LIVRE ClNQUIÈMm
qu'elles se terminent Gonstammerit à présentai* d'une part des miUiers de morts, tandis que de l'autre on ne perd pas un seul homme. • -
On peut cependant recueillir de.leurs récits quelques cir" constances remarquables, en ce qu'elles font connaître en mêime temps le caractère des habitants de la Nouvelle-Espagne et celui de leurs vainqueuis. Quoique les Tlascàlans se missent en campagne avec des armées nombreuses qui semblaient devoir écraser les Espagnols, ils ne purent jamais entamer le petit bataillon des Européens. Ce fait, tout singulier qu'il est, n'est pas inexplicable. Les Tlascàlans, quoique continuelle-* ment en guerre, ne connaissaient, comme toutes. les nations barbares, aucun ordre, aucune discipline militaire. Ils perdaiecit tout l'avantage qu'ils auraient pu retirer de leur nombre et de .l'impétuosité de leur attaque, par le soin constant qu'ils avaient au milieu de l'action d'ejofiportçr les blessés et les morts. Ce point d'honneur, fondé sur une sensibilité naturelle à l'homme et fortifié par le désir de dérober les corps de leurs compatriotes à des ennemis qui lesilévoraiont, était universel parmi lespeuples. de 'la Nouvelle-Espagne. .Ce pieux devoir, les. occupant même pendant la chaleur du combat*, les désunissait et diminuait la force de l'impression qu'ils auraient- pu produire en se tenant plus serrés.
Non-seulement ils ne tiraient aucun avantage de leur nombre, mais l'imperfection dé leurs armes rendait encore leur valeur sans effet. Après trois batailles et, un grand nombre d'escarmouches, il n'y avait pas encore eu un Espagnol de tué: leurs flèches et leurs lances, armées de pierres pointues ou d'os de poissons , leurs piques 'faites d'un bois aiguisé et durci au fèu, leurs épées de bois, armes redoutables pour, des ' Indiens nus, ne faisaient aucune impression sur les boucliers des Espagnols,' et pouvaient à peine pénétrer leujrs corselets piqués appelés escaupiles. Les Tlascàlans s'avançaient courageusement à. la charge, combattilient souvent corps à corps*. BeaiMîoup d'Espagnols étaient blessés, mais tous légèrement; ce • qu'il ne faut pas attribuer au défaut de courage de leurs enne* mis, mais à l'inégalité des armes dont ils se servaient.
* B. Diaz, chap. 65.
Malgré la furie avec laquelle les TIasealans comhîitlaicnt k-s Espagnols , ils se conduisaient envers eux avec une sorte de générosité barbare. ïi§ les avertissaienfqu'ils allaient les alla-quer; et comme ils savaient que ces étrangers manquaient de vivres el qu'ils imaginaient. peut-être, coftim« les autres Américains., que ces Européens n'avaient quitté feur pays que parce qu'ils n'y trouvaient pas assez de subsistance^ ils envoyaient à leui* camp de grandes quantités de volailles et de maïs, en Jeur faisant dire qu'ils se nourrissent bien parce qu'ils dédaignaient d'attaquer des ennemis affaiblis par la faim; qu'ils croiraient manquer de respecta leui's divinités en leur offrant des victimes affamées, et (Qu'ils craignaient que les Espagnols, devenus trop maigres, ne fussent plus bons à manger*.
Cependant lorsque, dans les combats multipliés qu'ils livrèrent aux soldats de Cortez, ils s'aperçurent ^u'il n'était pas . aisé d'exécuter ces menaces, et que, malgi*è toute leur valeur dont ils avaient une très-baute opinion, il n'y avait pas un Espagnol de tué ou de pris, ils commencèrent à «foire qu'ils avaient affaire à des ôtres d'une nature. su j)érieure contre lesquels les forces bumaines ne pouvaient rien. Dansx^tte extrémité ils eurent recours à. leurs prêtres qu'ils pressèrent de ]eut révéler l.es causes mystérieuses d'événements si extraordinaires et de leuj* enseigner quelque moyen d& repousser ces terribles conquérants. Les prêtres, après des sacrifices- et des cérémonies magiques , répondirent qujî ces étrangers étaient enfants du soleil , et produits par la vive énergie de cet astre dans les régions de l'est; que, soutenus pendant le jouir par rinfluence de ses rayons paternels, ils étaient invincibles; mais que la nuit , privés de sa cbaleur vivifiante , leur force déclinait, qu'ils ce flétrissaient comme les plantes dans les champs, et s'affaiblissaient jusqu'à devenir semblables aux autres hommes*.
Des théories bien moins plausibles ont souvent pris du cré- . dit chez des nations plus éclairées, et ont dirigé leur con* dnite. En conséquence de la réponse des prêtres , les TIasealans, pleins d'une confiance aveugle en des hommes qu'ils regardaient comme éclairés par lé ciel , s'écartèrent d'une de leurs
» Ucrrcra, decad. îî, lib. Vf, cap. è. — Gotnara, Cron., cap. 47. 9 B. Diaz, chap. 66. .
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maximas les pluâ constantes en guerre, et se disposèrent à attaquer leurs ennemis perdant la nuit, espérant de les détruire en les surprenant dans un temps où ils croyaient les trouver affaiblis. Mais Cortez avait trop de vigilance et de discernement pour être trompé par lés stratagèmes grossiers d'une armée dlndiens. Les sentinelles avancées ; observant quelque mouvement extraordinaire parmi les Tlascalans, donnèrent Tàlarme. En un moment les troupes furerit prêtes à marcher, et, sortant de leur .camp, dispersèrent les Indiens avec un grand carnage, avant même qu'ils eussent pu s'approcher. Convaincus par cette malheureuse expérience que leurs prêtres les- avaient trompés, et qu'ils tenteraient inutilement de surprendre ou de vaincre leurs ennemis , les Tlascalans furent 'découragés, et commencèrent à désirer sérieusement la paix. Us étaient pourtant incertains sur la manière dont ils traiteraient avec ces étrangers. lis ne savaient quelle-idée se former de leur caractère, ni s'ils devaient les regarder comme des êtres bons ou malfaisants. La conduite des Espagnols , eh différentes circonstances , pouvait donner d'eux ces opinions opposées ; d'un côté ils avaient constamment renvoyé libres les prisonniers qu'ils avaient faits, non-seulement sans lès maltraiter, mais souvent avec (fuelque présent des bagatelles d'Europe, et renouvelé leur proposition de paix après chaque victoire. Cette douceur étoniiait deâ peuples accoutumés à la manière cruelle de faire la guerre établie parmi les Américains, qui sacrifiaient ou dévoraient sans pitié tous les prisonniers, et leur donnait une idée favorable de l'bumantté de; leurs vainqueurs. Mais d'un autre côté, Cortez ayant soiip^nrié des, Tlascalans qui appdrtaient.des provisions à son camp d'être des espions, en avait fait saisir -cinquante, auxquels on avait coupé les mains^ L'impression qu'avait faite sur les Indiens le spectacle dé ces malheureux,, jointe à la terreur que leur causaient les armes à feu et les chevaux, leur faisait regarder les Espagnols comme des êtres féroces*. Leur incertitude se montra dans la harangue que leurs députés Orent à Cortez. t( Si « vQUîi êtes, dirent-ils, des divinités d'une nature cruelle et
• Cnfjrx, Ucl.ii. Uamus, IH, 228. — G9inira, Cron., cap. 48..* *
» Voyez 1.1 Note laf). •
. 304; flISTOUP PE VAWlWQlîE*
« sautàge^nous vous offrons cinq esclaves, aftn qua vousbu- « yiez leur sang et que vous mandiez leur chair. Si vous êtes a des^dlvinités plus douces, acceptez ces présents de parfums « et de plumes. Si vous êtes des hommes, A^oilà des viandes., «au pain et des frurts-pour vous nourrir *. » La paix, que les deux partis désiraient égaletnent, fut bientôt conclue. Les Tlascalans se Teconnurent vassaux de la couronne de Castillë, et s'engagèrent à secourir Gortez dans toutes ses' expéditions. Il prit la république sous sa protection, et protait de défendre 1 leurs personnes et leurs biens contre toute agression. Ce traité fut conclu très à propos pour les Espagnols *. Les fatigues du service* pour un petit corps de troupes environné d'une multitude nombreuse d'ennemis, étaient excessives. La moitié des soldats étaient debout chaque nuit* et même ceux qui prenaient <iuelque repos dormaient tout armés, afin d'être prêts à co.urir a leur poste au premier signal. Plusieurs étaient blessés, et beaucoup d'autres, parmi lesquels on comptait Gortez iuiiriême, étaient attaqués d'une maladie- particulière au climat, qui en avait fait périr un grand nombre depuis le départ de la Vera-Cruz. Malgré les provisions qu'ils recevaient des Tlàscalâns, ils manquaient souvent de vivres et se trouvaient dans un besoin 3i grand deè choses les plus nécessaires.pour un service si dangereux* qu'ils étaient réduits à panser leurs plaies avec un onguent fait delà graisse des Indiens qu'ils avaient tués*. Excédés de tant de fatigues et de souffrances, les Espagnols comnqiençaient à murmurer; et lorsqu'ils réfléchissaient. sur la multjtvdQ et' le courage de leurs ennemis, ils étaient près de tomber '^ans le désespoî;?. Il fallait toute l'autorité et toute l'adresse de. Gortez pour empêcher les progrès de ce découra^ gement, et pour rariimer.dàns ses compagnons le sentiment de leur 'supériorité sur les hommes qu'ils avaient à cooîbàttre*. La
* B. Diaz, cbap. 70. ~ Gomara, ^ron., cap. 47» '*" Berrçjti, decad. U, iib. Vf, cap, 7. •
*' Malgré les observations desnoiiveaux ambassadeurs que Mô.ntézuma avait en- . Toy(^ h Çortez, et qui cliorcii.iiunt h le détoumor de celte alliance, en lui Biisant ^ eri»indre la perKdie dé.Tlatcaluns dont ils hrietiiiient la conduite en opposition avec
^ celle de leur souverain. StQ4r. ant.dcIMessico. (D. L. R.) • * '3 B. Diiiz, cliap.-67,, 65.
* Gortez, ttelai. Ramus, UI, 229.— B. Diaz, chap. <»9.— Gomura, Cron., cap. 5i.
soumission desTIascalahs et rentrée triomphante .des Èspagtiols dans la capitale de la république, où ils ftireiit téçus comme des êtres an-dessùs de l'homme, bannirent de knr ftiémoire le souvenir dé leurs souffrances passées, dissipèrent ï^eurê inquiétudes sur Tavenir, et leui^ persuadèrent qu'aucune force eti Amérique ne pouvait désormais résister à leurs armes *.
Cortea demeura vingt jours â T)açcala,.pour donner & ses troupes quelques.instants de repos après un service âussî pénible. Pendant ce temps il s'occupa de soins importants au succès de ses projets. Par seè entretieiis suivis avec les chefs des Tla3cala.ns, il s'instruisit de l'état de l'empire du[Sïeiique, du caractère du souverain et de tous lejs détails quî .pouvaient ré- . gler sa conduite, et le déterrtiiner à agir en ami on en ennemi. Comme il. reconnut que Tantipïilhie de ses noiiveaux ctHlés pour • les Mexicains était aussi forte qu'on le lui avait dit, et qu'il en
. pouvait tirer de puissants secours , il employa toute son adresse à gagner leur confiance, et il y réussit facilement; car les Tiascalans, avec la légèreté d'esprit naturelle à des hommes p(3U civilisés, étaient d'eux-mêmes dispos'és à passer en peu de temps de l'excès de la haine à la plus grande affection, fofltce qu'ils voyîiîent des Espagnols excitait leur étonnement et leur
^admiration *; et persuadés que ces étrangers avaient une origine céleste, ils s'empressèrent non-seulement de satisfaire à tontes leurs* demandes, mais même d'aller au-devant de leurs désirs. Ils offrirent donc à Cortez de l'accompagner à Mexico {ïvec toutes les forces de la république, sôus les ordres de téufs capitaines les plus expérimentés. Mais Cortez, -après s'être doriné tant de peine pour établir cette union entte les Indiens et lui, fut sur le point d'en perdre tous les avantages par une nouvelle saillie du zèle inconsidéré dont il était animé- Tous les aventuriers espagnols de ce siècle se regardaient comme destinés par Dieu même à étendre la foi chrétienne ; et moins ils étaient capables de s'acquitter d'un tel emploi par. leur ignorance et le dérèglement de Iwurs mœurs, plus ils avaient d'ardeur à remplir leur prétendue mission. La profonde vénération des Tlascalans pour 1^ Espo^^ools ayant encouragé
^ Cortez, helat. Ramus, UI, 23o.r- (. Dia;^, chap'. 7a. . » Voyei ia Not« i36«
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Cortez à expliquer & qilielqués-uns des principaux d-entre eux la doctrine chrétienne, il leur proposa avec instance d'abandonner leurs superstitions, et d*embrasser la religion de leurs nouveaux amis. Les Indiens , d'après une idée généralement établie chez les nations barbares, convinrent de la vérité et de Texcellence de la doctrine qu'il leur enseignait; mais ils soutinrent qflle lés Teidés de Tiascala étaient des divinités non moias dignes ^e leurs hommages que le Dieu de€ortez; et que, comme celui-ci avait droit aux adorations des Espagnols, les Tlascalans étaient obligés de conserver le. culte des dieux qu'avaient honorés leui'S ancêtres K Gortez insista avec un ton d'autorité, mêlant les menaces aux arguments. Les Tlascalans, fatigués et mécontents, le conjurèrent de ne plus leur, parler sur œ sujet, de crainte que leurs dieux ne les punissent d'avoir prêté l'oreille à une semblable proposition. Cortez, surpris et indigné de leur obstination , se prépara à exécuter par la force ce qu'il ne pouvait obtenir par la persuasion. Il allait d«îtruire leurs autels et renverser leurs idoles avec la même violence qu'à Zempoallâ , si le père Barthélemi d'Olraedo , anmôni^ de l'armée , n'avait arrêté l'impétuosité de son zèle. Ce religieux lui représenta l^imprudençetl'une telle démarche dans une grande ville, remplie d'unpeuple également superstitieux
> et guerrier, avec lequel les Espagnols venaient de s'allier. Il déclara que ce qui s'était fait à Zempoallâ lui avait toujours paru inconsidéré et injuste; que la religion ne devait pas être
• prêchée le fer à la main-, ni les infidèles convertis par violence ; qu'il fallait employer d'autres armes pour cette conquête, l'instruction, qui éclaire les esprits, et les bons ex^emples, qui captivent les cœurs ; que ce n'était que par ces moyens qu'on pouvait engager les hommes à renoncer à leurs erreurs et à embrasser la' vérité *. Parmi les scènes d'horreur que présente l'histoire de ce siècle , et dans lesquelles on voit lé fana-
> K Notre Dieu Camaxtle, lui dtsaient-ils, nous fait obtenir la victoire sur no « ennemis ; notre déesse MatltUcueje envoie de la pluie à nos champs, et nous défend contre les inoodatipns du Zahuapan (rivière de Tiascala). Nous devons à chacune de ces divinités une partie du bonheur de notre vie, et leur colère attirerait sur notre état les plus sévères châtimenu. » Claviîg;., Stor. ant. del Messico, t. II, liv. 8. . (D. LR.)
* h. Diat, chap. 77t p<^'54» chap. 83, p.6i.
tisme absurde secondant si souvenir Toppiession et la cruauté, des sentJmtjnts si humains font éprouver un plaisir aussi doux qu'inattendu. Au seizième siècle, dans uii temps^où les droits de la conscience étaient si mal connus dans le monde chrétien, où le nom de tolérance était même ignoré, on est étonné ^e trouver un moine espagnol au nombre des premiers défenseurs de la liberté religieuse et dea premiers improbî\tèurs de la persécution. Les remontrances de cet ecclésiastique, aussi vertueux que sage, firent impression sur Tesprit de Cortez. Il laissa Jes TIascalans continuer l'exercice libre de leur religion, en exigeant seulement qu'ils renonçassent à sacrifier des victimes humaines. ^ * .
Dès que les troupes furent- en état de reprendre le service, Corti'Z se détermina à marcher à Mexico , i::algré les représentations les plus pressantes des TIascalans, qui l'assuraient que sa perte* était inévitable s'il se naettait au pourvoir d'un prince aussi cruel que Montézuma, et aussi infidèle à sa parole ^ Comme il était accompagné de six mille TIascalans, il se trou-' vait maintenant à la tête xi'une espèce d'armée* régulière.' Il s'avança d'abord' vers Gholula.* Montézuma avait à la lin consenti à admettre les Espagnols en sa présence,' et avait fait dire à Cortez qu'il serait. reçu avec amitié par les Cholulans. Cholula était une vi|le considérable qui , quoique distante de . cinq lieues seulement de Tli^scala *, avait été la «/apitale d'un État indépendant, et n'était soumise à l'empire du Mexique que depuis peu de temps. Elle était regardée pai* tous les habitants de ce qu'on appelle aujourd'hui la Nouvelle-Espagne -comine une ville sainte, le sanctuaire et. la résidence chérie de leurs dieux. On y venaiten pèlerinage de toutes les provinces, et on immolait plus de victimes humaines dans son temple que dans celui de Mexico '. On peut croire que Montézuma avajt. invité
» Suivant Cl.ivigcro (Stor. ant. de! Messico), les TIascalans ne clierôSicr^nl pas ù dt^tourncr Cortez du se rendre à Mexico, mais d'y aller en passant par Clitfula dont his représentaient les ha biti'ints comme capables de loiUc espèce de perfidie ; ils conseillaient aux Espagnols de passer par Huexotzinco, érat confédéré avec eux e( avec ce» derniers.
* Clavigcro dit que Cholula ctilît à i8 milles au sud de T-iascala et à 60 milles à l'est de Mexrco. (D. t. R:). •
3 Torquemada, MonAr. Ind.,I, 2Ô1, 282 ; II, 291. — Gomara, Gron., cap. 6i« .— flerrera, decad.. Il, lib. VU, cap. 9. *
les Espagnols à s'y rendre ;"Soit dans l'espérance superstitieuse que ses dieu> ne souffriraient pas la profanation de leurs templeç sans faire éclater leur colère contre ces impies qui venaient les braver jusque dans leur sanctuaire le plus respecté, soit dans la persuasion qu'il pourrait lui-même réussir plus facilement à les exterminer, en les attaqqant sous les yeux et sous ■ la prptection immédiate de ses divinités.
Cartez, avant de se mettre en marche, avait été averti par leS'Tlascalans de se défier des Cholulans. Lui-même, quoique reçu dans la ville avec beaucoup de témoignages apparents de i-espect et de cordialité, avait observé dans leur conduite diverses circonstances qui excitaient ses soupçons. Les Tlascalans étaient campés à quelque distance de la ville, parce que les Cholulans avaient refusé d'admettre dans leurs murs leurs anciens ennemis. Deux Tlascalans trouvèrent le moyen d'y entrer déguisés, et instruisirent Cortez qu'ils avaie'nt remarqué qu'on faisait sortir toutes les nuits beaucoup de femmes et d'enfants des principaux citoyens, et qu'on avait sacrifié six enfants dans le.principal temple, pratique ordinaire à ces peuples lorsqu'ils se préparaient â quelque expédition militaire. En même temps l'interprète Marina apprit d'une femrtie indienne de distinction , dont elle avait gagné la confiance , que l'on concertait la perte des Espagnols ; qu'un corps de troupes mexicaines était caché. à peu de distance de la ville ; qu'on barricadait les rues ; qu'on creusait des fossés et des trous légèrement recouverts pour y faire tomber les chevaux ; qu'on faisait au haut des temples des amas de pierres et de traits ; que l'heure fatale aux Espagnols s'approchait, et que leur destruction était inévitable. Cortez, alarmé par le concours de ces témoignages, fit arrêter secrètement trois des principaux prêtres, et tira d'eux une confession qui conflrma les informations qu'il avait reçues. Il n'y avait pas un moment à perdre! Il résolut 3e prévenir ses ennemis, et d'exercer une vengeance si terrible, qu'elle effrayât à jamais Montézuma. et ses sujets. Pour exécuter son projet, il assembla les Espagnols et les Zcmpoallans dans une cour bu place, vers le milieu 'de la ville, où ses quartiers étaient établis. Les Tlascalans eurent ordre de s'avancer. Il envoya chercher, sous divers prétextes, les ma-