‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 35 sur 43 · UVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

UVRE CINQUIÈME

encore par la désertion d'une partie de son^irmée, il suait forcé d'abandonner son entrêprist. Après .avoir pesé avec la plus' grande solljckiide toutes ces circonstances, il se persuada qu*ii ' n'y avait point de succès à espérer pour lui s'il n'ôtait à ses . soldats Jusqu'à la possibilité de quitter lep^ays, et s'il, ne les réduisait à la nécessité de prendre comme lui la résolution de vaincre ou de périr. Dans cette vue, il se détermina à détruire sa flotte; mais comme il n'osait exécuter une résolution si bar- • die par sa seule autorité, il travailla à convaincre ses soldats de la nécessité de cette mesure. Il fallait toute son adresse pour • venir à bout d'un projet si difficile. Il persuada aux uns que les navires avaient tellement souffert par un long séjoTir à la mer, qu'ils étaient absolument incapables de servir davantage ; à d'autres il fit valoir l'auc^mentation de forces qu'apporteraient à l'armée cent hommes de plus employés, inutilement sur lés vaisseaux, et à tous il représenta la nécessité de fixer leurs regards et toutes Içurs espér/mces sur le pays qui s'ouvrait devant eux, et d'éloigner toute idée d'une retraite. Ses exhortations produisirent l'effet qu'il en attendait : d'un consentement général, -les vai€seaux furent tirés à terre et mis en pièces, après . qu'on en eut ôté les voiles, les cordages, les fers, et tôutcequî pouvait être <^^ quelque utilité. C'est ainsi que par un effort de courage auquel l'histoir^ n*'offre rien qu'on puisse comparer, cinq cents' hommes- consenlirent.de pldn .gré à s'enfermen dans un "pays ennemi, peuplé de nations puissantes et inconnues, en s'ôtanttous les moyens d'échapper au danger par la fuite, et ne se réservant d'autre ressource que leur constance et leur valeur*.

Rien alors-ne retarda plus Cbrlez. L'ardeur de ses troupes et les dispositions de ses alliés étaient deux circonstances également favorables. Mais tous les avantages de cette dernière, •quoique ménagés avec beaucoup d'adresse et de soin, furent sur le point de liii échapper par une saillie de ce zèle religieux qui, en plusieurs occasions,- poussa Gortez à des actions incoiisidérées, bien contraires à la prudence qui distinguait son caractère. Quoique jusque-là il' n'eût, eu fii le temps ni la facilité

' Rclat di Cortez. Ramus, H!, 2^5. — B. Diaz, chap. 57*, 58. -^ Herrera, decad. II, lib. V, cap. 14. • .

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de prouver aux Indiens rabsurdité de leurs- Superstitions et de leur faire connaître les principes de la foi chrétienne, il ordpnnaà ses soldats de renverser les autels, de détruire les idoles du principal temple de Zempoalla, -et d*élever à la place un crucifix et une image de la Vierge Marie. Cette violence inspira aux Indiens autant d^étonnement que d'horreur. Les pr^trèis leur firent prendre lès armes ; mais Tautorité de Cortez • était Si grande, et Tascendani des Espagnols sur ces peuples déjà si puissant, que ce mouvement fut apaisé sans efTgsion de sang, et que la concorde fut T)îentôt parfaitement rétablie ' /

Cortez commença sa marche et partit de Zempoalla le 16 août, avec cinq cents homnrifies, quinze chevaux et six pièces de canon de campagne^ Le reste de ses troupes, composé principalement de ceux que Tâge ou la maladie rendait moins propres à un service fatigant, fut laissé en garnison à \illâ-Rica, sons les ordres d*£scalanlé, ofiicier démérite et très-attaché à Cortez. Le cacique de Zempoalla fournit à l'armée des provisions et deux cents Indiens appelés ^Tamemés*, chargés de porter les fardeaux, et destinés à tous les travaux serviles. Ils furent d'un grand secours aux Espagnols, qui, dans .'un pays dépourvu d'animaux domestiques, avaient été jusqu'alors obli- ' gés de porter leur bagage et inéme de tirer à bra^ leur artillerie. Le cacique offrit à Cortez un c^rps considérable de ses In- ,diens ; mais ,ïe général se contenta d'en prendre quatre cents ..des plus distingués parmi eux, afin qu'ils pussent lui servir . d'otages qui 4ùi répondraient de la fidélité de leur maUre. Il ne lui arriva rien de remarquable dans sa route jusqu'à ce qu'il eût atteint les frontières du pays de Tlascala*. Les habitants de cette province, peuples belliqueux, étaient ennemis implacables des Mexicains, et avaient été anciennement alliés des Zempoallans. Quoique moins civilisés que les Mexicains,' ils étaient bien plus 'avancés dans les arts que les autres nations grossières de

' -B. Dlaz, cbap. 4i> 4^* — • Hcrrera, decad. If, lib. V, cap. 3, 4» » Suivant Çlavigero on les appelait Tlamem'a où Tlamemé. r^YpYci la Note 127. 3 Avant d'y Vrriver, dit Clavigero {Stor.tmt del Messico). tortex et «on armée n'étaient a rri' tés à Xocniia, villoqui avnit une i;arnison mexicaine; le commandant de cette (;arnison et \c cacique lui c'onscillcrcnt de se rciulrc à Mexico eu payant par Cliolula ; mais il préfera suivre l'avis dc& Totonacas qui i'eii{*at;eaieui à pr^Midrc la route de TIascala. (D. L U.)

rAmériqiie dont nous avons parlé jusqu'à présent. Ils avaient fait de grands progrès dans l'agriculture ; ils habitaient de grandes villes'et avaient une sorte de commerce; et, si nousehcroyons tes relations imparfaites* des premiers historiens espagjhols, ondécouvrait dans leurs institutions et leurs lois quelques traces d'une justice distributive et d'une jutisprudence criminelle. Ce- . pendant, comme avec cette civilisation incomplète l'agriculture seule ne suffisait pas à leur subsistance et qu'ils étaient obligés d'y joindre la cliasse, ils conservaient en partie les ipœurs et lecaractère des peuples chasseurs. Ils étaient féroces et passionna pour la vengeance, courageux, altiers et indépendants, en guerre continuelle et presque sans^communioation avec ies£tats voisins. Ils abhorraient tellement la servitude, que non-seulement ils avaient constamment .repoussé toute domination étrangère et maintenu leur liberté contre toute là puissance de l'empire du Mexique, mais qu'ils s'étaient iencore défendus jcontre toute tyrannie. domestiqué; ne reix)nnaissant aucun maître, ils vivaient sons l'autorité douce et limitée d'un conseil choisi par leurs différentes tribus- . ,

Cortez, quoique instruit du caractère guerrier de cette nation, se flatta queson intention connue de délivrer les Indiens de la tyrannie de Monléziiraà, la haine que les Tlascalans euxmêmes portaient aux Mexicains et l'exemple de leurs anciens alliés les Zempqallans, pourraient les engager à le bien recevoir. Pour les y disposer, quatre Zcmpoàllans des plus distingués de . ceux qui l'accompagnaient furent envoyés aux Tlascalans pour demander, au nom de Cortez etde leur cacique, le passage sur les terres des Tlascalans pour se fendre à Mexico. Mais, au lieu de répondre favorablement à cette requête, les Tlascalans Saisirent les ambassadeurs, et sans égard pour leur caractère se disposèrent à les sacrifier h leurs dieux. En même temps ils assemblèrent leurs troupes pour s'opposer à l'invasion de ces inconnus, s'ils tentaient de se faire un pâ'èage par force. Plusieurs motifs poussaient les habitants à cette résolution. Ur^ peuple féroce, renfermé dans son pays, et presque sans communication au dehors, est disposé à considérer tout étranger comme ennemi, çt court fixcilement aux armes. Le projet de Çortoî do faire une visite à* Montézuma dans sa capitale leur

faisait croire, malgré toutes les protestations de l'étranger, qu'il recherchait ^amitié d'un moparque objet de leur haine et de leur crainte. Le zèle imprudent que Cortez avait montré en profanant Ifis temples de Zempoalia remplissait les Tlascalans â*horreur ; et comme ils n'étaient pas moins superstitieux que les autres nations de ht Nouvelle- Espagne, ils avaient la plus grande impatience de venger les insultés faites à lieurs dieux, et de se faire auprès de leurs idoles uo mérite d'immoler ces hommes impies qui avaient osé profaner leurs 'autels. Ils méprisaient les Espagnols à raison de leur petit nombre, parce qu'ils ne s'étaient pas encore nicsurés avec ces étrangers, et qu'ils n'avaient aucune idée de l'avantage que peut donner la supériorité des armes et de la discipline.

Cortez, après avoir attendu «quelques jours inutilement le retour :de ses envoyés, s'avança sur le territoire des Tlascalans. Les résolutions de ce peuple guerrier s'exécutaient avec la même promptitude qu'elles se formaient. Les Espagnols ttx)uvèrent devant eux un corps de troupes destiné à les arrête^ dans leur marche. Les Indiens attaquèrent avec uiie grande intrépidité, et dans la première action blessèrent quelques Espagnols, et leiir tuèrent deux chevaux , perte fort considérable, parce qu'elle ne pouvait pas se réparer. Cet événement fit sentir à Cortez la nécessité de s'avancer avec précaution au milieu d'ennemis si courageux. L'armée marcha en bon ordre. On

• choisit des postes ; on s'arrêta ^ propos ; on se fortifia dans, chaque camp. Durant quatorze jours les Espagnols essuyèrent des attaques presque continuelles , renouvelées sous diverses

. formes et par des corps nombreux , avec une bravoure et nue persévérance dont ils n'avaient point encore vu d'exemple dans le Nouveau-Monde. Leurs historiens décrivent tout»'S ces actions avec pompe, en entrant dans les détails les plus minii-. tieux, et en mêlant* aux faits étonnants et réels beaucoup de circonstances incroyables et exagérées*. Mais toutes les res-

«ourses du langage ne peuvent rendre intéressant un combat où le danger est inégal. des deux côtés. Les descriptions les plus soignées d'un plan de bataille ou des vicissitudes d'un combat ne peuvent exciter ni l'attention ni l'intérêt, lors -

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