‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 32 sur 43 · LIVRE CINQ(/1ÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQ(/1ÈME

sif, représentant le soleil, l'autre d'argent, emblèftie de là lune **. Il y avait .en outre des»bracelels , des colliers, des anneaux , et d'autres bijoux d'or ; et, afin que les Espagnols pussent prendre une idée complète de toutes lés richesses que four-» nissait le pays ^ des boites remplies dé perles , dé ■ pierres précieuses , de grains d'or non travaillés et tels qu'on les trouvait dans les mines et les rivières. Cortez reçut ces présents, avec .les* démonstrations- d'un respect profond pour le prince qui les lui envoyait. Mais quand les Mexicains, croyant désor- . mais leur négociation plus facile, lui firent savoir que, quoique l'empereur lui eût envoyé ces présents comme urte marque des égards qu'il avait pour le prince que Cortez représentait, il ne consentait point à ce que des troupes étrangères approchassent davantage de sa capitale, ou même demeurassent plus longtemps dans ses domaines, le général espagnol déclara pliïs positivement encore qu'auparavant qu'il ne se relâcherait point de sa première demande, et qu'il ne pourrait sans honte retourner auprès de son souverain , s'il n'avait été admis en la présence du prince qu'il était venu visiter de sa part. Les Mexicains, étonnés de voir un homme qui osait s'opposer à une volonté qu'ils étaient accoutumés à regarder comme irrésistible, effrayés en même temps du danger de précipiter leur pays dans une guerre ouverte avec de si terribles ennemis, demandèrent et obtinrent de Cortez la promesse qu'il resterait dans son camp jusqu'au retour d'un messager qu'ils envoyaient à Montézuma pour recevoir de nouveaujc ordres *.

La fermeté avec laquelle Cortez persistait dans sa résolution devait naturellement conduire la négociation entre lui et l'empereur à une prompte issue, puisqu'il ne laissait à celui-ci d'autre parti que de leeevoir leç Espagnols avec une confiance % entière ou de les traiter ouvertement en ennemis. Ce dernier parti était Celui auquel il y avait lieu de s'attendre de la part d'un monarque hautain elt puissant. L'empire du Mexique ét^it alors à un point de grandeur auquel n'a .peut-être atteint aucune grande société policée en si peu de temps. Quoiqu'il ne

« Voyez U NoTR 124. . '

» B. Diaz, cliap. 39. — Gomara; Cron., cap. 27. — Herrera, decad. H , lib. V, cap. 5, G,

374 HISTOIU PS tAHÉaiQDE.

subsistàtque depuis cent trente ans, sa domination s*étendait du nord à la mer du Sud, sur un^iritoire de plus de cini) cents lieues, de Test à Touest, elde pAus de deux cents lieues du sud au nord S et comprenait des provinces qui, en fertilité; eq population ^ ^ ricbesses, ne le cédaient à aucui^ des pays de la zone torride. La nation ^tait guerrière et entreprenante , Tautorité du monarque illimitée et ses revenus considérables. Si, avec les forces qu'on pouvait réunir en un moment datis un tel empire, Montézuma fût tombé sur les Espagnols lorsqu'ils étaient encore campés sur une côte stérile et malsaine, sans aucun allié dans le pays , sans place de retraite , sans provisions , malgré .tous les avantages de leur discipline et de leurs armes ils n'auraient pu résisterai un pareil cboc; ils auraient péri dans un combat si Inégafou ils auraient abandonné leur entreprise. "^^ .

La puii^nçé de Montézuma le mettait en étal de prendre ce parti vigoureux , et son caractère même semblait l'y porter. D^ tous les princes qui avaient tenu le ^sceptre du Mexique , il était . le plus fier, le plus violent et le plus éloigné de souffrir la moindre résistance à ses volontés^ Ses sujets le voyaient avec crainte, et ses ennemis avec efiroi. Il gouvernait lés premiers avec une sévérité terrible ; mais ils avaient une si 'grande opinion de son habileté , qu'ils étaient forcés de le respecter, et les victoires nombreuses qu'il avait remportées sur ses ennemis avaient répandu au loin la terreur de ses armes et avaient ajouté plusieurs grandes provinces à son empire. Mais; quoiqu'il eût peut-être assez de talents pour gouvernei" le Mexique dans l'état de civilisation imparfaite où était cet empire et dans le cours ordinaire des choses, ces talents étaient bien insuffisants pour une conjoncture si extraordinaire, et ne le mettaien

' Suivant Glavigero (Stor. ant. del Messîco, liv. i.), le royaume ou empire du Mexique s'étendait au »ud--ouiest et au sud jusqu'à l'océan Pacifique, »h sud-est jusqu'à QuHuhtemallan, à l'est, en en exceptant le ttfrritoire des trois républiquçç de Tlascala, Cholula et lluexoizinco et une petite partie du territoire du royaume d'AcdIhuacan, jusqu'au golfe du Mexique, vers le nord jusqu'au pays des Huaxtecas; au nord-ouest, il était borné par les barbares Ciiichemecas, et les possessions de TIacopan et de Miciiuacan lui servaient de frontières, à V«st. Tout l'empire mexicAÎn était compris entre le 140 et le 21° de lalit. nord et le 2710 et le aSS» de lowkgit du méridiea de l'île de Fer. (D. L. R.)

Digilized by LjOOQLC

pas en état de s6 décider avec la justesse et la promptitude nécessaires dans un moment si critique.

Depuis que les Espagnols avaient paru sur la côte , il avait .laissé^voir tous les symptômes de Twnbarras et de Ja crainte. Ali lieu de prendre les résolutions Vjue devaient lui inspirer le sentiment de son pouvoir et le souvenir de ses premiers exploits , il avait mis dans toutes ses délibérations une inquiétude et une indécision qui n'échappèrent pa& aux derniers de ses courtisans. La perplexité et le trouble de Montézuma, aussi bien que le découragement de ses sujets /n'étaient pas seulement TefiEet de la présence des Espagnols et de la terreur de leurs armes. On les attribue à des causes plus éloignées. Si l'on en croit les premiers historiens espagnols et les plus estimés , il y avait parmi les Américains une opinion presque universelle que quelque grande calamité les ftienaçaitet leur serait apportée par une race de conquérants redoutables venant des régions de Test pour dévaster leur contrée. On ne peut pas savoir si cette crainte était Teffet du souvenir de quelque grand bouleversement d^ cette partie du globe qui aurait frappé l'esprit de ses habitants de craintes superstitieuses sur l'avenir, ou seulement l'effet de l'élonnement que causait la première vue de cette race d'hommes nouveaux qui se montrait en Amérique. Quoi qu'il en soit,' comme les. Mexicains étaient la nation la plus superstitieuse dU Nouveau-Monde, ils furent plus forte-* ment frappés de l'apparition des Espagnols, que leur crédulité leur représentait comme des 'instruments destinés à acconâplir • 1» fatale révolution qui les menaçait. Dans de pareilles circonstances, on conçoit plus facilement comment une poignée d'aventurieirs put porter l'alarme au cœur du monarque d'un gramd empire, et de tous ses sujets *.

Cependaot lorsque le messager arrivé du camp espagnol apporta la nouvelle que Cortez, persistant dans sa première demande, refusait d'obéjr à l'ordre qui lui enjoignait de quitter le pays, Montézuma, malgré ses terreurs , montra un moment de résolution ; et , dans un transport de colère , naturel à un prince orgueilleux qui n'avait jamais rencontré d'obstacle à

* Cortei, Relatione seconda ap. Raraus, UT, 234, 235.— Herrera, decad. II, Ub. m, cap. I ; lib. V, cap. 11 '; lit). Vil, cap. 6.— Gomara, Cron*, cap. 66, 93, 144.

ses volontés, il menaça de sacnfier à ses dieux ces insolents étrangers. Mais ses'incerlitftdes et sescraiiites revinrent bientôt, et, an l.ieu de donner des ordres pour mettre ses menaces à exécution, il appela encore ses ministres pour les consulter et prendre leur avis. Des hommes assemblés pour délibérer dans un moment où il faudrait agir ne prennent jamais que des mesures lentes «t faibles. Le résultat du conseil ne fgt point d'employer sur-le-champ les nàoyens eflicaces de repousser l'ennemi ; on ce contenta d'envoyer à Cprtez des ordres plus positif de quitter le pays, accompagnés fort imprudemment sans doute d'un présent assez considémble pour offrir aux Espagnols un nouveau motif de s'y .établir.

Ceux-ci étaient cependant inquiets et incertains sur le parti qu'ils avaient à prendre. D'après ce qu'ils avaient déjà vu de la richesse du pays, plusieurs d'entre eux s'en formaient des idées si exagérées, qu'ils étaient déterminés à braver touties les difficultés et tous les dangers pour achever une conquête qui de* yait les mettre en possessionde trésors inépuisables. D'autres, jugeant de la force de l'empire du Mexique par ses richesses ^mèmes, assurés d'ailleurs par plusieurs observations que ce pays avait une forme régulière de gouvernement, prétendaient que c'était une folie véritable que d'attaquer un si grand État avec une poignée d'hommes, manquant de* provisions, affaiblis déjà par lès maladies particulières au climat, qui en avait fait périrplusiéurs,etsansavoir d'ailleurs l'appui d'aucune alliance dans le pays ^ Cortez applaudissait secrètement à ceux qui tenaient pour les résolutions hardies ; il encpurageait des espérances romanesques qui lui étaient communes avec eux , et qui concouraient à l'exécution des plans qu'il avait concertés.

Depuis le moment^ où les soupçons de Velasquez s'étaient déôlarés et où il avait tenté de dépouiller Cortez de Tautorité qu'il lui avait confiée, celui-ci avait senti la nécessité de n'avoir plu^avecle gouverneur de Cuba aucune liaison , dans la juste crainte de voir traverser toutes ses opérations; il ne demandait même qu*uné occasion d'en venir à une rupture ouverte. Dans cette vue , il n'avait rien négligé pour s'assurer de ses soldats. Ses talents pour le commandement lui méritèrent aisément

» B, Diai, chap. 40.

Page 1