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CHAPITRE X

XVII r SIE-CLE

Jusqu'alors nous avons vu que les planches de Fouvrage de Vésale ont souvent été utilisées par d'autres auteurs; elles le seront encore dans les temps qui vont suivre; mais elles ne seront plus seules; les belles planches de Fatlas d'Albinus seront également mises à contribution. C'est pourquoi il est nécessaire, avant d'aller plus loin, que nous nous occupions spécialement de cet auteur.

Albinus fit partie d'une fam.ille de médecins allemands dont le véritable nom est Weiss, c'est-à-dire blanc, en allemand, transformé en Albinus, du latin albuSy qui a la même signification.

Bernard- Siegfried^ Albinus (Francfort-sur-l'Oder 1696 — 1770 Leyde) fut l'un des plus grands anatomistes de son temps. Après avoir reçu l'enseignement de son père, de Boërhaave, de Rau et de Bidloo, il vint en France en 1718, où il se lia avec Winslow et Sénac, Après avoir reçu à Leyde, en 17 19, le grade de docteur, il succéda, en 1 721, au docteur Rau dans la

chaire d^anatomie et de chirurgie. Nous avons déjà cité, à propos d^Eustachi (voir p. iio), Pun des ouvrages qu'il a publiés; parmi ceux qu'il a encore fait paraître, un seul nous intéresse, celui dans lequel se trouvent les belles planches que, comme nous l'avons déjà dit et ainsi que nous le verrons plus loin, d'autres auteurs ont utilisées. Nous faisons allusion à celui qui a pour titre : Tabulée sceleti et musculorum corporis humant. Ludguni Batavorum^ ^747^ in-folio. Les planches gravées en taille-douce qui illustrent ce magnifique ouvrage, ont été exécutées par J. Vandelaar, d'Amsterdam. Ces planches sont superbes; elles sont non seulement d'une grande exactitude au point de vue scientifique, mais encore d'une fantaisie qui, si elle n'était interprétée avec autant de talent, pourrait paraître quelquefois un peu hasardée. Par exemple, le squelette vu par sa face antérieure est accompagné d'un Amour qui voltige et fait flotter une draperie; celui qui est vu par sa face postérieure est près d'un mausolée sur lequel se trouve une figure d'homme couché (fig. 63) ; les planches de myologie représentent, pour la plupart, l'écorché dans un paysage; deux de ces planches le représentent, de plus, accompagné d'un rhinocéros situé, non dans un plan éloigné, de façon à être réduit à de petites dimensions par rapport à l'ensemble, mais dans un plan très rapproché du sujet principal, de sorte que cet animal occupe toute la largeur de l'espace dessiné (fig. 64). Mais ce rhinocéros est si bien, il est si intéressant comme facture, qu'on ne s'aperçoit pas, pour ainsi dire, de la bizarrerie de sa présence, malgré la différence qui existe entre

FIG. 63. — PLANCHE d'O ST ÉO LO G I E. (Albinus. Tabulée sceleli et musciiloruin corporis htimani.

LANATOMIE PLASTIQUE.

l'aspect élégant du sujet disséqué et la constitution robuste de son compagnon.

Une édition anglaise de cet ouvrage parut à Londres en 1749; elle est accompagnée des mêmes planches, mais copiées par un autre artiste, C. Grignion, d'après celles de Vandelaar. Elles sont absolument semblables à ces dernières, comme sujets et composition; mais leur exécution est bien inférieure. Pour cette raison, ce qui était admissible et intéressant dans Pédition originale le devient beaucoup moins; la facture étant moins souple, moins enveloppée, est cause que ce qui nous avait enthousiasmé semble alors discutable, et que, particulièrement, la présence du rhinocéros risque de ne plus être acceptée.

Ces planches, reproduites sous moindres dimensions, par TAnglais John Brisbane, ont été publiées comme traité destiné spécialement aux artistes, sous le titre : The anatomy of painting^ new édition of six tables of Albinus, with an introduction giving a short view of picturesque anatomy^ London, 1769. Ce sont encore elles qu'a copiées Cornelis Ploos van Amstel (Amsterdam 1726 — 1798), peintre et graveur, auteur d'un traité d'anatomie plastique ayant pour titre : Aanleiding tôt de Kennis der Anatomie. in de tekenkunst^ betreklyk tôt het menschbeeld^ door Cornelis Ploos van Amstel^ Amsterdam, 1783. Cet ouvrage renferme vingt-sept planche3 au trait gravées sur cuivre, d'une grande tinesse et d'une parfaite exactitude. Ploos van Amstel est connu par ses chromogravures sur cuivre; aussi a-t-il utilisé ce mode de représentation dans son ouvrage, dont les dernières planches (de 19 à 27) figurent

FIG. 64. -=- PLANCHE DE MYOLOGIE. (Albinus. Tabula sceleti et musculoriim corporis hintiatti.)

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des écorchés sur lesquels les traits du squelette et ceux de la musculature sont tirés en couleurs différentes.

Ce sont encore certaines des planches d^Albinusqui ont été copiées, malgré Pintention de reproduire les planches d'Amstel, dans le manuel d^anatomie plastique de Jean Henri Lavater (Zurich 1768 — 18 19), médecin, fils de l'auteur des œuvres relatives à la physiognomonie, ouvrage dont Pédition primitive a pour titre : Anleitung :{ur Anatomischen Kenntniss des Menschlichen Kôrpei^s fur Zeichner iind Bildhaiier^ Mit vielen Kiipfertafeln. grôsstentheils nach den Albinschen des Herrn Ploos von Amstel. Zurich, 1790. Cet ouvrage a été traduit en français et alors fut intitulé : Elémens anatomiqiies d'ostéologie et de myologie à l'usage des peintres et sculpteurs par J.-H. Lavater. Traduits de Pallemand par Gauthier de la Peyronie, et Enrichis de notes et observations intéressantes du Traducteur. Paris, Zurich, Basle, 1797.

Les planches qui accompagnent ce volume semblent à première vue avoir été imprimées avec les cuivres mêmes qui ont servi pour celui de Ploos van Amstel. Leur ressemblance est telle que ce n^est qu'en y regardant de très près, en comparant leurs plus menus détails que l'on peut se convaincre que Lavater les a fait copier. Il en résulte que, en définitive, ce sont encore les planches de Fatlas d^Albinus qui ont été utilisées, puisque, ainsi que nous l'avons vu plus haut, c^est à Albinus qu^Amstel a largement emprunté.

Quant au texte, d'un style un peu diffus, il ne donne qu'une idée imparfaite de la situation, de la forme, du rôle que remplissent les différentes parties

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du squelette et de re'corché; Pauteur, malgré le titre de Pouvrage, n'a pas eu la moindre préoccupation d'expliquer la nature des formes et la raison d'être de leurs modifications. Bien qu'il déclare que « le dessinateur doit avoir une connoissance parfaite des os qui forment la charpente de la machine humaine » (Introduction, p. io),les démonstrations d'ostéologie sont sacrifiées, l'arthrologie est passée sous silence, l'auteur étant convaincu, ainsi qu'il le dit du reste, que « l'étude de la Myologie est encore plus nécessaire aux jeunes élèves en peinture et en sculpture, que celle de l'Ostéologie » (p. 87). Il ne semble pas se douter que certaines parties osseuses sont visibles sous la peau, que les mouvements dépendent de la configuration et du mode d'union des os, que, enfin, la myologie ne peut réellement être bien apprise que lorsque l'ostéologie a été sérieusement étudiée.

Vers la même époque fut publié un ouvrage qui, s'il n'est pas un traité d'anatomie plastique, a cependant des rapports avec cette science, par la manière dont y est étudiée une question spéciale s'y rattachant; il s'agit des études de Camper sur l'angle facial.

Pierre Camper (Leyde 1722 — 1789 La Haye), célèbre professeur d'anatomie, cultiva en même temps la peinture et le dessin, ce qui lui permit d'exécuter lui-même toutes les figures qui illustrent ses œuvres. Parmi ses publications, il faut spécialement mentionner le traité publié en hollandais, à Utrecht, en 1791, et traduit la même année en français sous le titre : Dissertation sur les différences réelles que présentent les traits du visage che:ç les hommes de différents pays, sur

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le beau qui caractérise les statues antiques et les pierres gravées; suivie de la proposition dhine nouvelle méthode pour dessiner toutes sortes de têtes humaines avec la plus grande sûreté^ traduit par Denis Bernard Quatremère d^Isjonval. Utrecht, 1791.

Il en existe une autre traduction, par H.-J. Jansen, publiée également en 1791 à Paris et à La Haye.

Nous lisons dans la préface signée par Adrien Gilles Camper, fils de l'auteur : « La dissertation que je présente au Public fut conçue en 1768; Fauteur l'enrichit de plusieurs additions en 1772, et la porta, en 1786, au point de perfection où nous la voyons aujourd'hui. A cette dernière époque, elle devoit enfin être publiée; mais des occupations importantes et multipliées empêchèrent l'auteur de la mettre alors au jour. L'année 1789 lui parut être plus favorable à cette entreprise; mais une mort prématurée ne lui permit pas de remplir ce dessein. Il étoit du devoir d'un fils d'examiner avec la plus grande attention les écrits laissés par un père respectable avant de les faire paroître ; et de nouvelles contrariétés ont retardé jusqu'à ce moment l'impression de cet ouvrage. »

Dans ce traité Camper montre aux artistes que la face d'un nègre ne diffère pas de celle d'un blanc simplement parla couleur, mais encore et surtout par la conformation générale de l'ossature ; c'est en effet à ce propos que, au milieu d'autres considérations anatomiques et artistiques de l'ordre le plus élevé, il développe la donnée devenue si célèbre de l'angle facial. Pour mesurer cet angle, il tire deux lignes : « l'une allant, à peu près horizontalement, du trou de

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Toreille à la mâchoire supérieure (à Tépine nasale du bord inférieur de Pouverture des fosses nasales), l'^autre plus ou moins près de la verticale, allant de la saillie

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