‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 29 sur 41 · MAT ACTUEL DB VITRY-BN-PERTHOIS ( AIT · texte numérisé non relu

MAT ACTUEL DB VITRY-BN-PERTHOIS ( AIT

Vitry-en-Perthois est à quatre kilomètres ( une lieue ) de Vitry-le-François , qui est le chef-lieu de canton et d'arrondissement , et à> trente kilomètres ( sept lieues et demie) de Châlons-sur-Marne , qui est le chef-lieu du département. Il a le titre de bourg. On lui donne différents noms : on l'appelle Vitry-en-Perthois , qui est son nom légal, parce qu'il était autrefois la ville capitale du Perthois; Vitry-le-Chàteau , à cause de son château qui était très-remarquable ; c'est ce nom que portait son ancien doyenné ; Vitry-1' Ancien , pour le distinguer du nouveau et rappeler sa haute antiquité ; Victry-en-Parthois , Victry-le-Partois , et enfin Vitry-le-Brùlé, à cause des grands incendies dont il fut la proie : c'est le nom qu'on lui donne vulgairement.

Ses noms latins qu'on lui JU dans les anciennes p^m chartes , ne sont pas moins variés : Victuriacwn castrum, Victoriacum castrum, Vitriççum, Victor iacum, Vitreium t Vitercium, Victri&çum castellum, Victoriacum - Par thosiense , Vitriacum- Pairthosiense, Victriacum-in-Partense*

Comme il n'y avait point de seigneur à Vitry-en-Perthois , cette commune n'était grevée d'aucune prestation en 1 789 ; elle n'était tenue que d'entretenir ses chemins vicinaux, comme elle l'est encore aujourd'hui. Elle payait seulement les dîmes. Le couvent de Saint-Pierred a-Mont de Chàlons en. percevait les dîmes sur les vins , et le curé de la paroisse ne jouissait que de celles de la Ann. 1842. 7

Côle-de-Vaux. Le curé de Saint-Etienne recueillait celles du territoire de ie hameau.

La population de Vitry-en-Perthois a beaucoup varié. EUe pouvait monter à six ou sept mille au moins, qoand il était ville. Depuis qu'il n'est plus qu'un bourg , il ne compte plus guère que sept ou huit cents habitants. Les deux invasions en avaient beaucoup diminué le nomhre ; depuis, il s'est augmenté considérablement ; -en 1825, ir n'était que de sept oent cinquante-trois ; il était même descendu jusqu'au sept cent trente-cinq ; il<est aujourd'hui de huit cent vingt-deux et plus. Il s*«st accru presque de cent individus depuis dix-sept ans.

L'ancienne élection dont Vitry-en-Perthois faisait partie était celle de Vitry-le-François. Il n'est guère possible de connaître le montant de ses anciens rôles j ils étaient trop peu en ordre. Les changement d'administration et les bouleversemens politiques les ont fait disparaître. Ses contributions actuelles sont de 515,000 francs ; son budget monte à 6,000 francs.

De «es anciens édifices détruits, je n'ai plus à nommer que l'église de Saint-Etienne, dans laquelle on fit du salpêtre pendant la révolution (1). Comme cette petite paroisse fat réunie à celle de Vitry-en-Perthois, à la réorganisation du culte , et que personne n'allait y célébrer la sainte messe , elle fut vendue et démolie en fS08-;-*n a seulement posé une croix à la place , sur

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(i) Non loin de cette église , sur l'autre cdté de la route , en crttsant pour planter no petit bois , on trouva, il y a douze ou «^ujiiaeaiis,un cadavre dans la grève ayant àsescôtésdes armes romaines T une hache ., un javelot , une é pee et une 1 anc*

la route qui coudait à Sermaize , pour en conserver le souvenir. Le terrain qu'elle occupait et le cimetière qui y était joint , est couvert maintenant d'une vigne de la nature 4e Saint-Dizier : sa cloche , ses ornements sacerdotaux , et même ses bancs furent transportés à l'église Saint-Memmic.

Les édifices qui subsistent sont : l'ancien couvant des Trinitaires , qui n'est plus qu'une maison bourgeoise , et sur la ponte de laquelle on conserve l'ancienne croix grecque des religieux ; l'église Saint-Memmie , dont j'ai parlé, et la croix restau/ée en 1816, qui est sur la place , et qui est comme l'abrégé de toute l'histoire de Vitry-en-Perthois. Sur les quatre faces qui regardent les quatre points cardinaux sont placées les .statue* des saints qu'on honore à Vitry-en-Perthois, et des personnages célèbres qui y ont figuré. Elles sont posées à quatre hauteurs différentes. Au rang le plus bas , se trouve Sigebert , qui fut couronné à Vitry , roi du Perthois ; le roi Robert qui y bâtit un couvent , et l'église où il portait chape ; Louis vu , qui brûla l'église de Vitry, et qui semble tendre la main à Thibault ru en signe de réconciliation, et enfin Thibaut rv , qui rebâtit l'église que Louis vu avait livrée aux flammes.

Sur le second rang, paraissent S^Memmie, quisemble considérer ceux qui se rendent à l'église qui est sous son invocation ; Saint-Louis, qui est au nord, qui honora sans doute Vitry de sa présence dans le. voyage qu'il fit en Champagne entre ses deux croisades. Ses vertus inspirèrent tant de vénération aux habitahs qu'As élevèrent même une chapelle sous son invocation dans leur église ; Saint-Eloi au couchant , qui est le patron des laboureurs; et Saint-Clo taire , ou Lothaire, qui est au midi ,

dont les reliques attiraient tant de pèlerins au couvent de Saint-Jacques , où elles reposaient.

Sur le troisième rang , on aperçoit à l'est Saint- Sébastien , qui regarde l'Arquebuse dont il était patron ; Saint-Vincent, qn'invoquent les vignerons ; Samt- Eiienne, qui est l'ancien patron du hameau qui porte son nom, et Saint-Joseph qui était au midi et qui est tombé avec le haut de la croix.

Sur le quatrième rang étaient les quatre évangé-

listes.

Sur la sommet de la croix se tenait Clovis , premier roi chrétien, qui agitait dans sa main ce glaive terrible avec lequel il chassa jadis les Romains de Vjtry . Mais .1 était élevé trop haut; un coup de tonnerre l'abattit avec un bras de la croix. Le drapeau tricolore qu'on y arbora entraîna la chute de l'autre bras.

Le territoire de Vitry-en-Perthois est un des plus étendus de l'arrondissement. Il a environ quatorze kilomètres ( quatre lieues et demie) de circonférence , et à peu près six kilomètres ( une lieue et demie) de d.a- Jètre ;sa superficie est de mille sept cent «JJ^ hectares treize ares trente-six cent.ares , q«. se partagent en terres labourables , dont :

838 hcc. 89 ares 45 cent, en bois d'agrément, pièces dVnu et

fossés ;

q «a 64 — — terrains plantés -,

0, 40 35 - ^ vieilles taux stagnantes;

3 25 - 70 d*ne«ères;

Il 14 — 90 — — pré**

282 — 30 — 35 P» lurc î

15 04 - 80 vignes -,

379 98-92 bois et saussaies {

89 06-71 vergers ;

6 bec. 74 ares 49 cent, en jardins potagers \

7 — 12 — 35 — — terres vaines et friches ; ,

J 4 — 53 — 28 — — superficie des propriétés bâties ; î> — (2?*™ ^ — — chemins, sentiers, termes , rues,

places publiques \ 46 — 58 — 92 — — rivières , ruisseaux et ravins ; 27 — 64 — 70 — • —cimetières, presbytères, maisons

d'école et église j

On j compte environ deux cents maisons , y compris trois moulins à eau.

Avant la grande révolution , l'agriculture était moins florissante qu'aujourd'hui : les propriétés étant plus disséminées sont nécessairement cultivées avec plus de soin. Chacun force son champ à lui rapporter le plus qu'il est possible ; il ne lui laisse pour ainsi dire aucun repos, et il emploie toutes les améliorations qu'il peut découvrir. On se sert de beaucoup d'engrais. On sème le froment , l'orge, l'avoine, les blés de mars, le chanvre , les colzas , la navette, le trèfle , la luzerne , le sainfoin , les yesces et 1 es p ois , etc . Les terresau-delà de la Saulx sont grèveuses , et ne donnent de bonnes récokes que dans les années humides ou froides. On a défriché plusieurs pièces de terres sur leMont-de-Fourche, qui rapportent beaucoup depuis qu'on leur donne de l'engrais. Le revenu des terres labourables peut s'élever à 30,000 francs.

On distingue quatre prairies, deux petites à droite de la Saulx , et deux grandes à gauche. Elles produisent un foin excellent , et peuvent donner un revenu annuel • de 24,000 francs.

Le vignoble se compose de tous les coteaux environnants ; il produit un vin d'une qualité assez renia r?quable ; il réclame à lui seul les trois quarts des travaux

des habitans , et procure un revenu , année moyenne, de 60^000 franc*. Les vignes sont remplies d'atbres qui donnent des fruits excellens , surfout £§ mirabelles et des reines- claude ; dans les bonnes arîà#bs , ils garnissent avec hoqneur les marchés mêmes de Chàions. On en vend quelquefois pour 10,000 franc*.

Les deux rives de fa Saulx sont bordées de saussaies, qui croissent sur le limon quelle amoncelé dans ses sinuosités et dans ses débordenléhs , ét fournissent aux babitans presque tout le bois qui leur est nécessaire pour leur consommation. Cette branche de revenu peut s'élever à 4, S 00 francs.

Les habitans sont d'une activité étonnante, et se multiplient pour ainsi dire , afin de suffire à des Uavaui qui sont si variés, et qui se succèdent sans fin- Ils ont un troupeau dè bêtes à cornes assez considérable, et qui peut monter à trois cents. Celui de bétes à laine est moins nombreux.

Leur commerce consiste dans la venté du vin , du foin, du laitage et de leurs bestiaux. Un quart de k population se rend presque chaque jour à Vitry4e- François pour y porter son lait, sa crème , ses légume* et ses fruits. .

Il y avait tin moulin à vent snrleMont-de-Fourehe; mais on l'a détruit comme étant de peu def tàfpàtî * à peu près inutile. Des trois moulros à eau, deux §M • sur la BruxeneKe et un sur la Saulx. Le poasessear de ce dernier fait un grand commerce de ferme, o^'il expédie sur beaucoup points de la Franee. Il a établi *ne huilerie considérable , «fui a bruit presses, et que leau fait fonctionner ; il vient de construire deux gTandes

citernes en briques et en béton pour y déposer ses huiles. - * . *

L'instruction primaire est beaucoup soignée à Vitryen-Perfhois. -Auparavant elle était fort négligée. Les garçons reçoivent chei l'instituteur communal toutes Us science» qui leur sont nécessaires à la campagne , et qui les mettent même en état d'entrer dans des maisons de commerce. Les files sont tenues par deux soeurs de ia Providence , qui leur donnent toutes les connaissances convenables à leur sexe. Le nombre des garçons qui! régentent les écoles pendant l'hiver est de «jualre-viugtdix et de quarante à cinquante en été. Celui des filles est un peu plus considérable , surtout en été.

L'instituteur donnait, pendant l'hiver dernier, deux fais par semaine y des leçons gratuites d'arithmétique , et enseignait les nouveaux poids et mesures à toutes les personnes adultes qui se présentaient dans sa classe, à peu près au nombre de soixante.

Les mœurs se maintiennent assez pures ; on n'a guère compté , dans l'espace de dix ans , que quatre à cinq enfants naturels ; ce qui est encore trop. Les cabarets et les billards sont trop fréquentés lea dimanches ; cependant il n'y a pas beaucoup d'hommes qui tombent dans l'ivrognerie grossière ; quelques femmes ont ce défaut. Les grands vols sont rares depuis dix ans : on ne compte que quatre pu cinq personnes , et souvenu étrangères à la commune, qui forent condamnées à la prison 5 mais les vols de fruits sont plus communs. Dans ce même» espace de temps ^ il y eut deux suicides : l'un s'est précipité dans la rivière , par dégoût de, Ja v*e dont il avait trop joui ; l'autre par vrai nu? de panait!** en justice, pour avoir accusé inconsidérément un

homme d'avoir enlevé de sa vigne un arbre à® la valeur d'un franc. Peut-on se plonger dans le dernier des malheurs pour un motif si futile ?

La religion était autrefois très-florissante à Vitry-en- Perthois ; mais elle a beaucoup perdu de son ancien empire. On peut en indiquer plusieurs causes : les bouleversemens politiques, l'avidité insatiable des richesses , qui porte l'homme à profaner par le travail les dimanches et les fêtes , qui le matérialise , qui le courbe tout entier vers la terre , et ne lui fait adorer d'autre dieu que la fortune , le lâche respect humain , l'abrogation tacite de la loi civile sur la sanctification des saints jours , la fréquentation des cabarets , même pendant les saints offices , et les dissentimens religieux qui propagent dans la paroisse la révolte contre les autorites légitimes.

Je ne décrirai point les antiquités de Vitry-cn-Perthois, ainsi que les principaux événemens qui s'y sont passés. Je l'ai déjà faii dans les chapitres précédents.

Vitry-en-Perthois a produit plusieurs personnages remarquables. Son collège de chanoines ne lui fut pas inutile; il a formé trois évêqu es , Conon de Vitry , soixante-troisième évéque de Châlons ; il occupa ce siège depuis 1263 jusqu'à 1269 , c'est-à-dire six ans. Après sa mort il fut deux ans vaquant ; ses biens furent * mis sous l'administration du roi , c'est-à-dire en régale. Des historiens de Champagne assurent que Robert de Lénoncourt, quatre-vingtième évêque de Châlons , fut l« père aussi de Vitry. Etant abbé de Saint-Remy de Reims , R,p,D '* il fit élever un mausolée remarquable à ce saint pontife. Il fut nommé le premier par le roi François i er , en 1535, àl'évêché de Châlons, en vertu du concordat

qui venait de se conclure entre lui et le pape Léon x. Il fut envoyé en ambassade à l'empereur Charles-Quint, pour traiter du duché de Gueldrie. Il fut élevé au cardinalat, par le pape Paul m, en 1538 ; il publia un bréviaire en 4559. Il renonça à son siège en faveur de Philippe , son neveu* Il devint évêque, puis archevêque d'Arles. Il mourut en 1564 , dans son prieuré de la Charité , près de la Loire. L'année suivante son tombeau fut violé par les héritiques , qui firent mille outrages à ses cendres et à ses os. Le continuateur de Velly nous apprend que Philippe , évêque de Meaux , était de Vitry. Cet évêque a le premier traduit en Francais les Métamorphoses d'Ovide, pour Jeanne/ 6 "-." épouse de Charles v. Il vivait en 1380.

Les guerriers qui sont sortis de Vitry sont moins connus. Cependant on peut citer Godmar du Fay , qui en était bailli , et qui s'était fait une réputation de courage. Voici ce qu'en dit Pasquier :

« Anciennement les gentils hommes , baillis et séné-

» chaux administraient la justice sans lieutenant de ^^'^^

>; longue robe. Advint que M. Godmar du Fay , bailhf

» de Chaumomt et de Vitry , se trouvant n'être capable

» pour exercer cette charge , il fut ordonné par la

y> Chambre qu'il s'en démettrait ; car, comment quil

v soit bon homme d'armes, il n'a pas accoutumé à

» tenir laids ni asssises, et que l'on y pourvoye d'aucuns

» bonne personne qui soit chevalier. Ce qui fut exécuté,

y> suivant !• mémorial , le 30 août 1335, qu'il remit » ses sceaux à la chambre pour nommer un gouverneur

» desdits baillies. »

Vitry-en-Perthois a donné le jour à deux jurisconsultes célèbres, Durand et Salligny , dont nous avons déjà parlé.

Il eut pour historien M; Chartes-Maxime Detorey. Il n'a fait imprimer de son ouvrage que le premier volume , qui ne renferme que des notions générales sur Y histoire de France , et où il parle du clergé à la Voltaire , et deux fragments de son second volume qui devait contenir route l'histoire de Vitry-eivPerftoots , à laquelle se, trouvait liée ceHe des comtes de Champagne. Nous avons signalé dans ces deux fragmens quelques erreurs historiques , et nou* y avons puîsé plusieurs faits importans. On regrette que cet ouvrage n'ait pas été terminé .

On toit que Vitry-en-Perthois a tenu autrefois un rang distingué parmi fès villes de la Champagne , et qu'il occupe plus d'une page dans l'histoire.

FI* DÉ L'mSf Or*E DE LA STATISTIQUE ÛE VTTRT-BïT-

PEKTHOIS.

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