‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 38 sur 43 · LIVRE CINQUIÈME. k\ji · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. k\ji

naace satisfaite, OFdonna qu'on ôtât les fers à Montézunia, Ce prince, qui d'abord avait montré une faiblesse indigne d'un hommç, se livra sur-lerchanip à une joie indécente, et passa sans intervalle de l'excès du désespoir aux transports de la reconnaissance et de la tendres§,e envers ses libérateurs.

Ces faits, tels qu'ils sont racontés par les historiens espagnols eux-mêmes, s'accordent peu sans doute ^vec les qualités qui distinguent Gortez dans d'autres parties de sa conduite. Ex6**cer un droit qui ne peut appartenir à un étranger, lequel ne se donnait lui-môme que comme l'envoyé d'uii souverain étrjanger ; infliger une peine capitale et un supplice eruej à des hommes dont la conduite méritait son estime, paraît un acte d^ . cruauté barbare; mettre aux fers le mojiarque d'un grand royaume, et après lui avoir fait essuyer un traitement si igno-' miqleux lui rendre la liberté, c'est faire du pouvoir l'abus le . plus étrange. . . .

. On n'explique cette conduite qu'en disant que Gortez, enivré de ses.succès, et pr.ésumant tout de l'ascendant qu'il avait pris sur les Mexicains, ne trouvait rien de tropÊardi à entreprendre, ni de trop dangereux à exécuter. Mais, à. voir la chose .d'uB certain- côfté, ses procédés,- quoique contraires à la justice et à l'humanité, peuvent avoir été dictés par la même politique artificieuse que le général semble avoir constamment suivie. Anx yeux dès Mexicains, les Espagpols avaient paru des êtres audessus de rhdmçie. Il était de la plus. grande importance pour Gortez de nourrir cette erreur et de maintenir le respect qui en était la suite. Gortez voulait persuader aux Indiens que Iç mèur-; tre d'un Espagnol était le plus grand des crimes, et rien ne lui paraissait plus propre à établir cette opinion que de condamner à une mort cruelle Ips premiers Mexicains qui avaient osé le commettre, et d'obliger leur souverain lui-même à se soumet-r tre â une punition honteuse pour expier la part qu'il avait eue au crime de ses sujets ^

La rigueur avec laquelle Gortez traita les malheureux Mexicains qui avaient osé les premiers* porter leurs' mains sur les Espagnols paraît avoir produit l'effet quMl en attendait. Montézuma demeura abattu et soumis. Durant six mois que Gortez

* Voyez la Note i34.' ' '

il 2 HISTOIRE DE L AMÉRIQUE.

passa à Mexico, le monarque continua de i^ester dans le quarlier des Espagnols avec l'apparence de la tranquillilé et de la satisfaction, comme si ce séjour eût été de son choix. Ses ministres et ses domestiques le servaient à leur manière accoutumée. Il prenait connaissance de toutes les affaires.. Tous les ordres se donnaient en son nom. L'aspect du gouvernement paraissait le même ; et, comme toutes les formes ancienDes subsistaient, la nation, qui ne s'apercevait d'aucun changement, continuait d'obéir au monarque avec la même soumission et le même respect. Les Espagnols avaient inspiré à Montézuma et à ses sujets taot de crainte ou de respect, qu'il ne se^fit pas . une seule tentative pour délivrer le souverain ; Cortez même, se confiant sur l'ascendant qu'il avait pris, permettait à lilontézuma non-seulement d!aller aujc temples, mais mêjne de chasser au delà des lacs, accompagné d'un petit nombre de soldats espagnols qui suffisaient pour imposer à la multitude et s'assurer ^u roi prisonnier*. •

Ainsi Cortez s'étaut rendu maître de la personne àe Montézuma, son heureuselémérité valut tout d'un coup aux Espagnols une autorité plus étendue dans l'empire du Mexique qu'il ne leur eût été ppssible âe l'acquérir avec beaucoup de temps à force Ouverte; et 'ils exercèrent, sous, le nom de l'empereur, un pouvoir bien plus absolu que celui dont ils auraient pu faire usage en leur propre nom. Les içoyens employés par les nations civilisées pour soumettre celles qui le sont moins ont été à peu près les mêmes dans tous les temps. Le système de" cacher une usurpation étrangère en empruntant le nom des souverains naturels d'un pays, d'employer les magistrats et les formes établies pour introduire une domination nouvelle, artifices que nous sommes disposés à regarder comme des inventions subtiles de la politique nioderne ; ce système, dis-je, est bien j)lus ancien qu'on ne pense, et a été mis en tjsage avec succès dans .l'Occident longtemps avant qa'il ait été pratiqué en Orient.

Cortez mit à profit tous les avantages que lui donnait le pouvoir qu'il avait obtenu par les moyens qu'on vient d'exposer. Il envoya quelques Espagnols qu'il jugea les plus propres â cette commission dans les différentes parties de l'empire, ac-»

* Cortet, Relat., p. 236. F. — B. Diax, chap. 97^ 98, 99.;

compagnéé de Mexicains.qu*avait nommés T^mpereur pour leur servir en môme temps de guides et de "défenseurs. Ils parcoururent un grand nombre de provinces * en examinèrent fe sol •et les productions , observèrent avec un soin particulier les dîstricts^ qui fournissaient de Tor et de l'argent , reconnurent différents endroits propres à recevoir des colonies, de leur nation et s'efforcèrent de préparer les esprits à se soumettre au joug de l'Espagne ,. tandis que Cortez , au nom et par Tautorité de Montézuma y ôtait les emplois aux principaux officiers de Tempire dont les talents ou Tesprit d'indépendance lui faisaient craindre quelque résistance à ses volontés, et mettait à leur place des hommes moins éclairés ou plus disposés à la soumission. -

* yne autre précaution lui était encore nécessaire pour son entière sùr(3té. Il fallait qu'il fût assez maître du lac pour assurer sa retraite , dans le cas où les Mexicains, soit par impatience du joug, soit simplement par légèreté,- prendraient les armes contre lui et rompraient les ponts ou les «chaussées. Son adresse et la facilité de Montézuma le mirent en état d'exécuter ce dessein. En entretenant souvent son pifisonnier de là marine , européenne et de l'art merveilleux dé la navigation ,.it excita sa curiosité et lui fit désirer de voir ces palais mouvants qui, sans le secours des rames, marchent et se dirigent, sur les eaux. Pour cet effet, Cortez lui persuada 'd'envoyer quelques-uns dé ses propres sujets pour transporter à Mexico, une partie des agrès de la flotte déposés à la Vera-Cruz et d'en employer d'autres à couper et à préparer des bois. Avec leur assistance les charpentiers espagnols eurent bientôt construit deux brigantins qui furent pour Montézuma un 'frivole amusement, et pour Coriez une ressource assurée slil était obligé de se retirer. Enhardi par tant de preuves delà soumission servile du mo; narque à toutes ses volontés, Cortez osa le mettre à une épreuve encore plus forte. IL pressa Montézuma de se reconnaître vassal du roi de Castillé, tenant sa couronne de lui, et de lui payer un tribut* annuel. Montézuma se soumit encore à, ce sacrifice, le plus humiliant qu'on pût exiger d'un souverain absolu. Les grands de l'empire furent appelés. Montézuma dans une harangue leur- rappela les traditions et les prophéties qui annon-

dbyLjOOgle

4U HISTOIRE DE L^ÀMÉRIQUE.

çaient depuis longtemps Tarrivée d'un peuple de la même race qu'eux, et qui devait prendre possession du pouvoir suprême ; il ledr déclara qu'il croyait que les Espagnols étaient ce peuple, qu'il reconnaissait les droits de leur souverain sur l'empire du Mexique , qu'il voulait mettre sa couronne à ses pieds et être désormais son tributaire. En prononçant son discours le malheureux prince laissa 'voir combien il était douloure^isement afiFecté du sacrifice qu'on le forçait de faire. Les soupirs et les larmes lui coupèrent souvent k parole. Malgré l'abattement de çon esprit et de son courage, il conservait encore assez du sentiment de sa dignité pour éprouver les angoisses qui déchirent le cœur d'un souverain forcé de se dépouiller du pouvoir suprême. Aux premiers mots qui firent connaître sa résolution, l'assemblée fut frappée d'un muet étonnement, et bientôt après il s'éleva un murmure confus qui exprimait à la fois la douleur ei l'indignation. Les Mexicains parurent vouloir se porter à quelque.mpuvement de violence. Cortez le prévint à propos en déclarant que Jes intentions de son maître n'étaient point de priver Mpntézuma de sa couronna, ni d'apporter aucune innovation dans la constitution et les lois de l'empire. Cette assurance, soutenue de la crainte qu'inspiraient les Espagnols et de l'exemple de soumission que donnait l'empereur lui-môme., arracha à l'assemblée un consentement forcé *. Cet acte de foi ' et hommage envers la couronne d'Espagne fut accompagné de toutes les solennités qu'il plut aux espagnols de prescrire *.

Montézuma , sur la demande de Cortez , y joignit un présent magnifique pour son nouveau suzerain , et ses sujets, à son exemple, fournirent aussi très-libéralement à une contribution. Les Espagnol^ rassemblèrent tout ce que leur avait donné volontairement Montézuma jBt tout ce qu'ils avaient extorqué des Mexicains sous divers prétextes. On .fondit l'or et'largenit, et ces métaux , sans parler des bijoux et ornements de diverses • espèces que l'on conserva tels qu'ils étaient pour la beauté du travail , montèrent ensemble à six cent mille pesos '. Les sol-

• VoyéilaNoTB i35. .

• Cortez, Uelat., a38. D. — B. Diaz, chap. loi. — Goiuara, Cron., cap. 92.— Herrera,dccad. Il, lib. X, cap, 4. .

3 Environ a,5oo,ooo livres, le peso valant à peu près 4 livres et quelques &ous de notre monnaie.

dats attendaient avec impatience qu'on en fit le partage. Cortez voulut les satisfaire. On mita part un cinquième, comme le droit du roi d'Espagne ; un autre cinquième fut réservé à Cortez comme commandant epchef- On reprit encore sur ja masse les sommes avancées par Velasquez , Cortez et quelques autres officiers , pour les frais de l'armement. Le reste fut partagé entre les troupes , y compris la garnison de la Vera-Cruz , officiers et soldats, en proportion de leur rang. Après tant de dé- . ductions, la part de chaque soldat ne passa pas cent pesos. Celte somme était si fort au-dessous de leurs espérances , que • quelques soldats la refusèrent avec dédain;* d'autres murmurèrent si hautement qu'il fallut . pour les apaiser, que Cortez joignît l'adresse à des libéralités considérables. Ces plaintes n'étaient pas tout à fait sans fondement : la couronne n'ayant point contribué aux frais de l'airmement, les soldats voyaient * avec peine qu'on lui abandpnnait une partie si considérahle des trésors qu'ils avaient achetés par leurs travaux et leur sang, ta part du général , eu égard aux idées qu'on se faisait de la richesse dans le seizième. siècle, était une somme énorme. , Quelques-uns des favoris de Cortez s'étaient secrètement âpr proprié^ différents bijoux d'cJr qui ne payèrent pas le cinquième prélevé pour le roi , et ne furent point mi$ dans la masse commune. Il faut croire pourtant que les objets qui avaient été détournés* n'étaient pas d'une grande valeur ; car, dans ces circonstances, l'intérêt de Cortez était que la portion du roi fût très-considérable. • • ' - •

La somme amassée par les Espagnols ne répond point aux idées. qu'on aurait pu se former des richesses du Mexique, d'après les descriptions que les historiens nous font de son ancienne splendeur et d'après les. produits actuels de ses mines. Mais il faut considérer que parmi les anciens Jtfexicains l'or et l'argent n'étaient pas la mesure de la valeur des autres mârchandiseSi et que cette circonstance'n'influant pas sur leur prix, ces métaux n'étaient recherchés que comme ornements ou bi- ' joux. Ils étaient consacrés aux dieux dans les temples ou employés comme des marqués de distinction par les princes et les ^ personnes du plus haut ran^. Comme on n'employait qu'une quantité peu considérable de ces métaux précieux , les deman-

des qu'on en fai.5aU n'étaient pas assez fortes pour. exciter Tindustriedes Mexicains à en augmenter la quantité par le travail des fortes mines dont leur pays abonde ; cet art d ailleurs leur était entièrement inconnu. Tout ce qu'ils possédaient d'or était ramassé dans le lit des rivières ou natif et recueilli dans Télat où la mine le donne *. Le plusr grand effort de leur industrie dans là recherche de ce métal était de laver les terres détachées des montagnes par les torrents pour en séparer les grains d'or; et même cette opération si simple était exécutée trèsmaladroitement, .selon le rapport des Espagnols envoyés par Cortez pour'exaniiner l'éfat des provinces où l'on pouvait espérer de trouver des minés*. Par Peffet de ces diflFéreùtes causes, la masse d'or existante alors au Mexique ne devalit pas . être -fort grande. La quantité d'argent était encore moindre, parce qu'on trouve rarement ce métal dans un état de pureté, et que les Indiens ignoraient encore l'usage des procédés nécessaires pour l'extraire de la mine et le purifier *. Ainsi , quoique les Espagnols eussent mis en usage tout leur pouvoir et^e fussent abandonnés à toute teur avidité pour satisfaire la plus grande de leurs passions, la soif de l'or, etque'Montézuma eût épuisé. ses trésors pour la rassasier, le produit de ces deux sources, qui formaient la plus grande partie des métaux précieux de l'empire, ne monta pas au delà de ce que noqs avons dit ci 'dessus*.

Mais quelque fticile que se fût montré Montézuma pour tout ce que Cortez avait exigé de lui i il fut inflexible sur. un point. En vain le général le pressa avec tout le zèle importun d'un missionnaire de renoncer à ses faux dieux et d'embrasser la foi chrétienne , il rejeta toujours la proposition avec horreur. La superstition était profondément gravée dans l'esprit des Mexicains , parce qu'elle y était établie sur un système complet et régulier; et, tandis que les- peuples grossiers des autres parties de l'Amérique abandonnaient aisémeniun petit nombre

' Cortez, Relat., pag. 236. F. — B. Diaz, cliap. 102, io3. — Qomara , Croii', cap. lia. r. ^ •■B. Diaz, cfiap. io3.

* Herrer.i, decad. II, lib. IX, cap.4. . . *

* Voyez la Note i36. • .

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de nolions et de cérémonres religieuses , trop peu fixes et trop arbitraires pour mériter le norti de religion nationale , les- Mexicains restaient obstinément attachés à leur culte, qjuelqtie barbare qu'il fût, parce qu'il était accompagné d'une solennité et pratiqué avec une régularité qui le rendait respectable à leurs yeux. Cortez, voyant que tousses elTortS. ne pouvaient ébranler, la fermeté de Mpntézumà, fut si furieux de son obstination, que , dans Un transport de zèle ,11 se mit à la tète de ses soldats pour aller renverser les idoles dans le grand temple de Mexico. Mais les prêtres prenant les armes et le peuple accourant en foule pour défendre leyrs autels, le -général modéra.^Bn son ardeur et se détermina à renoncer à cette entreprise téméraireV après avoir ôté seulement une idole de sa niche et y avoir placé une image de'ki vierge Marie*.

Dès ce moment , les Mexicains ,* qui avaient souffert l*empri- * sonnement de }eur souverain et les exactions de ces étrangers presque sans résistance [1520] , coo^mencèrent à méditer Ifi moyens de chasser ou d'exterminer le§ Espagnols, et se crurent obligés de venger leurs divinités insultées: Les prêtres et les principaux Mexicains eurent de fréquents entretiens avec Mon? tézuma sur ce sujet; mais ce prince , pouvant être lui-même victime d'une entreprise violente tentée contre les Espagnols tant qu'il serait en leur pouvoir, voulut essayer d'abord des nnoyens plus doux. Il fit appeler Cortez , et lui dit que les vues des Espagnols en venant au Mexique , comme députés de leur souverain , étant entièrement remplies , c'était la volonté des dieux et le désir des peuples qu'ils quittassent sans délai le pays , qu'il les priait de se préparer à partir , sans quoi il craignait tout pour eux de ja part de la nation. Cette pï*opositiori et le ton déterminé dont elle fut faite ne permirent pas à Cortez de douter qu'elle ne fût le résultat de quelque grand projet concerté enti'e Montézuma et ses sujets. Il comprit sur-le-champ qu'il serait plus avantageux de paraître céder au désir du monarque que* de tenter mal à propos de le combattre. Il répondit sans- hésiter et sans se troubler qu'il s'était déjà occupé de son retour, mais que., comme il avait détruit les vaisseaux dans lesquels il était arrivé, il lui fallait du temps pour en construire

* Voyez la Note i^;.

i\t HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.

d'autres. On trouva la réponse raisonnable. L'empereur envoya à. la Vera-CrUz des ouvriers mexicains pour couper des bois sous là direction de quelques charpentiers espagnols, et Cortez se flatta que dans cet intervalle il pourrait trouver des moyens de détourner le danger ou de recevoir des renforts qui le mettraient en état de le braver ^ . •

* Presque tons les historiens espagnols affirment que lorsque Montëzuma fit appeler Cortez pour lui intimer Tordre de partir, ce prince avait levé secrètement une armëe, afin d'être en mesure d'employer la force si cela devenait nécessaire, pour contraindre le général espagnol à lui obéir. Mais ils différent beaucoup entre eux $ttr le nort^fiie des n-oupes mises sur pied : tandis que les uns le portent à cent mille, étt d'autres a cinquante mille, il en est qui le réduisent à cinq mille. Je suis convaincu, dit Clavigero, que ces troupes fuiRiit levées, non par ordre de Montézuma , mais par celui de quelques nobles mexicains, qui prenaient à cette affaire un intérêt plus vif que l'empereur lui-même. (D. L R.) '

NOTES £T ÉCLAIHCISSEUENTS.

Note I, page 18.

Tyr était située à une trop grande distance du golfe Arabique ou mer Rouge pour quMl fCit possible de transporter par terre les marchandises jusqu'à cette ville; c*est ce qui engagea les Phéniciens à se rendre maîtres de Rhinocrura ou Qhinocolura, le. port de la Méditerranée le plus voisin de la mer Rouge. C'était à Élath, le meilleur port de cette mer vers le nord, qu'ils débarquaient les cargaisons qu'ils avaient achetées en Arabie, en Ethiopie oti dans l'Inde. De là on les transportaitpar terre à RhinocoUira, dont la distance n'était pas considérable, et on les embarquait de nouveau dans ce port pour être transportées à Tyr et "réparties dans le reste du monde. Strabo. Geogr., édit. Casàul}. , lib. XVI, pag. 1128. — DIodor. Siçul. Biblioth. Hist., édit. Wesselingi, lib. 1 , p. 70.

* ' Note II, page 91.

Le Périple d'Hannon,.le seul monument authentique que nous ayons de la science des Carthaginois daiis l'art, de la navigation, est un des fragments les plus curieux qui nous aient été transmis par l'antiquité. Le savant et ingénieux M. Dodwell, dans une dissertation qu'il a mise à la tête de ce Périple qui se trouve dgins l'édition des Geographi minore$, publiée à Oxford, cherche à prouver que ce n'est qu'un ouvrage supposé par quelque Grec qui a pris le nom d'Hannon. J^fais Montesquieu, dans VEsprit des Lois, liv. XXI, ch. 8, ^t Bougainville, dans une dissertation insérée dans le XXVI« vol. des Mémoires de l'Académie des inscriptions, etc. , ont prouvé son authenticité par des raisons qui me paraissent irrésistibles. Ramusio a joint à la traduction qu'il a4kite de ce curieux voyage, une dissertation qui sert à l'éclaircir. Racolte de viaggi^ vol. I, page 112. Bougainville a traité le môme sujet avec son savoir et son habileté ordinaires. Il parait qu'Hannon, selon la méthode de naviguer des anciens, entreprit

ce voyage ave<fde petits bâtiments construits d'une manière propre à ranger de fort près les côtes. H se rendit en douze jours de Gadès h nie de Cerné, qui probablement est Tîle d'Arguin des modernes. Elle devint la principale station des Carthaginois sur cette côte ; et Bougainville prétend que les citernes qu*on y trouve encore sont .dès moluimenlsde leur puissance et de leur industiie. En. partant de Ceim* et suivant toujours la côte, il arriva en dix-sept jours à* un promontoire qu'il appela la 'Cornet l'Occident, qui sans doute ^st le cap des Palmes. De là il s'avança vers un autre promontoire, auquel il donna le nom de la Corne du Midi, et qui est manirestement le cap desTrois- Pointes, situé à environ cinq degrés au 'nord de la ligne ^ Toutes les circonstances contenues dans un court extrait de son journal, qui est parvenu jusqu'à nous, concernant la figure et l'état de l'intérieur et des côtes de l'Afrique, se trouvent confirmées et éclaircies par la com- '.paraison qu'on en fait avec lesrappoitsdes navigateurs modernes. Les faits même qui, par leur .peu de probabilité, paraissaient devoir rendre douteuse la vérité de cette relation^ tendent à la.confirraer. 11 maixiue que pendant le jour On observait* un profond silence dans le pays qui se trouve au sud de l'Ile de Cerné, mais que lorsque la nuit était venue on allumait un noniire considérable de feux sur. les boi-ds des rivières, et que l'air retentissait alors du bruit des fifres et des tambours et de cris de joie; Suivant Ramusio, là même chose s'y pratique encore, parce que la chaleur excessive qblige leâ habitants de se tenir pendant le jour dans les bois ou dans leurs cabanes. Au coucher du soleil, ils en sortent à la lumière des flambeaux pour jouir pendant la nuit du plaisir de la musique et de la dan§6. Ramusio, I, 11 3, -if. Dans un autre endroit il représente la mer Co'mmè embrasée par des torrents ^e feu» Ce qui arriva à M. Adanson sur la même côte peut expliquer ce passage. « DèsVjue le soleil, dit-il, en' se plongeant sous a l'horizon, avait ramené les ténèbres-, la mer nous prêtait aussitôt sa « lumière. La proue dtf navire,' enjaisaht bouillonner ses eaux, sem- « blait les mettre en feu. Nous voguions ainsi dans un cercle iumi- « neuxqui nous environnait comme une gloire d'une grande Jargeur, a d'où s'échappait dans le sillage Un long trait de lumière -qui nous tt.suirit jusqu'à l'île do Corée. » Voyage au Sénégal y in-4'*.^Paris, 1757,' page 97. •

•» M. Go-sselio ne partage pas l'opiuion de Robertson; il démontre dans son Mëmoir/e intitulé- Recherches sur. les connaissances gi^o^jrapKiques' des anciens le ong des côtes occidentales de rXfrlque qu'llannon n'a pd^ dépassé le cap Bojador, on le cap Non, et^que le» ancieiis n'ont r.iert connu au delà.(D. L. H.)

Note m, page 21.

Longtemps a^H'ès la navigation des Phénicienâ et d'Eudoxe autour de l'Afrique, Polybe, le plus Intelligent et le plus instruit des historiens de Tantiquité, aïtiime qu'on ignorait de son temps si l'Afrique était un continent. étendu vers le ^ud, ou si elle était entourée par la mer. Polibii Hist. , lib. III. Pline le naturaliste assure qu'il ne peut y avoir aucune communication entre les zones tempérées du sud et du nord. Plinii Hist. nat., cdit. in usum Delph. in-4°, lib; II, cap. 68. Si ces deux auteurs avaient ajouté foi aux relations de ces voyafes, le premier ne se serait pas trouvé dans le doute, et le second n'aurait pas soutenu une pareille opinion. Strabon* parle du voyage d'Eudoxe, mais le traite comme une fable, lib. II, pag. 155; et même, suivant ce qu'il en dit, on ne peut guère en porter un autre jugement. Il pai-aît que Strabon n'a eu aucune connaissance certaine touchant la lorme et l'état des parties méridionales de l'Afrique : Geogr. , lib. XVII, pag. 1180. Ptolémée, le plus curieux et le plus savant des anciens géographes, n'était pas mieux instruit sur les parties de l'Afrique situées à quelques degrés au delà de la ligne équinoxiale ; car il pensait que ce grand continent n'était pas entouré par la mer, mais qu'il s'étendait sans interruption vers le pôle antarctique; et il s'est trompé sur sa véritable figure, au point de dire que ce continent s'éUirgit de pljas en plus à mesure qu'on avance vers lé sudi Ptoh Geogr. , lib. IV, cap. 9. Brietii Para,llela Geogr. veteris et novae, pag. .86.

Noie IV, page 26, . .

Un fait rapporté par Strabon nous donne une preuve aussi forte que singulière de l'ignorance des anciens sur la situation des différentes parties de la terre. Pendant qu'Alexandre marchait le long des rives de THydaspe et de l'Acesine, deux des îivièrès qui se jettent dans l' Indus, il remarqua qu'il y avait un grand nombre de crocodiles dans ces rivières, et que le pays produisait les mêmes espèces de fèves qui sont très-communes en Egypte. Il conclut de èes circonstances qu'il avait découvert la source du Nil, et prépara une flotte pour se rendre en Egypte en descendant l'Hydaspe. Strab. Geogr. , lib. XV, p. 1020. Cette surprenante erreurne provenait pas d'une ignorance de la géographie, particulière à ce monarque ; car Strabon nous apprend qu'Alexandre s'appliquait avec une attention singulière à l'étude de cette science, et qu'il avait des cartes ou des descriptions exactes des pays par lesquels il passait : lib. II, pag. 120. Mais dans ce siècle les çonconnaissances des Grecs ne s'étendaient pas au delà des limites de la Méditerranée.

Note Y, page 26. " *

Le flux et le reflux,* qui SQnt très-considérables à rembouchure de rindus devaient rendre ce phénomèneV"S redoutable aux yeux des Grecs. Varen. Geogr. ," vol.r, pag. 251.

Note VI, page 29. . ^- .

11 est probable que les anciens étaient rarement excités à s'avancer aussi loin, soit par un moUf de curiosité, soit par quelque intérêt de commerce ; c'^est pour cela qu'ils avaient des idées très-fausses sur la situation de cette grande rivière. Ptolémée place la première branche du Gange, qu'il distingue par le nom de'la grande embouchure, au cent quarante-sixième degré de longitude de son premier méridien, qu'il fait passer par les îles Fortunées. Mais sa véritable longitude, prise de ce méridien, est aujourd'hui déterminée, d'après les observations astronomiques, à cent cinq degrés seulement. Un si grand géographe ne peut avoir été entraîné dans une en-eur. aussi grave que par les rapports infidèles qu'il avait reçus de ces pays éloignés ; ce qui prouve évidemment que les voyages qu'on y faisait n'étaient pas fréquents. Ses connaissances étaient encore plus bornées, et ses erreurs plus considérables relativement aux contrées de l'Inde qui sont au delà du'Gange. J'aurai occasion de faire observer ailleurs qu'ail a placé le pays des Seresj ou là Chine, à soixante degrés plus à l'est que. n'est sa véritable position. M. d'Anville, un des plus savants géographes modernes, a jeté une grapde clarté sur cette matière, dans deux dissertations pubhées dans les Mémoires de l'Acad. des Inscript. , tom.XXXII, pag.573, 604. .

Note VII, page 29.

il est remarquable que les découvertes des anciens furent ftiites principalement par terre, et celles des modernes par mer. Le progrès dés conquêtes conduisit les premiers, et celui du commerce présida aux entreprises des seconds. Strabon fait observer judicieusement que les conquêtes d'Alexandre le Grand firent connaître l'orient ; que celles des Roma&s ouvrirent la roiite de l'occident, et qu'on doit à celles de Mithrirtate, roi de Pont, la' connaissance du nord : lib. I, pag. 26. Lorsqu'on ftiit des découvertes par terre, les progrès doivent être lents et les opérations bornées ; celles qui se font par mer ont une sphère plus étendue et une marche plus, rapide ; mais elles sont sujettes à des . erreurs particulières : quoiqu'elles fassent connaître la position des différents pays et qu'elles servent à déterminer leurs limites du côté de la mer, elles nous laissent dans une parfaite ignorance sur leur état

intérieur. Il y a plus de deux siècles et demi (Jue les Européens ont doublé le cap méridional de T Afrique, et qu'ils ont porté le commerce dans la plupart de ses ports ; mais Us n'ont fait pour ainsi dire que parcourir les côtes et marquer quelques ports et quelques caps d*une grande partie de ce vaste continent ; les contrées intérieures sont restées presque absolument inconnues*. Les anciens qui n'avaient qu'une connaissance imparfaite de ses côtes, excepté de celles qui sont baignées j^r la Méditerranée ou par la mer Rouge, avaient coutume de pénétrer dans l'intérieur du pays ; et si nous pouvons nous en rapporter au témoignée d'Hérodote et de Diodore de Sicile, ils ont ^exploré plusieurs -parties qui nous sont aujourd'hui inconnues. Les connais- ^nces géographiques resteront donc inexactes et bornées jusqu'à ce qu'on unisse ensemble ces deux manières de faire des découvertes.

Note VIII , page 52.

Les idées des anciens,* sur cette chaleur excessive de la zone torride qui la rendait inhabitable, et leur opiniâtreté à persister dans cette erreur longtemps après avoir porté leur commerce dans plusieurs parties de l'Inde situées*entre les tropiques, doivent paraître si -singulières et si absurdes, qu'il ne sera peut-ê^re pas inutile de produire quelques preuves de leur étrange méprise sur ce point, et d'expliquer Tinconsé-» quence apparente de leur théorie avec leur propre expérience. GiCéron, qui a porté ses regards sur toutes les parties de la philosophie connue des anciens, paraît avoir pensé que la zone torride était inhabitable,, et que par- conséquent il ne pouvait y avoir aucune communication entre les zones tempérées du nord et du sud: Il fait dire par Scipion l'Africain à Scipion le jeune : (( Vous voyez encorecette même « terre comme ceinte de* quelques cercles qu'on appelle zones ; vous « remarquez que les deux extrêmes, qui ont chacune un des pôles « pour centre, sont toujours hérissées de glaces, tandis -que celle du «. milieu, qui est la plus grande, est brûlée des rayons du soleil. Il (( n'en reste donc que deux habitables : voici la zone australe dont les a peuples, étant vos antipodes, sont pour vous comme s'ils n'étaient « pas. » Songe de Scipion, chap. 6, trad. de M. Barre tt. Geminus, philosophe grec,. contemporain de Cicéron, paraît du même sentiment, non dans un ouvrage populaire, mais dans son Etaayoyyj et's yatvo/wva, qui est un traité purement scientiflqôe. a Lorsque npus . (( parlons, dit-il, de la zone tempérée du midi et de ses habitants, et

■ Depuis rdpoque où Itobertson écrivait, nos connaissances sur Tin teneur de l'Afrique se sont étendues. Voir l'Essai sur les progrès de la géojgraphie de l'inti^rieur de l'Afrique et sur les voyages de découvertes qui s'y rattachent, par M. de Larcnaudière, et les voyages du ffiajor Laing, de Denham et de Clappertoo^ (D. L. R.)

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(( de ceux qu'on appelle antipodes, il fciut toujours sous-entendre que « nous n'avons aucune connaissance ni relation de la zone tempérée K du midi, et que nous ignorohs si elle est habitée ou non. Mais la fi- « gure sphérique de la terre et la ligue que parcourt le soleil entre les « deux tropiques nous font croire qu'il y a une autre zone située au « midi, qui jouit du même degré de température que la zone du nord « que nous habitons : » cap. 13, pag. 31. Ap. Petavii Opus de doctr. temp. in quo Uranologium siye systemataVar. auctorum ; Amt. 1705, vol. ni. L'opinion de Pline le naturaliste sur ces deux points était la même : « Des cinq parties ou zones qui séparent le ciel, les deux zones ■ ff opposées qui touchent chacune à l'une dès extrémités de la terre à « l'endroit de ses pôles, dont l'un eçt appelé septentrional et l'autse « austral', ne produisent que des glaçons, et font de ces contrées le « séjour éternel de» frimas : partout ténèbres perpétuelles, et dont (( l'influence maligne n'est jamais corrigée, par l'aspect bienfaisant « des signes qui nous regardent. Le seul éclat des neiges y produit « une lumière blanchâtre. Quant à la partie de la terre située sous la « zone du milieu, qui est celle sous laquelle le soleil fait sa route, jn- « cessamment brûlée par le vofsinage de cet a'^tre et consumée par « ses flammes, c'est ajuste titre qu'on la nomme torride. A droite et « à gauche de cette ceinturé brûlante, et* entre les deux extrémité^ « glaciales, il reste uniquement deux zones tempérées. Encorc le pas- « sage de l'une à l'autre est-il impraticable, vu l'incendie qui règne « dans le cie.l constellé d'un bout à l'autre de la ligne. Si donc vous « concevez la terre divisée en quatre parties, il ehi clair que le cïftl à « lui seul en retranche trois : » lib. II, cap. 68 *. Strabon ne s'explique pas moins clairement sur cet objet. « La partie de la terre qui (( se trouve prés de l'équateur dans la zJone torride est inhabitable à « cause de l'excessive chaleur : » lib II, pag. 154. Je pourrais joindre ici l'autorité de plusieurs philosophes et historiens respectablés de l'antiquité. *.

Pour expliquer le sens dans lequel cette doctrine était généralement reçue, nous devons faire observer que Parmenide, (vomme nous l'apprend Strabon, fut le premier qui divisa la terre en cinq zones. Il étend.'iit au delà des tropiques les limites de la zone qu'il supposait inhabitable par la trop grande chaleur. Strabon .nous dit aussi qu*Aristote fixait les différentes zones de la même manière qu'^elles sont marquées par les géographes modernes. Mais les progrès des découvertes ayant démontré par degrés que plusieurs régions de la terre situées entre les tropiques sont non-seulement habitables, mais même

• Traduction de Poinsinet de Sivry.

très-peupïécs el très-fertiles, les géographes prirent le parti de renfermer la zone torride dans des bornes plus étroites. Il n*est pas facile de marquer avec précision les limites quMls lui donnaient. Un passage de Strabon, qui est, je pense, le seul auteur de Tantiquité ($ai nous ait transmis quelque notion sur ce sujet, me ferait croire que ceux qui calculaient d'après la mesure de la terre donnée par Ératosthène sup- . posaient que la zone torride comprenait près de seize degrés, à peu près huit de chaque calé de Téquateur ; au lieu «que ceux qui suivaient le calcul de Posidonius donnaient environ vingt-quatre degrés à la zone torride , c'est-à-dire un peu plus de douze degrés de chaque côté de Téquateur. Strabo, lib. II, pag. 151. Suivant la première opinion,, en- •viron deux tiers de cette partie du globe qui se trouve entre les tropiques étaient habitables, et selon la seconde hypothèse il n*y en avait que la moitié. Avec ceHe restriction, la doctrine des anciens touchant la zone torride parait moins absurde, et nous pouvons concevoir pourquoi ils regardaient cette zone comme inhabitable, même après s'être ouvert une communication avec plusieurs endroits situés Jentre les tropiques. Lorsque les savants parlaient de la zone torride/ ils la regardaient, suivant la définition des géographes, comme occupant une étendue de seize ou tout au plus de vingt-quatre degiés ; et comme il» n'avaient presque aucune connaissance des coiStrées plus' voisines xie l'équateur, ils pouvaient les croire inhabitables. On continua de donner dans ]p discours familier le nom de zone torride à cette portion de la terre contenue entre les tropiques. Cicérpn, qui paraît avoir ignoré ces idées des derniers géographes, suit la division de Parmenide, et décrit la zone Xorrid^ comme la plus large des cinq. Quelques anciens ont rejeté comme une erreur populaire la pensée de cette chaleur excessive de la zone torride. Suivant Plutarque, Pythagore était de ce sentiment; Strabon nous apprend qu'Ératosthène et Polybe avaient adopté la même opinion : lib. II, pag. 154. Ptolémée paraît n'avoir fait aucun cas de l'anpienne doctrine concernant la zone torride.

Note IX, page 43.

Roberts^ place l'invention de la boussole vers l'an 180Î, et l'attribue à Flavio Gioia, bourgeois d'Amalfi.

Ces assertions sont aujourd'hui contestées. Dans un excellent article de la Biographie universelle, M. Émeric David ftiit naître Flavîô Gioia vers la fin dû treizième siècle à Pasitano, village situé près d'Amalfi, et l'appelle les opinions les plus remarquables élevées à ce sujet : nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en citant textuellement ce que dft ce savant écrivain.

a Polydore Virgile place l'invention de la boussole au nombre de

celles dont les auteurs sont inconnus : Omninà in aperto non est (Pol. Virg. de invent. rer. ; lib. lll, cap. 18), et quelque superficiel que soit cet écrivain, son témoignage est d'un grand poids contre Gioia, attendu qu'il était né en Italie, deux cents ans seulemen£ après ce célèbre Amalfitain. Plusieurs savants ont attribué Tinvenlion de la boussole aux Phénicieiis, aux Tyriens, au roi SaV)nion. Couit de <3ebeUn est un de ceux qui en font honneur aux Phéniciens. D'autres, induits en eireur par un passage mal interprété de Plante, ont cru que les Romains et les Grecs, avaient connu ce guide des mariniers*. De ce nombre est Abundantius Collina, dans son Mémoire intitulé : De acûs nautic» inventore. (Bonon. inst. commentai tom. U, pag. 3.) Ces opinions ont été complètement réfutées par Turnèbe, Boçhar, Dutens; par J. Chr. Trombelli ; De acûs nauticse inventore (ibid.) ; parGr. Grimaldi, Soprail primo inventore délia Bussola (Recueil de l'Académie de Cortone, tom. IIl) ; par Montucla, dans son Histoire des Mathématiques; et plus récemment par M. Azuni, dans une Dissertation sur l'origine de la Boussole, imprimée deux fois en italien et ensuite en français (Paris, 1807, in-8). Les anciens ne connurent' point la "vertu directive de l'aimant. Le silence de tous les auteurs de l'antiquité qui ont parlé de cette pierre, et notamment de Lucrèce, de Pline, de Claudien, de Plutarque, forme sur ce fait une preuve négative qui ne laisse rien à répliquer. Gerbert, né en Auvergne vers le commencement du dixième siècle, et pape soiis le nom de Sylvestre II, Voulant, lorsqu'il était évèque de Magdebourg, construire une montre solaire horizontale, reconnut le point du nord à l'aide d'un instrument avec lequel il considéra l'étoile polaire. c< In Magdeburg horolo- « gium fecit, illud recte cOnstituens, consideratà per fistulam quam- (( damstellA nautarum duce.»{Dithmar, Cbronic. apudLeibnitz, scriptores rer. brunsw«, 1. 1, pag. 899.) Le père Gostadau, Collina, déjà cité, et d'autjres écrivains ont cru reconnaître dans cet instrument une boussole. Montucla a détruit cette fausse opinion, et n'a vu dans l'instrument de Gerbert qu'un tube qu'il dirigeait sur l'étoile polaire, pour prendre la direction du méridien. Mais des témoignages plus convaincants attestent, que des . navigateurs de la Méditerranée connaissaient l'aiguille aimantée, et savaient en faire usage plus de cent ans avant Gioia. Albert,,(|it le Grand, dans son traité De mineralibus (lib. II, tract. 3-, cap 6), rappprte un passage d'un ouvrage faussement attribué à Anstote, qu'il rend en ces termes : a Angulus magnetis quidam est, cujus (( virtiis apprehendendi fen um est, ad Zoron, hoc est, septentrionalem, « et hoc utuntur nautae ; angulus vero alius magnetis illi oppositus, « trahit ad Aphron, id est polum meiidionalem. » Que ce passage ne soit point d'Aristote, peu importe pour le temps où vivait Albert, nt* en

119'3 çt mort en 1280 ; et il faut même remonter plus haut, car la citation doit être extraite de quelque^ ouvrage plus arncien. Le traité De miueralibus lui-même ne fût-il pas d'Albert, comme Tont pensé quelques critiques, cela n'atténuerait point le mérite du texte que l'auteuj y à inséré. Le même texte se trouve d'ailleurs cité par Vincent de Beauvais, dans la première partie de ça Bibliotheca mundi (lib. VIII, cap. 19), et cette première partie, intitulée Spéculum naturalcy a été terminée l'an 1250, ainsi qu'on le voit au livre XXVII, cliap. 102. Brunetto Latini parle aussi de la boussole dans son Trésor» composé d'abord en français, à Paris, en 1260, et ensuite traduit par luimôme en itatiien. « Pour ce, dit-il, nagent les mariniers à l'enseigne a "de ces deux étoiles que l'on appelle tramontaineç... ; et chacune (jes « deux faces (de l'aimant) aise la pointe de l'aiguille à celle tramon- « taine à que cette face gist (lib. ï, cap. 113). » Il existe un texte devenu fameux dans cette discussion ; c'est celui de la Bible-Guyot (vers 622 à 658). La boussole s'y trouve nettement désignée sous les noms de manière ou marinière, manette ou marinçtte» suivant le^ variantes . des divers manuscrits. On peut voir ce morceau en entiei^dans les Fabliaux et Con^s publiés par Barbazan etMéon (tom. JI,ipag. 327 *). La satire dite la Bible-Guyot est généralement attribuée à Guyot, moine

t Voici ce passage curieux tout entier avec l'interprétation, ou plutôt la traduction d'après M. Peignot (Gabriel). •

De noire pire l'apoMoile • Oat, ai (jardcat lo droict point. ..

YoUit&e qu'il aenibUct l'ealoile Puis d'nae aiguille i ont toucliie, *

Qui ae >e ini(e«t. Bien U voient Et en uu -fettu l'ont roochie

Ll niariniea qui «i avoient : En l*ev« le mete'ut *»o» plua»

Par celle entoilio vont et vieheni, Et.li festus la tient Jetsuf,

Erl4>. vti et lur voie lieoent. Puis se tourne la poincte touta

II* l'apelent la tretmoutaigne, Contre Tçatoille, ti sana doute.

Icde estuicbe en moult certaine. -^ Que ja nut hom n'en doutera

Toute* le* auireii ae removeni. Ne jk pour rien ne faùstera.

Et «ediangent lor lient «t lorneot; Quant la mer eat obicore «t bruae,

Mais celle estoilie n« se muet, Quant ne volt estoille ne luue,

Un art font qui mentir ne puet Dont font k l'aguillo allumer,

Par la vertu de la manière Pois a'ent.il* garde d'esgarer.

Ou H fer» rolontier* «o joiiat ^ Contre l'ettoille va la pointe.

J'.aurais voulu que notre »aiiu père le pape ressemblât à l'étoile (polaire) qui ne $e remue. Les mariniers qui soiît en louie la voient bien ; par celte ëtoile , ils vont et tiennent leur sentier et leur chemin; ils l'appellent la tramontane; ce guide est très-certain. Toutes les autres (dtoiies) se meuvent, changent de lieu et tournent j mais Celle-ci ne bouge. Ils font un art qui ne peut tromper par le moyen de la manœuvre. Ils ont une pierre laide efbrune à laquelle le fer se joint volontiers; ils gardent le point droit, puis ils en approchent une aigvllle qu'ils couchent sur une planchette, ils la mettent sur l'eau et pas plus. La pi mcbetie tient l'aiguille dessus, puis la pointe se tourne vers l'étoile, et sans doute que.nul homme n'en doutera, et pour rien (cela) ne manquera. Quand la mer est obscure et brune, quand on ne voit ni étoile ni lune, on approche une lumière de l'aiguille, puis on n'a garde s'égarer, (puisqu'on voit que) la pointe va du côté de l'étoile.

français, natif de Provins, qui florissait à la fin du douzième siècle, puis*qu'il se trouvait à la cour de l'empereur Frédéric P', en 11«1. Cette pièce de vers fût-elle, comme on Ta supposé, un ouvragç de Hugues de Bercy, contemporain de saint Louis, cette différence ne rapprocherait la daté que de cinquante ou soixante ans. Un passage du cardinal de Vitry, également clair, fixe enfin les époques d'une manière non équivoque ; et il nous reporte au temps de Guyot, et même au deJà. Jacques de Vitry, natif d'Argenteuil et évêque de Ptolémaïs, alla dans, la Palestine lors de la quatrième croisade, par conséquent vers Tan 4264. De retour de ce voyage, il remplit les fonotiops de légat du pape.Innocent III, en 1210, dans Tannée du comte de Montfort contre les Albigeois. Reparti pour la Terre-Sainte, il en revint Sous Honorius ÎII, assez longtemps avant la mort de ce pape ; et il mourut luimême en 1244. On croit qu'il aécrà sa description de la Palestine, formant le premier livre de son histoire, et intitulée Hisioria.orientcUis^ pendant son séjour dans TOrient, ce qui en place la composition entre les années 1215 et 1220; et d'ailleurs il parle d'un toit qu'il a observé dès l'an 1204. Or, il s'exprime ainsi (cap. 9i) : « Acus ferrea, postquam- « adamantem contigerit, ad stellam septentrionalem, quœ velut axis « firmamenti, aliis vergentibus, non movetur, semper convertitur; « undè valdè necessarius est navigantibu^ in mari; » Le sens de ces paroles ne présente aucune obscurité. On voit même qu'il ne s'agit pas d'une découverte nouvelle, mais d'un wsage déjà établi, d'un instrument regardé comme absolument nécessaire aux marins, d'une connaissance devenue généfale et vulgaire. Albert le Grand, Guyot et le cardinal de Vitry, étant tous dés Français, Brunetto Latini ayant composé son ouvrage pepdant son séjour en France, et Jacques de Vitry ayant dû traverser là Méditerranée sur des vaisseaux français, les Bénédictins, auteurs de l'Histoire littéraire de France, ont cru pouvoir en conclure que la boussole est une invention française. Ils ont aussi ikit valoir l'usage, sans doute français, et adopté par toutes les nations, de tracer une fleur-de-lis sur la rose des vents, pour marquer le c^ôté do nord. C'est cette opinion que M. Azuni a renouvelée et défendue par tous les moyens qu'une érudition étendue a pu lui fournir, dans la dissertation que nous avons citée. D'autres écrivains ont réclamé en faveur des Arabes. Tels sont Tiraboschi, dans sa Storià délia letteraturaitaliana; Andrès*, Origine e progressi d'ogni letteratura ; Bergeron, Abrégé de l'Histoire des Sarrasins ; Riccioli, Geographiaet hydrographia. reformata, etc. Ceux-ci n'ont présenté, il est vrai, que des assertions vagues et déftuées de toute preuve positive. Chardin, qui s'est élevé contre leur opinion, est persuadé que les Aral)cs ont reçu la bou>sole de l'Europe. Renaudot est allé jusqu'à soutenir qu'il

n' existe aucun écrit arabe où il soit fait mention ni de la boussole, ni iTième de la vertu directive de Taimant (Anciennes relations des Indes» pag. 288, 291). Il parait qu'on n'a pU lui opposer jusqu'à présent qu'un ouvrage de Bailak Kaptchaki, intitulé en arabe : Trésor des marchands dans la connaissance des pierres (BiWiothèque royale des manuscrits, in-fol. , n° 970)"; et le passage de cet écrivain, découvert originairement par M. Sylvestre de Sacy, confirme l'opinion de Renaudot plutôt qu'il ne la détruit, puisque l'auteur, qui écrivait l'an 681 de l'hégire, rapporte un fait dont il a été témoin en l'an 640 (1242 de notre ère), et que ces époques sont postérieures à Guyot de Provins et au cardinal de Vitry. Ebn-Iounis, astronome arabç, dans sa Grande table hakémite, ouvrage composa l'an 1007 de notre ère, et* publié en IVançais pai* M. Caussin (Notices des manuscrits de la Bibliothèque royale, tom. VII), fournit même une preuve négative très-concluante que les Arabes de son tem'ps ne connaî^ient pas la boussole; car, soit parmi les instruments dont il fiiit mention, soit parmi les observation? qu'il lyippeile, il n*en parle en aucune manière ; mais il reste toujours entre ces deux époques, c'est-à-dire entre l'an 1007 et l'an 1290, le passage attribué à A.ristote, nécessairement puisé dans quelque auteur arabe. Les auteurs qui ont écrit sur la Chine ont attaqué Gioia avec plus de succès. Le P. Le Comte, Mailla,- le P. Gaubil, Histoire del'Aistronomie chinoise; Barrow, Nouveau voyage en Chine, etc. , eio. , se montrent convaincus que les Chinois faisaient usage de la boussole fort longtemps avant notre ère. M. Jos. Hager a développé celte opinion dans une 'dissertation publiée en italien, sous le titre de Memoria sulla bussola orientale, Pavie, 1 809, in-fol. ; il s'est attaché à prouver que la boussole est une invention des Chinois, ^t que ce peuple nous l'a transmise par ses communications avec les Arabes. Il pourra paraître étonnant, dans ce système, que la boussole, en usage dans le^ mers de l'Inde, 1000 ou 2000 ans avant Jésus-Christ, n'ait été connue ni des navigateurs égyptiens, sous Tes Plolémées, ni des Grecs de Conslântinople, dans le moyen âge. Chardin avait laissé la question dainsle doute. M. de Guignes a fait plus; il assure que les sources oà le P. Gaubil a puisées sont des romans modernes, et il blàihe cet hi«^ torien d'avoir cru voir une boussole dans des textes reconnus pour fabuleux (Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tom. XLVI,-pag. 549, 551). Cependant on ne doute plus guère aujourd'hui que les Chinois n'aient possédé la boussole, sinon aux époques dont parle le P. Gaubil, du moins longtemps avant les Eiiropéens. Le jugement qu'en ont porté Barrow, Macartney et les autres voyageurs les plus récents, a donné une très-grande force à cette opinfon. Les écrivains, enfin, qui ont attribué l'invention à Gioia, sont innombrables» G. Gri-

maldi, entrp autres, savant Napolitain, a rassemblé en faveur de son compatriote, dans la dissertation que nous avons citée, une foule de passades très-posîtifs, et s'est éUayé de noms très^imposants On ne peut se dissimuler que Gioia n'ait eu pour lui pendant longtemps l'o- •pmion de l'Europe entière ; et il faut bjen que quelque fait i«iportam ait donné sujet à cet assentiment général. Quel est donc le titre- de ce marm à la reconnaissance publique? Le P, Fournier a résolu cette espèce de problème ^dans son Hydrographie (liv. XI, chap. 1) ; et Montucla, adoptant ropinion de Fournier, l'a développée avec une darté propre àsatif^faire tous les esprits. La boussole en usagé sur la Médi< terranée dans le douzième .et le treizième siècles, ne consistait qu'en une aiguille aimantée, qu'on foisait nager dans un vase, au moyen de deux brins de paille pu d'un mprcea^J, dé liège qui la soutenaient sur l/f "' ^^* Ja description qu'en fait l'auteur de la Qible-Guyot. De

la le nom de Calamité ou de Grenouille, sous lequel on la trouve désignée dans quelques auteurs. La boussole connue des Arabes, au treizième siècle, suivant Bailak Kaptchaki, n'était pas autre chose.^D « est aisé de sentir, dit Montucla, combien ce moyen était peu com- » mode, et combien de fois l'agitation (le la mer devait le rendi*e im- « praticable... Les Melphitains, ajoute cet auteur (il aurait dû dire les f Àmalfitains) , imaginèrent la suspension commode dont nous usons << aujourd'hui, en mettant l'aiguille touchée de l'aimant sur un pivot « qui lui permet de se tourner de tous les, côtés avec facilité. On ne a sait s'ils allèrent d'abord plus loin. Dans la suite on le chargea d'un <l carton divisé en trente-deux rumbs de vent, qu'on •nomma la rose « des vents ; et l'on suspendit la boîte qui la porte, de manière que, <( quelques mouvements qu'éprouvât le vaisseau, elle restât toujours « horizontale. Les Anglais se font hqnneùr dé cette addition à la « boussole, jure c{,n injuria, c'est ce que je ne saurais dire.; je n'en « connais du moins aucune preuve. » Si l'on examine avec attention Je sens du vers d'Antonius Panormitanufe, dans lequel on a cru trouver une des preuves les plus fortes de l'invention de Gioia, peut-être remarquera-t-on qu'il np fait allusion, en effet, qu'à, un grand et important perfectionnement. Ce vers est ainsi conçu : '

Prima dédit nautis usum magnetis Amalphis.

Lé poëte he paraît pas vouloir assurer que la ville d'Amalfi ait donné la connaissance de raiguilfë aimantée ; il dit seulement qu'elle «n a dpnné ou plutôt facilité l'usage. Voilà donc le mérite de Gioia ; c'est, selon toute apparence, celui d'avoir rendu véritablement utile un instrument dont*à peine on pouvait faire usage auparavant. La timidité de nos pilotes, dans le douzième et le treizième siècles, lors-

qu'ils étaient déjà en possession de la Calamité, et Taudace qu'ils ont déployée, munis de la Boussole d'Amalfi, attestent évidemment rimportahee du service qu'a' rendu Gioia à la marine moderne. Perfectionner diî cette manière, c-'est réellement inventer. Il est possible que les Français aient ajouté la rose des vents à Taiguille suspendue de Gioia : de là sera venue la lleur-de-lis. qui désigne le nord. Il est possible encore* que les Anglais aient conçu la pensée de rcnfenper l'aiguille, son pivot et la rose des vents dans une botte, box ou boxel : de là le. nom de boussole» Les Allemands réclament cependant et les noms, des vents, est, .sud, nord, ouest, et même le nom de boussole. Ces particularités sont de peu d'importance. Ce qui paraîtra démontré, c'est que la découverte de la vertu directive de l'aimant est antérieure à Gioia, et qu'avant lui les navigateurs, tant de la M^ diterranée que des mers de VInde, faisaient usage de l'aiguille aimdntée : ce qui est plus que vraisemblable, c'est qu'il a été cependant en Europe, par un perfectionnement très-important, le véritable créateur de la boussole, telle que nous, la connaissons aujourd'hui. On né connaît d'ailleurs nullement l'histoire de sa Tie. Quelques écrivains l'ont nommé Givi; le nom de Gioia est le plus généralement adopté. Muratori se plaint dans ses Tables chronologiques, de ce que Vossius et d'autres savants le nomment Gira et le disent liatif de Malû : c'est; dit-il, Gioia d'Amàlfl qui a inventé la boussole, en l'an 1303. (Tab. XXXVin,pag, 219.) D.L. R.

Note X, page 44.

Ces îles qui étaient connues des anciens- ii'ont jamais été entièrement perdues.de vue, puisque les géographes arabes les ont connues et décrites. On ne peut donc pas dire qu'elles ont été déœuvertes, soit par les Espagnols, soit, par les Portugais, car ceux-ci prétendaient les avoir vues les premiers, et ce ne fut même que par suite d'une trans-' action entre les deux états qu'elles furent abandonnées à l'Espagne, Voy. Schmausii, Corpus juris gentium academ., tom. I, pag. 119; elle^s ont été seulement refroMudes. •

Note XI, page 44, '

Jean de Bethencourt partit de la Rochelle le \^^ mal 1402, se rendit à Cadix avec quelques bâtiments, et de là aux tJes Canaries. .D. L. R.

Note XU, page 47;

Le tribunal de l'inquisition qui, partout où il est établi, arrête nécessairement l'esprit de recherche et le progrès des lettres, (Vit introduit en Portugal par Jean III, qui commença à régner en 1 521 *.

1 Notre saTant ami M Adrien Balbi, dans ion Essai statistique sur le royaume de

Note Xni, page 54.

Nous en trouvons un exemple dans Itlckluyt, d'après ravitorité de Garcia de Resende, historien pottugais. Quelques négociants anglais ayant résolu d'ouvrir un commerce avec la côte de Guinée, Jean II, roi de Portugal, envoya des ambassadeurs à Edouard IV, pour lui représenter le droit qu'il avait acquis par la bulle du p^pe de domioer sur-cette contrée, et pour le prier de défendre àses*sujéts de continuer leur expédition. Edouard eut une si grande déférence pour le titre exclusirdes Portugais, qu'il satisfit pleinement à leur demande, flackluyt, Navigations, Voyages and TrafQcsôf the English, vol. II, part. H, pag 2

Noie XIV, page 62,

Le. temps de la naissance de Colomb peut être déterminé exacte* xpènt par les circoustances suivantes. Il parait par le fitigment d*uoe lettre qu'il écrivit à Ferdinand et Isabelle, en 1501, quMl avait déjà exercé alors pendant quarante ans le métier de marin. Il leur dit dans une autre lettre qu'il se niit en jfner à l'âge de quatorze ans : il suit donc de ces deux faits qu'il était né en 1447. Vie de Christophe Colomb, par don Ferdinand son ûls. Churchill' s. CoUect. of voyages, voLll, pag. 484, 485.

Note XV, page 65.

Les savants ne sont pas d'accord sur la position de la Thitlé des anciens. Les uns pensent, avec Cluverius, que c'est V Islande; d'autres soutiennent, avec d'Anville, que C'est nne des îles Shetland; d^autres enfin, qu'il faut appliquer ce nom à une partie de la Norwège méridionale. Malte-Brun est d'avis, dans son Précis de la géog. univ., tom. F, pag. 103, que ThtUé correspond parfaitement au Jutland, à cause des dunes sablonneuses, des brouillards et des autres traits caractéristiques de ce pays, qui le font ressembler au tableau que Pythéas a tracé de Thulé. Quelques savants ont écrit que les anciens avaient donné le nom de Thulé à plusieurs pays différents :.en adoptant cette opinion, on pourrait concilier toutes celles qui ont été émises à ce sujet. ( D. L. R.)

Note XVI, page 68.

Les anciens géographes connaissaient la figure sphérique de la terre. Ils inventèrent la méthode de calculer la longitude et la latitude,

Portugal et d'Algarve, comparé aux autres états de l'Europe, Paris, 1822 , a prouvé par des faits que les Portugais n'ont pas autant dégénéré de leurs ancêtres qae le suppose Robertson, et qu'ils sont loin d'être aussi arriérés qu'on Je croyait généralement. (D. L. R.)

qui eM encore en usage aujourd'hui. Suivant leur principe, Téquateur ou le cercle imaginaire qui enveloppe la terre étailr de trois, cent soixante degrés, quMlsdi:visaient en vingt-quatre parties ou heures, chacune de quinze degrés. Marinus de Tyr, le plus habile des anciens géographes avant Ptolémée, .supposait que le pays des Séres ou Since^ qui était le lieu le plus reculé de Tlnde que connussent les anciens, se trouvajt à quirtze heures, ou deux. cent vingt-cinq degrés à'I'est du premier méridien, qui passait par les îles Fortunées. Ptolém. Geogr., libr 1, cap. H. Si cette. supposition était bien fondée, le pays des Serès ou la Chine n'était qu'à neuf heures ou cent trente-cinq degrés à l'ouest des îles Fortunées ou Canaries, et la navigation par cette roule aurait été beaucoup plus courte que par la route que suivaient les Portugais. * Marco Polo, dans ses voyages, décrit des.pays, principalement l'IJe de Cipaugoou ZipangVi, qu'on croit être le Japon*, qui se trouvait beaucoup plus à l'e.st qu'aucune partie'de l'Asie connue des anciens. Marc. Paul., dereg. Orient., lib.II, cap. 70; lib. Ijl, cap^2. Il résulte de là que le Japon, s'étendant encol'e plus à l'est, était beaucoup plus près des îles Canaries, {.es conclusions de Colomb,"' quoique fôndées sur des observations inexactes, se trouvaient justes. Si les suppositions de Marinus avaient été bien fondées, et si les paya que Marco Polo visita avaient été situés à l'est de ceux dont Marinus avait détenniné la longitude, la route là plus facile et çn même temps la plus courte pour se rendre aux Indes orientales aurait été de naviguer droit à l'ouest. Hertera, decad. I, lib. I, cap. 2. Une connaissance plus étendue du globe nous a découvert la grande erreur où est tombé Marinys, 8n supposant que la Chine se trouve à quinze heures ou deux cent vingir cinq degrés à l'est des îles- Canaries, et que Plolérnée même s W troçipé en réduisant* la longitude de la Chine à douze heures où cent quatre-vingts degrés. La longitude des limites occidenlales de ce vaste empire est de sept heures ou de cent quinze degiés du méridien des îles Canaries. Mais Colomb suivait les lumières que sou siècle pouvait lui fournir, et s'appuyait de Tautorilé des écrivains qu'on regardait alors comme les maîtres et les guides du genre humain dans la science de la géographie.

.Noie XVII, page 85.

Comme les Portugais, en faisant leurs découvertes, *ie s'écarîaicnt qu'à une petite distance des côtes de l'Afrique, ils crurent que les oiseaux-, dont ils observaient le vel avec une grande attention, ne se hasardaient pas loin 'des terres. Dans l'enfance de la navigation on

• Nous Tavon» d«?jà diti il n'cxinte plu» aujourd'hui de doufe \ ce »iii>t. Te r^ pango de Marco P.olo en bien le Japon. \U,.L. U.} .

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