ISI NOTES
ignorait que souvent les oiseaux poussent leur vol à une distance immense des côteè. En naviguant vers les Indes occidentales, on trouve quelquefois des oiseaux à plus de deux cents lieues de terre. Sloane*s Nat. hist. of. Jamaica, vol. I, page SO.Catesby a vu en mer qi^ hibou . à plus de six cents lieues des côles : Hist. nat* of Carolina, pref.,pag. 7. Hist; nat. de Buffon, tom. XVI, pag. 32. Il paraît donc que cet indice de terre) sur lequel Colomb semble s'être appuyé avec quelque confiance, n'était rien raçins que certain. Cette observation est confirmée par le capit4ne Cook, celui de tous les navigateurs qui a traversé le plus de mers et acquis le plus d'expérience- « Personne, dit-il, ne sait « encore à quelle distance quelques-uns des oiseaux océaniques s'a- « vancent sur la mer ; pour mon propre compte , je ne crois pas qu'il y « en ait un seul sur lequel on puisse se fier po»ir indiquer le voisinage « de la terre. » Voyage towards the .South Pôle, vol. I, pag. 275.
No«« X?ni, pa^e »i.
• « n n'est plus douteux aujourd'hui, paqni les botanistes, dit M. le baron de Humboldt, Essai poUL sur la nouv, Esp., tom, III, p. 52 et tom. II, p. 1*84, que le maïs ou blé turc, zea maïs, la seule graminée à graines feirineuses que cultivaient les Américains, avant l'arrivée des Européens, est un véritable blé américain, et que c'est le nouveau continent qui l'a donné à l'ancien*. . . . .... . . »
« Lors de la découverte de l'Amérique par les Espagnols, il ^le maïs) était déjà, cultivé dans la partie la plus méridionale du Chili jusqu'en P'ensylvanie. D'après une tradition des peuples aztèques, la culture de cette giuminée, qui portait dans leur langue le nom de Tlaolli^ en Haïtien celui de Mahiz, et en Quichua celui de Cara^ avait été introduite au Mexique daiisle septième siècle par les Toultèques qui y portèrent en même temps celle du coton et du piment. »
Cette opinion de M. de Humboldt est partagée par le célèbre Parmentier, qui s'exprime ainsi dans l'article Maïs du nouveau Dictiannaîre d'histoire naturelle appliquée aux arts, t. XVlil : «Quelles qa» soient les raisons sur lesquelles se .sont fondés des auteurs, d'ailleurs recommandables, pour essayer de prouver* que le maïs n'est pas originaire d'Amérique, cette plante a des caractères trop frappants pour }a méconnaîtj'e. Varron, Columelle, Pline, Palladius, Dioscoride, Théophraste, Gallien, tous ceux en un mot qui ont traité de l'éumomie rurale ou des végétaux nourris3ant8 et médicamenteux, gardent le plus profond silence sur le. maïs II n'en est fait non plus Aucune mention dans les Relations des voyageurs qui ont été en Asie et en Afrique avant la découverte de Christophe Colomb. Cependant ils donnent les détails les plus circcmstanciésdes productions particuli^ts
ET ÉCLÀIECISSEMENTS. 43&
aux contrées qu'il X)nt parcounies. Les premiers auteurs qui eft aieat parlé ne remontent guère au «lelà du quinzième siècle, et c'est aux Espagnols que nous devons la première description exacte que nous possédions de ce grain.
« i)ans le Mémoire qui a été couronné, en 1784, par TAcadémie des sciences de Bordeaux, sur cette question : a Quel semit le meilleur « moyen pour conserver le plus longtemps possible, soit en grain, çoit « en ^rine, le mais ou blé dé Turquie, plus connu dans la Guieone a sous le no]ti de blé d'Espagne, et quels seraient les dififéi^nts moyens .. « d'en tirer parti dans les années abondantes, indépendamment des « usages connus et ordinaires dans cette province ? » nous avons rassemblé tous les farts qui ne permettent plus de douter que le mais ne soit une production indigène du continent, ainsi qqe des îles d'Amérique, d'où il â été transporté dans les autres parties de l'univers. »
a Quelques auteui's, dit M. Loiseleur-Desloochamps, Dictionnaire des sciences naturelles, par plusieurs professeurs au Jardin du Eoi, etc., tome XXYUl, art. Mais (1823), ont vot^lû essayer de prouver que le mais était originaii'e de l'Inde, d'où il aurait été transporté en Turquie, puis en Afrique, e( en(in dans les deux Amériques. Cette opinion a surtout été soutenue par M. Amoureux, dans un Mémoire sur le mais, qui concourut avec celui de Parmentier, couronné en 1 784 par l'Académie de Bordeaux; mais Parmentier nous parait avoir complètement réfuté cette opinion. »
iL M. Constant Duméril ne se prononce pas d'une. manière aussi positive; car il dit seulement dans ses ElémenU d'histoire naturelle, que ie mais parait originaire de l'Amérique méridionale - »
Dans un ouvrage qui a paru ea français à Turin, en 1818, spuf le titre de Solution du problème économico-politique concernant la con^ . sei-vation ou la suppression de la culture du riz en Lombardie et ba^ Italie, M. de Gregôry, savant piémontais, cherche à prouver que 1^ maïs existait en Europe bien avant la découverte de l'Amérique, et que par conséquent il, n'est point originaire du nouveau continent.
Suivant cette écrivain, le maïs, latine mèlica, était cultivé dans le Vercellais depuis 1185, ainsi qu'il résulte des états qui se trouvent dans les archives du chapitre à Verceil.
En 1904, « Jacobus ^x marchionil>us Incisas et Antoûiellus Moli- « nari tradiderunt et don^verunt èorum patriae (Incisae in Mpnferrato) « bursam unam de seminey seu grani» de colore Qureo et partim alhOy % Qon amplius antea visL^ ia regionibus nostris, qiue dixerunt detulisse « ab una proyincia .Asias Natolia dict«, per quam cum equitibus suis « incursiones executi eraai tempore circumvallationis magnae illius f civitatis Cooitaûtinppoli, et vocari.m^lHjra^ q\à» tractu temporif
« magnum red'ditum, et subsidium patriae comparant, cfuam bur^ <f sam, etc. Voy. Molinari, Storiad'Incisa, tome 1/ page 198. »
On semait du. mais, ajoute M. de.Gregory, àMontiglio en 1300-, à Carignan en 1301, à Ri\ara en 1830, à Monasterolo en 13 69, à San- Benignoen 1443.
a Ducange dit, dans son'Glossarium ad scriptores mediae et infimie latinitatls, Paris, 1733, page flL44, Verbo meliça vox est Itatica, nostris blé ^arrazin^ vel lijilium indicum.» Memoriale potestatem régiens* ad ann. 1227, apud Murator., tome VIII, coll. 4105, « et êo anno fuit « maxima carisUa blavis^ ita quod sextarius frumenti vendebatur XII « solidos impériales..; et sexlarius meiicœ VIll solidos. » Ibid. ad ann. 1277, coll. 1143. « Et magna pluvia fuit, i^ qiiod homines non « potuerunt colligere melicas de campis, nec eas siccare, nec potuerunt « bene seminare. »
Pour décider cette question de Thistoire des céréales^ il est indispensable-d'examiner si le zea mais et le melica ou meliga sont de la même espèce ou du même genre. Si on trouvait que le second n'est point le véritable maïs, M. de Grégory aurait à prouver que le véritable, maïs qu'il dit avoir été cultivé au commencement du quatorzième siècle dans plusieurs contrées de Tltalie était réellement connu à cette époque, en citant quelque acte ou document authentique et incontestable à TappuL de son assertion ; car les états, qui se ti-ouvent, suivant lui, dans les archives du chapitre de Verceil, et desquels il résulte que le maïs,, latine melica^ était cultivé dans le Vercellais dès Tan 118&, ne prouvent rien, tant qu'il n'est pas démontré que le melica est un véritable maïs. ...
La description succincte de la gi'aminée appelée meliga, apportée de la Natolie à l'époque du siège, de Constantinople, c'est-à-dire au commencement du treizième siècle, et dont il est parlé dans l'acte cité par Molinari, de la donation fkite à la ville d'Incise, parait, il est vrai, convenir au maïs-, mais pourrait convenir également à l'houque sorgho {holcus sorghum) que. les Arabes cultivent pour faire du pain, et dont les semences, suivant le Dictionnaij-e d'histoire naturelle de l'Encyclopédie méthodique, varient pour la couleur, dû blanc au jaune, à la couleur ferrugineuse et au pourpre noirâtre. Nous ajouterons que Rumphius, dans son Herbarium amboinense, dit que le sorghum, appelé aussi melica en Italie et melega en Lombardie, a été" observé dans l'Asie Mineiire par Belon. * •
La conséquence tirée par Parmenlier, « que de ce qu'il n'est pas ftiit mention du tnaîs dansjes relations des voyageurs qui ont été en Asie et en Afrique avant la découverte de l'Amérique, cette graminée n'y existait pas» , ne nous semble pas tout à fait juste ; car ces voyageurs
n^étant pas allés dans toutes les' contrées de TÀsie et de rAfiique, peuvent ne pas avoir visité les parties de ces continents où le. maïs était cultivé. Il est dé fait que VIndian com(blé d'Inde) ,. qui paraît être le maïs, est cultivé dans TAssam, à la base de THimalaya, et probablement dans d'autres contrées. Depuis quelle époque? Est-ce avant la découverte de T Amérique? Les voyageurs ne s'expliquent pas à ce sujet, et c'est ce qui trancherait la question , en supposant qu'ils n'aient pas confondu les espèces, et que Vliuiiati corn dont ils parlent soft bien le maïs. Si c'était le maïs, serait-il présumable que les Européens'l'aient importé dans.ces pays reculés de l'Asie si peu connus et depuis si peu de temps? On pourrait ajouter que la partie de l'Assam où un voyageur anglais, le capitaine Bedfort, vient de pénétrer récemïnent et où il a. trouvé VIndian corn en pleine culture, celle où coule le Brahma kund, réservoir flâns lequel, suivant 4a légende indoue, r^nfdnt-Rivière-Pieu (/n/an«-/l«ver-God) le fils de Brahma fut élevé, n'avait pas été. encore explorée par d'autres Européens, si l'on s'en rapporte à la relation extraite de la Gazette du gouvernement de Calcutta, et insérée dans le n° d'avril 1827 de l'Asiatic Journal. , Nous soumettons des -doutes ; c'est aux botanistes à décider.
(D,L. R.) Note XIX, page 92. • .
• L'amiral, dans une lettre qu'il adresse à Ferdinand et. Isabelle, décria un des |)orts de Cuba, avec l'admiration qui caractérise l'enthgusiasme des découvertes. *' • •
X « Je découvris, dit-il, une rîvière où una galèie peut entrer facilement, Sa beauté m'engagea à la sonder, et je trouvai depuis cinq jusîju'à huit brasses d'eau. Après avoir remonté cette rivière à une distance considérable, tout m'engagea à y foire un établissement. La beauté de la rivière, la limpidité dès eaux qui permettait* d'en voir le fond sablonneux, la grande quantité de palmiers de toute espèce, les plus grands et les plus beaux que j'aie vus, le nombre extraordinaire d'autres arbres magnifiques, les oiseaux, la verdure des plaines, tout ceia forme un tableau si intéressant, que ce pays surpasse tous les autres autant que le jour surpasse la nuit en éclat et en lumière ; ce qui m^a fait dire souvent que je testerais en vain d'en donner une description cçmplète à vos altesses ; car ni ma langue ni ma phime né potirraient rendre la vérité ; et le spectacle dei tant de beautés m'étonne au point que je ne sais comment le décrire. » Vie de Colomb, chap. aa.
Note XX, ppge 95.
Le récit que Colomb fait de la conduite sage, et humaine des Indiens • à cefte occasion est fort remairquable :
438 won»
« te roi, dit-il dans une lettre 1^ Ferdinand etlsabelle^ ayant été instruit de notre malheur, exprima un vif chagrin de la pert« que nous
. .venions de feire, et envoya sur-le-champ à notre bord tous les habitants de Vendroit avec plusieurs grands canots. Nous déchargeâmes bientôt le vaisseau de tout ce qui se trouvait sur le tillac, avec le secours que nous fit donner le roi, tandis que lui-même, avec ses flrères et ses autres paretits, prit tout le soin possible pour fietire observer le meilleur ordre, tant sur le vaisseau qu'à terre. De temps en temps un de ses parents venait, les larmes aux yeux^ me dire, de sa part dé ne point m'affliger, et qu'ih me donnerait toul ce qu'il possédait. tTe puis assurer vos altesses que dans aucun lieu de l'Espagne on n'aurait pris autant de^oin de nos effets, lesquels iUrent déposés dans un endroit près du palais du roi, pour y être gardés jusqu'à ce qu'on eût débarrassé les maisons où l'on devait les transporter. Il fit placer sur-lechamp des sentinelles armées {)our garder ce dépôt, pendant la nuit, et lés Indiens qui se trouvaient sur la côte se désolaient, comme s'ils avaient partagé notre perte Ce peuple est si doux, si humaiu et.si paisible, que j'ose répondre à vos. altesses qu'il n'y a pas au monde une meilleure espèôe d'hommes, ni un aussi bon paya que celui-ci. Us
. aiment leurs voisins comme eux-mêmes ; leur conversation, qui est la plus douce et la plus affectueuse du monde, est. toujours gaie et accompagnée d'un sourire* Quoiqu'il soit vrai qu'ils vont nus, vos altesses peuvent être persuadées qu'ils ont plusieurs coutumes fort louables. Le roi est servi avec beaucoup d'appareil, et ses msCnières sont si honnêtes qu'on l^s voit avec un grand plaisir. On n'en trouve pas moins à observer la mémoire étonnante de ce peuple, et le désir qu'il a d'acquérir des connaissances, jce qui le porte à s'informer des causes et des effets de tout. » Vie de Colomb, chap. 32. Il est probable que le-8 Espagnols étaient redevables de cette attention officieuse à l'opinion qu'avaient les Indiens que c'étaient des êtres d'une nature supérieure. •
Note XXÎ, page 10(K
' Tout ce qui nous i*este d'un homme t^l que Colomb doit nous être précieux. Une lettre qu'il écrivit à Ferdinand et Isabelle, et où 11 leur parle de ce qui s'est passé à cette occasion, nous fournit une peinture frappante de son courage, de son humanité, de sa prudence,, de son amoUr pour le bien public et de son adi'esse à ikire sa cour.
« J'aurais été, dit-il, moins touché de ce malheur si je m'étais trouvé seul exposé au danger, tant parce que ma vie n'est qu'un dépôt dont je dois compte à l'Être-Suprême, que parce que j'ai été déjà exposé plusieurs ibis àû péril le plus imminent. Mais cç qui me causait un chagrin infini et me tourmentait, c'était de voir qu*après avoif nfa
ET ÉGLAIBCISSBMENTS. 43^9
du Seigneur, la foi nécessaire pour exécuter une pareille entreprise, dans laquelle j'arais maintenant eu le bonheur de réussir, pour con-r vaincre mon adversaire» et pour- accroître la gloire et la puissance de vos altesses, il plaisait au Tout-Puissant d'arrêter tout par ma mort. . Cependant ce malheur aurait été moins affligeant pour moi s'il n'avait pas entraîné la perte de ceu^ qui m'avaient suivi dans l'espérance d'acquérir une grande fortune, et qui, envoyant le danger où ils se trouvaient, maudissaient non-seulement l'idée qu'ils avaient eue de m'accompagner, mais encore le respect et la crainte que je leur inspirais et qui les empêchaient de me quitter, comme ils l'avaient souvent Vésolu. Mais ce qui mettait le comble à ma douleur, c'était la pensée d'avoir laissé mes deiix fils au collège à Cordoue, sans amis et dans un pays étranger, tandis qu'il était très-probable qu'on ne saurait jamais que j'avais rendu à' vos altesses des services assez essentiels pour que mes enfants méritassent leurs bontés. Et quoique je me consolasse par l'espérance que Dieu ne permettrait pas que ce qui devait tant contribuer à la gloire de son église, et qui m'avait coûté de si grands travaux, restât imparfait, je pensai cependant que, pour me punir de mes fiautes, sa volonté était de me- priver de la gloire que. j'aurais pu en recueillir dans ce monde. Pendant que j'étais dans cet état de trouble, je songeai au bonheur qui accompagne vos altesses, et il me vint dans l'idée que, même si je périssais et que le vaisseau fût perdu, il serait possible que vous fussiez par quelque hasard instruits de mon voyage et dû succès que j'avais eu jusqu'alors. Dans cette vue, j'écrivis sur un morceau de parchemin, avec toute la brièveté que demandait la situation où je me trouvais, la découverle que j'avais f^te des pays que j'avais annoncés, en combien de jours j'avais achevé mon voyage, et quelle route j'avais tenue. Je fis connaître la bonté du pays, le'carac^tère de ses habitants ; j'ajoutai que j'avais laissé les sujets de vos altesses en possession de tous les pays que j'avais découverts. Après avoir cacheté cet écrit, je l'adressai à vos altesses, et promis mille ducats à celui qui le remettrait ainsi fermé, afin que si quelque étranger le trouvait, la récompense promise pût le déterminer à ne pas donner ces informations à d'autres personnes. Je fis alors apporter un grand tonneau, et ayant enveloppé le parchemin d?une toile cii*ée et ensuite d'une espèce de gâteau de cire, je le mis dans le tonneau, que je fis • jeter à la mer après l'avoir bouché. Tout l'équipage s'imagina que c'jétait un acte de dévotion. Craignant que ce tonneau ne fût jamais trouvé, et voyant que nous approchions plus près de l'Espagne, je fis un autre paquet semblable au premier, que je plaçai au haut de la poupe, afin que, si le vaisseau coulait à ibnd, le tonneap- restât audessus de l'eau pour flotter au gré de la. fortune. »
iiO NOTES
Note XXII, page 103.
Quelques auteurs espagnols, guidés par le petit intérêt de la jalousie nationale, ont cherché à diminuer la gloire de Colonib, en faisant entendre qu'il avait été conduit à la découverte du Nouveau- Monde, non par ses propres 4umières ou par son génie entreprenant, mais par les instructions qu'il -avait reçues. Selon eux*, un vaisseau ayant été écarté de sa route pas les vents d*est fut emporté bien loin à l'ouest sur la côte d'un pays "inconnu, d'où il ne revint qu'avec beaucoup de difficulté ; tout l'équipage périt de fatigue et de besoin, excepté le pilote et trois matelots. Ces quatre marins moururent aussi quelques jours après leur arrivée; mais le pilote ayant été reçu dans la maison de Colomb, son ami intime, lui confia avant sa moit le secret de la découverte qu'il avait faite par hasard, et lui laissa ses papiers qui contenaient le journal de son voyage, lequel servit de guide à Colomb dans son entreprise. Gomara est, je crois, le premier qui ait publié ce conte. Hist., cap." 1 3. Toutes les circonstances en sont dénuées des preuves nécessaires* pour le rendre probable. On ne connaît ni le nom ni la.desliriation de ce navire. Quelques auteurs prétendent qu'il appartenait à un des ports de l'Andalousie, et. qu'il était destiné ou pour les Canaries ou pour Madère ; d'autres disent qu'il était biscaîen, et qu'il prenait la route d'Angleterre ; d'autres enfin assurent que c'était un vaisseau portugais qui trafiquait sur la côte de Gninéeu Le nom du pilote est pareillement inconnu, aussi bien que celui du port où il aborda à son retour. Suivant les uns, ce fut en Portugal ; selon d'autres, à Madère ou aux Açores. On n'ignore pas moins l'année que se fit ce voyage. Monson's Nav. Tr'acls. Churchill ^ III, 3H. And. Bérnaîdes ni "Pierre Martyr , contemporains de Colomb , ne parlent de ce piloté ni de ses découvertes. Herrera, avec son bon sens ordinaire, passe aussi ce fait sous silence, et Oviedo n'en parle que comme d'un conte 'à amuser le vulgaire. Hist.*, lib. II,. cap. 2. Des auteurs plus modernes ont supposé que Colomb avait été guidé dans son voyage par quelque instruction particulière, parce qu'on l'a vu diriger constamment sa roule à l'ouest en partant des Canaries; mais ils ne se rappellent pas que, selon les principes sur lesquels il fondait toutes ses espérances de succèsj il croyait qu'eri dirigeant sa route vers l'ouest il devait nécessairement arriver à ces régions de l'orient dont les anciens ont parlé. Ce fut la confiance invariable qu'il eut dans son propre système qui lui fit tenir cette route sans en changer jamais.
D'autres nations, outre les Espagnols, ont mis en question si Colomb pouvait s'arroger l'honneur d'avoir découvert l'Amérique^.Quelques écrivains allemands l'attribuent à Maitin Behaim, leur compa-
Et ÉCLAIRCISSEMENTS . :44 1
triote; il était de ia famille noble des Behairos'de ScliwaitzbaQh,'l'une des premières de la ville impéiiale de Nuremberg. Il fut élève du célèbre Jean Muller, plus connu sous le «nom de Regiomontanus, et acquit une telle connaissance de la cosmographie, qu'il conçut le dessein d'explorer ces régions dont il avait été liabitué à étudier et à décrire la position çt les avantages. La duchesse de Bourgogne, qui le proté- . geait, renvoya à Lisbonne, où la réputation que les Portugais avaient acquise par.leui's découvertes attirait tous le§ hommes aventureux. Là, suivant Herman Schédel dont ie Chronicon mimdi, traduit de Tallemand, fut imprimé à Nuremberg en 1493, son mérite comme cosmographe lui fit donner, conjointement avec Diego Cano, le icommandement d'une escadre qui, en 1483, fut envoyée pour faire des découveFtes. On assuré que dans, ce voyage il découvrit le royaume de Congo. 11 se maria «n 1486 dans- l'Ile de Fayal, Tune des Açores, et fut Tami particulier de- Colomb. Heirerâ, dec. I, lib. I, c. i: Magellan possédait (m. gldbe- terrestre fait par Behaim, sur lequel il avait tracé la roule qu'il se proposait de tenir pour chercher la communication avec la mer du Sud, qu'il a découverte plus lard. Gomara , Hist., €. 19. HeiTerâ, dec. Il, lib. 2, c. 19. En 1492, Behaim visita ses parents établis à Nuremberg, et leur donna une mappemonde ftiite de sa propre main, et qui est conservée depuis dans les archives de la famille. Ce que nous avons rapporté de l'hiâtoire de Martin Behaim paraît bien authentique ; mais tout ce qu'on raconte sur la décovivert« il' une partie du Nouveau-Monde semble tout à. fait conjectural.
•Dans une édition précédente de cette histÔfre de l'Amérique, j'avais à peine eu le temps de recueillir quelques informations sur Behaim, excepté dans une dissertation superficielle, iAtitulég De vero. novi orbis inventore, et publiée à Francfort en* 1714, par.Jos. Fred; Stuvenius, et j'avais été entraîné par Tautorité d'Herrera à supposer que Behaim n'était point né en Allemagne; mais depuis des renseignements plus exacts et plus complets qui m'ont été communiqués par le savant docteur Jean-Reinold Forster, j'ai maintenant reconnu que je m'étais trompé. Le docteur Forster a bien voulu me donner en même temps une copie de la mappemonde de Behaim, que Doppelmayer a • publiée dans son Histoire des mathématiciens et artistes de Nuremberg. D'après cette mappemonde, l'imperfection des connaissances cosmographiqtles à cette époque est manifeste. A peine est-il un seul lieu placé comme il aurait dû l'être ; et en l'examinant, je ne trouve aucun motif de supposer que Behaim ait eu la plus légère connaissance de quelque partie de l'Amérique que ce soit. Il trace, il est^vrai, une île à laquelle il donne le nom de Saint-Brandon. Cette île, dit-on, peut être une partie de la" Guyane, qu'on supposait d'abord ne jiaa
Uft NOTES
ftiire partie du continent. Il la place à la même latitude que les tka do Gap- Vert; et je soupçonne que c'est une île imaginaire qui n'a été admise dans les anciennes mappemondes que sur Tautorité de \i légende d'un Irlandais nomnçié Brandon ou Brendan, dont Tbist^ira est si ridiculement ftibuleuse, qu'elle- ne mérite point qu'on en îdjsat la moindre inention. Girald. Cambriensis ap. Missingham florilegiuiA sanbtorum, p. 427. ' .
Les prétentions des Gallois ne paraissent pas mieux fondées. Suivant Powéll, une disputé s'étant élevée dans lé doUziènoe siècle entre les fils d'Owen.Guyneth, roi dé la partie septentrionale ^u pays de Galles, touchant la si/ccession de sa couronne, Madoc, l'un de ces princes, fatigué de ces disputes, se mit en mer pour chercher un séjour plus tranquille. Il dirigea sa course droit à l'ouest en laissant rirlande au nord, et arriva dans uii pays inconnu qui lui parut « agrédble qu'il retourna dans le pays de Galles et ramena avec lui plusieurs de ses partisans; cela se passa, ditrdh, vei% l'an 1170, et depuis cette époque on n'entendit plus parler ni de Madpc, ni de sa colonie. Il fkut observer que Powell, sur le témoignage de qui est fondée l'authenticité de ce ftiit, a publié son histoire plus de' quatre siècles après la date de l'événement dont il parle. Chex un peuple aussi grossier et aussi ignorant que l'étaient les Gallois de ce tenips, la mémoire d'un fkit si reculé ne peut avoir été conservée que fort imparfaitement, et aurait besoin d'être confirmée par quelque écrivain d'un plus grand poids que Powell, et moins éloigné de l'époque du voyage de Madoc. Des savants plus modernes se sont à la vérité appuyés sur le témoignage de lîeredith ap Rhees, barde gallois, qui mourut en 4477 ; mais il vécut lui-même dans un temps trop éloigné de cet événement pour que son témoignage soit (fun plus grand poids que celui de PowelL • D'ailleurs ses vers, publiés par Hackluyt, vol. III, pag. 1, nous apprennent seulement que Madoc, mécontent de l'état de ses aflkires domestiques, parcoumt l'Océan pour y chei^her de nouvelles possessions. Mais quaiid même nous admettrions l'histoire de Powell conàme authentique, il ne s'ensuivrait pas que le pays inconnu découvert par Madoc en naviguant à l'ouest £t en laissant l'Irlande au nord fût une partie.de l'Amérique. Les co finaissances des Gallois dans lé douzième sièéle étaient trop bornées pour leur permettre d'entreprendre un pareil voyage. Si Madoc a feit quelque découverte, ce ne peut probablement être que Madère ou quelqu'une des lies Hébrides. On a allégué le rapport qu'il y a entre lé langage gallois et quelques dialectes de l'Amérique comme une preuve du voyage de Madoc ; mais les traits qu'on en cite sont en si petit nombre, et dans quel<|ues>uas iTOéme les affinités sont m obscures ou si gratuites, qu'on ne peut état
blir aucune preuve sur la ressemblance accidentelle d'un petit nonibre de mots. Il y 'a un oiseau qu'on n'a trouvé jusqu'ici, que sur les côtes de l'Amérique méridionale, depuis le port Désiré jusqu'au détroit de Magellaû ; on lui donne le nom de penguin, mot qui dans la langue galloise signifie tête blanche. Presque tous les auteur^qui veulent feire honneur aux Gallois de la découverte de llAmérique citent ce mot comme une preuve irréfragable de l'affinité qu'il y a entre la langue galloise et celle qu'on parle dans cette' partie de l'Amérique; niais M. Pennant, qui nous a donné une description détaillée du penguin, remarque que tous les oiseaux de cette espèce ont la. tête noire ; « de sorte, ajoute-t-il, que nous devons renoncer à l'espérance fondée « sur cette hypothèse de retrouver dans le Nouveau-Monde la race a gaUcfise. » Phil. Transact., vol. LVIII, p. 91, etc. D'ailleurs", si les Gallois avaient fait quelque établissement en Amérique vers la fin du douzième siècle, ou aurait dû retrouver parmi leurs descendants quelque-s indices de la religion chrétienne lorsqu'on les découvrit, environ trois cents ans après ieuf émigration, {période trop courte pour qu'on puisse supposer que daps cet espace de temps on y ait perdu toute idée des arts et des mœurs de l'Europe. Lord Lyttelton, dans les notes dont' il a accompagné le 5^ livre, dans son Histoire d'Henri II, pag. 2*71, a examiné ce que ditPowell sur lés découvertes faites par Madoc, *et il à opposé aux raisonnements de cet écrivain d'autres' arguments d'un très-grand poids' pour prouver la fausseté de son récit.
Les prétentions des Norwégiens à la découverte de l'Amérique pa-* raissent mieux fondées que celles des Allemands et des Gallois. Les peuples de .la Scandinavie se faisaient remarquer dans le moyen âge par la hardiesse et l'étendue de leurs excursions maritimes. En 874, les Norwégiens découvrirent l'Islande, où ils établirent une colonie. En 982, ils se rendirent au Groenland; où ils s'établirent pareillement. De là quelques-uns de leurs navigateurs s'avancèrent ver?* l'oiieM et y trouvèrent un pays plus agréable que ces horribles régions dont ils n'ont pas perdu la connaissance. (Suivant leur rapport, les côtes de ce pays étaient sablonneuses, mais l'intérieur était uni et couvert de bbîs; c'est pourquoi ils lui donnèrent le nom de Helle-land, et Mark-landf et ensuite celui de Win4and, à cause de quelques plahts de vignes qu'ils y trouvèrent garnis de" grappes de raisin, t'àuthfenlicité de cette, histoire est fondée, à ce que je crois, sur l'autorité du Sâya ou chronique du roi Olaûs, dom posée par Snorro Sturlonides ou Sttzr- Imom^ publiée par Péri nskiold à Stockholm, en 1697. Comme. Snorpo ^ était né en 11.79, sa chronique n'a pu être compilée qu'environ deux siècles après l'événement qu'il rapporte: Rien n'est plus grossier ni plus confus que le'cont'e qu'il fait .de la navigation et des découvérlea
de Biom, et de Lief son compagnon : p. 104, 110, 326. 11 est impossible d*apprendre de lui dans quelle partie de TAipérique les Norwégiens sont descendus. Suivant le icipport qu'il fait de Ja longueur des jours et d^ nuits, ce ne peut être que vers le cinquamé-huirièmè degré de latitude nord, sur quelqde partie de la côte du Labrador, près de l'entrée du* détroit d'Hudson, où certtâinenoent les raisins ne sont pas une production du pays. Torfeus prétend'qu'il y a une erreur dans le texte, et qu'en le rectifiant on peut supposer que l'endroit où les Norwégîens descendirent était situé au quaiunte-neuvième degré de latitude. Mais ce n'est pas la région du vin en Amérique En parcourant le conte de Snorro, je serais porté à croire que la situation de Ten*e- Neuve correspond mieux avec celle-ci u pays découvert par les Norwégiens; mais ce n'est pas dans une île stérile que l!on trouve des plants de. vigne, M. Mallet, dans son Introduction à l'histoire de Danemark, p. 1 75, etc., cile plusieurs autres conjectures; mais je ne suis pas asseï versé dans la littérature du nord pour les discuter. Quoi qu'il en soit, il est manifeste que si les.Nerwégiens' ont découvert dans le- dixième Fiècïe quelque partie- de l'Amérique, leurs tentatives pour y établir une colonie ont été infructueuses, et que la connaissance en a été bientôt perdue. * '
. Noie XXIII, page 105.
Pieri-e Martyr, ab Angleria, gentilhomme milanais,. qui résidait à cette époque à la- cour d'Espagne, et .dont les lettres contiennent le récit des faits de ce temps suivant 4eur ordre chronologique, dépeint d'une manière fort vive les sentiments dont lui-même et ses savants oon'espondants étaient affectés -: « Prae làetitiâ prosiluisse te, « vixque à lachrymis prae gaudio, tempérasse, quandô litteras ad- « spexisti meas quibus, de antipodum orbe latenti bactenùs, te cer- « tiorem feci, mi suuvissime Pomponi, insinuasii. Ex tuis ipse litteris «colligo quid sensëris. Sensisti àutem, tantique rem fecisti,' quanti « virum summâ doctrinâ4nsignitum decuit. Quis namque cibus subli- « mibus praests^ri potest ingeniis isto suavior? Quod condjmentum « gralius? A me facio conjecturam. Beari sentio Spiritus mecs, quandô « accitos aîloquor prudentes aliquos ex his qui ab eâ recleunt provin- « cià. TmpHcent animos pecuniarum cumuHs augendis miseri avari, « Hbidihibus obscaRni ; nostras nos mentes, postquàm Deo pleni ali- « quandô fuerimus, contemplanda, hujûscemodi rerum notUiâ de- «. mulciamus. » Epist. iSà, Pomponio Lielo.
Kolfi XXIV, p.ijîc 112.
Les {{avants de.ce siècle étaient "si foiienrKîntpei-suadés que les* pays qu'avait déeouVerts Colomb faisaient partie des Indes orientales, «pa»
ET ÉGLAIRGISSEIIëNTS. 445
Bernaldes, curé de Los Palacios, qui paraît avoir été «n des iiommes les plus instruits de sou temps dans la cosmographie, prétend que Cuba n'était pas une île, mais une partie du continent, et qu'elle appartenait à Tempire du grand Khan. II communiqua celle opinion à Colomb même, qui pendant quelque temps logcî^* chez lui au retour de son voyage, çt il la soutint par plusieurs arguments pour la plupart fondés surTautorilé de Jean Mandevillè (Manuscrit entre les mains de Tauleur). Antoine Gallo, qui était secrétaire du magistrat de Gênes vers la fin du quinzième siècle, a publié un court récit des voyages et découvertes de son compatriote Colomb, qui se trouve joint à ses Opuscula historica de rébus populi genuensis : il nous apprend, d'après des lettres de Colomb, qu'il dit avoir vues, que son opinion, fondée sur , des observations nautiques, était qu'une des îles qu'il avait découvertes ne se trouvait qu'à deux heures ou trente degrés de Cattigara^ qui datis les cartes de géogi-aphie de ce temps était marquée, sur l'autorité de Ptolémée, lih- Vil, cap. 5, comme le lieu de l'Asie le plus avancé vers l'orient; d'où il concluait que, si quelque continent n'arrêtait poiT)t la navigation', on devait trouver un passage court et fticile vers cette extrémité orientale de l'Asie, en naviguant A l'ouest. Muratori, Scriptores rcr. ilalicarum, voh XXIfl, p. ^04.
• Noie XXV, page 126. '
Bernaldes, curé de Los Palacioff, auteur contemporain, dit. que cinq cents de. ces captifs fufent envoyés en Espagne et vendus publiquement* cooime esclaves à Séville ; maiâ que le changement de climat et l'impuissance où ils étaient de supporter les fatigues du travail les firent tous mourir en fort peu de temps (Manuscrit entre les. mains de'l'auteur). . .
• Note XXVI, page llîR .
Il paraît que Colomb s'était formé des idées singulières sur les pays qu'il venait de découvrir. Les houles violentes et l'agitation singulière ' des eaux sur la côte de la Trinité lui firent croire que c'était là la partie la plus 'haute du globe, et il pensait que plusieurs circonstances concoui-aient'à prouver que la mer y était visiblement élevée. Après avoir posé ce principe erroné, lateauté du pays lui fit adopter l'idée de Jean Mandevillè, cap. 102, que le paradis terrestre était le lieu le plus élevé de la terre ; et il s'imagina avoir été assez heureux pour découvrir ce fortuné séjour. Nous ne devons pas être surpris qu'un homme d'une si gi-ande sagacité se soit laissé séduire par les opiniotls et les récits (l'ian auteur aussi fabuleux-que l'était Mandevillè. Colomb et les antres navi^çurs devaient nécessairement suivre les seuls guides qu'ils pouvaient consulter; et il paraît, par plusienrs passages du manuscrit
de Bernaldes, Tami de Colomb, que le témoignage de Mandeville n^était pas d'uii médiocre poids daiis ce siècle. Bernaldes lé cite souvent, et toujours avec respect. '
Noce XXVII, page 1S4..
Il est surprenant que ni Gomafâ ni Oviedo, les plus anciens historiens* espagnols, ni Herrera même, n'aient regardé Ojeda ou son compagnon Vespuce comme ayant fkit la première découverte du continent de L'Amérique. Tous attribue^ unanimement cet honneur à Colomb. Quelque? auteurs ont supposé qu'un ressentiment national contre Vespuce, qui avait quitté le service d'Espagne pour passer à ceTUi des Por- .tugais, avait engagé ces historiens à ne point parler des découvertes qu'il a fkites. Mais Martyr et B^nzoni, tous deur'Itali'ens, ne pouvaient ôtre. gouvernés par ce préjugé. Martyr était un auteur contemporain qui résidait à la cour d'Espagne^ et qui était à portée d'être, exactement informé de ces faits publics; cependant il n'attribue pas à Vespuce la gloire «d'avoir le premier découvert l'Amérique^ ni d'ans ses Décades, qui sont la première histoire générale qu^on ait publiée du Nouveau-Monde, ni jdans ses lettres, où il parle des principaux événements qui sont arrivés de son temps. Benzoni passa comme aventurier on Amérique en 1541, et y denïeura fort longtemps. 11 paraît avoir été animé d'un zèle ardent pour la gloire de l'Italie, sa patrie;' cependant il ne parle ni des exploits ni des décou vertes ^e. Vespuce. Heirera, qui a compilé son Histoire générale de l'Amérique d'après les témoignages les plus authentiques, suit non-seulement le sentiment de ce^ auteurs antérieurs, mais il accuse même Vespuce d'avoir falsifié les dates desdeux voyages qu'il a faits dans le Nouveau-Monde, et d'avoir confondu l'un avec l'autre, afin de pouvoir s'arroger la gloire d'avoir découvert le continent. Herrera, decad. I, lib. IV, cap. 2. Il assure que dans un examen"] udiciaire de cette matière, fait parle fiscal du roi, il fût prouvé par le témoignage d'Ojeda lui-même* qu'il toucha à l'Espagnôla en révenant en Espagne à son premier voyage ; au lieu que Vespuce dii qu'Us retournèrent directement de la côte de Paria à Cadix, et q\i'ils ne touchèrent à l'Espagnôla qu'à leur second voyage. Ojeda ajouté qu'ils firent le trajet en cinq mois, tandis que Vespuce prétend avoir employé dix-sept mois à lé fhire. Vidgiiiô primo di Am. Vespucci, p. 36; Viaggio secundo, p. 45, Herrera nous donne, dans un autre endroit ie son histoire, un récit plus circbnstancié de cette enquête et tendant au même but. Herrera, decad. I, lib. VII, cap. 5. Colomb se trouvait à l'Espa^^nola l.orsqu'Ojeda y arriva, et s'était déjà réconcilié alors avec Roldan, qui s'opposa aux efforts d'Ojeda pour exciter une nouvelle révolte;, par conséquent son voyage doit avoù* été postérieur à celui de
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ET ÉCLAIRCISSÇMENTS* . 447
Tamiral. Vie de Colomb, chap. 84. Suivant le rapport de Vespuce, il entreprit le premier voyage, le 10 mai 1497. Viaggîo pHmo, p. 6. C'était dans ce" même temps que Colôthb se trouvait à la cour d'Espagne pour faire les préparatifs de son voyage,.et qu'il paraissait y jouir d'une grande faveur. La direction des affaires du Nouveau-Monde était alors entre les mains d'Antoine Torrès, l'ami de Colomb. Il n'est donc pas probable que dans ces circonstances on ait accordé une commission à une autre personne qui aurait pU prévenir l'amiral dans un voyage qu'il était sur le point d'entreprendre. Fonseca, qui protéjgcait Ojeda et qui lui fit obtenir la permission de faire le voyage, ne fïit rappelé à la cour et rétabli dans sa charge de directeur des affaires des Indes qu'à la mort du prince Jean, qui arriva au mois de septembre de l'année 1 4^7 (P. Martyr, Ep. 182), c'est-à-dire, plusieurs mois après le temps que Vespucë prétend avoir mis en mer. En 1745, Tàbbé Bandini publia à Florence une Vie de Vespuce, in-4®. Cet ouvrage, qui n'a aucun mérite, est écrit avec aussi peu de jugement que de vérité. L'auteur soutient les prétentions de son compatriote à la découverte du Nouveau- , Mondé avec tout le zèle aveugle qu'inspire une prévention nationale; mais irne produit aucune nouvelle preuve pour, les appuyer. Il dit que le récit dû voyage de Vespuce fut publié dès l'an 1510, et peut-ètrp même plus tôt. Vita di Am. Vesp., p. 52. Oa n'a rien de certain sUr l'époque à laquelle le nom d'Amérique fut donné pour la première foià au Nouveau-Monde.
Note XXVUI, pagaies.
Le formulaire employé à cette occasion a servi de modèle aux Espagnols dans toutes leurs conquêtes postérieures en Amérique. Il est d'une nature si extraordinaire, et donne une telle idée des procédés des Espagnols et des principes sur lesquels ils fondaient leurs droits ^u vaste empiré qu'ils acquirent dans le Nouveau-Monde, que cette pièce mérite toute l'atteation du lecteur.
a Moi, Alonzo d'Ojeda, serviteur des très-hauts et très-puissants rois de Castille et de Léon, vainqueurs des nations barbares, ieujr ambassadeur et capitaine^ je vous notiGe et vous déclare, avec toute l'étendue des pouvoirs que j'ai, que le Seigneur notre Dieu, qui est un et étemel, a créé le ciel et la terre, ainsi qu'un homme et une fémme, de qui sont descendus vous et nous, et tous Içs hommes qui ont existé ou qui exiâteroàt dans le monde. Mais comme il est arrivé que les génératiops successives, pendant plus de cinq mille ans. Ont été dispersées dans les différentes parties du monde, et ^e sont divisées en plusieurs royaumes et provinces, parce qu'un ^eul pays ne pouvait ni les eoDtenir ni leur ^burnir les subsistances nécessaires^ c'est pour cela
que ie Seigneur iiotrQ Dieu a remis le soin de tous ses peuples à un Homme nommé saint Pierre, qu*il a constitué seigneur et chef detdut le genre humain, afin que tous les hommes, en quelques lieux qii^ils soient nés ou dans quefque religion ou dans quelque endix)it qu*ils aient été instruits, lui obéissent. Il a soumis la terre entière à sa juridiction, et lui a ordonné d'établir sa résidence à Rome, comme le lieu le plus propre pwiv gouverner le monde. Il lui a [)areillemént promis et accordé le pouvofr d'étendre son autorité sur quelque autre- partie du monde qu'il voudrait, et de juger et gouverner tous les chrétiens, maures, juifs, idolâtres, et tout autre peuple, de xiuelque secte ou crpyaqce qu'il puisse être. On lui a' donné le nom de pape^ qui veut dire admirable, giand, père et tuteur, pai-ce qu'jl est le père et le gouverneur de tous les hommes. Ceux qui ont vécu du temps de ce saiiU père lui ont obéi en le reconnaissant pour* leur seigneur et leur roi et pour le makre de l'univers. On a obéi de même à ceux qui lui ont succédé au pontificat, et cela continue aujourd'hui et continuera jusqu'à la un des siècles. . * .
« L'un de ces pontifes, comme maître du monde, a fait la cpocessien de ces îles. et dé la terre ferme de l'Océan à leurs majestés catholiques les rois de Gastille, don Ferdinand et dona Isabelle de glorieuse mémoire, et à leurs successeurs nos souverains, avec tput ce qu'elles contiennent, comme cela se trouve plus amplement expliqué par certains actes qu'on vous montrera si vous le désirez. Sa majesté est donc, en vertu de cette donation, roi et seigneur de <;es îles et de la terrefeiine, et c'est en cette qualité de roi et de seigneur que la plu paît de ces lies à qui on a fait connaître ces titres ont reconnu sa majesté et lui rendent aujourd'hui foi et hommage de bon gré et sans opposition, comme à leur maître légitime. Et du moment que- les peuples ont cdhnu sa volonté, ils ont obéi aux hommes saints que sa majesté a envoyés pour les prêcher et pour tes instruire dans notre sainte foi ; et tous, de leur plein. glré et sans le moindre espoir de récompense, se sont rendus chrétiens et continuent de l'être. Sa majesté, les ayant reçus avec bonté sous sa protection) a ordonné qu'on les traitât de la . même manière que ses autres sujets et vassaux. Vous êtes Unus et obligés de vous conduire de même; c'est pouiquoi je vous prie et vous demande aujourd'hui de prendre le temps nécessaire pour réfléchir mûren)ent à ce que je viens de vous déclarer, afin que vous puissiex reconnaître l'Église pour la souveraine et le guide de l'univers, ainsi que le saint-père, nommé le pape, par sa propre puissance, et sa majesté, par la concession du pape, pibur rois et seigneurs souverains de ces îles et de la terre-ferme, et afin que vous consentiez à ce que les susdits saints-pères vous ahnptlcent et vous prècheni la foi. Si tous
vous conformez à ce que je viens de vous^ dire, vous ferez bien et vous remplirez les devoirs auxquels vous êtes obligés et tenus. Alors sa majesté/^t moi en son nom, nbus vous^ recevrons avec amow et bonté» et nous vous laisserons, vous, vos femmes et yos enfants, exempts de servitude, jouir de la propriété de tous vos biens, de la même manière -fiue les habitants des îles. Sa majesté vous accordera en outre plusieurs priA^iléges, exemptions et récompenses. Mais si vous refusez ou si vous différez malicieusement d'obéir à mon injonction, alors, avec le se-r cours de Dieu ,^ j'entrerai par farce dans votre pays; je vous ferai la guerre la plus cruelle, je vous soumettrai au joug de Tobèissance envei*s réglise et le roi, je vous "enlèverai vos femmes et vos enfants pour les faire esclaves, les vendre ou en disposer selon le bon plaisir de sa mjajesté; je saisirai tous vos biens et je .vous ferai toutTle mal qui dé^ pendra de moi, comme à des sujets rebelles qui. refusent de reconnaître leur souverain légitime et de se soumettre à ses volontés. Je proteste d'avance que tout le sang quî sera répandu et tous les malheurs qui seront la suite de votre désobéissance ne pourropt être imputés qu'à voua seul^, et. non à sa majesté, ni à moi, ni à ceux qui servent sous mes ordres; c'est pourquoi vous ayaùt fait cette déclaration et réquisition, je requiei*s le notaire iti présent de m'en donner un certificat dans la forme requise. » Herrera, decad..!, lib. Vil, cap. 14.
Note XXIX, page 179.
Balboa , dans sa lettre au roi , dit que de cent quatre-viogt-dix . hommes qu'il avait emmenés avec lui^ il n'y. eh eut jamais quatrevingts à la fois en état de servir, tant ils souffraient de la fktigue , de la faim et des maladies. Herrera, decad. I,lib. X,cap. 16.. — P. Martyr, Decad., pag. 226.
Note XXX, page 188.
Fpn.seca, évêque dePalencia et principal directeur des affaires de l'Amérique, avait huit cents Ir^diens en propriété; le commandeur Lope de Concbillos,* son premier associé dans ce département, en possédait onze cents, et on en avait donné en grand nombre aux autres favoris. Ils envoyaient des intendants aux tles pour louer ces esclaves aux colons. Herrera, decad. 1, lib. IX, cap. 14; pag. 325.
Note XXXI, page 195.
M,. Grégoire a essayé de réfuter l'accusation portée contre Las
Casas , dans un Mémoire intitulé , Apologie de Las Casas , inséré au
' tome IV des Mémoires de la classe des sciences morales et politiques
do l'Institut. Suivant lui , Raynal , Pawf Robertson et les autres bislo-