LIVRE CINQDIJMIE. . a
gistrats et plusieurs des princ^îmix citoyens. A un signal donné, les troupes se mirent en mouvement, et se précipitèrent sur la multitudequi, demeurée sans chef et surprise. d'une attaque si imprévue, laissa échapper les armes de ses mains, et resta sans défense el sans mouvement. Tandis, que les Espagnols les précisaient de frpnt, les Tlascalans les attaquaient par derrière. Les rues furent inondées de sang et jonchées'de morts ; on mit le feu aux temples où' s'étaient retirés les prêtres et quelques-uns. des chefs, qui périrent soUs les ruines et dans;les flammes. Cette scène de carnage dura deux jours, pendant lesquels les malheureux habitants de Gholula souffrirent tous ies maux que .purent inventer la rage des Espagnols et la vengeance implacable des hidiens, alliés de ces étrangers. A la fin le caroAl^ cessa, après le massacre de six mille Cholujans, sans qa'ma seul Espagnol eût perdp la viç. Gortez alors relâcha les magistrats, leur reprochant amèrement la trahison qû!ils âvajeat préparée, et leur déclarant que, comme sa justice. était satisfaite, il pardonnait l'offense, à condition qu'ils rappelleraient les citoyens qui s'étaient enfuis et rétabliraient Fordre dans la ville. Tels étaient l'ascendant des Espagnols sur les Indiens et la persuasion .que ces étrangers étaient plus puissants el plus éclairés qu'eux, que pour obéir aux ordres deCôrtezlaville se remplit eii peu de jours d'habitants, qui, parmi les ruines de leurs temples, rendirent les services les plus vils à ces mêmes hommes dont les mains étaient encore teintes du sang de leurs frères et de leurs concitoyens ^ v
De Cliolula Cortez s'avança directement vers Mexico, qui n*en eèt éloignée que de vingt lieues. Partout où il passait il était reçu comme un homme assez puissant pour délivrer l'empire <ie l'oppression sous laquelle il gémissait. Lçs caciques ou gouverneurs, ayec cette confiance illimitée qu'on accorde à des êtres, supérieurs, lui faisaient connaître tous les sujets qu'ils avaient de détester. la tyrannie de Montézuma. Lorsque Cortez s'aperçut pour la première flJis qu'il y avait du mécontentement dans les provinces éloignées, il conçut quelque espérance ; mais, lorsqu'il vit que le souverain était haï de ses sujets
' » Coifiez, Relal. Bamus, ni^aSi.— B. Diaz, chap. 83.T~Gomara, Cron., cap. 64. — Herrera, decad^I, Ijb. VII, cap. i, 2. — Voye» la Note i3i.
iOO H1ST01RB DE L'AMÉRIQUE.
jusque dans lo cœuf <le ses États, il se regarda comme sûr de renverser un empire dont la constitution, attaquée dans ses principes mêmes , était d'ailleurs affaiblie par la division de ses forces. Tandis que ces réflexions soutenaient le courage du général dans une entreprise si hasardeuse , les soldats n'avaient besoin pour être animés que des objets qfli frappaient leurs sens. A mesure qu'ils descendaient des mohtagnes de Chalcp que la route traversait, la vaste plaine de Mexico, se dé- ■ couvrait par degré à leurs yeux, fcette campagne , une.des plus belles du monde, ces champs cultivés et fertiles qui s'étendaient à perte de vue , ce lac gui ressemblait à une mer par son étendue et qui était environné de grandes villes, enôn cette capitale qui s'élevait sur une lie au milieu de ce lac, ornée de temples et de tours; tout ce spectacle frappa tellement leur imagination, que quelques-uns pensèrent que les descriptions fanfestiques des romans étaient réalisées et qu*ils avaient sous les yeux leurs palais enchantés et leurs -dômes dorés. D'autres pouvaient à peine se persuader que ce^epectacle étonnant fûl autre 'chose qu'un rêve ^ A mesure qu'ils avançaient, leurs doutes se dissipaient , mais leur étonnement ne faisait que croître. Ils furent alors persuadés que le pays était encore plus riche qu'ils ne l'avaient imaginé, et se flattèrent qu'enâa ils allaient recueillir le fruit de leurs travaux.
Nul ennemi jusque-là ne s'était opposé à leur marche , quoique plusieurs circonstances leur fissent soupçonner .qu'on avait dessein de les surprendre. Des messagers arrivaielit successivement de la part de Montézuma , leur permettant un jour d'avancer, et le jour suivant les pressant.de se retirer, selon que ses espérances ou ses craintesprévalaient alternativement. Son trouble était si grand qu'on ne peut l'expliquer qu'en le regardant comme Feflet de la superstition qui lui faisait craindre les Espagnols comme des êtres d'une nature supérieurôâ celle de l'homme. Enfla Cortez était presque aux portes de la capitale avant que le monajque eût décidé s'il recevrait ces étrangers en amis ou en ennemis. Mais, comme on n'éprouvait da la part des Mexicains aucun traitement hostile, Cortez, sans s'embarrasser des incertitudes de Montézuma efsans paraître *soup-
' Vovex la Note i?»?.,
EIVRE «NQUIÈME. .404
çonnerses intentions, continua sa route le long de la chaussée qui conduit à Mexico au travers du lac, marcliant avec la plus grande circonspection et faisant observer la plus exacte disd*» piine dans son armée. .
Lorsqu'il fat près de la ville ^ environ un millier d'Indiens qui lui paraissaient d'un rang élevé, parés avec des plumes et vêtus d'étoffes de coton très-belles, vinrent à sa rencontre et défilèrent devant lui en le saluant avec le plus grand respect à . la manière de leur pays. Ils annonçaient la venue de Montézuma lui-même, et bientôt aptes ses coureurs parurent. Ils étaient au nombre de deux cents , habillés uniformément, marchant deux à deux en un profond silence , nu-pieds et les yeux fixés en terre. Ceux-cî furent suivis d'une troupe plus distinguée, plus richement vêtue, au milieu de laqueUe était Montézuma dans une espèce de. fauteuil cm de litière resplendissante d'or et ornée de pl\imesde diverses couleurs. Quatre de ses principaux f£îvorisle portaient sur leurs épaules, tandis que d'autres soutenaient sur sa tète un dais d'un travail curieux. Devant lui marchîûent trois officiers , tenant à la majn des baguettes d'or qu'ils élevaient de temps en tçmps, et à ce signal les Indiens baissaient la tète et cachaient leur visage/comme indignes de regarder un si grand monarque. Lorsqu'il fut près des Espagnols, Cortez descendit dccheval et s'avança vers lui avec empressement et d'un air respectueux. En même temps Montézuma descendit de sa litière, et, s'appuyant sur les bras de deux de ses parents^ s'approcha lui-même d'un pas lent et majestueux, tandis que ses gens étendaient devant lui des étoffes de coton , afin que ses pieds ne touchassent pas la terre. Cortez l'aborda avec une profonde révérence à la manière européenne. Le monarque lui rendit son salut à la mode de son pays, en touchant la terre avec sa main et la baisant ensuite *. Cette cérémonie,
■ Ease rendant à Mexico,. Cortez s'arrêta dans la ville de Tezcuco, capitale du royaume de ce' nom, dont le souverain était neveu et triliutnire de Montézuma. Ce fut là que le prince IxtIiIxoçhitI lui exposa ses prétendus droits au royaume d'Acol' huacan, et lui porta des plaintes contre son frcre (lacamatzin et contre Montézurnii son oncle; Cortez lui promit sans liéMicr sa protec'iion pour le rétablir sur soii trône. Clavitjero; liv. VUI.(D. L. R.) , ' . ,
* «< Lorsque j'aliordai Alontézuma, dit Cortez (lettre deuxième), je nî'ôtai un co'lier de perles que }e Ini attachai au cou- Quelque temps aprÇ'.>, un de ses serviteurs
kO% HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.
qui était au Mexique l'expression ordinaire du respect des inférieurs envers leurs supérieurs, parut aux* Mexicains une condescendance si étonnante de la part d'un monarque orgueilleux qui daignait à peine cçoire que ses sujets fussent de la même espèce qije lui, qu'ils crurent fermement que tes étrangers, devaiit qui leur souverain s'humiliait ainsi , étaient des êtres d'une nature supérieure. Les Espagnols, marchant au milieu de la foule du peuple, furent flattés de s'entendre appeler Teulés, ç*est-à-dire divinités.- Il ne se passa rien de remarquable dans cette première entrevue. Montézuiça conduisit *Gortez et ses soldats dans les quartiers qui leur avaient été préparés, et prit* congé d'eux avec une politesse digne d'une cour européenne. 'Vous êtes maintenant, leiir dit-il, parmi vos frères et chez vous ; reposez-vous de vos fatigues , -et soyez heureux jusqu'à ce que je revienne vous voir*. Le palais donné aux Espagnols pour leur logement était unMficeT)âti par le père de Môntézuma. Il était environné d'une muraille de pierre avec des tours de distance en distance, qui servaient en. même temps de défense et d'ornement ; les appartements et les cours étaient assez, vastes pour loger les Espagnols et les Indiens leurs alliés. Le premier soin de^ Cortéz fut de pourvoir à sa sûreté dans ce nouveau poste , en plaçant son artillerie en face des différentes avenues qui y conduiraient , en ordonnant qu'une grando division de ses troupes serait toujours sous les armes; en plaçant des sentinelles dans les endroits nécessaires , en un mot, en faijsant observer une discipline aussi exacte et aussi vigilante que si l'on eût été en présence d'une armée ennemie.
Le soir, Môntézuma retourna visiter ses hôtes avec la même pompé qu'à la première entrevue „ et porta non-seulement au général et à ses officiers , mais même aux simples soldats; des présents dont la^nàgnificence attestait la libéralité du souverain et l'opulence de son royaume, il eut avec Cortez un long entretien , dans lequel celui-ci apprit l'opinion que le monarque
m'apporta, enveloppas dans un drap, deux colliers de limaçons de la cpuleur qu'ils estiment davantage; il pendait de chaque collier huit breloques d'or très-bien travaillées, longues d'environ un demi-pied ; Hontézuma vint me les passer au cou. » ' . . (D. L. R.)
• Cortez, Relat. Ramus., HI, aSa-aSS. — B. Diaz, chap. 83,88.— Gomara, Cron., cap. 64, 65. — Herrera, decad. II, lib. VIF, cap. 3, 4, 5.
s'était faite des .Espagnols. L'empereur lui dit que, selon une tradition ancienne parmi les Mexicains, leurs ancêtres étaient venus originairement d'un pays .éloigné et avaient conquis l'empire du Mexique; qu'après y avoir formé un établissement, le grand capitaine qui avait amené cette colonie était retourné dans son pays, en promettant que., dans un temps à venir, ses descendants reviendraient les visiter, reprendre les rênes du gouvernement et réformer leur constitution et leurs lois ; que, par tout ce qu'il avait appris et vu des Espagnols, il était convaincu qu'ils étaient les descendants de ces premiers conquérants dont la venue leur était annoncée par Jeurs traditions et leurs prophéties; que, dans cette persuasioji , il les avait reçus, non comme des étrangers, mais comme des parents^ formés du mêmfe sang, et qu'il les priait de se regaider comme maîtres de ses États , que ses sujets et lui-même seraient toujours prêts à exécuter leurs volontés et même à prévenir leurs désirs. Cortez répliqua avec le ton du plus grand respect po^r là dignité et le pouvoir de son souverain le rOi d'Espagne : il paria des vues qu'avait eues ce prince en l'envoyant, s'efTor- ; çant, autant qu'il le pouvait, de concilier son dis^cours avec Fidée que Montézuma avait des Espagnols*. Le lendemain au matin , Cortez et ses principaux officiers' furent admis à, une audience publique de l'empereur. Les trois jours suivants fur rent employés à parcourir la ville que les Espagnols ne purent voir sans admiration et qu'ils trouvèrent supérieure à' tout ce qu*^ils avaient vu en Amérique, tant par le nombre de ses habir tan ts que par la beauté de ses édifices et par des particularités qui la rendaient absolument différente de toutes les villes d'Europe. Mexico, appelé anciennement par les Indiens Tenuchtitlan\^ est situé dans une grande plaine environnée de montagnes
■ « Plusieurs personnes éclairées, dit Acost^ (lib. VII, cap. 25), en parlant cle« premières conférences de Cortez avec Montézurna, pensent qu'en considérant l'état des choses à cette époque, il eût été facile aux Espagnols d'obtenir de Tempereur et de faire dans son empiré tout ce qu'ils âuraien.t vçulu, et de convertir ce souverain et ses sujets au christianisme, sans employer aucun moyen violent. » L'attachement de Montézuma et des Mexicains à leurs dusses divinités ne permet guère d'adopter l'opinion d'Acosta; (D. L. R.)
» Elle s'appelait Tenochtitlan, suivant Lorenzana (His*. de Nuev. Espa.), et suivant Clavigero (Stor. ant. del Me<is.). (D..L. R.)
404 HISTOIRE ÛK l/AMÉUIQUE.
issez hautes pour que son climat soil doux et sain, quoique sous la zone torride. Toulea les eaUx qui descendent des Hauteurs se rassemblent dans diffijrents lacs, dont les deux plus grands, qui ont environ quatre-vingt-dix milles' de circonférence; communiquent Tun avec Taufre; Teau d'un de ces lacs est douce , celle de l'autre est saumâtre. C'était sur les bords de ce dernier et sur quelques îles voisines qu'était bâtie la capitale du Mexique. On arrivait à la ville par dés chaussées de pierre et de terre d'environ trente pieds de large . Comme les eaux des lacsihôndaient la plaine dans la saison des pluies,* ces chaussées s'étendaient tr^s-loin. Celle .de tacuba à l'ouest était d'un mille et demi, celle de Tezcuco, au nord-ouest, de ' trois milles, celle de Cuoyacan, au sud, de six milles *. Du côté de l'est, jl n'y avait pas de chaussée^ et on ne pbuvait arriver à la ville qu'fen caopt ' ; à chaque chaussée il y avait des ouvertures de distance en diôtançe, par lesquelles les eaux communiquaient d'un côté à rautre, et sur c>es ouvertures des madriers recouverts de terre, qui servaient de ponts. La construction de. la ville n'était pas moins remarquable que les avenues en étaient singulières., fîon-seulement les temples, mai* les maisons appartenant au monarque et aux personnes de distinction, pouvaient être appelés magnifiques en comparaison des édifices qu'on avait trouvés dans le reste de l'Amérique. Les hahilations du peupl^ étaient chétives, ressemblant aux huttes desL autres Indiens; mais elles étaient toutes placées avec régularité sur les bords des canaux qui passaient dans la ville en certains quartiers ou le long des rues qui la partageaient; On y trouvait de grandes places, parmi lesquelles on. dit que celle du grand marché pouvait contenir quarante ou cinquante mille personnes. Cette ville,. l'orgueil du Nouveau- Monde,* et le plus noble monument de l'art et de l'industrie de
* SiUvant Clavigcro, les trois principales chaussées étaient eefle de Iztapalapan au raidi, qui avait environ sicpt milles ^e long; celle de Tlaropan à rôutï^f. qui arait près de d«»nx milles, et celle de Tep.<'j<«cac au norti, dont là lonpu<»ur était de crois milles. Il n'y avait point de cliauRSf-e de îVIrxico à Tezcuco, et il n'y aurait pu y en avoir à cause de la profondeur des eaux dans cet' endroit; et s'il y en Syait eu clk aurait <ti quinze millps do ion{î, qui et la «listancc entre ces deux villes, et non 11*018 milles ninsi que le dit Robertson. (D. L. R.)
« F. Torribio MS. • V ,
l'homme, privé de l'usage du fer et du secours de tout animal domestique , possédait aii moins soixante mille habitants \ si l'on s'en rapporte au témoignage des Espagnols qui ont mis le plus de modération dans leurs calculs*.' ' .
La nouveauté de ces objets pouvait amuser et étonner les* Espagnols ; mais ils n'en éprouvaient pas moins une, grande inquiétude sur le danger de leur situation. Un concoure de circonstances inattendues et favorables leur avait permisde pé-nétrer jusqu'au 'centre d'un grand empire, et Us s'étaient établis dans la capitale sans aucune opposition ouverte de la part du monarque ; les tlascalans les avaient constamment détournés d'entrer dans une ville telle que Mexico , dont la situation singulière les livrerait à la merci de Montézuma , en qui ils ne pouvaient. avoir aucune confiance , et d'où iHeur serait impossible d'échapper. Ils avaient averti Cortez que si r«mpereur était décidé à les recevoir dans sa capitale , c'était par le conseil des prêtres, qui lui avaient inditfué au nom de leUrs * dieux ce moyen de détruire en un coup et sans risque tous les Espagnols ^ Le général voyait alors trop clairement que les craint fit pas sans fondement , qu'en
rompa ance en distance sur les chays-
sées 0 es parties des chaussées" elles-*
même mpraticable, et qu'il demeure-
rait er lie ennemie, environné d'une*
multit • sans quil pût recevoir aucun
secoui é Montézuma l'avait reçu avec
de gn mais pouvaient-elles être sin-
cères'! été, qui pouvait lui répondre
qu'elles se soutiendraient? Le salut des Espagnols dépendait de la volonté d'un prince sur rattachement duquel ils n'a-?
\ Torquemada aftirme que Mexico avait cent vingt mille maisons;, mais le conquérant anonyme, Gomàra, Ucrrei-a et 4'autres historiens lui donnent unanime» ment soixante mille tnaisonSy et non soixante mille liabitantf ain«i que le dit Ko» bertson. Glavigero pense que cet historien a été induit en erreur par le traducteur italien du conquérant anonyme, qui ayant peut-être trouV^é dansToriginal Sesanta mil recinos, a traduit le dernier nriot par abitanti au lieu de fnochi. (0. L. R.)
« Cortez, Rel it. Ramm,, lU, ^Sp. — B. R^lat. délia gran. çitta de Mexico, da un , genteUiuomo (kl Cortese, Uamus., ibid. 3o4..— £. Ùerréra, decad. H, lib.*VII, cap'. 14, etc.
3 B. Diaz, chap. 85, S'ô.
vaiçnt aucune raison de compter ; un ordre donné par caprice, un seul mot échappé (^fins la colère pouvait décider irrévocablement leur perte ^ Ces réflexions, qui Se présentaient aiu dernier des soldats,
• n'échappaient pas à leur général. Avant de partir de Cholula, il avait appris des Espagnols de Villa-Rica de la yera-Cruz • que Qualpqpoca ' , un des généraux mexicains , commandant sur la frontière, avait assemblé une armée, dans le dessein d'attaquer quelques-unes des provinces que les Espagnols avaient engagées à pecouer le joug» et qu'Escalante avait marché au secours de ses alliés «avec une partie de sa garnison; que, dans un combat où les Espagnols étaient demeurés victorieux, Escalante et sept de ses soldats avaient été blessés à
. mort, que )e cheval de ce commandant avait été. tué, et qu'un Espagpol avait été enveloppé par les ennemis, et pris vivant; que la tête du malheureux prisonnier avait é,té portée en triomphe dans différentes villes, pour faire voir aux Indiens que leurs ennemis n'étaient pas immortels, et envoyée ensuite à Mexico *. Gortez, quoique alarmé de cet avis, qui lui faisait connaître les intentions ho itinué
sa^marche; mais il ne fut ] *aper-
fçut dé la faute où l'avaien ans la
valeur et la discipline de guide
•dans un pays inconnu o îr ses
idées que d'une manière tr il s'é-
tait engagé dans une*situa [ pour
lui de rester, qu'il lui était ne re-
traite, c'était s'exposer à t( , înfre-
prise dépendait de l'opinion que les peuples de la Nouvelle-Espagne s'étaient formée de la force invincible des Espagnols. Au premier signe de crainte que ceux-ci laisseraient apercevoir, Montézuma, qui n'était retenu lui-même que par la crainte, armerait contre eux tout son empire. Cortez était en mêmq temps persuadé qu'il n'y avait qu'une suite non interrompue de vic-
* Bi Diaz, chap. 94*
« tiortez, Relat, Ramu9., III, aSS. C.
^ CIavie;ero Tappelle Quaubpopoca. (D. L. R.)
* B. Diaz, chap. 93, 94. — Herrera, decad. H, lib. VIII, cap. i.
toires, et des succès complets et extraordinaires, qui pussent le faire avouer de son souverain et couvrir les faute^et Tirrégù- Irrité dé sa conduite. Toutes. ces considérations lui firent sentir la nécessité de garder le poste qu'il avait pris : et il vit que pour se tirer de l'embarras où l'avait jeté une démarche btrdie il fallait en risquer une autre plus hardie encore. Le danger élait grand , mais les ressources de son esprit étaient encore ^us grandes; Après .avoir tout considéré avec une. profonde attention, îl s'arrêta à une idée aussi étrange qu'aùdadieuse. Ilima" gîha d'aller saisir Montézuma dans son palais, et de le conduire prisonnier au quartier des Espagnols. Il espérait qu'en se rendant maître de la personne de l'empereur, le respect supersti- . tieux des Mexic(iins pour leur monarque et. leur soumission aveugle à toutes ses volontés mettraient bientôt entre ses mains tout le pouvoir .du gouvernement, ou qu'au moins ayant en sa puissance un otage si sacré, lui et les siens seraient à couvert de toute violence.
Il proposa sur-le-champ son projet à ses officiers. Les •plus timides forent épouvantés et firent des objections. Les plus éclairés et les plus hardia, persuadés que c'était le seul moyen qui pût les tirer du danger qui les menaçait, l'approuvèrent hautement et entraînèrent leurs compagnons , ôe manière que Ton convint d'en tenter sur-le-champ l'exécution. A l'heure ordinaire de la visite que Cortez faisait tous les jours à Montézuma, il se rendit au palais accompagné d'AlvaradOi Sandoval, Lugo, Velasquez de Léon et Davila, cinq de ses principaux officiers, et de plusieurs soldats de confiance. Trente hommes choisis le suivaient sans ordre, séparés, et paraissant guidés par l'a seule curiosité. De petites troupes furent postées de distance en distance dans toutes les rues qui conduisaient du quartier des Espagnols à la cour, et le reste des Espagnols avec les Tlascalans étaient sous les armes, prôts à sortir au premier signal. Cortez et sa suite furent admis sans difficulté en présence du monarque, et les Mexicains se retirèrent par respect, comme ils avaient coutume de faire. Le général s'adressa alors au monarque d'un .ton tout à fait différent de celui qu'il avait employé dans les conférences précédentes. II|lui reprocha amèrement d'être l'auteur de l'attentat
commis par un de ses offiriers contre les\Espagnols, et l»ji de- ■irianda une réparation i)ublique pour la mort de quelqnes-uns de ses compagnons, ainsi que pour l'insultô faite au grand prince dont ils étaient les serviteurs. Montézuma; confondu de c^tte accusation inatteadue, et changeant de couleur, soit qulil fût coupable, soit qu'il ressentît vivement l'indignité aveclaquelle on le traitait, prote,sta de son innocence avec une grande vivacité, et, pour en fournir une preuve, ordonna -sur-lechamp qu'on* allât saisir Qu^lpopoca et ses complices, et-qa*on les coHduisît à Mexico. Cortez répliqua.qu'une assurance aussi respectable que celle que lui -donnait l'empereur le .persuadait , entièrement, mais* qu'il fallait quelque chose de plus pour rassurer ses compagnons, qui persisteraient à penser que Montézuma agissait comme leur ennemi s'il ne leur donnait une preuve de sa confiance et de son attachement en quittant son palais et en venant faire sa résidence au milieu des Espagnols, oii il serait servi avec tous les égards dus à un grand monarque. A cette étrange proposition, Montézuma demeura muet et presque sans mouvement,- Enfin, ranimé par l'indignation, il répondît avec hauteur 'que les personnes de son rang n'étaient pas accoutumées à se rendre elles-mêmes prisonnières, et quequand mênfie il ahrait la faiblesse d'y consentir, ses sujets ne souffriraient pas qu'on fît un pareil affront à leur souverain. Cortez, voulant éviter les moyens de violence, s'efforça: tour à tour de l'adoucir et de l'intimider. La dispute devint vive ; il y avait plus de trois heures qu'elle durait , lorsque Vçlasquez.de Léon, jeune homme brave, et "impétueux, s'écria: « Pourquoi « perdre le. temps en vaines pargles? Qu'il se laisse conduire, « ou je lui.perçe le cœur. » La voix menaçante dont l'Espagnol prononça ces hiotSi et le geste terrible dont il les accompagna, frappèrent Montézuma de. terreur *. il voyait bien que les Espagnols s'étaient trop avancés popr reculer. Le danger qui lo menaçait était* pressant ; la nécessité de prendre un parti inévitable ; il sentit la force de ces circonstances, ets'abandbntiantà sa destinée, il céda à la volonté des Espagnols. •
Ses officiers furent appeU's. Jl leur communiqua sa résoîu-
• Marina qui s.; trouvait auprès de MonU-zuma pendant le monologue de Velas- ^uez, en interpréta le seu* à ce prince d'après sa dcuiunde. (D. L. R.)
tion. Malgré Télonnemeiit et la douleur ^ont ils étaient pénétrés, aucun d'eux n*osa faire une question à Tempereur. Ils le conduisirent en silence el baignés de larmes au quartier de|f Espagnols. A peine sut-ondans la ville que les étrangers emmenaient l'empereur, que le peuple ^'abandonnant à tous les transports de la douleur et de la rage, menaça d'exterminer
• sur-l8-chan)p les Espagnols pour les punir de leur audace impie. Mais lorsqu'ils virent Montézuma paraître avec l'air de la gaieté sur le visage et leur faire signe de la main , le tumulte s'apaisa; et quand il eut déclaré que c'était de son propre choix qu'il allait i^ider pour quelque temps au milieu dé ses amis« Ja multitude, accoutumée à respecta* les moindres signes de la volonté de son souverain, se dispersa tranquillement*.
.Ce fut ainsi qu'un monarque puissant se vit, au milieu de sa capitale , saisi en plein jour par une poignée d'étrangers , et ' emmené prisonnier, sans résistance et sans combat. L'histoire ne présente rien qu'on puisse comparer à cet événement, soit pour la té;nérité de l'entreprise, soit pour le succès de l'exécution ; et si toutes les circonstances de ce fait eKtraordin?iire n'é-^ talent pas constatées par les témoignages les plus authentiques,' elles paraîtraient si extravagantes et si incroyables, qu'on n'y trouverait pas le degré, de vraisemblance nécessaire pour les admettre même dans un roman.
. Montézuma fut reçu dans le quartier des Espagnols avec •toutes les marques de respect qu'avait promises Cortez. Ses do^ mestiques vinrent l'y servir à la manière accoutumée. Ses priri.cipaux officiers eurent un libre accès auprès de sa personne, et il exerça toutes les fonctiona du gouvernement comme s'il eût été en parliiite liberté. Les Espagnols le gardaient cependant avec toute la vigilance que "méritait. un prisonnier de cette. importance', en s'efforçant d'ailleurs d'adoucir l'amertume de sa situation par toutes les marques extérieures de respect et d'attachement ; mais l'heure de l'humiliation et de la douleur n'est
. jamais bien loin d'un prince captif. Qualpopoca, sort fils et cinq des principaux q»> servaient sous lui, furent amenés dans la
' B. Diaz, rliîip. 95. — •Gomara, Chr(vn,<!:tp. 83; — Cortez, Uelal. Uainui , lU, paj;. 235, 236. — Herrera, decad. U, lil>. Vlll, cap. », 3» * Voyez la Note i 33,
capitale en conséquence des ordres donnés par Tempereur. Monlézuma les livra à €ortez, afin qu*il pût constater leur crime ^ft en prononcer la punition. Ilç furent jugés par un conseil de guerre espagnol, et quoiqu'ils n'euSsent fait que remplir le devoir de fidèles sujets et de braves gens en obéissant aux ordres de leur légitime souverain et en combattant les ennemis de la patrie,* ils furent condamnés à être. brûlés vifs. L'exécution, d'actes aussi atroces est rarement suspendue. Les malheureuses vicfimes furent envoyées sur-le-champ au supplice. On forma leur bûcher de toutes les armes amassées dans les arsenaux du roi pour la défense publique. Un peuple innombr^le vit avec un* muet étonnement la double^insulte faite à la majesté de son empire ; un de ses généraux livré aux flammes par une autorité étrangère pour avoir rempli son devoir envers son souverain, et le, même feu consumer à ses yeux les armes assemblées par j[a prévoyance de ses ancêtres pour la défense publique.
Mais une insulte plus cruelle encore était réservée au malheureux Montézuma. Convaincu que Qualpopoca n'eût jamais bsé .^ttaquer Escalant» s'il n'en avait eu l'ordre de son maître, Cortez ne fut pas satisfait de la vengeance qu'il venait de tirer de celui qui avait été Tinstrument du crime, et n'en voulait pas laisser le premier auteur impuni. Un moment avant d'envo^^er Qualpopoca au supplice, il entra dans l'appartement de Montézuma, suivi de quelques officiers et d'un soldat qui portait des fers, et s'approchant du monarque avec un air sévère, il lui dit que les criminels qui allaient subir leur supplice l'avaient accusé d'être le premier auteur de leur attentat, qu'il était nécessaire qu'il expiât sa fairte, et se tournant brusquement sans attendre de réplique, il ordonna au soldat de lui mettre les fers aux pieds. L'ordre fut exécuté sur-le-champ. Le malheureux monarque, nourri dans l'idée que sa personnd était inviolable et sacrée, et considérant cette profanatioh comme un avant-coureur de sa mort pi:ochaine, exhala sa «douleur en plaintes et en gémissements. Ses courtisans, muets d'horreur, tombèrent à ses pieds, les baignèrent de larmes, et, soutenant ses-fers, s'efforçaient avec une tendresse respectueuse d'en rendre le poids plus lé* gêr. Leur douleur et leur désespoir ne se calmèrent que lorsque Cortez, revenu de l'exécution de Qualpopoca ^vec une conte-
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