‹ Histoire de l'anatomie plastiqueChapitre 68 sur 78 · DESSINÉS PAR GÉRICAULT · texte numérisé non relu

DESSINÉS PAR GÉRICAULT

les vingt planches et (Collections de l'École nationale des Beaux-Arts.)

celle désignée sous

le nom de « Planche d'Introduction » qui compo-

26t L'ANATOMIE PLASTIQUE.

sent cet ouvrage, ont été dessinés par Salvage. Le frontispice est, comme composition, bien dans le goût de l'époque; nous le reproduisons (fig. 98) parce qu'il nous paraît surtout intéressant de le comparer à ceux qui ornent les ouvrages de Valverde, de Disdier, etc., dont nous nous sommes occupés précédemment. Il est suivi d'une enthousiaste invocation dédicatoire « Aux mânes d'Agasias, fils de Dosithée et citoyen d'Éphèse, auteur de la statue du Gladiateur » ; nous n'en dirons rien, préférant nous arrêter à la lecture de l'Introduction qui nous fournira des détails plus concluants.

Après y avoir indiqué rapidement les noms des artistes célèbres qui se sont occupés d'anatomie, et avoir dit que, « soit répugnance pour des études de cette nature, soit défaut d'ouvrages satisfaisans, on est encore loin de parvenir au degré où on arriveroit sans doute avec des connoissances plus positives sur la structure du corps humain )>, Salvage ajoute : « De retour des armées en 1796, et employé à l'hôpital militaire de Paris, je conçus le projet d'utiliser mes études anatomiques pour un art que j'avois aimé dès ma plus tendre enfance. Tout plein de cette idée je me livrai au dessin avec ardeur, je fréquentai les académies; j'appris à modeler, à me pénétrer sur l'antique des beautés que j'y trouvois répandues de toute part. » Puis, ayant dépeint son admiration bien'légitime pour ■la statue du Gladiateur et indiqué que ce fut cette admiration qui l'engagea à étudier cet antique au point de vue anatomique, il fait part des difficultés qu'il rencontra, et dit : « Ce n'est point ici le lieu de rendre le

public confident des peines qu^un tel ouvrage a dû me donner; mais les artistes sauront, sans que je le dise, combien il en coûte de travaux, d'efforts, de soins, j'oserois même dire de dégoût pour se procurer des modèles

(J.-G. Salvage. Anatomie du Gladiateur combattant.)

de cette nature, et quand on a été assez heureux pour les obtenir, combien il est difficile de donner à un cadavre insensible et glacé Tattitude animée de la vie. Presque toujours seul avec mon modèle, épuisé de fatigue, rebuté par la difficulté, j'invoquois à peine le secours de quelques amis que le dégoût inséparable de ces sortes

de travaux éloignoit de moi, ou frappoit d^atteintes dangereuses quand ils venoient les partager. Un des plus grands obstacles qu'entraînoit ce genre de travail, étoit de me procurer des sujets dont une longue maladie n'eût pas altéré les formes; il falloit donc que je les prisse sur ceux de nos soldats quMne bravoure trop souvent querelleuse faisoit mourir dans un duel particulier^; enfin après plusieurs tentatives infructueuses je parvins à obtenir, à différentes époques, trois figures moulées sur de semblables sujets. Elles représentent les différentes couches musculaires dont le corps humain se compose, depuis la plus extérieure ou celle qui répond à la peau, jusqu'à la plus profonde, qui se trouve immédiatement appliquée sur les os. Ces figures sont posées dans Tattitude du Gladiateur^ et je leur dois d'avoir pu analyser le mouvement de tette antique. » Salvage fait allusion à des moulages de sujets qu'il a disséqués, moulages que nous possédons à PÉcole des Beaux-Arts. Ces écorchés, d'après nature, présentent le plus haut intérêt au point de vue de Panatomie plastique; nous aurons, du reste, occasion d'en reparler.

Ensuite il devient amer en disant que si, après

I. Afin de donner une idée des difficultés qu'il a vaincues, Salvage raconte, dans une note, l'accident survenu à l'un de ses aides et il s'exprime en ces termes : « Un jeune sculpteur allemand, plein de zèle et d'amour pour son art, aujourd'hui professeur à l'Académie de Naples, se trouva malade pour m'avoir aidé les deux premiers jours dans quelques-uns de mes travaux. Je le fis transporter chez lui avec tous les symptômes d'une fièvre putride qui, heureusement, n'eut pas de suites. Les soins que lui dévoient mon amitié et ma reconnoissance furent les seuls motifs qui m'éloignèrent momentanément de mes occupations forcées. »

avoir étudié ranatomie, Pélève analyse Pantique, il « remarque avec étonnement qu'il y a eu rivalité complète de l'art et de la science pour former ces chefsd'œuvre, dont ne peuvent approcher les modernes les plus habiles ». Puis il devient sévère, sans qu'il y ait nécessité, en ajoutant : « Si en sortant de ces nobles études, qui ont perfectionné son talent et développé son génie, l'élève revient dans l'atelier, combien n'estil pas plus en état de juger ces lieux de réunion où presque toujours le bruit et le désordre régnent bien plus que le savoir, où le crayon de chacun reproduit continuellement les dessins d'un même maître, où le pinceau n'emprunte jamais que les mêmes couleurs, où la copiposition n'est dirigée que par le même esprit! » Mais oublions ces faiblesses de l'auteur, que nous ne pouvons mieux comparer qu'à celles d'un grammairien s'insurgeant contre les allures littéraires de certains poètes, et entrons avec lui dans le sujet qu'il n'aurait certainement pas dû tarder autant à aborder.

Il traite d'abord de l'ostéologie. En lisant attentivement cette partie du texte, on constate bientôt, surtout si l'on se place dans la situation d'esprit de l'élève qui a tout à apprendre, que ce texte, malgré ses apparences, est, à bien des égards, véritablement insuffisant. En voici des exemples : il n'indique pas la direction du sternum et fait articuler les sixième et septième cartilages costaux avec l'appendice xiphoïde. Il dit que la clavicule est dirigée horizontalement, mais n'indique pas, ce qui pourtant est essentiel, qu'elle est oblique en dehors et en arrière; il ajoute qu'elle a la

forme dMn S, mais oublie absolument de signaler le sens dans lequel sont dirigées ses courbures, A propos des os de Tavant-bras, il trouve qu'il est plus rationnel de les décrire en supposant la paume de la main tournée en arrière, c'est-à-dire dans l'attitude de la pronation. Aussi qu'arrive-t-il? Que, en décrivant l'extrémité inférieure du radius, qui a « la figure d^un carré applati d'avant en arrière «, il est obligé de décrire la cavité sigmoïde de cet os comme étant externe. De plus, il fait la description des gouttières radiales de telle sorte que, même en connaissant leur situation, on ne réussit pas à la comprendre. Puis, oubliant qu'il a choisi de préférence l'attitude de la pronation complète, il indique que la face dorsale de la main est externe; cependant, plus loin, il est d'avis que le premier métacarpien est situé au côté interne, etc.

Il enseigne que le fémur est parallèle à l'axe du corps; il est vrai qu'il ajoute « et un peu oblique de haut en bas » ; c'est un correctif, mais insuffisant, qui malgré tout n'efface pas l'impression déterminée par la première partie de la phrase.

De plus, probablement très préoccupé et très distrait par ses aspirations artistiques, il laissa subsister des fautes typographiques assez nombreuses, ce qui ne contribue pas à éclairer les descriptions.

Salvage, semblant oublier que l'arthrologie est utile à connaître, consacre le second chapitre" à l'étude de la myologie. Ainsi que dans l'ostéologie, les explications ne sont pas toujours claires. Que ceux qui ont étudié les muscles soient juges de la valeur des exemples que nous prenons presque au hasard : « Le grand dorsal

est un muscle très large, composé de substance, charnue supérieurement et aponévrotique postérieurement. » Il attache les faisceaux antérieurs du deltoïde aux deux tiers externes du bord antérieur de la clavicule ; le brachial antérieur est situé sur le biceps (exemple d^une des nombreuses fautes d'impression auxquelles il est fait allusion plus haut) ; il n'est pas question du tendon aponévrotique de la partie inférieure du triceps, pourtant si important; nous lisons aussi que le masséter peut déterminer rabaissement de la mâchoire supérieure lorsque l'inférieure se trouve fixée. A ce propos, nous ferons remarquer qu'il est difficile de comprendre et d'admettre ce mouvement d'abaissement d'un os soudé à ceux qui l'environnent. La tête, à la rigueur, peut se fléchir de sorte que la mâchoire supérieure se rapproche de l'inférieure, à condition que celle-ci soit solidement fixée; mais, est-ce bien le masséter qui agit dans un pareil cas? Le mouvement n'at-il pas lieu plutôt dans l'articulation de la tête avec la colonne vertébrale?

Il est bien entendu cependant que tout n'est pas à critiquer dans ce bel ouvrage, et que, en exceptant quelques parties du genre de celles que nous venons de citer, beaucoup de descriptions sont exactes et même bien rédigées. Mais cela n'atténue pas les inconvénients qui résultent pour l'élève, surtout pour le débutant, des parties du texte qui ne présentent pas ces qualités; d'autant que cet ouvrage, grand in-folio, par son format en impose, et qu'il inspire à beaucoup de lecteurs cette confiance instinctive que font ressentir généralement les livres d'un aspect majestueux.

A la myologie succède Pétude des téguments. Alors Panatomie purement médicale est mise à contribution; là structure de la peau est décrite avec soin : le choriorij le corps réticiilaire^ les papilles, l'épiderme^ les pores, les glandes sébacées, rien n^est oublié; Salvage parle de la transpiration, de Podeur de la peau ; il dit même à ce sujet que « Podeur qu'elle exhale est agréable et participe dans quelques personnes à certaines fleurs de nos jardins » ! Il s'occupe ensuite du mécanisme des mouvements ; mais cette étude, qu'il complique, ne peut guère être fructueuse puisqu'il a laissé Parthrologie complètement de côté. Puis il parle de la statique du corps humain, des proportions, des caractères propres aux diverses races, de la différence des âges, des tempéraments ou complexions, et enfin des passions.

Dans le cours de ses descriptions, à la suite de celle de certains os et de quelques muscles, Salvage conseille de voiries modelés que ces éléments déterminent sur des antiques dont il donne la désignation. C'est parfait; mais pourquoi ne conseille-t-il pas aussi d'apprendre à les rechercher sur le modèle vivant, sur un modèle placé dans une attitude rappelant celle d'un antique quelconque, afin de préciser la nature du mouvement? Ce serait non moins profitable. Il est bon de prendre des exemples sur l'antique; mais il ne faut pas les y prendre exclusivement, comme si les muscles et le squelette déterminaient des formes disparues dont on ne puisse plus juger maintenant que d'après leurs représentations. Il semble oublier qu'il n'en est pas ainsi et que, en définitive, l'étude de Panatomie ne se

réduit pas à l'analyse des chefs-d^œuvre de l'antiquité.

Les planches représentent le Gladiateur vu sous

différentes faces, à Pétat de squelette (fig. 99), puis

FI G, ÇÇ. PLANCHE D OSTEOLOGIE.

(J.-G. Salvage. Anatomie du Gladiateur combattant.)

d'écorchés montrant des couches musculaires de plus en plus profondes. Nous devons mentionner aussi celles qui les précèdent et où sont représentés le sque-

lette et les muscles de la tête de V Apollon, un avantbras et un pied écorch.és. Ces planches sont bien exécutées ; les os sont dessinés en noir et les muscles en rouge, ce qui contribue à donner de la clarté aux parties représentées. Mais, en nous plaçant à un certain point de vue, nous ne pouvons éviter de- faire quelques restrictions. Certes, le Gladiateur est une œuvre admirable, et si, nous dégageant de toute considération artistique, nous Panalysons au point de vue de Pexactitude anatomique, notre admiration ne pourra être que plus grande encore. Mais, pourquoi Tavoir choisi de préférence à tout autre sujet, du moment qu'il fallait, pour un atlas, le représenter sur une surface plane ? Les raccourcis sont tels qu'il a été difficile de montrer certaines parties d'une façon bien nette, et qu'il a été impossible d'en dessiner certaines autres. Où est représentée l'aponévrose elliptique du trapèze? Où voit-on la musculature de la nuque? Nulle part; parce que, à cause de l'attitude du Gladiateur, à cause du raccourci, on ne pouvait les apercevoir. Combien les planches de Gamelin, dessinées d'après de simples et vulgaires cadavres, sont plus intéressantes et plus démonstratives! Peut-être répondra-t-on à cela que ces cadavres sont d'une forme moins belle. C'est possible; mais que cela peut-il faire si la démonstration est plus frappante? Et puis, en définitive, ils ne sont pas tous laids.

De plus, le Gladiateur est une œuvre d'art, et l'on ne devrait pas toucher à une œuvre d'art, on ne devrait surtout pas la disséquer. Cette opération permise pour le commun des mortels, à notre avis ne l'est pas lors-

FI G. lOO.

ÉCORCHÉ DU GLADIATEUR COMBATTANT EXÉCUTK PARSALVAGE.

> (Collection anatomique de TÉcole nationale des Beaux-Arts.) l'anatomie plastiq^ue. i8

qu'il s'agit de figures qui, par leur valeur esthétique, appartiennent aux plus hautes manifestations de PArt. S^imagine-t-on la Vénus de Milo réduite à l'état d'écorché !

Ce que nous venons de dire nous est dicté non seulement par le sentiment, mais encore par une préoccupation d'un ordre plus pratique dont voici Pexplication : Salvage exécuta, en ronde bosse, un écorché du Gladiateur (fig. loo) que nous possédons dans notre collection d'anatomie de PÉcole des Beaux- Arts; pour se guider dans l'exécution de cet écorché, il moula, ainsi que nous Pavons dit plus haut, deux sujets auxquels il donna Pattitude de Pantique qu'il avait choisi, après les avoir disséqués (fig. loi). Sur eux, comme sur tout cadavre que l'on prépare afin de mettre la musculature en évidence, il supprima la graisse partout où elle voilait les muscles, ce qui détermina, comme de coutume, une excavation profonde au niveau de la partie supérieure et antérieure de la cuisse (triangle de Scarpa), ainsi qu'à la région du jarret (région poplitée). Salvage, tout en ayant ces pièces sous les yeux, n'osa pas reproduire exactement l'aspect de ces régions sur Pécorché du Gladiateur qu'il exécutait; subissant très probablement l'influence du sentiment de respect pour Pantique dont nous nous sommes faits l'écho précédemment, il craignit certainement d'en altérer les formes en donnant à celles-ci un aspect trop nature, et laissa, pour cette raison, le triangle de Scarpa comblé, non par de la graisse, ce qui eût été encore admissible, mais par les muscles qui, normalement, occupent le fond de cette excavation.

FI G. lOI. — ECORCHK d'uN SUJET DANS LA POS F, DU GLADIATEUR COMBATTANT.

Préparé et moulé par Salvage.

(Collection anatomique de l'École nationale des Beaux-Arts.)

de sorte que, par une erreur que les considérations précédentes peuvent expliquer, mais non justifier, les muscles psoas-iliaque et pectine semblent avoir été immédiatement sous-cutanés.

La région poplitée, pour des raisons du même genre, a été représentée comme si elle était comblée dans toute son étendue par la portion correspondante du muscle demi-membraneux. Qu'en est-il résulté ? C'est que, alors, le volume de ce muscle a été forcément exagéré. C'est donc faux sur Fécorché du Gladiateur qui est beau, et plus exact sur les écorchés préparatoires qui sont laids. Où se trouve alors la meilleure démonstration, si ce n'est sur ces derniers? Nous citerons encore, comme exemple, la région axillaire qu'il n'a pas suffisamment évidée.

Pourquoi Salvage n'a-t-il pas osé donner au Gladiateur le caractère si vrai de ses modèles ? C'est qu'il a craint, nous le répétons, de défigurer l'antique. Et il faut bien admettre que le sentiment qui l'a guidé est louable, car toute tentative d'un ordre différent n'aurait donné qu'une impression pénible et désagréable. De plus, l'époque à laquelle vivait Salvage, l'influence des idées soutenues et même imposées par David devaient l'y entraîner. En tout cas, les sacrifices qu'il a faits, le travail qu'il s'est imposé et qu'il a pris soin de nous dépeindre, ne pourraient guère s'expliquer si l'auteur n'avait été soutenu par une ferme et forte conviction. Ces raisons, ajoutées au souvenir du succès remporté par V Anatomie du Gladiateur combattant^ ne doivent pourtant pas laisser croire que sa critique était inévitable. Nous pensons que le contraire vient d'être démontré.

hrff;i!(->'Ù7li r'/iv. c did-

(L. Uguccioni. Elementi di anatomia esterna

En résumé, un moulage sur nature, c^est-à-dire un moulage d^une pièce disséquée, peut être moins beau que l'écorché du Gladiateur; mais il a l'avantage d^étre plus exact, plus vibrant, d'une application plus pratique. Nous pensons que, entre les deux, tout artiste simplement désireux de s^instruire, au point de vue anatomique, ne pourra jamais hésiter. Soyons donc surtout reconnaissants à Salvage des beaux et démonstratifs moulages sur nature qu'il a réussi à exécuter.

A la suite de l'important ouvrage dont il vient d'être question, nous n'avons à signaler, pour les huit années qui nous séparent de l'apparition d'un autre ouvrage également remarquable, que les publications suivantes : /

Leopoldo Uguccioni. Elementî di anatomîa esterna. Firenze, i8i3, dont les vingt et une planches gravées au trait sont accompagnées pour la plupart d'un texte simplement explicatif.

Nous en reproduisons le frontispice signé par L. Uguccioni (fig. 102).

Tavole anatomiche per H pittori e gli scultori^ di GiAMBATTisTA Sabattini, profcssore d'anatomia nella Reale Accademia di belli arti in Bologna, etc. Bologna, 1814.

Paolo Mascagni (Castelletto , hameau du haut Siennois [752 — 181 5 Florence), anatomiste italien. Anatomia per uso degli studiosi di scultiira e pittura. Firenze, 1816. Ouvrage posthume publié par les soins et aux frais du frère et du neveu de Mascagni, contenant quinze planches en taille-douce médiocrement

FI G. 103. PLANCHE DOSTEOLOGIE.

(Paolo Mascagni. Anaiom'ta per uso degli studiosi dl sculiura c pitlura.)

28o L'ANATOMIE PLASTIQUE.

dessinées, modelées sans accent \ et d^une disposition peu didactique (fig, io3 et 104), signées Anf" Serantoni, et Ago" Costa. En un mot, ouvrage d'un aspect pompeux, à planches disposées sans ordre et d'une exécution fade, n'ayant d'artistique que le titre qui lui a été donné.

GiusEPPE Bossi (Milan 1777 — i8i5), peintre et graveur, composa des planches d'anatomie qui furent publiées après sa mort par les peintres Giuseppe Sogni et Giovanni Servi, sous le titre de : Tavole anatomiche disegnate dal Pittore Giuseppe Bossi. ora per la prima voltapubblicate sotto la Dire:{ione del Pittore Giuseppe Sogni, prof essore d^elementi di figura presso VAccademia di belle arti^ e del Pittore Giovanni S ej^vi. Aggiunto al prof essor e suddetto. Milano.

Et enfin en Angleterre : Eléments of anatomy; désignes for the use of students in the fine arts, bjy James Birch Sharpe, member of the Royal collège of surgeons^ and student in the Royal Academy ofarts. London, 18 18. Ouvrage dans lequel se trouvent trois têtes osseuses [Européen., Asiatique, Africain) dessinées et gravées à l'eau-forte par Sharpe; deux squelettes, une tête, des mains, des pieds écorchés, copiés d'après Albinus ; un écorché de l'homme appartenant au groupe considéré longtemps comme représentant Pastus et Arria, indiqué maintenant comme étant un

I. Brunet, dans son Manuel du libraire et de l'amateur de livres, t. III, Paris, 1862, indique que les figures des planches de VAnatomia, etc., de Mascagni, sont coloriées. Celles de l'exemplaire que nous consultons étant imprimées simplement en noir, c'est peut-être pour cette raison qu'elles sont d'un modelé si uniforme.

groupe de Gaulois, et faisant partie des collections de

C< bO

la villa Ludovisi (fig. io5); un Gladiateur écorché vu par sa face postérieure; etc.

28a L'ANATOMIE PLASTIQUE.

Nous arrivons alors à Toeuvre importante dont, plus haut, nous faisions pressentir l'existence, et à Fétude de laquelle nous devons nous préparer par quelques considérations générales.

L'historique de Panatomie plastique ne serait pas aussi complet que nous le désirons, si nous ne nous occupions que des ouvrages qui traitent plus ou moins spécialement de ce que cette branche de Tanatomie a d'intéressant au point de vue du mécanisme et des formes du corps humain.

Pour parler des choses et fixer leur aspect dans la mémoire, il est nécessaire de leur donner des noms; pour en parler, cela est évidemment indispensable; pour se souvenir de leurs formes, cela l'est également. On l'admettra facilement si l'on se rend attentif à ce fait, qu'un individu, un objet , se reflètent mieux dans notre mémoire, si celle-ci est aidée dans ses recherches par la région de l'appareil cérébral dans laquelle s'enregistre, non pas la forme de l'individu ou de l'objet, mais celle qui résulte de l'assemblage des caractères alphabétiques qui en composent le nom, et que la première observation y a trouvée associée. De là l'utilité d'une nomenclature, c'est-à-dire d'un groupement de lettres, de mots liés d'une façon absolue à un organe quelconque, jusqu'à en faire, dans notre esprit, partie d'une façon si complète, que la vision de l'objet appelle le souvenir du nom, et que le nom écrit ou prononcé rappelle à notre mémoire l'tispect, la forme, la situation et même les raisons d'être de l'organe qu'il est destiné à spécifier. Si l'on considère cette question d'une façon superficielle, on dira

FI G. 105. — PLANCHE DE MYOLOGIE. (James Birch Sharpe, Eléments of anatomy, etk

peut-être que le nom importe peu; mais, si l'on y réfléchit un peu plus, on sera bien obligé d^admettre que le choix de ce nom a pourtant une importance, puisque celui-ci doit nous permettre, selon sa valeur, de classer plus ou moins facilement dans notre esprit le souvenir des caractères des objets observés, et de réveiller plus ou moins rapidement ce souvenir lorsqu^il sera nécessaire de le faire.

Si nous venons de faire cet assez long préambule sur la question de nomenclature, c'est que cette question a vivement préoccupé un auteur de la fin du xviii® siècle et du commencement du xix®; cet auteur est Chaussier.

François Chaussier (Dijon 1746 — 1828 Paris), chirurgien et anatomiste, ouvrit à Dijon, en 1769, à l'aide de ses seules ressources, assez modestes, un cours d'anatomie descriptive auquel il admit les élèves de l'Ecole de peinture, et pour lequel, après onze années d'exercice, il reçut des honoraires qui lui furent donnés par les États de Bourgogne en témoignage de reconnaissance; son exemple fut suivi par l'Académie de Dijon, qui alors institua des cours publics dans lesquels étaient enseignées les diverses branches des sciences naturelles. A l'époque de la Révolution, il fut chargé, avec Fourcroy, d'élaborer un projet d'écoles générales : trois écoles furent fondées, et Chaussier fut désigné pour occuper la chaire d'anatomie et de physiologie à celle de Paris ; plus tard il fut nommé membre de l'Académie des sciences.

Sans donner aucune indication sur les nombreux travaux scientifiques de Chaussier, nous dirons seule-

ment qu'ils sont remarquables par Tesprit généralisateur et méthodique qui les a inspire's. Ce fait nous fera comprendre les raisons qui l'ont engagé à entreprendre une refonte complète de la nomenclature anatomique, et nous expliquera les efforts qu'il a faits pour que ses idées soient adoptées.

Deux de ses ouvrages nous intéressent particulièrement : ce sont ces deux ouvrages- que nous allons analyser.

Le premier porte le titre suivant : Exposition sommaire des muscles du corps humain^ suivant la classification et la nomenclature méthodiques adoptées au Cours public d^anatomie de Dijon, par M, Chaussier^ Professeur d'^Anatomie des Etats de Bourgogne^ pensionnaire de r Académie des Sciences de Dijon, etc., etc., Dijon, 1789.

Dès la première page du « Discours préliminaire », on voit que la principale préoccupation de Fauteur est de montrer les inconvénients que présentent, à son avis, les dénominations employées en anatomie. Ne semblant pas remarquer qu'il va ajouter un nom de plus à ceux qu'on a choisis déjà, il regrette que certaines parties aient reçu et conservent quelquefois quatre, cinq ou six dénominations différentes; il dit que « ces noms ne sont que des mots vagues, qui n'expriment ni la forme, ni la grandeur, ni la situation, ni les connexions de la partie principale » ; que « quelquefois aussi on attache à un seul mot deux ou trois significations différentes », et l'exemple qu'il cite à ce propos, il faut l'avouer, lui donne complètement raison. En effet, après avoir rappelé que l'on nomme

286 L'ANATOMIEPLASTIQUE.

condyles de Poccipital, de la mâchoire, du fémur, des phalanges, certaines éminences articulaires plus ou moins aplaties, il fait remarquer qu'on donne aussi ce nom à des protubérances de Textrémité de Phumérus qui servent uniquement à des insertions musculaires, à celles que, depuis Chaussier, du reste, on désigne avec lui sous les noms d'épicondyle et d'épitrochlée. Ce que nous pouvons vérifier en consultant les ouvrages de Sue et de Bottman qui sont les plus rapprochés (1788) de celui de Chaussier (1789) ; nous y verrons, en effet, ces saillies porter encore les noms de condyle externe et de condyle interne. Il y avait là certainement un abus. Puis, s'occupant exclusivement des muscles, il s'élève contre la tendance que Ton a eue quelquefois à séparer les faisceaux d'un même muscle, à donner à chacun de ces faisceaux un nom différent.

Il critique les dénominations empruntées à Faction des muscles, à leur direction, à leur situation. Il repousse également celles qui sont basées sur le nom de la région qu'ils occupent et sur leur volume, sur leur forme et la comparaison qu'on en a faite avec certains objets, et déclare ses préférences pour quelques-uns des noms employés dans la nomenclature anatomique, en citant à ce propos le sterno-mastoïdien, le stylo-hyoïdien, etc.

Chaussier voulut donc réaliser ce dernier mode de nomenclature en l'appliquant à tous les muscles, c'està-dire en donnant à chacun d'eux un nom composé par ceux des parties osseuses sur lesquelles les muscles prennent leurs insertions. Cette nomenclature existait

déjà en partie avant lui, nous venons de le dire, et, dans les ouvrages des auteurs qui l'ont précédé, nous voyons indiqués les noms sterno-cléido-mastoïdien, sterno-hyoïdien, mylo-hyoïdien, etc. Par conséquent, sa seule originalité est d'avoir voulu appliquer cette nomenclature à toute la myologie. A-t-il eu raison ? Voici ce qui maintenant doit nous occuper.

Si Ton ne tient compte que du côté théorique de cette question, et que Ton réunisse les critiques que Chaussier a pu faire de quelques noms d'une part, et la comparaison qu'il a faite de la nomenclature anatomique avec la nomenclature chimique d'autre part, il est certain que les dénominations conseillées par cet auteur devraient être employées. Mais il y a deux autres points de vue plus importants : l'un qui a rapport au côté pratique, c'est-à-dire aux plus ou moins grandes facilités qu'apporteraient dans les études les noms de la nomenclature dite de Chaussier; l'autre qui a des attaches avec l'anatomie comparée et l'anatomie philosophique. Nous commencerons par ce dernier.

Les muscles présentent une disposition générale que, dans les descriptions classiques, l'on considère comme constante; tel muscle est attaché à tel os et va s'insérer à tel autre, et, parce qu'il se présente ainsi dans la majorité des cas, on le décrit de cette façon. Cependant la disposition des muscles ne s'accorde pas toujours d'une manière absolue avec la description classique, il existe des variétés; ce sont ces dernières que l'on désigne sous le nom d'anomalies musculaires. Si l'on donne à l'un de ces muscles, considéré dans sa disposition normale, un nom formé de ceux des

OS sur lesquels il s'attache d'ordinaire, et que^ par anomalie, il ne s'y insère pas, il nous semble que l'impression produite sur l'esprit par ce nom sera plutôt désavantageuse. Il est vrai qu'avec la nomenclature classique le même inconvénient peut se produire et que, par exemple, le muscle biceps, qui a deux chefs, • pouvant par anomalie être formé de trois portions, porte un nom qui, dans le cas où la troisième portion s'insère sur l'humérus, ne satisfait pas plus l'esprit que celui de scapulo-coraco-radial que lui a donné Chaussier; mais il ne le satisfait pas moins. De sorte que si l'on ne doit rien gagner en subissant un changement de nomenclature, il est, en définitive, inutile d'en changer. De plus, le plantaire grêle, qui, parce qu'il va normalement chez l'homme se terminer sur le tendon d'Achille ou au calcanéum, est nommé par Chaussier petit fémoro-calcanien^ pourrait-il recevoir le même nom chez certains animaux dont le muscle en question va jusqu'à la plante du pied pour rejoindre l'aponévrose plantaire ?

Quant au point de vue pratique, il serait encore plus compromis.

Tout d'abord, et ici nous ne tiendrons compte que du tempérament de ceux qui étudient l'anatomie plastique, l'ancienne nomenclature est pittoresque : le nom du couturier rappelle que, lorsque ce muscle se contracte, il détermine une attitude comparable à celle que prennent les tailleurs lorsqu'ils sont accroupis sur leur établi. Pourquoi remplacer ce nom par ceîui de ilio-a^éti-tibial ?

Les jumeaux, ]e deltoïde, le grand dentelé portent

également des noms qui, à cause de la disposition et de la forme que ces muscles présentent, sont très expressifs. Pourquoi leur préférerait-on : bi-fémoro calcanien, soiis-acromio-huméral, costo-basi-scapiilair^e ?

Comme on le sait, la fosse sus-épineuse de Fomoplate donne insertion au muscle sus-épineux etla fosse sous-épineuse au muscle sous-épineux. Pense-t-on réellement que ces noms, qui dépeignent si bien la situation de ces muscles, seraient avantageusement remplacés par ceux de petit sus- scapulo-trochitérien^ grand siis-scapulo-trochitérien^ auxquels nous verrions s'ajouter, pour remplacer le nom du petit rond, celui de plus petit-sus -scapulo-trochitérien? Nous ne le croyons pas.

Tous ceux qui ont étudié ou étudient Tanatomie savent que la musculature de l'avant-bras est assez compliquée. Il est facile de se convaincre des efforts que son étude nécessite , à la physionomie un peu inquiète de Félève auquel on annonce que les muscles de cette région sont au nombre de vingt. Si on lui fait remarquer, afin de ne pas lui laisser perdre courage, que ces muscles sont en assez grand nombre parce qu'ils sont chargés de produire beaucoup de mouvements de la main et de l'avant-bras, si on lui démontre qu'ils peuvent être groupés en cinq masses d'un nombre égal de muscles pour chacune, on s'aperçoit qu'alors il commence à se tranquilliser. Si ensuite, commençant par l'étude des muscles antérieurs, on lui en énumère les noms, on voit que ces noms variés, rond pronateur, grand palmaire, petit palmaire, cubital antérieur, etc., se rapportant à la situation, à la forme,

l'anatomie plastiq^ue, 19

2r,o L'ANATOMIE PLASTIQUE.

à Paction qu^ils déterminent, ne tarderont pas, à cause de leur diversité, à se graver dans sa mémoire. Mais supposons que, ayant rompu avec la nomenclature ordinaire et ayant adopté la nomenclature de Chaussier, on lui désigne ces muscles en se servant de celle-ci, croit-on que son esprit sera plus satisfait? Après lui avoir indiqué que ces muscles portent les noms suivants : épitrochlo-radial , épitrochlo-métacarpien, épitrochlo-palmaire ^ ciibito-carpien, épitrochlophalangien, cubito-phalangettien commun, radio-phalangettien du poiice^ cubito-cubital^ croit-on qu^il ne sera pas complètement découragé? Nous pensons que si, nous en sommes même convaincus.

11 est vrai que Ton peut trouver avantageux que les noms des muscles insérés à Tépitrochlée commencent par épitrochlo ; mais Tavantage est de peu d'importance, surtout si Ton tient compte de ce fait que les noms ne se distinguent plus facilement les uns des autres, et que, en somme, rien n'est plus facile que d'ajouter, après les avoir nommés rond pronateur, grand palmaire, etc. : « Ces muscles s'insèrent tous à l'épitrochlée. »

Certains des noms de Chaussier sont peu euphoniques ; ils ont une allure rébarbative et peu engageante qui, dira-t-on peut-être, est à négliger; peut-être rebuterait-elle cependant ceux qui ne sont pas familiarisés avec les études anatomiques. Ne trouve-t-on pas une différence énorme entre l'impression, auditive ou visuelle, produite par les noms des muscles dont les tendons constituent la patte d'oie, qui sont dans la nomenclature ordinaire : le couturier, le droit interne,

le demi-tendineux, et celle de Ghaussier où ils sont remplacés par : ilio-créti-tibial, sous-pubio-créti-tibial, ischio-créti-tibial? Et le demi-membraneux, dont le nom est loin d'être inexpressif, peut-on désirer le voir remplacer par ischio-popliti-tibial? Et les lombricaux dont Taspect est si bien exprimé, à cause de leur ressemblance frappante avec des vers de terre, des lombrics, pense-t-on qu'ils gagneraient beaucoup à être désignés sous le nom de palmi-tendinophalangiens?

Ils n'énumèrent pas toutes les insertions : dans le nom sous-acromio-huméral ne se trouve pas indiquée l'insertion du deltoïde à la clavicule; dans celui du grand dorsal, lombo-huméral ^ ne sont pas comprises les attaches que ce muscle prend aux vertèbres du dos, aux côtes et à la crête iliaque; celui de sterno-piibien ne rappelle pas que le droit de l'abdomen s'insère aux trois dernières vraies côtes, etc.

De plus, et c'est là un des points essentiels, si l'on tient compte que l'élève qui débute n'a aucune connaissance des muscles, qu'il ignore leurs insertions, les noms de Ghaussier, qu'on serait bien obligé de lui faire entendre, ou qu'il serait forcé de lire, avant d'entreprendre l'étude des attaches des muscles, n'auraient pour lui aucune signification. En effet, cette nomenclature ne peut être retenue que par celui qui connaît déjà les insertions des muscles; alors, mais alors seulement, il pourra comprendre les noms de Ghaussier, les retenir peut-être, et, s'il ne s'en souvient pas, en créer d'analogues qui, ayant la même allure générale et partant du même principe, rempla-

ceront ceux que Chaussier a choisis et qu'il aurait voulu voir exclusivement adopter.

En résumé, il faut croire que cette nomenclature n'a pas été jugée comme présentant de très grands avantages, car les anciens noms sont toujours employés, et, si nous utilisons les mots : sterno-cléidomastoïdien, mylo-hyoidien et quelques autres, ce n^est pas à Chaussier que nous le devons, puisque, ainsi que nous Pavons dit, ces mots étaient employés déjà par les auteurs qui Font précédé.

Chaussier a combattu Pancienne nomenclature à cause de ce quUl considérait comme un défaut, à cause de sa grande variété; il ne s^est pas aperçu que celle qu^ii préconisait en présentait un autre, à notre avis, beaucoup plus grave, celui d'une désespérante uniformité.

Chaussier fit paraître en 1820 un autre ouvrage d'anatomie sous le titre de : Recueil anatomiqiie à Vu sage des jeunes gens qui se destinent à l'étude de la chirurgie, de la médecine^ de la peinture et de la sculpture. Une seconde édition du même ouvrage parut en 1823, avec le titre un peu modifié : Planches anatoiniques à l'usage des jeunes gens, etc. Ces planches furent aussi publiées en 1821, mais dans un format de plus grandes dimensions. Elles ont été copiées, mais sans les fonds ni les accessoires, d'après les belles figures du traité d'Albinus (voir p. 175). Du reste, Chaussier l'indique dans PIntroduction, et nous voyons sur le titre de la première édition : « On a préféré les planches anatomiques d'Albinus. La réduction des Figures a été faite par M. Du Tertre, Professeur de

Dessin et Coopérateur du Voyage d'Egypte. Elles ont été gravées sous sa direction, par les plus habiles Artistes graveurs. » Ces planches sont d'une exécution parfaite et très habilement gravées. Le squelette de rhomme est d'abord représenté, puis celui de la femme (ajouté dans l'édition de 1823) auquel nous ne trouvons à critiquer, sur la vue de la face antérieure, que la situation de la rotule, qui est placée un peu trop bas, et celle du radius droit qui, étant placé trop en dehors, ne s'articule pas avec le condyle de l'humérus. Deux planches représentent, en lithographie, le squelette de l'enfant à la naissance (ajouté dans l'édition de i823). Les autres, représentant Técorché vu sous différentes faces, montrent, pour chacune de ces dernières , des couches musculaires de plus en plus profondément situées.

Chaussier, poursuivant son idée de régénération de la nomenclature anatomique, donne, dans le texte, des tables de synonymie des noms anciens, qu'il appelle encore vulgaires, et des noms nouveaux, c'est-à-dire de ceux qu'il a adoptés. Ces tables présentent pour nous cet avantage qu'elles permettent de faire facilement la comparaison des deux méthodes et de constater que Chaussier a, dans cette édition, un peu changé et adouci le nom de certains muscles, par exemple de Vilio-créti-îibial (couturier) qu'il remplace par ilioprétibial, nom moins rude, il est vrai, mais ayant perdu un peu de sa précision, au point de vue de l'indication de l'insertion inférieure du muscle qu'il est destiné à signaler.

Nos critiques ont peut-être été un peu vives; mais

qu'on ne se méprenne pas sur leur signification. C'est pour qu'elles soient comprises telles qu'elles ont été faites que nous tenons, en terminant cette analyse, à rendre hommage à la pensée qui a guidé Chaussier dans la réforme qu'il a entreprise et qu'il s'est efforcé de faire admettre. Son goût pour l'enseignement, son affection pour les élèves dont il aimait à être entouré, dont il dirigeait les études, qu'il associait à ses travaux, auxquels il indiquait des recherches à faire, recherches dans lesquelles il se faisait leur guide, mais dont il leur laissait tout l'honneur, en un mot ce désintéressement personnel que l'on ne retrouve que chez les véritables maîtres, nous expliquent les efforts qu'il a faits pour réformer ce qui, à son avis, pouvait être un obstacle à la clarté de son enseignement.

En réformant la nomenclature anatomique, il cherchait, ainsi qu'il en avait l'habitude, à rendre plus facile et plus sûre la compréhension de la science à l'étude de laquelle se livraient ceux qu'il avait mission d'instruire. Tout en ne voulant en rien diminuer sa haute valeur scientifique, mais convaincus de l'inutilité de ses efforts et persuadés que Chaussier a commis une erreur, nous avons pensé, étant animés des mêmes sentiments et des mêmes désirs que lui en matière d'enseignement, nous avons pensé qu'il était nécessaire de juger sincèrement sa méthode, en nous adressant surtout aux élèves qui, par hasard, seraient tentés de s'y convertir d'une façon absolue.

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