‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 26 sur 41 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

LB CHRISTIANISME EST ABOLI A VITRY-LE-CII ATBAU COMME DANS TOUTE LA FRANCE ET ON LUI SUB- STITUE LE CULTE DE LA RAISON ( AN 1795 ).

L'assemblée nationale, sous prétexte de détruire les abus de la religion , abolit la religion elle-même. Elle ne dévoila pas d'abord son but ; elle y arriva par des décrets successifs qui démolirent tous les fondements du christianisme les uns après les autres. Elle supprima les dîmes qui formaient en grande partie les revenus du clergé et les remplaça par des traitemens soldés par le gouvernement. Si elle se fut arrêtée là elle aurait pu mériter des éloges ; elle délivrait le clergé d'une infinité d'embarras et le peuple d'entraves qui le gênaient singulièrement. Mais ensuite elle supprima tous les çouvens et s'empara de peurs propriétés ; elle se saisit de tous les biens du clergé et des églises ; elle ne respecta pas même les fondations pieuses que des chrétiens avaient établies pour obtenir des prières pour le repos de leurs ames. Poursuivant son plan de destruction , elle décréta une constitution prétendue civile du clergé, qui détruisait la hiérarchie de l'église, soumettait l'autorité spirituelle au pouvoir temporel , refusait au Pape sa suprématie de jurisdiction, et ne pouvait que bouleverser l'église de France, comme en effet elle la bouleversa. Dès les premiers jours de 1791, elle appella au serment de la maintenir, tous les membres du clergé qui siégeaient dans l'assemblée. Malgré les cris de mort qui retentissaient

autour de la salle, tous les évêques le refusèrent, et le plus grand nombre des ecclésiastiques du second ordre imitât leur exemple. Les premiers furent punis par l'expulsion de leurs sièges , et les seconds de leurs cures.

Le 1 er octobre suivant, la seconde assemblée , dite législative, qui remplaça l'assemblée constituante, s'arma de plus grandes rigueurs contre les prêtres qui refusèrent le serment à la constitution civile du clergé ; elle les condamna à la déportation. Beaucoup furent égorgés dans les prisons. On compte cent trente évêques et quatre-vingt mille ecclésiastiques fonctionnaires qui ne voulurent point prêter le serment ; il n'y en eut qu'un sur dix qui s'y soumit.

Ces différentes lois eurent leur exécution dans Vitryle-Chàteau. Tous les couvens furent supprimés.

L'abbaye de Saint-Jacques avait dégénéré de sa ferveur primitive ; les saintes rigueurs du cloître s'étaient insensiblement relâchées. On renvoya les religieuses dans le sein de leurs familles ; on vendit leur maison et elle fut démolie ; il n'en reste plus qu'une partie des écuries. C'est maintenant une ferme, où l'on a construit une petite maison bourgeoise.

Le prieuré de Sainte Geneviève fut également vendu et détruit; mais l'acquéreur laissa subsister le sanctuaire de la chapelle ; il y fit même construire un petit portail qu'on voit encore (1). Quand le culte fut réta-

(4) On dit que pendant qu'il procédait à Ja démolition de celte chapelle tous ses bestiaux tombèrent malades craignant que ce ue fut un châtiment du ciel , il arrêta l'œuvre de destruction , abandonna une partie des matériaux (qui étant en craie,

bli, on alla y célébrer la sainte messe assez long-temps ; mais maintenant tout service divin'y est interdit , parce qu'elle tomie en ruines et qu'on ne la restaure pas. Les statues des saints qui s'y trouvaient furent jetées dans le puits immense qui était au milieu dé la cour de ce prieuré, afin dé les préserver dés outrages des impics. Ce pnifs était d'une profondeur extraordinaire et d'environ cinq à six mètres de diamètre ; il servait anciennement aux habitants du prieuré et de la ville haute. Il est maintenant recouvert de terre que supportent des traverses de bois et dé planches. La fouille de ce puits pourrait rendre à la lumière des objets dignes de l'intérêt public.

Le prieure de Saint-Thiébaut fut vendu et démoli ; il n'en reste plus que le moulin.

L:> maison des Trinitairesou de laMinistrerie échappa seule au vandalisme révolutionnaire : elle subsiste encore ; mais elle fut vendue , son église rasée , et ses religieux, qui rendirent tant de services à l'humanité, furent expulsés.

Quand on eut dépouillé et détruit les couvens de Vitrv-le-Château , on porta la main sur les biens de l'église Saint-Memmie et on s'en empara. Les revenus de h fabrique montaient à plus de trois mille livres. Le Gouvernement révolutionnaire en confisqua une partie

lurent bientôt foudus par les pluies eL la gelée)., et fitcomtraire un petit portail au sauctuairc qu'il laissa intact. Pendant le règne même de la terreur , il trouva des offrandes assez nombreuses qu'on avait glissées sous la porte dVutrée ; ce qui ullcsie la grande confiance qu'on avait encore en sainte Geneviève.

à son bénéfice , et donna l'autre à l'hôpital de Vitry-le- François , qui avait déjà tous les biens de l'ancien hôpital de Vitry-en-Perthois. Plusieurs maisons où il avait été situé lui payaient encore une censive (1).

La plus inique de toutes les spoliations fut celle des fondations que de pieux fidèles avaient faites pour obtenir des prières pour le repos de leurs âmes. La plus ancienne remontait à 1304 , et la plus importante était une messe perpétuelle qui se disait au point du jour pour un nommé Gayet. Il avait légué à la fabrique, le 14 mai 1514, sept cent vingt-cinq livres, somme considérable pour l'époque , avec un calice en vermeil pesant deux marcs, et tous les autres ornements nécessaires au saint sacrifice de la messe. Pour conserver à jamais l'authenticité de cette fondation , il l'avait fait graver en lettres gothiques sur une plaque de bronze qui a échappé à tous les désastres de Vitry-en-Perthois, et qu'on admire encore dans son église. C'est le monument le plus ancien et le plus curieux. Deux groupes de personnages en relief implorent à genoux la sainte Vierge qui est au milieu (2).

(1) La maison de M. Morio , ancien maire ùe Vitry-en- Perthois, payait à l'hôpital de Vttry-le-François, avant la révolution , une censive de neuf livres. On ne sait comment il est arrivé qu 1 il possède tous le* biens de l'ancien hospice de Vitryen-Penhois et presque t ons les biens de sa fabrique , sans être tenu à fournir un seul Ht pour un infirme.

(2) Voici le texte de cette fondation, qui est difficile à lire parce qu'il est en lettres gothiques : it soubs uue tombe ci-devant a gisent feu Claude Gayet encuyer et damoisclle Eu de line Si-

5 d'obits fondés à perpétuité ( fen en comptait environ deux cent dix ), on avait encore ' laissé des biens pour subvenir aux frais de toutes les confréries, qui sont un témoignage éclatant de la grande piété des habitons de l'ancienne capitale du Perthois.

u monnei sa femme, et auparavant de feu Jehan Pérard, enleurs u, vivants marchands demeurants à Vitry , lesquels Gayetel En- • u delme ont fondé en cette église Sain i-Menge une messe perpéu tuelle qui se dit par chacun jour à l'autel Notre-Dame, au point u. du jour,et sonne à coups comptés et paT trois reprises^ chacune u treize coups et le dernier en branle , pour le salut de leurs tt ames et de leurt amis vivants et trépassés , pour la fondation u. et continuation de laquelle, et aussi d'an obk solemnel qui a se dit à l'intention dudit Gayet, chacun en le jour Saint-Claude, u treizième de juin, et de deux simples pour leur pére et mère, a à être baillé comptant par ladite Endelme et les exécuteurs du a testament dudil Gayet, à Collesson-Mauclerc et Ginot-Domia né,marguilliers, par l'ordonnance des habitants et gouverneurs u dudit Vitry, la somme de sept cent vingt-cinq livres touru nois en argent monnoyé, avec un calice d'argent doré pesant u. deux marcs deux onces, une chasuble d'oltade noire, un missel a et les autres ornements d'autel pour servir à ladite messe , <t desquels services faire et continuer lesdits marguilliers du u. consentement et par l'ordonnance que dessus, ont oblige* les et biens de la fabrique de ladite église, le quatorzième jour de u mai l'an mil cinq cent quatorze et trépassèrent, assavoir : ledit ul Gayet le sixième jour de février mil cinq cent treize, et ladite te Endelme le jour de — nul cinq. — Semblablement ledit feu ul Jehan Pérard, qui est inhumé au cimetière de céans, soubs une . ul tombe élevée sur quatre piliers, et ladite Endelme ont fondé ul à leur intention une messe perpétuelle le samedi , audit autel ul. Notre-Dame avec obits solennels. Priez Dieu pour leurs ul ames. i\ i h * *. A '* ù

if il y «avait d«s legs pieux pour la confrérie du Saint- Sacrement, pour laquelle se disait une messe tous le» jeudis de l'année , et qui n'existe plus ; pour la confrérie;, de/ t §aint- Vi n c en t , patron des vignerons ; pour celle de là S^ehVierge* doniàescoiifrères continuent « faire la fête le lendemain de l'Immaculée Conception ; pour celle de Saint-Nicolas dont la féte se célèbre deux fois l'année , le 6 décembre et le 9 mai ; enfin pour celle ■ le* T Arquebuse qui s'était mise sous le patronage de Saint-Sébastien , institution abolie par la révolution , et don ! t \\ n'existe plus qu'un membre.

La Convention, qui succéda à l'Assemblée législative, supprima les traitements des prêtres mêmes qui avaient prêté serment de fidélité a la constitution civile do dec gé^ët des intrus. M. Jacquot , doyen de Vitry-le-Châleta j qui s'y était soumis , fiit arrêté et incarcéré pour avoir fait seulement une procession autour de l'église. ÏÏRiUot on s'empara même des vases sacrés, on brisa les croix et les stages, des saints , on descendit les cioelias; et on les fondit. pour faire des canons. Il y avait un christ en bois d'un travail admirable dans la nef du tenttede l'église Samt-Mëmmie ; on l'abattit, on le traîna dans les rues , on lui fit des outrages et oh le brûla dans Téglisc de Saint-Etienne pour faire du

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On finit par abolir toulo religion. Les églises furent fermées on* vendues , ou détruites , on changées en hopffai, ou en maisons communes, ou en magasins, ou mWiiif Sàîïfs, dèl specfacles. On abattit les croix jusque, dans les maisons. ■ l rnjus Ti r c •?

Cependant l'homme éprouve, un besoin invincible de religion ; s'il abjure la véritable, il en invente une faus»e.

David, peintre, imagina les fêtes civiques qu'on nomma le culte de la raison. On fit des processions ridicules et burlesques. Des femmes publiques furent portées eu triomphe dans les églises et placées sur les autels ou elles reçurent des adorations sous le titre de déesses de la raison. Le paganisme n'offrit jamais l'exemple

de semblables folies.

A Vitry-en-Perthois on ne fit point d'extravagances ; on se contenta de chanter dans l'église les' hymnes sanguinaires de ta république et d'y lire tes décrets

qu'elle promulguait (1).

Quand Robespierre eut décrété l'existence de l'Etresuprême, on célébra les fêtes qu'il institua en son honneur. Mais ce culte de la Raison et de PÈtre-suprême ne se soutenait que par la terreur qui glaçait tous les esprits. Le peuple teuait toujours à l'antique religion du fond de ses entrailles. C'était pour lui un bonheur de pouvoir assister à ses augustes mystères qui se célébraient dans le secret. On se trouvait ramené au temps des persécutions des empereurs payens. Pendant presque tout le cours de la révolution, qui dura dix ans, des prêtres qui avaient repris en apparent l'habit laïque, disaient la sainte messe à Vitry-en-Perthois dans une grange ou dans une maison particulière. .«*Ce fut avec une joie inexprimable qu'on vit se rouvrir les églises sous le consulat de Bonaparte, et qu'on put revenir à la religion de ses pères. Mais la révolution avait jeté dans les cœurs un germe efirrr-

(i) Des particuliers ou des ciloycns avaient demande au conseil municipal l'autorisation de former uu club. On leur répondit qu'on la leur accorderait quand ils auraient fréquente l'école au moins pendant six mois.

piété , un oubli des devoirs religieux et un goût (Tin*dépendance qu'on ne - pût détruire. D'une main, on 1 recevait la religion , et» de l'autre on repoussait se» pratiques devenues trop austères. Il n'y eut plu$ que les ames assez fortes pour s'élever au-dessus de leurs passions, et surtout du respect humain, qui se soumirent à tous les devoirs qu'elle prescrit.

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