH, p. 120, etc. — lïist. gén. des Voyages, tom. XIV, pag. 317. -^ Dumont, Mémoire sur la Iiouisiané, tom. I, pag. 108. -*- Sommario de Oviedo, cap. 52-62.

• Bouguer, Voyage au Pérou, 17. — Clianvalon, Voyage à la Martinique, p. 96. — Warrén, Pescript. Surinam. — Osborn's Collect*., tom. U, p. 924. — Lettres édifiante», t. XXIV, p. 339. — Charlevoix, Hisloire de la Nouv. France, t. Ilf, p. |55.

^ Voyage de Ulloa, tom. I, pag. 363. — Voyage de Condamine, pag. 175.. — La ^llffon, Hist nat., tom. XVi, p. 184. —Voyage de Des Marchais, tom. lU, p. 3ao.

326 • HISTOP* W L^àHÉWÛUE.

.Dans UD continent aus$i étendu que rAmérique il doit né-*, cessairementyavôir beaucoup de variété dans le sol. On trouve dans chaque province quelques particularités distinctives, mais dont la description doit être réservée à ceux qui en écrivent l'hisjŒre détaillée. En générai , nous observons que Thumidité et .lenroid , qui dominent d'une manière si fr^pp^nte dans toutes les parties de l'Amérique , doivent y avoir une grande influence. sur la nature du sol. Des pays situés sous le même parallèle que des régions.de râncièji continent oti. Textrême rigueur-de l'hiver ne se fait jamais sentir, sont entièremjent gelés en Amérique pendant une- grande partie de Tannée. La tejrrp, resserrée par ce froid excessif* n'y acquiert jamais unexhaleur suffisante pour mûrir les fruits qui se troqvéot dans les parties correspondantes de l'autre hémisphère.- gi Ton voulait *ijre croître en An\érique lea productions qjui abondent dans quel^qu'es cantons particuliers du globe/ on né pourrait y réussir que dans les parties de ce cootinent qui se trouvent de plusieurs degrés plus près de la ligne que le ibl naturel àfi ces productions, parce qu'on aurait .t)esôih d'une augmentation de chaleur pour contre^-bàlancef la froideur naturelle de la terre et du climat K Plusieurs des plantes et des fruits particuliers aux pays situés sous les tropiques ont été cultivés avec succès au cap de Bonne-Espérance, tandis qu'à Saint-Augustin dans la Floride, à Charlçs-Town dans la Caroline méridionale, qui sont beaucoup pi us près de la ligne que le cap , les mêmes productions n'ont .pii réussir également ^. Mais en tenant compte de cette différence de température, le sol de l'Amérique est naturellement aussi riche et aussi fertile que dans aucune autre portion du globe. Comme le pays n'avak qu'un petit nombre d'habitants peu industrieux et privés du secours des animaux domestipes dont hs nations civilisées élèvent de si grandes multitudes, la terre n'était pas épuisée par leur consommation. Les végétaux produits par sa fertilité restaient sou- • veait entiers, et, en se pourrissant sur sa surface, rentraient dans son sein • en y portant un surcroît de matière végétale ^. Comme les arbres et les plantes tirent de l'eau une. grande

» Voyei )a Note 53. — » Voyex la Non 54. • 3 B^ffQD, H^t. nat., tora. ï, p. 342. — Kalrp, tam. ï, p. VSi.

LIVftE QUATRIÈME. 237

partie- de leur nourriture, s'ils n'étaient pas détruits par l'homme et 'par les autres animaux, ils rendraient à la terre plus qu'ils n'en reçoivent et renrichiràimit plutôt que de l'appauvrir; ainsi les terres inhabitées de l'Amérique pouvaient continuer de s'«ngraisser pehdant plusieurs siècles. Le nombre prodigieux et[ l'énorme grosseur des arbres de ce continent 'attestent la vigueur extraordinaire dii sol dans son état naturel. Lorsque les Européens commencèrent à cultiver le Nouveau- Monde, ils furent étonnés de ^'exubérance et de l'activité de la végétation, et en plusieurs endroits l'industrie du colon s'exerce encore à diminuer et à épuiser une fécondité superflue , afin de réduire la terre se un état propre à une culture utile ^

Après avoir ajn^ observé l'état du Nouveau-Ttfonde à l'époque de sa découverte, et considéré les traits particuliers qui le distinguent et ie caractérisent , roJ^jet qui mérite de fixer notre attention c'est de rechercher comment TAmérique a été peuplée, par quelle route les hommes ont passé d'un continentà Tautre, et dans quellp partie dp globe il est le plus probable que s'est établie une communication entre Iqs deux hémisphères.

Nous savons avec une certitude infaillible que toute la race humaine est sortie die la même source , et que les descendants d'un seul homme,* sous la protection divine et obéissant a^ ordres dû ciel , se sont multipliés et ont peuplé la terre. Mais ni les annales ni les traditions des peuples ne remontent jusqu/à ces temps éloignés où ils ont pris possession des diverses contrées dans lesquelles ils sont à présent établis. Nous ne pouvons ni suivre les branches de ces premières familles , ni indiquer avec certitude l'époque de leurs séparations et la manière dont elles se sont répandues sur la surface dû glo|)e. Chez les nations même les plus éclairées , le période de l'histoire authentique est extrêmement court, et tout ce qui remonté au delà' est fabuleux ou obscur. Il n'est donc p^s étonnant que les naturels ignorants de l'Amérique^ q,ui n'ont ni inquiétude sur l'avenir ni curiosité sur le passé, n'aient aucune conn?iissance de leur propre origine. Les Californien^ et les Esquimaux en particulier, qui occupent les parties de l'Apiérique les plus voî-

* Gbarlevoix, ï^isf . de là Nouv. France,, tom. Il, p. 4o5. -r Voyage de Dei Maf* çhaia, tom. in, p. aag. — Lery, ap. Debry, part, lU, p. 17^. — Voyeï la Nqt» 55.

sines de l'ancien continent, sont si grossiers qu'il serait absolument inutile de chercher parmi eux quelques moyens de découvrir le lieu d'où ils sont venus ou les ancêtres dont ils sont descendus ^ Nous devons le peu, de lumière que nous avons sur cet objet, non aux naturels de rAmériqu.e, mais.à l'esprit de recherche de leurs. conquérants.

Lorsque les Européens, firent la découverte inattendue d'un Monde nouveau, placé à une grande distance de toutes les parties connues alors de l'ancien continent , et rempli d'habitants dont l'extérieur et les mœurs différaient sensiblement du reste de l'espèce humaine, la curiosité et l'attention des hommes instruits durent naturellement les porter à rechercher l'origine de ces peuples. On remplirait plusieurs volumes des théories et des spéculations qu'on a imaginées sur ce sujet ; mais ce sont pour la plupart des idées si bizarres et si chimériques, que je croirais faire un affront à l'intelligence de mes lecteurs si j'entreprenais de les exposer en détail ou de les réfuter. Quelques-uns ont eu la présomption de supposer que les habitants de l'Amérique ne descendent pas du père commun de tous les hommes, mais qu'ils forment une race séparée , distinguée par des traits particuliers et dan$ la forme extérieure te leur corps et dans les qualités caractéristiques de leur esprit. D'autres prétentient qu'ils sont descendus de quelques restes des anciens habitants de la terre échappés au déluge, qui du temps de Noé 9- détruit la plus grande partie de l'espèce humaine, et ils regardejit; contre toute raison, des tribus grossières et sauvages dispersées sur un continent inculte comme la race d'hommes la plus ancienne qu'il y ait sur la terre. Il n'y a guère de nation, depuis le pôle du nord jusqu'à celui du . sud, à laquelle quelque antiquaire livré à la folie des conjectures n'ait attribué* l'honneur d'avoir peuplé l'Amérique. On a supposé tour à tour que les Juifs, les Ganianéens, les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs, les Scythes, avaient, dans les temps anciens, formé des établissements sur cet hémisphère occidental. On a dit que dans des temps postérieurs les caiinois, les Suédois, les Norl^égiens, les Gallois, les Espagnols y avaient envoyé des colonies en différentes circon-

* Venojjas, Ilist. of C'iifornia, toin. !, p. 60,.

Stances et à des époques diverses, tes prétentions respectives ' • de ces peuples ont trouvé de zélés partisans, et quoique les raisons les plus plausibles dont ils appuyassent leurs hypothèses ne. fussent .que des rapports accidentels de quelques coutumes, ou une resisemblance équivoque de quelques mots dans les langues respectives, on a employéde part et d'autre beaucoup d'érudition et encore plu» de chaleur à défendre,* sans ' une grande utilité, «les hypothèses contraires. Ces objets de conjecture et de controverse n'appartiennent pas à l'historien : renfermé dans des limites plus étroites, il se borne à recueillir ce qui paraît fondé sur des témoignages certains cm très-probables. Je né crois pas franchir ces. limites en présentant ici • quelques observations qui peuvent contribuer à répandre de la lumière sur cette question curieuse et st souvent agitée. . !♦ Quelques auteurs ont tâché d'expliquer par de puises conjectur.es la ttipulation de l'Amérique. Les uns ont supposé qu'elle avait été originairement unie à l'ancien continent, et qu'elle en avait été séparée par le phoc d'un trembleinent de terre pu l'irruption d'un déluge. D'autres ont imaginé qu'un vaisseau, délfurné de sa route par la violence d'Un vent d'ouest, avait pu être poussé par accident sur la côte d'Amérique, et avoir commencé à peupler ce continent désert*. Il serait inutile d'examiner et de discuter ces hypothèseé, parce qu'il e&t impossible d'en tirer aucun résultat certain. Les événements qu'on y suppose sont simplement possibles ; mais nous n'avons aucune preuve qu'ils soient arrivés, ni par le témoignage positif de l'histoire, ni même par les renseignements obscurs de la tradition.

S*' Rien ne peut être plus frivole ou plus incertain que de ' chercher à découyrir l'origine dés Américains, en observant simplement les ressemblances qui peuvent se trouver entre leurs mœurs et celles de quelque nation particulière de l'ancien continent. Si l'on suppose deux peuples placés aux deux extrémités de la terre, mais dans un état de société également avancé pour la civihsation et l'industrie , ils éprouveront les

■ Paraon's Romains of Japhet, p. 240. — Àncient univers. Hist., vol. XX, p. 164. ~ P. feyjoo^Teatro critico, tom. V, p. 304, etc. -r- AcQSta» Hist. mor. novi orbiit, li<*. î, cap. 16-19.

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il30 • HISTOpiE PIS t^ÀMÉfUQP.

mêmes besoins et fero^i les niêmes efforts pour les satisfaire : attiré^ par les mêmes objets, animés des ipêmes passions, les mêq^es idées et les ipêmeg sentiments s'élèveront dans leur âme. Le *c?iractèrc et les occupations du chasseur d'Amérique seront peu différents do Ceux d'un Asiatique qui tire égale-^ ment sa subsistance de lâchasse. Uqe Iribu de sauvages sur les bords dp Danube resseipblelra beaucoup à celle qui vit dans les plaines qu'arrosjEi le Mississipi.' Àu^ lieu dono de .présu-. mer , d'après' (}e pareils rapports , qu'il y ait quelque affinité entre elles, noq^ devons seulement en conclure que les dispositions et fes mpeurs des hommes sont formées par leur situation, et naissent de l'état de sociabilité où ils se. trouvent. Du moment où ces circonstances commencent à s'altérer, le caractère d'un peuple doit, changer; et à proportion qu'il fait des progrès dans la civilisation, ses m'œur$ se rafBnçnt, ses facuK tés et ses talents se développent. Les progrès. de. l'homme ont été à peu près les mêmes dans toutes les parti du globe, et nous pouvons le suivre dans sa marche de la simplicité grossière d'une vie sauvage jusqu'à ce qu'il arrive à l'industrie, aux arts et à l'élégance des sociétés policées. Il a'y a donc rien le merveilleux dgins les ressemblances qu'on a observées entre lés Américains et les nations. barbares de notre continent. Si Lafîteau, Garcia et plusieurs autres au^urs avaient fait ces réflexions, ils n'auraient pas embrouillé le sujet qu'ils voulaient éclaircir,*par leurs vains efforts pour établir une affinité entre différentes nations (}e l'ancieaet du nouveau continent, sans en avoir d'autre preuve, que cette ressemblance dans les mœurs, qui est le produit nécessaire d'un môme état de sociabilité. Jl est vrai qu'il y a chez tous les" peuples certaines coutumes qui, n'ayant leur source dans aucun besoiij naturel ni dans aucun désir particulier à leqr situation , peuvent être regardées comme des usages d'une institution arbitraire. Si l'on dé- . couvrait entre deux peuples établis dans des régions fort éloignées l'une de l'autre une parfaite conformité dans quelquesuns de ces usages, il serait naturel de soupçonner que ces deux peuples ont été liés par quelque affinité. Si l'on trouvait en Amérique une nation qui consacrât tous les septièmes jours h m yepoa religieux ; si çhei; upe au^^e la première apparitioa

4^ 1§ nouvelle lup^B élmt célébrée ^vec appareil, on pourrait {Supposer avçp raison qyp la première a reçu des Juifs cet usage d'institution arbitraire ; mais lafête observée par là seconde ne' devînt être rçgardée que comme une expression de joie oaturelle à Thororpe, en voyant rpparaître la planète qui le guide et réclaire pendant la nuit, Les fîfeipples de coutumes puren^ |ili)jtraires et commune? aux habit^^pts des deux liémisp)ière&sont#ëquivoqii^ et en sî petit nombre, qu'on ne peut pais en déduira aucune théorie sur 1^ manière dont le Nouveau- Moide a été peuplé.

• 3* Les hypothèses que J'oh a faites sur l'origine des Anjéricair>§ , d'après l'observation de leurs rites et de leurs p»atiques religieuses*, ne sont pas moins ijmaginaires et dénuées de fon-- (Jiçments solides. Lorsque les* opinions religieuses d^un pegple ne sont ni le résultat d'upe coipMnaison raisqnnée ni l'etfetjde )^ révélation,, elles ne peuvent être que bizarre^ ^i extravagantes : jnais le^ nations barbares sont incapables de suivre la première méthode, et n'ont pas été favprisées des ^f >ntages 3e , la révélation; Cepiendanl J'esprit humain a des procédés ^\ régulfers, lors même que ces opérations sernblent n'annoncer que de la bizarrerie et du caprice, qiie dans tous les 4ges et dans itous l^s pays l^ pré(fcininance de certaines passions sera • constamment- suivie des mêmes effets. Le sauvage, soit d'Europe, soit d'Amérique, qu'agite la craipte superstitieuse des êtres invisibles ou le désir inquiet de pépétret dans J'avçnir, . ëprouvQ également les mouvements de la terreur ou de l'impatiance ; jl $ r^ours à des cérémonies et ^ ^es pratiques de même espèce, soit pour détourner le malheur dont il se croit menacé, soit pour devjner le secret qui excite sa curiosité, Ainsi,le rituel dé |a superstition sur un continent semble à plusieurs égards n'être que la copie de celui qu'on trouve dans l'autre hémisphère ; l'un et l'autre autorisent des institul;ions seniUables, quelquôfQis si frivoles qu'elles n'excitent que la pitié, quelquefois si barbares et si sanguinaires qu'elles inspirent l'horrçur. Mais.sans avoir besoin de supposer aucune affinité entre des pations aussi ^loignéeô, et sans imaginer qu6 leurs cérémonies religieuses aient itê transmises par tri|(|itiQn de l'une à l'autre, on peut attribuer cette uniformité, oui, m

plusieurs cas, semble en effet três-étonnanle, à l'influence naturelle de- la superstition et de l'enthousiasme sur la faiblesse de l'esprit humain.

4*» Nous pouvons établir comme un principe certain dans cette discussion, que TAnjérique n'a été peuplée par aucune nation de l'ancien continent qui eût fait des progrès considérables dans la civilisation* Les habitants du Nouveau-Monàe étaient dans un état de- société si peu avancé quMls ignoraient les arts qui sont les premiers essais de Tindustrie humaine *. Les nations même les plus- civilisées de l'Amérique n'avfcient aucune connaissance de plusieurs inventions simples, presque aussi anciennes que la société dans les autres partiqg du monde, et qu'on rétrouve dans les. première^ époques de la. vie civile. Il est manifeste par là que les tribus qui originairement* ont pussé en Amériqtie sortaient da nations qui doivent avoir été aussi. barbares que leurs descendants l'étaient quand ils ont été découverts par les Européens ; car les arts de goût et de luxe peuvent bien décliner ou périr* par les secousses violentes, les révolutions et les désastres auxquels les nations sont exposées ; mais les arts nécessaires à la vie ne peuvent plus se perdre chez un peuple qui les a une fois connus; ils ne sont sujets à aucune des vicissitudes des choses liumaines, et la pratique en subsiste aussi longtemps que la race même dés hommes. Si l'usage du fer avait jamais été connu aux sauvages de l'Amérique ou à leurs ancêtres ; s'ils avaient jamais employé une charrue, une navette ou une forge, 'l'utilité de ce^ inventions les aurait conservées, et il est impossible ()|)'eilei eussent pu être oubliées ou abandonnées. Nous pouvons donc en conolure que les Américains sont descendus de quelq]ie peuple qui se trouvait dans un état de société trop peu avancé pour connaître les Arts nécessaires, puisque ces mêmes arts étaient inconnus à leurs descendants.

5** Il ne paraît pas moins évident que l'Amérique n'a été peu-

1 Robertson dit lui-même le contraire en parlant des Mexicains et'd«s Péni-

•▼iens; d'ailleurs les anciens monuments des nations américaines décrits par Clavî-

gero, et, de nos jours,, par MM. h baron de Huml>oidt, Beulloch, Del rio {Ruines de

Pàlènqtu;), par la société archéologique de Philadelphie, etc., prouvent d'une ma-

. uère évidente que plusieurs nations américaine^ avaient anciennement fait d'asses

grands jprogrès dans la civilisation. (D. L, R.)

plée par aucune colonie des nations les plus méridionales de Tancien continent. On ne peut pas supposer qu'aucune des tribus sauvages établies dans cette partie de notre hémisphère soit allée chercher uïï pays si. éloigné. Elles n'avaient ni Taudace, ni Tindustrie, ni la force qui pouvaient leur inspirer le désir et leur fournir les moyens d*exécuter un si long voyage. Les Américains ne peuvent pas non plus être descendus des nations les plus civilisées d'Asie et d'Afrique ; et cela est prbwré, non-seulement par les- observations que j'ai déjà faites sur l'ignorance où ils étaient des arts'les plus simples et les plus néxîessaires, mais encore par une circopstance qui mérite d'être marquée. Lorsqa'un peupfe a éprouvé une fois les avantages que procure aux hommes la domination sur les animaux domestiques, il ne peut plus subsister sans la noprriture qu'il m. tire, ni avancer aucune opération importante sans leur secours. Aussi le premier soin des Espagnols, lorsqu'ils s'établirent, en Amérique, fut d'y porter tous les animaux domestiques d'Europe ; et s'i avant eux les Tyriens, les Carthaginois,' les Chinois,^ ou quelque autre peuple policé, avaient pris possession de ce continent, nous y aurions trouvé les animaux particuliers aux régions d'où ils auraient été apportés. .Maïs,, dans toîite l'Amérique, il n'y a pas un seul quadrupède, apprivoisé ou sauvage^ qui appartienne propremerit aux pays chauds,.ou même aux climats plus tempérés de l'ancien continent *. Le chameau, le dromadaire, le cheval, le bœuf, étaient aussi inconnus en Amérique que le lion et l'éléphant. Il est évident par là* que le peuple qyi s'établit le premier dans le monde occidental ne venait pas des pays où ces animaux abondent ; car des hommes accoutumés à en faire usage auraient. naturellement regardé leur secours non-seulement comme utile, mais encore comme indispensablement nécessaire pour l'amélioration et même pour là conservation de la société civile.

6<» En considérant les animaux dont l'Amérique est pourvue, on peut conclure que le point de contact le plu» voisin de l'ancien et du nouveau continent se trouve vers l'extréiinté s^ten-

* Cette assertion n'est pas exacte, puisque' rop trouve des cerfii dans le Canada comme dans l'ancien continent, que le tapir, animal de rAmérique méridionale , . habile également l'île de Sumatra et la Chiné; etc. (D. L. R.)

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234 fllSTOip DE L'AMÉWQCE.

trionale de l'un et de l'autre, et que c'est par là que laGominunication s'est ouverte et <[u'il s'est établi une correspondance entre ces deux parties du globe. Les vastes contrées d'Amérique qui sont située^ sous les tropiques ou qui en approchent sont remplies d'anirpaux indigènes de diverses espèces, entièrement différentes de celles qui se trouvent dans les parties correspondantes de. l'ancien continent * ; mais les pi^ovinces septentrionales du Nquveau-Monde soi^t peuplées d'apimaux sauvages communs aux parties de potre hémisphère situées sous les mônaes latitudes. L'pqrs, le loup, le renard, le lièvre, le daim, le chevreuil, * l'élan et plusieurs autres espèces fréquentent les forêts de l'A- .méiiquç septeptrionale,*aihsî que celles du nord de l'Europe et de i'Àsie *. Il parait donc évident qvie les dçiix continents s'ap- Dfoctiént l'un de l'autre par ce côté, et sont unis ou si voisins ', que ces animaux ont pu passer çle l'un ^ l'autre.

7^ ^^e voisinage actuel des deux 'continents est clairement prouvé par des découvertes modernes, qui ont détruit la principale difficulté sur la manière dont s'est peuplée l'.Amérique. Tant que les vastes régions qui s'étendent vers Test, depuis la rivière d'Oby jusqu'^à la mer deKamtschatka, ont été inconnues ou imiiarfaitemen* explorées, l'extrémité nord-est de notre hémispjière était pupposée* à une si grande distance (ju Nouveau- Monde, qu'il n'était pas aisé»de concevoir comment ii aurait pu s'établir une communication entre les deux continents. Mais les Russes, ayant soumis A leur domination la partie occidentale de la Sibérie, acquirent par degrés la connaissance dé cette vaste contrée, en pénétrant vers .l'est dans des provinces jusqu'aiprs inconnues. Êlle^ furent découvertes par des'chasseurs qui suivaient le gibier, ou par des soldats employés à lever les impôts; mais la cour (}e Moscou n'évaluait l'importance d§ ces nouvelles provinces que par la petite addition de revenu qui en résultait. Enfin Pierre le Grand monta sur le trône de Russie. Son génie vaste et éclairé,' occupé k saisir toutes les circonstances qui pouvaient agrandir son empire ou 'illustrer son règnf, aperçut dans ces découvertes des conséquences qui* avaient échappé aux regards de ses ignorants prédécesseurs. U

' Voyez les Notes 49 et 56. • •

^Bu^on^ Hist. nât tom. IX, p. 79, etc.— ' Voyex la Notb 57.

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sentit que les régions d'Asie, en ^'étendant ver^ J'ept, s'§pprocbajent dans la môjpe proportion vçrs rApdérique ; qu'on trouverait probablement par là cette communication entre les deux continent^ qu'on cherchait depuis- si longtemps en vain, let qu'en ouvrant Jui-ipéîme celte communication il pourrait faire cQuler d^ns ses^pinaines,'par nn nouveau canal, une ps^rtie . 4u commerce et des richesses du iponde occidental. Un tel projet ^tait digne tl'un génie qui airjaftit le^ grandes ^entre^ • prisés. Pierre rédigea de sa pppprè main des instructions pour guivy^ <îe'plan, et donna des ordres pour le n)ettr§ à exécution *. . ;• . .

Ses successeurs ont adopté ses idées et suivi son projet ; mais les officiers que la cour de Russie ai, employés a cette expéçjilion ont trouvé tant de difficultés à vaincre; que leurs ^irogrèspnt été extrêmement lents. Quelques tradition^ pbsciPPis conservées . chez le§ peuples de Sibérie, sur un voyage qui s^ fit heureuçenient en 1648 autour du promontoire nord-est de l'Asie, encouragèrent }es Russes h sui\:j| la même rpute. Dans cette vue, on équipa, en différents temps, des vaisseaux sur. ie§ rivières de ten^ et derRolynie^; mais dans un océan glacé, que la nature ne semble pas. avoir destiné h )a navigation, ces vaisseaux éprçfuvèrent de^ désastres multipliés et ne purent remplir Tûhjet qu'on s'était proposé. Aveun vaisseau armé par la cour dé ïiussie n'^ jamais douWé ce cap formidable *; tout ce que Ton connaît de ces extrémités de TAsie estdt au? découvertes qui ont été faites dans des excursions par terre. On trouve dans toutes ces provinces un^'ppfnion établie, qu'il y a des contrées vastes et fertiles à une distance peu considérable dé leurs côtes. Les Russes imaginèrent que ces contrées faisaient partie de l'Amérîqug ; et • plusieurs circonstances c(5ncouraient non^seulement àfes confirmer dans cette opinion, mais encore à leur persuader qu'une, portion de ce continent ne pouvait pas être très-élc^gnée. Pes arbres de différehtQÇ^pèces, iççnnus danè ces fégiqns stériles de l'Asie, §ont chassés sur la côté par un vent d«'est ; le mêm^ vent y ramène en peu de jours des glaces flottantes ; de grandes troupes d'oiseaux arriyen| tous les suis

t MiiUeF, Voyages et Découvertes des Russes, tom. I, p. 4» S> l4^r « Yoye? la Wptk 5^. •

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du même côté ; enfin, il s'est conservé parmi Jes habitants la tradition d'un commerce établi anciennemçdt avec des pays situés à l'est.

Après avoir pesé toutes ces circonstanceSr et aVoir comparé la position des contrées d'Asie qui venaient d'être découvertes, avec (.elle des parties du nord-ouest de F Amérique qui étaient déjà cotinues, là cour de Russie forma ^n plan qu'aurait à peine 'osé concevoir toute autre nation moins ajccoutumée à tenter des entreprises difficiles et à lutter contre da grands obstacles. On donna ordre de construire deux vaisseaux à Ochotz dans la mer de Kamtschatka, d'où Ton devait mettre à la voile pour aller faire„des découvertes. Quoique cette région inculte et •stérile ne produisît rien qui pût servir à la conslruetiori de ces vaisseétux, à l'exception de quelque boià de mélèse ; quoique hon-seulement le fer, les cordages, les voiles et tous les nombreux attirails nécessaires pour les équiper, mais encore les provisions et les vivres dussent être transportés- à travers les immenses déserts de la Sibériei^ur des rivières d'une navigation difficile et par -des routes presque impraticables, la volonté du souverain et la patience dtf peuple russe surmontèrent à la fin tous les obstacles. On vint à bout de construire les deux vais- . seaux [1 7^1 ],qui appareillèrent du Kamtschatkasou^ lecommandempnt des capitaines Behring et Tschirikow, pour aller reconnaître le Nouveau-Monde par un côté où l'on n'en avait jamais approché. Ils dirigèrent leur route vers l'est; une tempête sépara bientôt les deux vaisseaux, qui ne purent plus se rejoindre; mais,' malgré cet accident et plusieujw autres désastres qu'ils éprouvèrent, les espérances qu'on avait conçues de cette expédition ne furent pas absolument frustrées. Chacun des commandants découvrit une .terre qui leur parut faire partie.du continent d'A;nérique, et qnu suivant leurs observations, semble .être située ft quelques .degïés de la côte nord-ouest de la Californie. Les dsux commandants firent aussi descendre à terre quelques-uns de leurs gens ; mais à l'un de ces débarquements, les habitants ;s'enfuirent à l'approche des Passés; à l'autre, ils enlevèrent ceux des Russes qiii étaient descendus, et détruisirent leur chaloupe. La violence du temps et l'état déplorable où se trouvait l'équipage obligèrent lés deux capitaines à aban-

donner ceç .côtes inhospitalières. En revenant, ils touchèrent^à différentes lies -qui forment une chaîne de Test à l'ouest, çntre le pays qu'il? avaient découvert et la côté d'Asie. Ils. eurent quelque communication avec les naturels de ces lies, qui leur parurent avoir beaucoup de resseniblance avec ceux de l'Amérique septentrionale. 'Ils présentèrent aux Russes le calumet ou tuyau de paix, symbole d'amitié, d'un usage universel chez tous les habitants du nord de l'Amérique, et qui parait être une institution particulière à ces. peuples..

Les îles de ce nouvel Archipel ont été fréquentées depuis par les chasseurs russes ; mais la cour semblait avoir abandonné son premier plan de poursuivre les découvertes de ce côté. Ce projet fut repris tout à coup eii 1768 , et le capitaine KrëniLzin eût le comrflandement de deux petits vaisseaux équipés pour cet objet. Il tint dans son voyage à peu près la même rouie.que les premiers navigateurs, il toucha aux mêmes îles , dont il observa avec plus de soin«la situation et les productions, et il en découvrit plusieurs nouvelles* que les aqtriDS n'avaient pas rencontrées. Jl n'alla pas assez avant vers l'est pour rencontrer le pays que Behring et Tschirikow avaient jugé fairepartiô du continent de l'Amérique ; mais , en revenait par une route, beaucoup plus au nord que celle qu'ils avaient tenue; il corrigea quelques erreurs importantes où ils étaient tombés , et son expédition servira du moins'à faciliter les progrès des navigateurs qui voudront le suivre dans ces mers *.

La possibilité d'une communication entre les deux continents par cette partie du globe n'est plus foindée sur de simples conjectures, mais sur des preuves incontestables *.. Il se peut qu'une tribu ou quelques familles de Tartares errants , guidées parl'humeur vagabonde particulière à ce peuple, aient passé dans les îles les plus voisines; et quelque grossière que fût leur manière de naviguer, elles ont pu , en allant d'une île à une autre, arriver enfin à la côte d'Amérique et commencer à peupler ce continent. La distance deà îles Mariannes ou des Lai*rons à la terre d'Asie la plus voisine est encore plus considérable que celle qui se trouve entre la partie d'Amérique que les

» Voyez U Note Sg. .

■ MuUer, Vdyaçes et Découvertet, tom. I, p. a4^» «'«•» *67» *7^»

iU « HISTOIRE DB L'AMÉRIQUE.

Rosses ont découverte, et ]acôtë de Kamtschatka. Cependant les habitants des îles Mariannes sont évidemment d'origine asiatique. Si malgré leur éloignement nous reconnaissons que. ces îles ont été peuplées par des émigrations de notre continent , la distance seule n*est pas une raison pour .nous empêcher d'at-

. Ji'ibuér à la même origine la population de TAmérique. Il est probable qiie leè navigateurs qui visiteront dans la. suite ces mers àécbuvriront, en rejîiontant davantage vers le nord , que le continent de TAmérique est encore plus près de l'Asie *. Les habitants encore barbares du pays situé autour du-cap nord-est de TAsie prétendent qu'il y aà la hauteur de leur côte une petite île où ijs peuvent arriver len moins d'un jour, et que de là on découvre un grand continent qui, selon leur récit, est couvert de forêts et occu pé par uji peuple dont ils n'entendent pas la langue '. Ils reçoivent de ce peuple des peaux de martre, animal inconnu dans lesparties septentrionales de la Sibérie ;et qui ne se trouve que dans les pays où il y. a beaucoup cl'arbres. Si nous pouvions ajouter foi à ce récit, il faudrait en conclure que lé continent d'Amérique n'est séparé du ôôtre que par urî canal étroit ; et alors toutes* les difficultés sur leur communication s'évanouiraient, •peut-être que le mérite de décider cette question est réservé à . la princesse qui est assise en ce" momentisur le trône de Russie , et qui , en perfectionnant le plan de Pierre lé Grand , ajoutera uji jour ce brillant succès à ceux qiii illustrent déjà son règne ^. Il est évident aussi , d'après des découvertes récentes , qu'une cothtinîcation en Ire notice continent et l'Amérique a pii s'établir

' âtec une égale facilité par l'extrémité nord-ouest de l'Europe. Dés le neuvième Siècle les Noiivégiéns découvrirent le Groenland et y établiront des colonies: cette communication, après â^iï" été longtemps interrompue , s*est renouvelée dans \(^ derliler Siècle. Quelques missionnaires luthériens et moi-aves, . animés par .uii zèle ardent poqr'la propagation de la foi chrétienne , n'ont pas craint de .s'établir dans cette région inculte et glacée *. C'est à eux qu*on doit beaucoup de détails curieux

' Voyez la Notb 67 c^jà citée.

. ^ Mullef; Voyages et liécou vertes, ton». ï, p. 166.

3 Voyez la Notb 57 déjà citée. •

* Cranu, Hist. du Grù«iiUuid, 1. 1, p, 041, 944*-^Hitt. 0éa. des Ybyayet, t. XV^ p. tSa (Non 96).

LIT^ QÙAllilÈltË. i^à

sur la nature du pays et sur les babitaûts. Qs nous ont appris que la côte nprd-oueat du Groenland est séparée de r^toérique par un détroit très-resseîfré ; qu'au fond dé la baie où aboutit ce détroit il esttrès-pîobàble que lès deux continents sont unis * ; que les habitants de Tun et de TiiUtre ottt des "relations entre eux; que les Esquiiïiauï d'Ainériqùe ressemblent parfaitement aux Groenlandais pour la tigure , le vêtement et la ttianièf e de vivre ; que lés toatelots qui avàiehl appris quelques mots groenlandais avaient rajpporté que ces mêmes mots étaient entendus par les Esquimaux ; ënfiil qu'un missionnaire morave , très- versé dans* la langue du Groenland , ayant visité le )?ays des Esquimaux, découvrit, à sdh grand étonnement, qu'ils parlaient l'a même langue que les Groenlandais , que c'était, à tous égards, le même peuple, et qu'en conséquence il en fut reçu et traité comme un ami et un frère '. '

Ces faits décisifs établissent non-seuleiûentla consanguinité des Esquimaux et des Groenlandais , ils démon treht. encore la possibilité que l'Amérique ait été peuplée par le iiord de l'Europe. 5i les NorWégiens , dans un sièêle barbare où la science n'avait pas encore-.commencé à éclairei* le nord de notre hémisphère, ont été cependant assez bons navigateurs pour s'ouvrir une com.munication avec le Groenland , il ne serait pas éton- . nant que -leurs ancêtres, aussi accoutumés à erircï* dans les ûiers que les Tarlates le sont â errer par terre , eussent , à une époque plus reculée, exécuté le même voyage et laissé àù Groenland une colclnîè dont les descendants ont pu dans là suite des temps passer en Amérique. l4âis si , au lieu de se hasarder .à voguer directement de leur côte au Groenland , nous ' supposons que les Nortvégiens ont suivi tine roule m'oins hardie, en s'avançant des lies Shetland à celles de Feroë et delà en Islande^ et qu'ils ont établi des colonies en ces différentes lies, leurs progrès- peuvent avoir été tellement gradués que cette navigation n'aurait été ni pl\is longue ni plus périlleuse que tant de voyages exécutés dans tous les tempà par ce peuple robuste et entreprenant.

8^ Quoiqu'il soit possible que l'Amérique ait re.çu de notre

* Eggede, Nouvelle Recherche de rancien Groenland» p. 2f 3«

* Qnûiu, Hist; du Groenland, p, 26 1, a6a.

hémisphère ses premiers ha!)itants, soit par.le.nord-ouestd.e l'Europe, soit par le nord-est de l'Asie, il y a de bonnes raisons pour supposer que les ancêtres de toutes les nations américaines, depuis le cap Horn jusqu'aux extrémités méridionales de Labrador, sont venus d'Asie plutôt que d'Europe. Les Esquimaux sont les seuls peuples d'Amérique qui par la figure et par le caractère aient quelque ressemblance avec les Européens septentrionaux.. C'est évidemment une espèce d'hommes particulière, distinguée de toute les nations de ce continent par le langage, les mœurs et lesJiabitudes. On peut donc être. autorisé à faire remonter leur origine à la source que j'ai indiquée. Mais il y a parmi tous les autres peuples d'Amérique une ressemblance si frappante et dans leur constitution physique et dans leurs qualités morales, que , malgré les différences produites par l'influence du climat ou t)ar l'inégalité de leurs progrès dans la civihsàtion, nous devons les regarder comme descendus d'une même souche. Il peut y avoir de la variété dans les leintes, maïs on retrouve partout la mêine couleur primitive. Chaque tribu a quelque caractère particulier qui la distingue ; mais dans toutes on reconnaît certains traits communs. à là race entière. . *

C*est une chose remarquable que dans toutes les particula-

* rites, soit physiques, soit morales, qui caractérisent les Américains , on leur trouve quelque ressemblance avec les tribus barbares dispersées au nord -est de l'Asie, mais presque aucune avec les nations établies au nord de l'Europe. On peut donc remonter à leur première origine , et conclure que leurs

' ancêtres asiatiques, s'étant établis dans les parties de l'Amô-' rique où ies Russes ont découvert le voisinage des deux continents, se sont ensuite répandus par degrés dans ces différentes régions. Cette idée du progrès de la populatipn en Amérique s'accorde avec les traditions que les Mexicains avaient sur leur propre origine, -et qui, tout imparfaites qu'elles étaient , avaient été conservées avec plus de soin et méritaient plus de confiance que celles d'aucun peuple du Nouveau- Monde. Les Mexicains prétendaient que leurs ancêtres étaient venus d'un' pays éloigné situé au hord-ouest de leur empire. Ils indiquaient les différents endroits où ces étrangers s'étaient

LltTRE QUATBIÈME. 241

arrêtés en avançant successivement dans les provinces intérieures , et c'est précisément la même route qu'ils ont dû suivre en supposant qu'ils vinssent d'Asie. La description que les Mexicains faisaient de la ftgure, des mœurs, de la manilère de vivre de leurs ancêtres à cette époque,, est une peinture fidèle des tribus sauvages de Tartares , dont je suppose qu'ils sont descendus., •

Je terminerai ici cette discussion sur un point auquel on la attaché tant d'importance, qu'il aurait été peu convenable de l'omettre en écrivant l'histoire de l'Amérique K J'ai osé exàmi-. ner la question , mais sans prétendre l'avpir décidée. Content d'offrir des conjectures , je ne veux établir aucun système. Lorsqu'une recherche, est par sa nature trop -obscure et trop compliquée pour qu'il soit possible d'arriver à.des conséquences certaines, il peut y avoir quelque mérite à indiquer du moins celles qui sont probables '. ' •

. Il est plus intéressant d'examiner l'état et le caractère des peuples d'Amérique ,'à l'époque bù.ils orrt été connus des Européens que de se livrer à des recherches sur leur origine. Ces dernières ne sont qu'un objet de curiosité ; tandis que Tf xamen de l'autre «ujet peut donner lieu aux recherches les plus importantes et les plus dignes d'occuper le philosophe ou l'historien. Si l'on veut compléter l'histoire de l'esprit humain et parvenir à Une parfaite connaissance de sa nature et de ses procédés,.il faut conten^pler l'homme dans toutes les situations di- Ve.rses où la nature l'a placé ; il faut suivre ses progrès dans les différents états de sociabilité par où il passe , eu avançant par degrés de l'enfance (Je la vie civile vers la maturité -et le déclin 'de l'état social; il faut examiner à chaque période comment les puissance9»de son entendement se développent, observer les efforts de ses facultés actives, épier les mouvements de ses. affections à mesure qu'elles naissent dans son àme , voir le lîut où. elles tendent et la force avec laquelle elles s'exercent. Les anciens philosophes et historiens de la Grèce et de Rome, qui

* Voyez la PTotb 6o.

* Acosta, Hîst. nat. et mor. Hb. VII, cap.. 2, etc. — Gaféia, Origen de lotindios, lib. V, cap. 3. — Torquenaada, Monar. Ind., lib. I, cap. a, «tCà-^Boturioi fieoaduci) Idea de una hîst de la Amer, septentr., § XVII^ p. 117.

sont nos guides dans cette recherche comme dans toutes les autres, n'avaient que des vues bornées sur ce sujet, lîarce

. qu'ils ji'âvaient eu presque aucun moyen d'observer l'homme dans l'état de vie sauvage. La société civile avait déjà fajt de grands progrès dans toutes les régions delà terre qu'ils cou* naissaient, et lesnations qui existaient avaient déjà achevé une grande partie de leur carrière avant qu'ils eussent commencé à les observer. Les Scythes et les Germains sont les peuples les moins avancés dans la civilisation , sur lesquels lès anciens

. auteurs rfous aient transmis quelque détail authentique; mais ces mêmes peuples possédaient déjà des troupeaux et des bestiaux ; ils connaissaient des propriétés de différentes espèces , et lorsqu'on les compare avec les hommes- qui. sont encore dans

. l'état sauvage , on peut les regarder comme déjà parvenue à un ' grand' degré de civilisation.

La. découverte du Nouveau -Monde a agrandi la sphère des spéculations, et a offert à notre vue des pations dans un état de société beaucoup mbins avancé que celui où l'on a pu ob^. server les différents peuples de notre continent. C'est en AmèriqiBB que l'homme se montre soûâ la forme la plus grossière où nous concevons qu'il puisse ôubsister. Nojp y voyons des sociétés qui commencent seulement à se former, et nous pouvons observer les sentiments et les actions des hommes dans l'enfance de la vie sociale , au moment où ils ne sentent encore qu'imparfaitement la force de- ces liens , et où ils ont à peine abandonné une partie.de leur liberté naturelle. Cet étatde sim-* plicité primitive , qui n'était connu dans notre continent que par les descriptions fantastiques des pôëteS», existait réellement dans cet autre hémisphère. La jfilus grande partiiç de ses habitants, étrangers à l'industrie et au travail, ignofaieptleS arts, avaient à peine quelque idée de propriété , et jouissaient en commun des biens que produisait la- fécondité spontanée de la nature, il n'y avait suç ce vaste continent que deux nations qui fassent sortis de çététat grossier et qui eussent commencé d'une manière sensible à acquérir les idéeset a adopter les institutions qui appartiennent aux sociétés policées *. Leur gouvernement

^ Ia. civïWisiûùh &'ëtait pa6 bornée en Amérique aux seuls habitants du Mexique « du Pérou, — Voye» la Nom 45 déjè citée, (D. L. R.)

• et leurs moeurs deviendront naturellement Tobjet dé nos ôbser- '. valions, lorsque nous rapporterons la découverte et la conquête

de^ empires du Mexique et du Perçu : cette époque nous offrira une occasion de considérer les Américains dans le plus haut degré de civilisation oix ils soient jan^ais parvenus.

Nous bornerons pour le moment notre attention^et nos recherches 4 réxamea.de§ petites tribus indépendantes qui occupaient tes autres parties de TAmé^que.. iQuoiqu'on observât quelques diversités dans le caractère , les moeurs et les institutions de ces différentes tribus , elles se trouvaient à peu près dans un même, état de société, tellement simple et grossier, qu*on.pent leur donner 'à toutes également la dénomination de sauvages. Dans une histoire générale de T Amérique il serait peu convenable de décrire Tétat de chaque -petite pejiplade , et de rechercher toutes les circonstances qqi contribuent à former le caractère des incgyidus qui la composent. Un pareil examen entraînerait dans des détails -fastidieux et ittlerminables. Les

• qualités qui distinguent le peuple de ces différentes tribus- ont-

• entre elles une si grande ressemblance, qu'elles peuvent être présentées'sous les mêmes traits. Si. quelques circonstances paraissent établir dans le caractère et les moeurs de quelques- ■ unes des particularités dignes d'être remarquées, il suffira (Je

• les indiquer et d'en rechercher les causes, à mesure que l'occasion de les observer se présentera.- .

Il est extrêmement difficile de se procurer des informations satisfaisantes et authentiques sur les mœurs dès peuples , lorsqu'ils, ne sont pas encore civilisés: pour découvrir sous cette forme grossière leur véritable caractère e^ pour recueillir les traits qui les distinguent, il faut dans l'observateur, autant d'impartialité que de sagacité ; cardans les différents degrés de sociabilité , les facultés , le&.sentiments et les désirs de l'homme . sont tellement appropriés à sa situation qu'ils deviennent pour lui la règle de tous ses jugements. Il attache l'idée de perfection et de bonheur i^iix qualités semblables à celles qu'il possède, et partout où il ne trouve pas les objets .de plaisir et de jouis- . sance auxquels il ^st accoutumé , il prononce hardiment que le peuple qui en estpçivé doit être barbare et misérable. De là le. mépris mutuel que conçoivent les'^uns pour les autres les .

membres des petites sociétés où la civilisation n'a pas t'ait, encore les mêmes progrès. Les nations policées, qui sententtous les avantages que leur donnent les lumières M les arts., sont portées à regarder avec dédain les peuples sauvages ; et,* dans rôrgueil de la supériorité , à peine conviendront-elles que les.occirpalions, les idées et les plaisirs de ces peuples soient dignes de Thomme». fés na^ons grossières et sauvages ont raremeht été observées par des personnes douées de cette force d'esprit supérieure aui préjugés vulgaires et capables déjuger l'homme , sous (juelque aspect qu'il se présente, avec candeur et avec discernement. . .* •

Les Espagnols qui entrèrent les premiers en i^mériquè, et qui eurent occasion de connaître les différentès.peuplades avant qu'elles fusseint subjuguées, dispersées ou détruites, étaient bien loin de posséder les qualités nécessaires pour bien observer le spectacle jptéressant qui s'offrait à t*rs yeux;

Ni le siècle où ils vivaient, ni la nation à laquelle ife#ppartenaient, n'avaieat fait encore'assez de progrès dans les connaissandes solides pour qu'ils eussent des idées grandes et éten- * dues. Les conquérants duKouveau-Mondeétaient pour la plupart, des aventuriers ignorants, dépourvus de toutes les idées qui auraient pu les conduire à bien observer des objets si différents de ceux auxquels ils étaient accoutumés. Continuellement environnés de périls et luttant contre les difficultés, ils avaient peu de loisir et moins encore de capacité pour se livrer à des recherches de spéculation. Impatients de s'emparer d'iin pays si opulent et si vaste , et trop heureux de le trouver habité par des peuples si peu en éfcît de le défendre, ils se hâtèrent de les trai- . ter comme une misérable espèce d'hommes propres janiquement à la servitude, et s'occupèrent plus à calculer les profits qu'ils pouvaient retirer du travail des Américains , qu'à observer le caractère de ItfUF esprit ou à chercher les causes de leurs institutions et de leurs usages. Ceux des Espagnols qui pénétrèrent ensuite dans les provinces intérieures que les premiers conquérants n'avaient pu encore ni connaître ni dévaster, y portèrent en général le môme esprit et le même caracfore; audacieux et. braves au plus haut degfé, ils étaient trop peu inslrifits pourêtre en état d'observer et de décrire ce qu'ils voyaient. "

iigitizedbyLjOOgie

Ce n'est pas 'seulement l'incapacité des Espagnols, ce sont encore leurs préjugés qui ont rendu si défectueuses les notions qu'ils nous ont lai^ées sur l'état des naturels de l'Amérique. Peu de temps après qu'ils eurent établi des colonies dans leurs nouvelles conquêtes, il s'éleva parmi eux des différences d*opinion sur la manièrie dont on devait traiter les Indiens. Un des partis intéressés àr rendre perpétuelle la servitude de ce peuple le représentait comme une race stupide et obstinée, incapable d'acquérir des idées religieuses et d'être formée aux occu[!>ations de la vie sociale. L^autre parti, plein d'un zèle pieux pour là conversion des Indiens, affirmait q,ae, malgré leur ignorance et leur simplicité, ils étaient doux, çiffectionnés, dociles, et que par des instructions et des règlements convenables, il sellait aisé d'en faire par degrés de bons chrétiens et des citoyen^ utiles. Cette controverse fut soutenue, comme je l'ai déjàrdit, avec toute la chaleur qu'on, doit naturellement attendre lorsque des vues d'intérêt-d'un côté, et le zèle religieux de l'autre, animent les disputants. La plupart des laïques embrassèrent la première opinion ; tous les ecclésiastiques furent les défenseurs • de l'autre * ; et nous voyons constamment que , -selon qu'un auteur tenait à l'un de ces deux partis, il était porté à exagérer les vertus ou les défauts des Américains fort au delà de la vérité. Ces, récits opposés augmentent la difficulté de parvenir* à une connaissance parfaite du caractère de ce peuple, et mettent dans la nécessité de lire avec défiance toutes les relations qu'en ont données les écrivains espagnols, et de h'adopter leurs témoignages qu'avec des modifications. . .

11 s'était écoulé près de deux siècles depuis la découverte de l'Amérique , avant que les mœurs de ses habitants eussent attiré sérieusement l'attention des philosophes. Ils s'aperçurent enfin que la connaissance de l'état et du caractère de ce peuple pouvait leur offrir un moyen de remplir un vide considérable dans Fhistoire de l'espèce humaine, et les conduire à des spéculations non moins curieuses qu'importantes. Ils entrèrent avec ardeur dans cette nouvelle carrière d'observations ; mais

• • Ceci n'est phs tout à fait exact, puisque les Franciscains, par esprit d'opposition, parais<;aient dispose?» à se joindre aux laïques et à défendre les i^epartimientos, ainsi queRt)bertî>on l'a dit 'pi^inème, pag. 187 de cellç édiflon. (D. LÎ%1.)

au lieu de répandre la lumière sur ce sujet , ils ont contribué , à quelques égards, 'à Tenvelopper d'une nouvelle obseuTité-, Trop impatients dans leurs spéculations, i|s se hâtèrent dedécider, et commencèrent. à bâtir des systèmes, lorsqu'ils, auraient dû chercher des faits sur lesquels ils pussent ^n poser les fondements. Frappés d'une apparence de dégradation de Tespèec humaine dans l'étendue du Nouveau-Monde, -eiétonnés dé voir un vaste continent occupé par une race d'hommes nusv faibjes .et ignorants , quelques auteurs célèbres ont soutenu que cette plartie du glpbe était restée plus longtegaps couv^te des eauxde la mer que l'autre continent , et n'était devenue que depuis peu propre à être habitée pap l'homme; que tout y portait les marques d'une origine* récente ; que ses habitants, nouvellement apiielés à l'existence, et encore au commencement de leur carrière, ne pouvaient être comparés aux habitants d'une t^rre plus ancienne et déjà perfectionnée ^ D'autres ont ïmagïtié que, dominé par l'influence d'un climat défav(n:iable qui arrête et énerve le principe de la* vie , l'homme n'avait jamais pu atteindre en Amériques au degré deperfection dont s^ nature est susceptible , et qu'il y était resté un animal d'une classé inférieure, . dépourvu de force dans sa constitution physique, ainsi que de sensibilité et de vigueur dans ses facultés morales ^. D'autres philosoçdîes , opposés à ceux-là , ont prétendu que l'homme arrivait au plus haut degré de dignité et d'excellence doîit il so.it susceptible longtemps avant que de parvenir à un état de civilisation , et que, dans la simplicité grossière de la vie sauvage, il déployait une élévation d'àme, un sentiment d'indépendance et «ne chialeur d'affection qu'on chéreherait vainement parmi les membres des sociétés policées '. Ils paraissent croire que l'état de l'homme est d'aiitànt plus parfait qu'il est moins civilisé, ils décrivent les mœurs des sauvages de r Amérique avec l'enthousiasme de l'admiration, comme s'ils voulaient les proposer pour modèles au reste de l'espèce bu- . mainè. Ces théories contradictoires ont été avancées avec une égale confiance,' et Ton a vu le génieet. l'éloquence déployer

* BuffoD, Hist. nat., tom. III, p. 494; IX, io3, 114.

* De Paw, Rediefclies pl^ilos. sur Tes Àmédc. passif, ^ I^oasseaM^ • .

LIVRJE QUATRIÈME. 247

toutes, leurs ressources pour les f^vêtir d*une apparence jde vérité. * • •

; Comme toutes ces circonstances concourent à embroqiier et à obscurcir toutes les recherches sur l'état des nations sauvages de r Amérique, il e^ nécessaire d'y procéder avec beaucoup d« circonspection. •

Lorsque nous sommes guidés dans ce travail par les observations éclairées du petit nombre de philosophes qui ont parcouru cette partie du glQbo, nous pouvons hasarder de porter un jugement; mais lorsque nous n'avons pour garants que lee^ remarques" superficielles de voyageurs vulgaires, de marins, de commerçants, de boucaniers et ûe missionnaires S il faut souvent hésiter, et, en comparant des faits épars , tâcher de dé^uvrirtîe qu'ils n'ont pas eu la sagagjté d'observer. Sans se livrer aux conjectures, saris montrer de penchant pour aucun système,» il faut mettre nùtà égale attention à éviter les excès ou d'une admiratiôii extravagante qjj d'un mépri^dédaigneux pour ces mœurs que nous décrivons. ' *

Afin de procéder dans cette recherche àvçc.une plus grande exactitude,- il faudrait la simplifier autant qu'il est possible. L'homme existait comme jndividii avant de devenir membre d'une compaunauté. Il faut doBC.-connaître les qualités qui lui appartiei^aentâôus ce premier vT^port , avant que d'examiner celle* qui' résultent du second. C^ procédé est particulièrement indispensable pour étudier les paœurs des peuples sauvages: Leqr union politique est si imparfaite, leurs -instilt^ioris et leurs règlements civile sont en si petit nombre , si simples, vevêtus d'une ajïbïrHé «i faible, qu'on doit plutôt regarder ces peuples comma des èu^ ind/^ndantsque comme des membres d'une société régulière.. Lt'caractère d'un sauvage résulte presque entièrement de ses idées et de ses stntiments comme individu ; il n'est que faiblement modifié par l'autorité impar^ faite de ia police et de 1^. force publique. Je suivrai cet ordre

* Robertson ne nous paraît pas rendre a{ix missionnaires qui avaient visité TAmécique et publié leurs observations avant la publication de son histoik>e, la justice à iSquelle quelque»-uns d'entre eux ont droit. Les Pères Duteftine, de Charlevoix et plusieurs des auteurs des Lettres édifiante^, tous loués avec tant l'éloquence par M. de Chateaubriand dans son Génie du Christianisme t et d'autres encore, méritent vqç honorable ei(ceptipn. ^D, L, R.]|

naturel dans.mes recherches sur les mœurs des Américains , en procédant par degrés du plus simple au plus composé.

Je considérerai : I. la constitution physique des Américains dans* les pays dont il est question ; II. leurs facultés intellectuelles ; ill. leur état domestique; IV. leurs institutions et leur état politique ; V.. leur système de guerre et de sûreté publique ; Vï. les arts qu'ils pratiquaient; VIL leurs idées et leurs institutions religieuses; VIII. les coutumes particulières et isolées qui, ne peuvent se ranger sous aucun de ces chjapitres divers. Je terminerai le tout par une appréciation et une balance gêné* raie de leurs vertus et de leurs défauts.

;l. Constitution jphysique des Américains. Le corps humain est moins affecté par le climat (|fe celui d'aucune autre espèce* animale. Quelques animaux sont bornés à une région partieujière du globe et ne peuvent exister au delà; d'autres peuvent bien supporter les intempéries d'uç climat qui leur est étranger; . mais ils cessent de multi^er dès qu'ils sont transporté^ 4iors de cette partie du globe que la nature leur avait assignée pour demeure. Ceux même qui peuvent se naturaliser dans- des climats différents éprouvent les effets de toute -transplantation hors de leur pays natal, et dînèrent par degrés de la vigueur et de *la' perfection- dont leur espèce est susceptible., t'homme " est la seule c^ature vivante dont Torganisation soit à la fois assez rpbuste et assez flexible pour Jui permettre de se répandre sur toùt^la terre , d'habiter toutes les régions , <ie pro^ pagcr etde multiplier sous tous les climafs. Soumis néanmoins à la loi générale de la nature , !e corps humain n'eist pas absolument insensible à l'inlïuence Sa climat, et lorsqu'il est exposé aux excès de ta chaleur ou du froid % il diminue de grandeur ou de force! ...

. La première vue des habitants du Nouveau-Monde inspira ^ ' ceux qui les (Jéôouvrient une teHe surprfse , qu'ils crurent voir une race d'hommes différente .de ceHe qui peuplait Tancien hémisphère. Leur teint est d'un brun-rougeàtre ressemblant à peu près à la couleur du cuivre *. Leurs cheveux sont toujours poirs , longs , grossiers et faibles. Ils n'oiit point de barbe , et

? OvieJo, Sommario, p! ^6. D. —Vie de Oolomb^ chap. «4-

toutes les parties de leur corps sont parfaitement unies**. Ils ont la taille haute, svelte et bien proportionnée*. Leurs traits sont réguliers , quoique souvent déformés par les efforts âbsurdes'qu'ils font pour auigmenter la beauté de leur forme naturelle oh pour reAdrè Jeur aspect plus redoutable à leurs en* nemis. Dans les îles où les quadrupèdes étaient, petits et peu nombreux et où là terre* produisait presque d'elle-même, là constitution physique des naturels n'étant fortifiée ni par Texercice . actif d*e lâchasse, ni par le travail de la culture, était extrêmement faible et délicate ; sur le continent , où les forêts abondent en gibier de toute espèce , et où la principale occupation dé plusieurs peuplades. était de le poursuivre à la cbassQ, le corps des naturels avait acquis plus de vigueur./ Cependant' les • Américainô étaient toujours plus distingués par Tagililé que par. la^ force : ils ressemblaient plus aux animaux de proie qu'à des animaux destinés au travail '. Non-seulement ils avaient de j'aversion pour la fatigue, ils étaient même incapables de la supporter ; et lorsqu'on les arracha par la violence à leur indolence najurelle et qu'on les força de travailler, ils succombèrent à la fatigue de travaux que les habitants de l'aacien continent auraient exécutés avec facilitée Cette faiblesse de constitution , qui était universelle parmi les peuples des régions de l'Amérique. dont nous parlons, peut être regardée comme une marque caractéristique de cette espèce d'hommes *. Le défaut de barbe * et la peau unie de l'Américain semble indiquer un genre de faiblesse occasionné par quelques vices dans sa constitution. Il est dépourvu d'un signe de, virilité et de force. Cette particularité, qui distingueles habitants du Nouveau-Monde d'avec toutes les autres nations, ne peut être at'tribuée , «comme Tout cru quelques voyageurs , à leur manière de se nourrir''. Quoique les aliments de la. plupart des Améri-

» Voyez la Note 6i. — » Voyex la Non 62. — ^ Voyex la Note 63.

^.Oviedo, Sommario, p. 5i. — Voyage de Correal, 11, p. i38. — Wafers Description,' paç. i3i. . • *

* B. Las Casas, Brev. relac, p. 4. — Torquem. , Blonar. lud. î, 58o. -^ Oviedo, Somm , p. 41 i Hist., iib. 11(, cap. 6. ^- Herrera^ decad*. I, lib. IX, cjp. 5. — SimoD, paç.41. . •

<♦ Voyez la Note 61 ddjà citée.

7' Cliarlevoix, Uist. de la Nouv. Fraoce, UI, 3 10.

«50 HISTOIHK m L'AMÉRÎQDE.

. cains soient extrêmement insipides; parce quils ne connaissent pojnt Tusage du sel, on voit en d'autres parties de la terre des peuplades sauvages qui vivant d'aliments également simples , sans avoir cette marque -de dégradation ni aucun synftptôme apparent d'une .diminution de force. ' * ;

Comme la forme extérieure des Américains nous porte à croire qu'il y a dans la constitution de leur corps quelques principes naturels de faiblesse, la petite quantité de nourriture qu'ils prennent a été. citée par plusieurs auteurs comme* une confirmation de cette idée. La quantité d'aliment que les peu- •' plès oonsominent varie selon la température du climat où ils vivent, le degré* d'Activité qu'ils exercent, et là .vigueur natu-

' relie de leur cqpstitution physique. Sous la chaleur accablante de la zone torride, où lés hommes passent leurs jours dans l'indolence et le repos , il leur faut moins de nourriture çfu'aux

. habitants actifs des pays froids ou tempérés. Mais le* défaut d'appétit , si remarqniable chez les Américains , ne peut s'expliqua ni par la chaleur de leur climat ni par leur extrême indolence. Les Espagnols témoignèrent leur é^nnemeht en observant cette particularité non-seulement dans les îles, mais môme en différentes parties du continent, La tempérance . naturelle de ceé peuples leur parut surpasser de beaucoup l'abstinence des ermites les plus austères * ; tandis que d'un autre côté l'ap* petit des Espagnols parut aux Améridîsiins d'une voracité insa-, tiablô: ceux-ci disaient qu'un. Espagnol dévorait en un jour plus d'aliments, qu'il n'en aurait fallu pour dix Américaine *. TJfte preuve encore plus frappante de la faiblesse naturelle des Américains est le peu de sensibilité qu'ils montrent pour les charmes de là beauté et pour les plaisir» de l'amour. Cette passion, destinée à perpétuer Ja vie, à être le lien de l'union sociale et une source de tendresse et de bonheur, est la pl^us ardente de toutes celles qui 'enflamment le cœur humain. Quoique les peines et les dangers qui tiennent à l'état sauvage,

• quoique en quelques occasions l'excessive fatigue et dans tous les temps la difficulté de se procurer la subsistance puissent pa-

* Ramusio, lU, 3o4, F. 3o6. -^ A. Simon, Qonquista, etc., p. Zg. — Hakiuit m, 468, 5o8. . , •

* Herrera, decad. I, lib. a, cap. 16. .

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