Vasari, Vies des peintres, etc., t. IV, p
2. Eug. Mûntz, Raphaël; sa vie, son œuvre et son temps (Nou- -velle édition, Paris, 1886, p. 258).
« Latente, peut-être même inconsciente jusque vers i5o7, Tinfluence de ce génie puissant et absorbant entre tous éclata pour la première fois chez Raphaël dans les études préparatoires de la Mise au Tombeau.
« Avant ce moment, Raphaël, tout nous autorise à Taffirmer, n'avait jamais disséqué; la structure intime du corps humain ne lui était connue que par les dessins de Pollajuolo, de Léonard de Vinci, peutêtre aussi de Fra Bartolommeo.
« Un dessin d'Oxford (Robinson, n^ 42) nous montre Raphaël dessinant, d'après le nu, trois des porteurs du cadavre du Christ; il cherche à approfondir les lois du mouvement et s'attache à faire ressortir le jeu des muscles. Dans un autre dessin d'Oxford (Robinson, n*'43), représentant le corps du Christ jusqu'aux genoux, et le bas du corps de l'un des porteurs, il poursuit les mêmes problèmes. Enfin, dans un dessin exposé en 1879 à l'Ecole des Beaux-Arts, il pousse la passion pour ses études nouvelles jusqu'à copier un squelette, placé dans l'attitude qu'il se propose de donner à la Vierge. Or c'est là précisément la méthode employée par Buonarotii : « On ne voit plus de peintres », disait Mariette au siècle dernier, dans \''Abecedario,(i qui étudient l'anatomie comme Michelce Ange. Avoit-il à faire une figure, il commençoit par « en établir la carcasse, c'est-à-dire qu'il en dessinoit le « squelette, et que, quand il étoit assuré de la situa- « tion que les mouvemens de la figure faisoient prendre « aux os principaux, alors il commençoit à les revêtir « de leurs muscles, et puis ensuite il couvroit ces
« muscles de chair ^; et qu^on ne me dise pas que (( ce que j^avance ici est une pure fiction, je suis en « état d'en donner la preuve: j'ai plusieurs études de « Michel -Ange pour sa statue du Christ de la Mice nerve, dans lesquelles on peut le suivre dans toutes (( ses opérations. »
Après des maîtres aussi suréminents que Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, nous pourrions ne donner qu'une courte mention à certains artistes tels que Bandinelli,le Rosso, Benvenuto Cellini, Carrache; mais des faits particuliers relatifs à quelques-uns d'entre eux, l'intimité dans laquelle certains ont vécu avec des anatomistes célèbres, avec lesquels ils ont collaboré, avec lesquels ils ont dû étudier le corps humain, nous obligent à nous y arrêter un peu plus lon^ guement.
Nous n'avons, sur les* études anatomiques de Baccio Bandinelli (Florence 1493 — i56o), sculpteur, peintre, que l'indication suivante donnée par Vasari : « Pendant plusieurs années, Baccio s'appliqua avec
ardeur à l'étude de l'anatomie Il pria Agostino
de Venise de graver une Cléopâtre nue et des études anatomiques, qui lui firent beaucoup d'honneur-. »
Il se trouve au Musée de Venise un dessin à la plume, de Bandinelli, représentant deux écorchés (fig. 16). Cette étude a-t-elle été exécutée d'après le cadavre disséqué ou est-elle une copie d'un document quelconque? Le fait suivant nous oblige à poser ce point d'interrogation.