CHAPITRE VII XVI® sièclp: {Suite
Benvenuto Cellini (Florence i5oo — i^/i) vécut dans la plus étroite amitié avec l'anatomiste Vidus Vidius qui professa successivement à Paris, à Florence (1548) et à Pise où il mourut en 1569. G^est à Paris quMls se trouvèrent réunis, partageant la même existence, l'anatomiste profitant des conseils de Partiste pour tracer ses dessins anatomiques (parus, longtemps après sa mort, en 1626 : Vidi Vidii Florentini de anatome corporis humani libri VII ^ LXXVIII tabiilis illustrati et exornati; Francofurtï)^ tandis que Tartiste mettait à contribution la science anatomique dn savant médecin.
Benvenuto Cellini dit dans ses mémoires : « Je rencontrai messer Guido Guidi (Vidus Vidius). et, m'étant lié avec lui, je Temmenai à mon châtelet (Piccol Nello, Petit-Nesle) , où je lui donnai une chambre pour son seul usage : et là nous vécûmes dans la plus étroite amitié, heureux de nous communiquer nos travaux, chacun dans notre partie, sous les auspices du
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glorieux prince (François I*^'). J'avais encore avec moi un imprimeur de grande habileté, et ce fut lui qui commença à imprimer, dans mon châtelet, ce premier beau livre de médecine de messer Guido. » {Benvenuto Cellîni vîta, éd. Lips. i883, — 12, II, p. 100.)
Benvenuto Cellini fut aussi Pami de Bérenger de Carpi (Berengario da Carpi), Tun des plus renommés médecins anatomistes de la Renaissance : « Je connus, dit-il {Vita, t. I, p. 45), à Rome, un très illustre chirurgien, qui se nommait maestro da Carpi; il avait une haute intelligence du dessin, et était très lettré. » Bérenger de Carpi (1470-1550), dans Pun de ses ouvrages d'anatomie [Isagogœ brèves perliicidœ ac uberimœ in anatomiam corporis humani, etc., Bononiae, i522) se vante d'avoir disséqué plusieurs centaines de cadavres. Sur ces planches, Laboulbène porte le jugement suivant, qu'il est bon de noter ici : « Berengario da Carpi a cherché ses modèles dans la nature, sans exagération artistique ou dramatique. Ses planches, gravées à Bologne en i 52i, représentant les muscles de Pabdornen, les veines des bras et de la cuisse, sont assez exactes; néanmoins Berengario^ en rapports continuels avec les artistes^ se laisse trop souvent entraîner vers l'idéal. » (Laboulbène, La Renaissance anatomique au XV!"" siècle; Rev. scientif.^ déc. 1886, p. 721.)
Les Carrache avaient fondé à Bologne une académie célèbre où ils enseignaient toutes les branches des arts du dessin, y compris Panatomie. Cette académie fut créée par Louis Carrache (i 5 55- 161 9) et ses deux cousins, Agostino (i558-i6o2) et Annibal (i56o-
1609). « Elle compta un nombre considérable d^élèves distingués, et eut la gloire de former des artistes tels que le Dominiquin, le Guide, TAlbane, etc.\ » Annibal Garrache, le plus célèbre de la famille, y était secondé surtout par son frère Agostino, qui avait cultivé un peu toutes les branches des sciences. « Il avait, dit Gh. Blanc^', trouvé le temps d'être un peu médecin, un peu poète, et d'enseigner publiquement l'anatomie... Il enseignait l'office des muscles et des os... Il était auteur d'un traité d'anatomie, d'un traité d'architecture, etc. » D'autre part, Goindet " indique que « les Garrache remplirent leur atelier de dessins, de gravures, de peintures et de plâtres tirés des plus beaux antiques; ils eurent une école du modèle vivant; ils donnèrent des cours de perspective, d'anatomie, de composition, d'architecture, de critique artistique. A de certains jours, il y avait exposition des travaux des élèves; c'était une fête embellie par la musique, et à laquelle prenaient part les hommes les plus distingués dans les lettres, les sciences, les arts ou les emplois publics ».
Nous n'avons pas encore parlé du Titien (Tiziano Vecellio) (Pieve, chef-lieu de l'ancienne province de Gadore 1477 — 1 576 Venise), parce que nous nous réservions de lui consacrer une mention spéciale à propos
1. Frédéric Villot, Notice des tableaux exposés dans les galeries du Musée du Louvre, i^^ partie, Ecoles d'Italie et d'Espagne,
2. Ch. Blanc, Histoire des peintres de toutes les Écoles (École
bolonaise, Augustin Garrache, p. 2, Annibal Garrache, p. yj.
3. J. Goindet, Histoire de la peinture en Italie, nouvelle édition, Paris, 1873, p. 408.
de ses rapports avec le ce'lèbre anatomiste André Vésale dont les publications ont inauguré pour Tanatomie une époque nouvelle, se continuant sans interruption jusqu'à nos jours. En effet, de tout ce qui précède il résulte que chacun des grands maîtres que nous avons cités vécut dans l'intimité avec quelque anatomiste célèbre de son époque, et fut ainsi à même de puiser directement sur le cadavre les enseignements d'une anatomie plastique que chacun était obligé de créer pour ainsi dire pour ses besoins (fig. 24)^ puisque, alors, n'existaient encore ni de traités de ce genre, ni même de guides imprimés pour faciliter les recherches. Cette union intime entre les anatomistes et les artistes, l'histoire l'a personnifiée d'une manière un peu légendaire, et qu'il sera bon de rectifier, dans André Vésale et Titien.
Tous les artistes savent ce que fut le Titien. Qu'il nous soit permis de leur dire ce que fut André Vésale, qu'on a nommé le restaurateur de l'anatomie, et qu'on aurait aussi bien pu nommer le martyr de la science anatomique. Quoique né à Bruxelles, en i5i4, André Vésale étudia principalement à Paris. « Son zèle pour l'anatomie, lui fit mépriser les préjugés de son temps; on le vit passer les nuits à déterrer des cadavres, soit
I. Ce dessin, généralement attribué au Titien, n'est cependant, dans le catalogue de l'Académie de Venise, niis sous le nom de ce maître qu'avec un point d'interrogation {Catalogo délie opère d'arte contenute nella'sala délie sedute deW Accademia di Vene^ia, 1864, p. i3, n" 5). Il est accompagné de la mention suivante : « Studio délia parte superiore d''uno scheleîro iimano; disegno a penna assai francamente condotto, e con moha intelligen^a délia forma e degli attacchi délie ossa. »
à la butte de Montfaucon, soit au cimetière des Innoeents^ » Il fut successivement professeur à l'Université de Padoue (iSSj), puis à Bologne (i543) et enfin à Pise. 11 s'occupa non seulement d'anatomie, et nous reviendrons dans un Instant sur son fameux traité qui est un véritable monument élevé aux sciences anatomiques, mais il fut aussi un grand physiologiste, des premiers à comprendre l'importance de l'expérimentation, c'est-à-dire des vivisections. La plupart de ses expériences ont été faites sur le porc; c'est qu'en effet il se préoccupait de choisir un animal offrant une organisation intérieure aussi analogue que possible avec <:elle de l'homme; il ne disposait pas de singes, comme le faisait Galien; aussi, comme l'homme est omnivore, il crut devoir choisir un animal également omnivore, et c'est pourquoi il choisit le porc 2.
Nul ne cultiva avec plus d'éclat l'anatomie humaine, et son grand traité De la structure du corps humain {De Humani corporis fabrica^ Libri septem^ magnifiquement imprimé à Bâle en 1543) est resté, pour l'époque, un monument scientifique incomparable. Vésale ne s'adonna pas seulement à l'anatomie, mais encore à la physiologie, et s'il lutta pour T'établissement régulier des dissections, il institua aussi, sur les animaux, des
1. L. Hahn, art. Vésale du Dict. encyclop. des Sciences médicales.
2. Voir Claude Bernard, Leçons de physiologie opératoire, Paris, 1879, P- 68.
3. Tel est en partie le titre du frontispice. Le titre courant est rédigé de la manière suivante : De Corporis humani fabrica ; ce qui explique pourquoi le traité de Vésale est désigné tantôt d'une façon, tantôt de l'autre.
vivisections, mode essentiel d'investigation pour la