LIVRE ÇINQUiiBIK
leur estime, et il ne ïui .fut pas plus difficile d'aofïuérir leur affection. Parmi des aventuriers presque du riiôme. rang, fai-sant la guerre à leurs.dépens , la dignité de chef n'élevait pas un général assez au-dessus de ceux qui étaient sous ses ordres pour exclure entre eux un commeroicontingel. Cortez sut pro-* fiter de la familiarité des relations qu'il avait avec eux pour s'insinuer dans leur' esprit par des mapières affables et par des actes de libéralité faits à propos, par la permission qu'il accorda à ses soldais de commercer pour leur compte avec les Indiens* ; enfin, en enflammant les espérances de tous, il s'attacha tellement la plus grande partie de ses. soldats, qu'ils oublièrent presque que l'armement avait été fait sous l'autorité et aux dépens d'un autre que Cortez.
Pendant que le général espagnol conduisait ainsi ses projets,' Teutilé arriva avec les présents de Montézuma et un ordre définitif de ce monarque pour que les étrangers eussent à quitter sur-le-champ ses Étatsi Mais, lorsque Cortez renouvela la de* niainde d'une audience de Tempere'ur, le Mexicain le quitta brusquement et sortit de son. camp avec des regards et d^. gestes qui exprimaient toute sa surprise.et tout son ressentiment. Le lendemain au matin , il ne parut aucun dés Indiens qui avaient coutume de fréquenter le camp en grand nombre.ét d'y apporter, des provisions qu'ils écban|rçaient avec les soldaits^ Tout commerce parut cessé , et on s'attendait à tout moment à voir commencer les hostilités. Cet événement, quoiqu'on eût dû le prévoir, causa parmi les Espagnols Une consternation subite qui enharditlespartisans.de Yelasque^ non-seulement à murmurer et à cabaler contre leur Général , mais à charger l'u.n d'entre eux de lui faire des remontrances sur l'imprudence qu'il y avait à. tenter la conquête d'un grand* empire avec des forces si insuffisantes, et de (e presser de retourner à Cuba pour y ravitailler sa flotte et y augmenter son armée. Diego de Ordaz, un de ses principaux officiers, chargé de cette commission par les mécontents,, s'en acquitta. avec toute la liberté et la rudesse d'un soldat, en lui assurant qu'il exprimait lé sentiment de toute l'armée. Cortez l'écouta sans la ipoindre apparence dï'molion ; et comme il connaissait bien les disposi-
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B78 V HISTOttE DE t'AMÉRIQUk.
lions ci le.tîaractèr6 dé ses soldats, et qu'il prévoyait la manière •doHt ils recevraient une proposition qui fenyersait en un iùstânt toutes les «belles espérances qu'ils avaient jusque-là nourries, 11 pprta la dissimulation jusqu'à paraître abandonner ses pi*dpres mesures pour se prétey aux représentations d'Ordaz ; et donna des ordres pour que l'armée se tint prête le jour suivant à ise rembarquer ppujc Cuba. Dès que cette résolution fut connue, les aventuriers, frustrés de leurs espérances, se plaignirent et menacèrent. Les émissaires de Cortez , se joignafit à euXi enflammèrent leur dépit. La fermentation devint générale, tout le camp était au moment de se mutiner ; tous den^andaient avee empressement à voir le général. Cortez ne se fit pas presser longtemps. Asavue, ils exprimèrent tout d'une voix l'élonnement et l'indignation que leur causaient les ordres qu'ils venaient de recevoir. Il était honteux; disaient-ils, pour des Castilkftis, de s'effrayar au premier aspect du danger, et infâme de fuir avant que l'ennemi se fût même monti'é. Quant à eux, ils étaient déterminés à ne pas abandonner une entreprise qui avait été heureuse jusqu'à ce moment , et qui tendait si manifestement à répandre la connaissance de la religion et à procurer à leur patrie^.tant dé^gloire et d'avantage. Heureux de marcher sous .les ordres de Cortez, ils étaient disposera le suivre a^ travers de tous les dë^ngers pour former un établissement et recueillir tous les trésors qui faisaient depuis si longtemps l'objet de leurs désirs; mais, s'il voulait retournera Cuba et céder honteusement toute sa gloire et ses espérances à un rival envieux , ils se choisiraient dans le moment même un autre général qui les guiderait dans le chemh[i de la gloire que Cortez n'avait pas le courage de suivre. •
Coi*tez, enchanté de leur ardeur, ne s'offensa point de la hardiesse avec laquelle ils énonçaient des sentimeçts que lui-môme avait inspirés, çt dont, à la chaleur de' leurs expressions, il * voyait combien ils étaient pénétrés. Il affecta cependant d'être surpris de ce qu'il entendait. Il déclara qu'il n'avait. donné Tordre pour le rembarquement que d'après la persuasion qiie c'était là le désir général des troupes ; qu'il avait sacrifié en cela sa propre opinion par déférence pour celle qu'il croyait être la leur; qu-il avait toujours eu le dessein de fornfier un