‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 27 sur 41 · CHAPITRE XX VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX VII

MASSACRE DE l'aVAKT-GARDB DBS TROUPES ETRANGERES A VITRÏ-EN-PERTHOIS (à«NBB 1814).

. Aux succès les plus incroyables , Napoléon avait vu succéder les revers les plus affreux» On eût dit que la Providence après s'être servi des éléments pour acca-* Mer ses années jusqu'alors invincibles , avait donné le signal à toutes les puissances de l'Europe de se liguer contre lui et de conjurer sa perte. Les Russes , les Autrichiens t les Prussiens, les Anglais envahissaient la France de toutes parts. Ils s'avançaient en bataillons serrés sur la Champagne. L'empereur Napoléon, qui avait porté son quartier-général à Chàlons, où se rassembla son armée, se mit bientôt en marche, traversa Vitry-Ie-François comme la foudre, se rendit à Saint-Dizier , d'où il chassa une division russe , et entra dans cette ville aux acclamations des habitans. Poursuivant l'ennemi dans la direction de Joinville, il traversa la forêt du Der , et , le 29 janvier , il arriva à Brienne où il liyra une sanglante bataille. Pendant ce temps l' avant-garde des Prussiens arrive à Vitry-en- Perthois, le 28 janvier 1814. Ils placent des sentinelles qui ne se tiennent point sur leurs gardes , et se mettent à boire et à jouer. Des habitans courent à Vitry-lo-François prévenir le commandant de place de

îèur venue* Aussitôt des lanciers polonais refoiventf Tordre de marcher sur Vitry-en-Perthois; ils se partagent en trois bandes , entrent à brides-abattues dans le bourg , par les trois différentes rues , surprennent les Prussiens qui poussent des cris horribles , et massacrent les premiers qui tombent sous leurs coups* Quelques habitans se joignent aux Polonais, et en tuent deux ou trois. Ceux qui échappent à la première fureur sont faits prisonniers. Mais cet exploit faillit être très-funeste à Vitry-en-Pertho» et lui attirer un quatrième incendie* Ce n'était que- l' ayant-garde dont on avait triomphé. Le lendemain trente mille Prussiens se présentent pour venger leurs compatriotes. Les habitants saisis d'un juste effroi, s'étaient enfuis presque tous* Le général Yorck s'informa des f*its, et quand il apprit que la majorité des citoyens n'avaient pas pris part à ce carnage , il épargna les maisons , mais il frappa lè bourg de fortes contributions en argent et en nature. Les soldats surtout qui venaient d'étfe mis en déroute près Saint-Dizier et qui s'étaient jetfi'tur Vitry-en-Pérthois , étaient furieux ; ils brisèrent presque toutes les fenêtres et se livrèrent au pillage.

Ce bourg eut encore beaucoup à souffrir pendant tes deux blocus de la ville de Vitry-le-François. Il était envahi de toutes parts parles armées dès alliés: tous leurs quartiers généraux y étaient établis ; trente mille hommes y ont séjourné pendant cinq jours, et y ont tout consommé. 1

C1IAPITKE JL1L VIII.

. VIITIYHWHPRRTIIOIS (àH 1824 ■).

tiriste nécessité qui ne vient que de l'orgueil des hommes. La dernière que V Eglise a condamnée est le jansénisme, qui n'est qu'un calvinisme plus raffiné. La Champagne en fut particulièrement infectée. L'abbé Franqnet , qui était curé-desservant de Vttry-en-Perthois depuis 1804, eut le malheur de s'y laisser prendre. Ce fut en 1824 que M* de PKHy , évêque de Chàlons , en eût connaissance et l'engagea à y renoncer. Le voyant opiniâtre dans ses erreurs , il fut forcé de Tin* ferdire de ses fonctions. Cette juste sévérité ne put lui ouvrir les yeux. H reste toujours inébranlable dans son jansénisme. Que Dieu le touche à son moment suprême , et le fasse rentrer dans le sein de Vfighse !

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chapmpiue

rav-agm do cholbba-morbus a vitry-ex-perthois

(an 1832). ...

Dieu réserve dans les trésors de sa colère des fléaux dont la nature et les symptômes varient à l'infini ; il les verse de loin en loin sur la terre pour la châtier de ses crimes, pour manifester sa puissance et sa miséricorde , pour confondre l'orgueil de la science et pour forcer l'impie même à s'écrier : le doigt de Dieu est là : Digitus Dei est hic.

Le chol^ra-morbus fut un de ces exécuteurs de la justice divine et de ces ministres de la mort. Quelques mois avant qu'il n'éclatât , on n'avait pas encore éprouvé de température pins douce ; J' atmosphère n'avait pas encore été si pure. C'était un calme apparent qui présageait la tempête.' Après : avoir pris naissance dans l'Orient et avoir promené ses ravages dans toute

l'Asie, le choléra-morbus s'avançait lentement vers l'Occident : mais rien ne pouvait arrêter sa marche , ni la diversité des climats , ni la distance des lieux, ni les cordons sanitaires, ni la rapidité des fleuves , ni l'immense étendue des mers. Il se rit également et des feux du midi et des glaces du nord; il se joue des yains efforts des hommes; il immole partout sur sa route des milliers de victimes. Il avait parcouru toutes les provinces du nord de l'Europe. On le croyait encore dans des contrées lointaines , quand porté sur les ailes des vents , il fond à l'improviste au sein même dé la capitale de France et y déploie ses fureurs. Cette nouvelle jette partout l'effroi. Cependant il se trouve des incrédules qui ne veulent point croire à son existence, et ne le regardent que comme un épouvantail dont on veut effrayer les esprits faibles ; ils en font même l'objet de leurs railleries. D'autres tombent dans un excès contraire , et s'imaginent que Ton empoisonne les rivières, les puits et les fontaines publiques. Des médecins ridiculement soupçonnés de ce crime par la populace , faillirent être massacrés.

Cependant on s'apprête à combattre cet ennemi invisible ; on établit partout des cémités de salubrité publique, et on dessèche les mares fangeuses qui pourraient nourrir et exhaler des miasmes pestilentiels. Les communes font provision des spécifiques indiqués par la science , de chlore de chaux , d'acide sulfurique , de laudanum , de vinaigre des qnatrc-\ oîeurs , de , sangsues, de flanelles, etc. Le gouvernement envoie des chirurgiens dans les communes qui en sont dépourvues , et même des secours pour l'indigence.

La religion qui veille avec une sollicitude mater-

nelle sur tous les besoins de l'homme, sur toutes les circonstances de sa vie et sur tous ses dangers, dispensa d'abord ses enfans de 1* abstinence de viande qu'elle prescrit, soit dans le carême , soit dans certains, jpw pendant le cours de Tannée ; indulgence que l'expérience montra nullement nécessaire , e.t dpnt peu de vrais chrétiens Èrent usage. Puis elle éleva ^ussi la voix : elfe indiqua des remèdes infiniment plus puissants et plus efficaces que ceux que la science humaine peut découvrir ; elle annonça que la sobriété , qu'un travail modéré , qu'une vie réglée par la sagesse et la piété, est le plus sûr préservatif contre toutes les maladies qui attaquent la triste humanité , et surtout contre l'épidémie qui menace ; que la vie morale est le principe le plus actif de la vie physique ; que le calme de Tinnocence , ou le retour sincère à la vertu , dissipe toutes les terreurs excessives, avant-coureurs presque certains de l'invasion du fléau ; que le juste , qui ne pâlit point devant la mort , est plus à l'abri de ses coups que le coupable qu'elle glace d'effroi $ mais que Pmtempe> rance , la débauche , les excès en tous genres , même dans le travail , que les passions violentes et les emportemens de la colère sont les artisans de toutes les infirmités , et surtout les fauteurs les plus actifs du choléra-wiorbus. . .^^l^fofo!

Elle employa les plus tendres invitations pour engager les pécheurs à rentrer dans la voie du devoir ; elle, gémit sur leurs égaremens et sur les malheurs qui les menaçaient. Puis, empruntant le langage des prophètes , elle fit gronder le tonnerre des vengeances di-^ vines , annonça que la main de Dieu se levait et qu elle frapperait particulièrement les impénitens. Majs peu

de chrétiens forent doeiles à la voix de Ja religion , et se retrempèrent dans les sacremens ; la ptepàrt S'avancèrent au-devant du fléau aVec celte apparente sécurité , cette incurie et cette insouciance de la victime qu'on mène au sacrifices

La religion ne se contenta pas d'exhorter les peuples à quitter les sentiers du vice , elle ordonna encore des processions et des prières publiques pour apaiser la colère divine , et détourner les coups dont elle menaçait. Tous les peuples, dans les plus grandes calamités?, cherchèrent toujours les moyens de calmer la Divinité irritée par les crimes de la terre. Les payens offraient à leurs dieux , même des sacrifices humains.

Cependant le choléra-morbus étend au loin ses ramifications. B commence par épaissir l'atmosphère , la charge de vapeurs malignes , répand une langueur indicible qui engourdit les membres , empoisonne le sang dans les veines , remue, te fond des entrailles , et y allume comme un feu décorant. D'abdrd *éVit avec une sorte dfr - réserfe , et on' l'appelle eholérine. Mais een'est qu'un piège qu'il tend à la fausse confiance' et44a science médicale. >*<*i -.n % i » ^

M. Mathieu, chirurgien* dte Vitr^-en-Perthoi* , étù- * dtait depuis longtemps le fléau qui s'avançait d'abord lentement ; il examinait d'un œil' scrutateur tous lés' symptômes et les différentes phases souS lesqu elles il se '' montrait ; il crut lui avoir dérobé son secret qu'iï avait eachéjusqu'àlors aux plus habiles médecins Ht? IlSu-' rope. Il imagina un* spécifique qui produisit des effets tris sam&ires ; le* cures se muftS^iaient. Le nom de MR Mâthiieu volait de bouche en J bôuche, et était sur ton tes les lèvres. Beaucoup de mafadès de Vïtry-le-

François et des environs , où sévissait le fléau , imploraient ses soins. Il ne pouvait répondre aux vœux et à U confiance de tant d'infortunés qui l'appelaient de toutes parts. Bientôt il fut victime de son dévouement ; le fléau l'attaqua lui-même ; il négligea de se soigner pour voler au secours de ceux qui réclamaient son assistance. U eut encore la douleur de voir le mal triompher de tout son art dans M. Lenfant , adjoint de Vitrven-PertliDis. Le fléau lit eu lui-même des progrès assez lents , parce qu'il fut combattu avec force ; mais il saisit en lui toutes les humeurs rhumatismales , les rassemble dans le cœur et au foyer même de la vie , éteint le feu de ses jeux , répand sur son visage une teinte livide , et l'inonde de la sueur de la mort. Celui qui guérissait les mires ne put se guérir lui-même, et fut enseveli dans son triomphe. C'est ainsi que le choléra se jouait des hommes.

Il poursuit ensuite sans obstacle le cours de ses ravages ; il s'empare de tous les germes des maladies, les développe, et s'en sert d'auxiliaires ; il contracte et déchire horriblement les nerfs, rassemble dans les entrailles toutes les humeurs , les force à s'ouvrir un double passage , environne les yeux d'un cercle livide , les retire dans l'orbite avec tant de force qu'ils semblent disparaître, creuse les joues , répand sur tout le corps une teinte noire , et rend la paume des mains presque aussi diue que la pierre. Quand tous ces symptômes sont réunis, la dissolution est prochaine et la mort inévitable Quelquefois le cadavre exhale une odeur pestilentielle qui empêche de lui rendre les honneurs funèbres, de l'admettre daus îe temple saint , oblige de le livrer pro mpiement aux mains tremblantes des fossoyeurs . de

te déposer de suite dans la tombe , et de le couvrir de chaux que l'eau enflamme, qui dévore les chairs et qui attaque les nerfs avec tant de force que le mort se lève et se met sur son séant. Spectacle affreux qui fait frissonner d'horreur !

Le choléra-morbus fut assez bizarre dans le choix de ses victimes. Il sévit peu contre la jeunesse ; il épargna assez la vieillesse et même la décrépitude. Il attaquait de préférence les corps les plus robustes , comme pour signaler sa puissance , et frappait de ses coups les plus terribles les audacieux qui le bravaient. On eût dit que c'était un fléau intelligent. Cependant il exploitait aussi la peur et les terreurs excessives. Dans ses caprices il se plaisait à déjouer toutes les prévisions humaines ; il exerçait toutes ses fureurs dans les lieux les plus sains, et ne frappait aucune victime dans les endroits marécageux. Il ne s'étendait pas de proche en proche comme les pestes ordinaires ; mais il franchissait tout d'un coup de grands intervalles , et puis semblait revenir sur ses pas. Pendant qu'il accumulait ses victimes à Vitry-îe- François et à Sermaize , il nese faisait presque point sentir dans beaucoup de communes intermédiaires. Il confondit la science médicale, qui fut contrainte de confesser son impuissance. Toutes les expériences furent démenties j les causes> la nature et le siège même de la maladie échappèrent aux investigations. On employa avec un égal succès les remèdes les plus opposés , comme la glace et les potions brûlantes. Quelques-uns se guérirent en buvant plusieurs seaux d'eau fraîche , et d'autres un vin généreux très-chaud qui provoquait une transpiration abondante qui les sauvait. Quelquefois il sufôaait'de relever le moral des malades pour les retirer des portes de la mort.

Presque tous les malheureux qui furent atteints du fléau demandèrent les secours de la religion , qui vola toujours à leur chevet , sans craindre la contagion , si ce n'est quelques-uns qui furent assaillis si promptement qu'ils n'en eurent pas le temps.

Le choléra-morbus ne fut pas si meurtrier à Vitryen-Perthois que dans beaucoup de communes circonvoisines 5 Une frappa que vingt-deuxpersonnes depuis le 8 mai jusqu'au 5 juillet 1832. Il ne fit point d'orphelins; s'il enlevait un père à l'enfance , il épargnait la mère. Il déposa encore en plusieurs personnes quelques germes funestes qui amenèrent plus tard onze autres décès, ce qui fit trente-trois morts pendant cette année , donjt seulement &eDt enfants. La nature sembla vouloir compenser ces pertes ; il y eut vingt-six, naissances.

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