Vasari, Vies des peintres, etc., t. V, p. 3i
FI G. l6. DESSINS ANATOMIQ,UES DE BACClO BANDINELLI.
(Musée de Venise.) D'après une photographie de Braun.
Il existe à PÉcole des .Îcaux-Arts, dans la salle Victor Schœlcher, un dessin à la plume, d'Alessandro Allori, donné, en 1869, à TÉcole, par M. Jean Gigoux. Or ce dessin représente les écorchés dessinés par Bandinelli, avec cette différence que les sujets sont retournés, c'est-à-dire qu'ils ont la face dirigée à droite, tandis que sur le dessin de Bandinelli ils regardent, au contraire, vers le côté gauche (dg. 17). Alessandro était contemporain de Bandinelli^, la première pensée qui vient à Fesprit c'est que Tun de ces deux artistes a, dans ce cas, copié Pautre. C'est celle que nous avons eue de suite en communiquant au savant conservateur de rÉcole des Beaux-Arts, M. Eug. Muntz, l'observation de l'identité que nous venions de constater.
Le dessin de Bandinelli, d'une facture large, un peu brutale même, est fait par hachures décidées. Cependant, dans certaines parties, ainsi que nous le faisait remarquer M. Mûntz, ce dessin est modelé en pointillé ; procédé qui, presque toujours, révèle un moment d'hésitation ou une certaine timidité dans l'exécution du modelé, et ce n'était pas là le caractère du maître dont il s'agit. A part ce détail de facture que
I Alessandro Allori (Florence i535-i6o7) est encore désigné sous le nom de Bron^^ino, surnom qu'avait pris son oncle Agnolo Allori dont il fut l'élève, et que choisit également son tils Gristofano dont il fut le maître. « On remarquera cependant que tes Italiens ne donnent ordinairement le nom de Broniino qu'à Agnolo, et que c'est lui qu'ils désignent quand ils l'emploient seul. » (Voir F. Villot, Notice des tableaux exposés dans les galeries du musée du Louvre, Ecoles d'Italie et d'Espagne^ Paris, 1860, p. i5.)
FIG. 17. DESSINS ANArOMIQ.UES D ' Ai E S S A N D R O ALLORI.
(Collections de l'École nationale des Beaux-Arts.)
ron ne retrouve généralement pas dans les dessins de
^o L'ANATOMIE PLASTIQUE.
Bandinelli \ nous pensons pourtant qu'on peut le considérer comme étant de ce dernier. Le dessin d'Allori en diffère essentiellement : d'une exécution plus fine, mais plus froide, il n'a pas l'allure de celui avec lequel nous le comparons; mais il révèle davantage la préoccupation de donner une plus nette indication des détails. Est-ce un dessin exécuté par Allori et reproduit ensuite par la gravure (n'oublions pas que les sujets sont retournés), puis un des exemplaires de celle-ci copié par Bandinelli sous forme de croquis? C'est possible. Mais alors Allori l'aurait exécuté étant assez jeune, puisqu'il n'avait que vingt-cinq ans à l'époque de la mort de Bandinelli.
Une seconde hypothèse serait que, au contraire, c^est le dessin de Bandinelli qui a été reproduit par la gravure, et que celle-ci. plus détaillée que le dessin ayant servi de modèle, aurait été copiée par Allori.
Ces deux dessins pourraient encore être des copies, faites par les deux maîtres dont nous nous occupons, d'après une gravure exécutée par un autre artiste. Mais alors, pourquoi l'un d'eux l'a-t-il copiée en sens inverse ? En tout cas, si cette gravure existe, nous n'avons pu jusqu'alors, malgré nos recherches, réussir à la rencontrer.
En résumé, notre impression est que le dessin de Bandinelli est fait trop en croquis pour avoir été copié d'après un cadavre disséqué. 11 suffit de voir au Musée du Louvre ses dessins d'animaux, si consciencieuse-
I. Comparer avec un dessin à la plume de Bandinelli qui est exposé à l'Ecole des Beaux-Arts, salle Schœlcher, et placé à côté de celui d'Allori.
fi g. i». ecorche dit « de bandinelli )).
l'anatomie piastic;.ue. 6
ment étudiés, pour .être surpris que, devant une pièce disséquée de cette importance, il n'ait pas cherché à tirer tout le parti possible d'une préparation aussi complète et aussi laborieuse à faire que celle de la dissection totale des muscles, même superficiels, d'un sujet.
Peut-être, en définitive, l'état de cette préparation obligeait-il l'auteur du dessin à une exécution hâtive, nécessitée par l'insuffisance, ou l'absence, des procédés de conservation dont nous disposons aujourd'hui ^
Nous reproduisons (fig. i8) un des moulages de l'écorché auquel est associé le nom de Bandinelli. Cet écorché, bien connu, pour ainsi dire classique, est remarquable surtout par la souplesse de son mouvement et la joie débordante qu'il manifeste par son attitude.
Rosso DEL Ros^i (Florence 1496 — 1541 Fontainebleau), désigné encore sous le nom de maître Roux-, fut appelé en France, vers i53o, par François P^ Il s'occupa beaucoup d'anatomie, et on lui attribue^ quelques-unes des figures qui illustrent le Traité de dissection de Charles Estienne \
1. Edouard Guyer, Notes sur deux dessins d'anatomie de Baccio Bandinelli et d'Alessandro Allori {Moniteur du dessin, numéro de juillet 1898, p. 56).
2. « Cet artiste, dans les Comptes des bâtiments royaux, est nommé Jean-Baptiste de Roux, ou maître Roux de Roux. » (F. Villot, Notice des tableaux exposés dans les galeries du musée du Louvre, Ecoles d'Italie et d'Espagne, Paris, 1860, p. 207.)