LIVRE V
HISTOIRE DE LA CONQUÊTE D^ LA NOUVELLE-ESPAGNE PAft CORTBZ.
[Vclasquezse pri^parc à la conquête de la NouvcUc«Espiinne. — 11 dontie à Cartel ie commandement de Texpddition, et tente bicntdt dp le lui retirer.— CortoK ddconcerte les desseins de Veinsquez et continue ses prcp:iratif«.'— Il met à la voile; débarque à'Saint-Je:m-<rUllua. — Première entrevue avec les Mexicains. ~ Négociations avec Montézuma ; il interdit à Cortez l'entrée de sa capitale. -• État de r-empire du Mexique. — Caractère de Montézuma. — Inquiétude que lui cause l'arrivée des Ei^patjnols. —. Plans die Cortez; il établit une forme de gouver>
. nemcnt civil, se fait nommer capitaine général. -^ 11 construit un fort, et. conclut des alliances avec plusieurs caciques. — 11 fait confirmer son autorité par le roi. — Conspiration contre Cortez ; il détruit lui-même sa flotte , et s'avance dans rjniérieur du pays. — Ses guerres et ses succès; se porte sur Mexico. — Irrésolution dç Montézuma; dangereuse situation des Espagnols. — Perplexité de Cortez; il se décide à s'emparer de Ih personne de Montézuma, qui subit d'indignes traitements et .<ve résonnait vassal de l'Espagne. — Ses trésors sont partagés. — Les Mexicains mé^ilent la destruction des Espagnols. — Dangers que court Cortez. — Arrivée d'un nouvel armement sous les ordres de Narvaez. ]
[iM 8] Grijalva étant retourné à Cuba trouva presque ache^iés les préparatifs de l'armement décliné à la conquête du riche pays qu'il avait découvert. L'avidité et Tambition avaient «également poussé Velasquezà les hât«r ; et l'espérance de satisfaire ces deux passions Tavait déterminé.^ prendre sqr sa fortune des SQtnmes considérables pour les avances de Tentreprise. Il s'était servi en même temps du crédit que lui donnait sa place pour engager les colons les plus considérables à prendre le parti des armes*. Comme la nation espagnole, à cette époque, était passionnée pour les entreprises aventureuses, on trouva
♦ Voyei la RoTi 1 19.
bientôt un grand nombre de soldats brûlant de se signaler ; mais il. n'était pas^ussi aisé de trouver un chef pourune expédition de cette importance; et le jcaractère du gouverneur, à qui il" appartenait de nommer ce chef, rendait encore le choix beaucoup plus difficile. Quoique Velasquez eût une ambition excessive et qu'il ne fût pas destitué de talents pour gouverner, il n'avait ni le courage, ni la vigueur, ni l'activité d'esprit né* cessairos pour exécuter lui-même l'expédition qu'H préparait. Arrêté par cet obstacle, il forma le projet chimérique non-seû-
.ment de faire cetle granâe conquête par un député, mais de* conserver îa gloire des conquête^ qui devaient être faites par un autre. C'était se proposer deux objets impossibles à concilier. Il voulait un commandant d'un courage intrépide et d'un grand talent, parce qu'il savait bien que ^ans ces qualités il n'y avait point de succès à espérer, mais en même temps, par la jalousie naturelle aux petits esprits, il le voulait assez docile et assez complaisant pour demeurer soumis à toutes ses volontés. Mais lorsqu'il en vint'à l'exécution, il s'aperçut que les qualités qu'il voulait trouver réuriies dans le même individu étaient in- . compatibles. Tous ceux qui se distinguaient par le courage et les talents avaient trop de hauteur.pour consentir à n'être entre ses mains que des instruments passifs ; et ceux qui paraissaient plus doux et plus doci|es manquaient dies antres qualités nécessaires pour conduire une si grande entrepri«e..Ges considérations augmentaient. ses inquiétudes et ses craintes. Il délibérait encore, et n'osait fixer son choix, lorsqu'Amador de Lares, trésorier. 'du roi à Cuba, et Artdrèsde DuerC), son propre secrétaire, les deux personnes en qui il avait le plus de con-
' fiance, furent encouragés, par son irrésolution même, à lui proposer un sujet auquel on n'avait pas encore pensé; ils appuyèrent leur recommandation avec tant d'adresse et de persévérance, que, malheureusement pour Vejasque^ et fort heureusement pour leur patrie, ils parvinrent à le déterminer*. L'homme qu'ils lui proposèrent était Férnand Côrtez*. 11
» B. Diaz, chap. 19. — Gomarà, Cron., cap. 7. — Herrera, d«cad. U, l\)y, IH, Cap. II. ■
* U avait d'abord offert ]« commandetnent à Balthazar filèrmudez, natif comme lui de Cuellar, mais celui*<:i le refusa; il s'adressa ensuite k Aûtcnio Velasquez
à€t . HISTOiRli DE L'AMÉRIQUE.
.était né, en 1483^,à Medellin, petite ville de l'Estramadure, -d*uhe famille noble, mais peu riche. Il avait été destiné d'abord à l'étude^des lois, carrière qu*on croyait propre à -ie conduire à la fortune, et il fut envoyé à Salamanque, où il acquit quelque instruction. Mais il se dégo'ù ta bientôt de la vie académique, qui ne convenait pas à son génie. ardent et inquieV, et se retira ^ Medeltiji, où il s'adonna tout entier à la cbasse et slux exercices militaires. li se montra st impétueux, si dissipé, si violent, que, pour satisfaire rinclihation qui le portait au métier •de la guerre, son père consentit à renvoyer hors de Sa patrie, en qualité de volontaire, dans quelqu'une des armées espagnoles« Cette nation avait alors deux théâtres sur lesquels les jeunes gens qui cherchaient à se distinguer pouvaient déployer leur valeur: l'un était l'Italie, où tommândait Gonzalve de » Gordoue ; Tautre était le Nouveau-Monde. Cotiez Choisit le premier ; mais une maladie l'empêcha de s'embarquer avec un cprjfKî de troupes qu'on envoyait à Naples. Ce contre^temps lui fit tourner ses vues du côté de l'Amérique, où il était d'ailleurs attiré par l'espérance d'être protégé par Ovandd, gouverneur de l'île Espagnole, et son parente A son arrivée à Sarito-Domingo, en 1304, il fut accueilli comme il s'y était attendu, et le gouverneur l'employa dans plusieurs placefe honorables et lucratives; mais.c'était-peu pour son ambition. En 43H il obtint la permi3Sion d'accompagner Diegc) Velasquez dans son expédition de Cuba. Il s'y distingua tellemè*nt que, malgré quelques disputes violentes avec ce chef, occasiortnr^s par des eauses trop pfeu importîintes pour que nous en occupions nos lecteurs, il obtint à la fin ses bonnes grâces et une ample concession de terres et d'Indiens ; sorte de récompense qu'on aceordait ordinairement aux aventuriers du Nouveau-Monde *.
Quoique Cortex n'eût pas jusque-là commandé en chef, les qualités qu'il avait montrées en différent»^ occasions difficiles donnaient les plus gi*andes c^spérances, et tournaient rers lui tous les yeut de ^s dt>rii patriotes, comme sur un homm^ èa-
Bdhreço çi h nutnàtà^ttà Xehsqael, 96é pifcfti* , &t <re Die fut qu^ fflui tdW ^0*00 lui présentii F. Cortez. (D. L» R.)
' Voyet li N6TÈ f jflii
• Gdmâra, Cro»., ««(». t,. a, 3.
LIVRÉ CINQUIÈME. àftâ
pàble âes plus grandes choses. L'ârdeur de la jeunesse,' en tfoutant des objets et des occupations propres à Texereer, s'était calmée par degrés, et s'était tournée en une activité irïfatigable. L'impétuosité de son caractère, contenue par la discipline et adoucie paf le commerce de ses égaux, n'était plus qiie la mâle franchise d'un soldat, Ces qualités étaient accompagnées d'une prudence calme dans ses plans, d'une vigueur soutentie dans î'exécution; et, ce qui eist le caractère, des génies supérieurs, dé Fart de gagner la confiance çt de gouverner l'esprit des hommes. Il joignait enfin à tant de qualités les don» de la nature qui frappent le vulgaire et attirent le r'espect, une tournure agréable, une adresse extraordinaire dans les exercices tfiililaires, et une constitution capable de soutenir les plus graniles fatigues.
Aussitôt que les deux confidents de Velasquez lui eurent proposé Gortez, le gjouverneur crut avoir trouvé ccrqu'il cherchait ^èn vain depuis si longtemps, un homme doué du talent de commander et qui ne fût pas pour lui un objet dé jalousie. Il imaginait que le rang et la fortuna de Cortez ne lui permettraient pas d'aspirer à l'indépendance. Il avait lieu der croire que la facilité avec laquelle il avait oublié lui-même ses anciens diffé-rends avec Cortez, et les grâces récentes qu'il venait de lui accorder, lui avaient ga:gné,sà bienveillance ; il se flattait enfin qu'une nouvelle marque de confiance aussi honorable, et à laquelle Cortez ne pouvait guère s'attendre, achèverait de le lui attacher pour toujours. •
Cortez reçut Sa commission avec lès plus vives expressions de respect et de reconnaissance pour le gouverneur. Il arbora dur- le-champ son drapeau- à la portç de sa maison, se montra dans un appareil militaire, et prit toutes les marques desa nouyelle dignité, il employa son activité et son crédit à déterminer plusieurs de ses aitiis à le suivre, et à presser les préparatifs de son voyage. Tous ses fonds et tout l'argent qu'il put recueillir, en hypothéquant ses terres et ses Indiens, furent employés à acheter des munitions de guerre et des provisions, ou à fournir aux besoins de ceux de ses officiers qui ne pouvaient pas s'équiper d'une manière convenable à leur rang*. Quelque innocente, qaélque lonabhî môme que fût bette conduite, les coàcurréfet»
auxquels il avait été préféré parvinrent à y donner une tournure défavorable. lis le représentèrent comme travaillant sans beaucoup de déguisement à se donner un empire absolu sur les troupes, et cherchant à s'assurer leur respect et leur dévouement par l'ostentation d*une libéralité intéressés. Ils rappelèrent à Velasquez ses anciens démêlés avec Thommc à qui ri venait imprudemment de*montrer une si grande confiance, lui prédirent que Cortez se servirait de Son nouveau pouvoir bien plutôt pour venger les injures anciennes qu'il avait essuyées, que pour reconnaître le bienfait qu'il venait de recevoir. Ces • insinuations firent des impressions si profondes sur Tesprit soupçonneux du gouverneur, que Cortez reconnut bientôt dans sa conduite les marques de la défiance et du refroidissement, et, d'ap^ les conseils de ses amis, Lares et Duero, il bâta son départ avant que les dispositions du gpuvelrneur achevassent de se confîrîner ettl'éclater avec violence. Connaissant tout le jiianger d'un délai, il pressa ses préparatifs avec tant de promptitude, qu'il mit àM voile de Sant-Iago de Cuba le i 8 novembre. Velasquez, Taccompagnaiit au rivage, prit, congé de lui avec l'apparence de la confiance et dé l'amitié, niais après avoir chargé quelques-uns des officiers d'avoir toujours l'œil ouvert sur la conduite de leur commandant ^
Cortez alla descendre à la Trinité^ petit établissement sur la même côte que Sant- lago. Il y fut joint par plusieurs aventuriers, et reçut un renfort de munitions de guerreet de bouche, dont h était assez mal pourvu. A peine avait-il quitté Sant-Iago, que la jalousie qui s'était cinparée de Tàrae de Velîisquez s'accrut au point de ne pouvoir plus se contenir. L'armemenJ n'étant plus • Sous «es yeux ni à ses ordres, il sentait que son pouvoir avait cessé, et que celui de Cortez devenait plus absolu. Son imagination grossissait toutes les circonstances qui avaient auparavant, excité ses soupçoïis. Les rivaux de Cortez ramenaient avec adresse Velasquez sur toutes les réflexions qui pouvaient augmenter ses craintes ; ils appelèrent même la superstition à leur secours ; et, avec autant d'adresse que de méchanceté, ilstirèrent parti des prédictions d'un astrologue pour porter ses alarmes au plus haut degré. Le concours de tant de moyens produisit Têf-
» Gomara, Gron., cap. 7. -«>Diaz, chap. ad. ,
LIVBE GINQUIÈME. 365
fet qu'on en attendait. Vélasquez se repentit amèrement de la confiance qu'il avait acôordée inïprudetnment à un homme dont*la fidélité lui paraissait si suspecte, et ri dépêcha en hâte des instructions à Verdugo,^ principal magistrat de la Trinité S avec des ordres pour ôter à Coftez sacommission * ; mais celuici avait déjà si bien gagné Tèstime et la confislnce dp ses troupes , et se trouva si assuré de leur zèle , qu'en employant * tantôt la séduction et tantôt la menace, il obtint la permission de quitter la Trinité sans que les ordres de Vélasquez eussent été exécutés.
De ïa Trinité , Cortez fit voHe vers la Havane pour lever encore des soldats et achever d'approvisionner sa flotte. Là plusieurs Espagnols de distinction se déterminèrent à le suivre , et s'engagèrent à fournir le reste- des approvisionnements qui manquaient. Mais, comme îlleur fallait du temps pour remplir leurs engagements, Vélasquez, convaincu qu'il ne devait plus coinpter sut un homme à qui il avait fait connaître si ouvertement sa défiance, voulut profiter de l'intervalle que lui donnait ce retardement pour tenter encore de dépouiller Cortez de son commandement. Il se plaignit hautement de la conduite de Verdugo, l'accusant d'une faiblesse puérile ou d'une trahison
• manifeste ,. pour avoir permis à Cortez de sortir de la Trinité. Pour mieux s'assurer de l'exécution de son dessein, il envoya à la Havane un homme de confiance, chargé de remettre à Pedro Barba, son lieutenant dans cette colonie, Tordre positif d'arrêter sur-le-champ Cortez , de l'envoyer prisonnier à Santiago sous une bonne escorte , et de suspendre Je départ de la flotte jusqu'à ce qu'il eût reçu des ordres ultérieurs. Il écrivit en même temps aux principaux ofiiciers pour leur comman* der d'assister Bàrba dans Texécution des ordres qu'il lui envoyait.- Mais, avant l'arrivée de son messager, un moine de
• Saint-Frartçois avait fait passer la nouvelle de ce qui se tramait à Barthelemi d'Olmedo, religieux de son ordre , aunjônier delà flotte de Cortez. :.
. Cortez, averti du danger, eut le temps de prendre ses pré-
' Francisco Vcrdu^o remplissait les fuuçiiiins Je |i.-u:cn:int do Vélasquez ii \n Trinité. (D. L. U.)
« Et même pour l'arrêter. (H f*. II.) *
366 HISTpW W L'AMÉRIQUE. *
caiitionç. La première fui d!é]oigner de la .Havane, sou$ qu6li]pe prétexte, Diego de Ordaz, officier d'un mérite distingué, mais que son attachement pour Yelasquez devait iui rendre suspect. U lui dor\na le cOiiimandement d'un vaisseau destiné à aller prendre quelques vivres dans- un petit havre par-delà le cap Antenne, et sut ainsi réloigner sans paraître suspecter sa ' fidélité. Après, son départ, Corlez ne cacha* plus à ses troupes les desseins de Yelasquez. Comme les ofQciers , ai»si que le^ soldats, avaient la plus grande impatience de commencer Texécntion d'une entreprise dans laquelle ils hasardaient toute leur fortune, ils furent étonnés et indignés de cette hasse jalousie à laquelle le gouverneur voulait sacrifier non-seulement l'honneur de leur général , mais toutes les espérances d.e gloire et de riche&e$ qu'eux-mêmes avaient conçues. Ils slipplièrent d'une yoix unanime Gortcz de ne point abandonner la place à ' laquelle il avait tant de droits, et de ne pas les priver d'un chef qu'ils avaient suivi avec une confiance si bien méritée. Enfin lis lui offrirent de verser tout leur sang pour le défendre contre Velasquez. Cortez céda aisément à des instances qui n'avaient pour objet que de le déterminer à faire ce qu'il désirait luimême avec ardeur. Il jura de ne jamais abandonner des soldats qui lui avaient donné des preuves si éclatantes de leur at- * tacbeniént, et leur promit de les conduire incesçàmment.à cette riche contrée qui était depuis si longtemps l'objet do leurs pensées et de leurs désjrs. Cette déclaration fut accueillie avec des transports de joie et des applaudissements universels, accom? pagnes de-menaces et d'imprécations contre tous ceux qui oseraient mettre en question l'autorité de leur général ou s'opposer à l'exécution de ses desseins.
Tous les préparatifs étaient faits pour son départ, et les Espagnols de Cuba avaient rassemblé toutes leurs ressources pour cette expédition ; mais quoique chaque établissement y eût fourni des hommes et des pi'ovisions, quoique le gouverneur eût dépensé des sommes considérables, et que chaque . aventurier eût employé tous ses (ondset tout son crédit, on ne peut s'empêpher d'être étonné de la faiblesse de l'armement, bien peii proportionné en effet à un aussi grand objet que la conquête d'un vaste empire. La flotte consistait en onze vais-
tlVHE CINQUIEME. . 3ÇT
seaux, dont le plus grand, boiloré du titre d'aihiral, n*était que de cent tonneaux, trois de solxante-^dix ou quatre-vingts tonneaux, et sept petites barques sans ponts. Elle portait six cent dix-sept hommes, dont cinq cent huit soldats et cent neuf matelots et ouvriers. Les soldats étaient partagés en onze compagnies, selon le nombre des vaisseaux, chacune commandée par u^ capitaine qui avait en môm.ê temps le commandement au vaisseau et celui des troupes quand elles seraient & terre^. Gomme Tusage des armes à feu parmi les nations de l^Burqpe était encore récent, et qu*on n*pn donnait dans. les armées qu'à un petit nombre de bataillons dinfanterie bi^ disciplinée, il ft'y avait dans la troupe de Cortez que treize soldats armés de mousquets , trente-deux d'arquebuses, et le reste d'épées et de piques } au lieu des armes défensives ordinaires , qui eussent été einbarrassantes dans un payscbaud, les Espagnols avaient des cottes d*armes de^oton piqué , qu'on avait reconnues être suffisantes pour garantir des flècbesdes. Américains. Ils nV vaient que seize chevaux , dix petites pièces de campagne et quatre fauconneaux '. -
[1519] C'est avec ces faibles moyens que Cortez mit à la voile- pour aller faire la guerre à un monarque dont les domaines étaient plus étendus que tous ceux de la couronne d'Espagne. Comme Teiithousiasme religieux se mêlait, dans toutes les entreprises des Espagnols, avec l'esprit de découverte et de conquête, et, par une (combinaison plus étrange, avec Tavidité même, leurs étendards portaient une grande croix avec cette épigraphe : Suivons la croix , car sous ce signe nous vaincrons: Les compagnons de Cortez , aussi avides de piller le riche pays qu'ils allaient chercher, que zélés pour y établir la foi chrétienne , étaient tellement animés de ces deux passions, qu'ils se mirent en mer, non pas avec l'inquiétude que doit exciter Qaturellement une expédition si périlleuse ', mais avec cette confiance qui naît de la certitude du succès et de Tassurance dé la protection du ciel.
Cortez, déterminé à visite^tou's les endroits oi) Grijalva avait été, porta directement à l'île de Gozumel. Là, il eutle bonheur
' Voyez la Noti 1-32.
* B. Diaz, chap. 19.
368 HISTOIRE DE LÀMÉBIQl>£.
de racheter des Indiens Jérôme d'Aguilar, Espagnol qui avait été huit ans prisonnier parmi eu\. Cet homme qui avait appris parfaitement un dialecte de la langue de cette partie de l'Aoriérique, répandue dans une grande étendue de pays, et qui avait d'ailleurs de Ja prudence et de Tadresse, fut extrêmement utile ' à Cortez eri qualité d'interprète. De Cozumcl , Cortez s'avança vers la rivière de Tabasco ', dans l'espérance d'y être au§si bien reçu que Grijalva l'avait été, et d'en retirer une aussi grande quantité d'or. Mais la disposition des habitants était entièrement changée par des tîauses qu'on ne conaait pas. Après beaucoup) de tentatives pour les gagner, il fut obligé d'employer la violence*. Quoique les Indiens fussent nombreux et qu'ils attaquassent courageusement, ils furent battus' avec unvgrand carnage en différentes actions. Lespertes qu'ils Citent, l'étonnement et la terreur que leur inspirèrent les effets destructeurs des armes à feu , enfin l'aspect effrayant des chevaux dans le combat, déconcertèrent leur courage ^ les forcèrent à demander la paix '. Us reconnurent le roi de Castille pour leur souverain , et donnèrent à Cortez des provisions, des habits de coton, un peu d'or, et vingt femmes esclaves *.
Cortez continua sa course à l'ouest , sans perdre , autant qu'il le pouvait,. le rivage de vue, afin d'observer le pays; mais il ne put trouver aucune place propre au débarquement, jusqu'à ce qu'il fût arrivé àSaint-Jean de Ulua *. Comme il entrait dans le havre, un grand canot rempli d'Indiens, parmi lesquels deuxsemblaient être des personnes de distinction , s'approcha de son vaisseau avec des signes de paix et d*amitié. Les ïndipns vin-rent à son bord sans crainte et isans défiance , et lui adressèrent d'un air Irès^respectueux un discours qu'Aguilar n'entendit
point. Cortez.se trouva très-embarrassé d'un incident dont il
■ Cortez, parli de Cozùmel ou Coçumil le 4 mars iSip, côtoya le f>dninsulede Yiicatan ji'iKqu'à U rio de Cliiapa ou rivière de GrijalvaJ, dans la province de Tabasco, où il arriva le i3 du même mois. ,(D. L. R.) .
• U\ dernière iKilailJcse donna le aS mars iSig, dans les plaines de Ceutla. Pour perpétuer la mémoire de son iiiomplic COricz jeta en cet endroit les fondements d'une ville qu'il appela Santa Maria de la Vitoria, et qui devint par la.ftuite la capitale de la province.
^ Voyez la Note i aS- • '
* D. Diaz, clijp. 3i-36. — Gomara, Gron , cap. iS 23. — llcrri^ra, decad; 11, lib. IV, cap, n, ctc.