‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 20 sur 41 · CHAPITRE 1LXM · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1LXM

DEUXIEME INCENDIE DE VITUV-EN-PERTHOIS , PAR JEAN DE LUXEMBOURG ET LES ANGLAIS (AN 1420).

Sous le règne de Charles vi, la France était en proie aux factions qui la déchiraient de toutes parts. Jean— sans-Peur , duc de Bourgogne , l'assassin du duc d'Orléans , soutenu d'Isabelle de Bavière , épouse de l'infortuné Charles vi 9 mais épouse perfide et surtout mère dénaturée , déchaînés contre le dauphin Charles et la maison d'Orléans , désolaient le royaume par les pillages , les incendies et les massacres. Les Anglais , profitant <fe ces fureurs domestiques,, étaient rentrés eu France : personne ne se présenta pour les arrêter.

Jean-sans-Peur ayant été assassiné à son tour par les seigneurs qui entouraient le dauphin, lorsqu'il l'abor-

pour venger sa mort , ne rougit pas de s'allier aux Anglais. De concert avec lui , Isabelle conclut à Troyes , avec Henri v , roi d'Angleterre , la paix la plus honteuse qui ait jamais déshonoré la France. Le monarque auglais épousa la fille de Charles vi et fut reconnu solennellementpour l'héritier présomptif de la couronne de France , au mépris de la loi salique et à l'exclusion du dauphin Charles. Beaucoup de villes restèrent fidèles à leur souverain légitime et refusèrent de se soumettre à l'usurpateur anglais. Vitry se distingua par son attachement à son roi ; mais cette ville fut victime de son héroïque dévoûment. Jean de Luxembourg , comte de v«ti/, Brienne , le comte de Salisbury , général anglais, et * p " celui de Montagu , à la tête des Bourguignons et des Anglais, vinrent l'assiéger en se rendant 91 Troyes , pour mettre la dernière main à ce fameux traité qui devait asservir à jamais la France à l'Angleterre. Les habitans les repoussèrent avec intrépidité : mais abandonnés à leurs seules ressources , ils ne purent lutter long-temps contre des force* infiniment supérieures , et surtout contre l'artillerie qui les foudroyait du haut Li™ des côtes voisines. La ville fut emportée d assaut, li- Anl ^ uite , vrée au pillage et incendiée. Les tourbillons de flammes a* qui s'élevaient de ses édifices embrasés s'apercevaient de plus de soixante villages des environs (1). La magni-

<l) k« livre des antiquités de France s'exprime ainsi sur et Mijet :

fique abbaye de Saint-Jacques fut détruite , ainsi que la plupart des autres monumens publics. Vitry resta près de dix ans dans un état de désastre.

Les Anglais étaient maîtres des trois quarts de la France. Charles vu , qui prit le titre de roi à la mort de son malheureux père Charles vi , s'était retiré daas les provinces du midi , qui lui étaient restées fidèles ; mais il se trouvait sans armée , sans argent x et dans un tel dénûment , qu'il trouvait à peine de quoi suffire à la table la plus frugale. On ne l'appelait, par dérision, que le roi de Bourges. Quand tout paraissait désespéré pour la France, la Providence suscita une jeune héroïne qui la releva de cet abaissement profond où elle était plongée. Jeanne d'Arc , simple paysanne , née près de Vaucoy leurs , vole au secours de Charles vu , se jette dans Orléans , dont elle fait lever le siège aux Anglais, les défait complètement à la journée de Potay , et conduit Charles à Reims , où il est couronné avec une grande pompe. Mais la jeune héroïne , qui avait opéré tant de merveilles, fut prise par les Anglais dans une sortis qu'elle fit le jour même qu'elle s'était jetée dans Cornpiègne. Ce fut ce même Jean de Luxembourg qui

* Depuis que la yillc de Vitry fui réunie au domaine de nos u. rois, clic s'attacha tellement à ses maîtres qu'elle souffrit d'être a assiégée et brûlée , plutôt que de se déclarer contre eux , et a par cette cause elle tomba dans la plus grande infortune, quand a Jean de Luxembourg , comte de Brienne, armé pour le duc u de Bourgogne et l'Anglais , contre Charles vu , l'assiégea et a y mil le feu dont les flammes se faisaient voir à plus de « soixante villages des environs. »

vendit dix mille livres aux Anglais Jeanne d'Arc , qui lui avait été livrée par Guillaume de Fleury. Les Anglais , outrés des revers qui les accablaient de toutes parts, exercèrent leur fureur sur Jeanne , qui se montra aussi ferme sur le bûcher qu'au milieu des combats. Ils ne recueillirent que de la honte de leur barbarie. Charles continua de les pousser hors de la France , et obtint le surnom de Victorieux.

Vitry sortit de ses ruines après la victoire que Bar- v«u T , bazan remporta dans un lieu appelé la Croisette , dans *' * r , ; p * la Champagne, sur les Bourguignons et les Anglais, et qui la délivra des mains des oppresseurs de laFrance. Le couvent de Saint-Jacques fut reconstruit vers l'an 4 430, non dans l'enceinte de la ville, mais à un quart de lieue, dans une plaine fort agréable. Un ruisseau alimentait les eaux des fossés qui l'entouraient. L'église de cette nouvelle abbaye n'avait rien de beau $ elle était mal bâtie ; elle se ressentait de la misère des temps. Les lieux réguliers étaient assez commodes ; mais l'hôpital resta dans la rue de la Halle.

Quand on établissait une nouvelle abbesse , la religieuse nommée se rendait avec un commissaire délégué par le pape et un notaire , assisté de deux témoins, sur une portion de terrain de l'ancien monastère converti en place publique , où le cortège , arrivé près de la croix , elle s'agenouillait sur une des marches , et après avoir fait sa prière à Dieu , elle touchait , ainsi Fngnem que le commissaire, la croix et un orme planté à peu de distance , en signe de prise de possession de l'hôpitalmonastère de Saint-Jacques. On vit observer ce cérémonial en 1718 , lors de la prise de possession par la mère Marie-Anne-Thérèse de Naper, et en 1785, par

M mo du Pourroy, dernière abbesse de ce monastère (1). Biug*r. ^ relises d'un saint Clotaire étaient conservées dans une chapelle de l'église de cette abbaye : elles y attiraient tous les ans un grand concours de peuple , le jour de saint Jean-Baptiste, auquel on avait coutume de les exposer, 'ce quia donné lieu à la foire qu'on appelait la foire aux Non nains. Depuis la destruction de l'abbaye , cette foire se tient à Vitry-on-Perthois.

On ne peut connaître avec certitude 9 ce qu'était ce saint Clotaire , dont les reliques reposaient dans l'abbaye de Saint-Jacques. Baugier pense que c'est Lothaire, fils aîné de Louis-le-Débonnaire. Après une vie fort orageuse , et même criminelle , il renonça au monde , partagea ses états entre ses trois fils , et se

(1) L'auteur des Fragment accuse Baugier de mensonge , lorsqu'il assure que la croix qui est sur hr place y fut éïèvce en mémoire du massacre des quarante juifc ^ c'est «ne tradition populaire qui etiste encore , elle doit avoir quelque foudemeni : mais on peut la concilier avec la prise de possession de l'abbesse de Saint— Jacques. Quand l'abbaye fut entièrement démolie et transférée hors de l'enceinte de la ville , cette croix qui pouvait être placée sur un terrain qui lui appartenait, servit à deux fins, d'abord pour conserver le souvenir de ces quarante juifs qui furent brûlés et ensuite de l'abbaye de Saint- Jacques. Baugier écrivait en 1721 -, il dut avoir connaissance de la prise dV possession de l'abbaye de Saint-Jacques , par la mére Marie- An ne. -Thérèse de Naper, qui eut lieu le 12 juillet de l'année

Je crois que la procession , qu'on a l'usage de faire de temps immémorial à cette croix , avant la messe paroissiale pendant tout le temps pascal , est encore uue sorte d'expiation pour la mort <!e ces quarante juû%.

fît moine à Prom , proche de Spa , dans le diurèse de Trêves , où clïartfgeâ ibû 6i£ueîf en humilité , son impiété en dévotion , son ambition en haire, et en une sincère pénitence dans laquelle il finit ses jours âgé de soixante-sept ans, le 28 septembre 855 , neuf mois après sa retraite. Un vrai repentir, les larmes abondantes d'une contrition profonde et les saintes cruautés de la mortification , peuvent effacer promptement une vie de crimes et vous élever à une haute vertu. Thibaut , qui fonda cette abbaye , lui donna quelques reliques de ce saint , qu'il avait apportées d'Allemagne. Une petite» statue de saint Clotaire , qu'on a sauvée du vandalisme révolutionnaire , nous le représente eu chappe et en mitre , et l'oraison lui donne le titre de confesseur ; mais , pour ses reliques 9 on ne les a point retrouvées. Le pèlerinage à sahit Clotaire est fort célèbre et très-ancien : il se perd dans la nuit des temps, ta confiance qu'on a dans les suffrages de ce saint est encore fort étendue; on vient, de huit, de douze et même de quinze lieues , l'invoquer pour les enfans qui sont attaqués du catharre. Dans tous les temps , quand les remèdes humains furent impuissans , on s'adressa toujours soit à Dieu , soit à ses saints , soit même aux esprits de ténèbres. Ce recours de l'homme à l'intervention d'êtres supérieurs , quand il ne fut point dirigé par les pures lumières de la foi , donna naissance dans

tous les temps aux superstitions les plus absurdes , les plus ridicules et les plus barbares.

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