‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 30 sur 41 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

FRASCOW l" BATIT LÉ NOUVEAU YlWt , AUQOËL IL DOWtfE

SON HOM (ah 1545)»

Quand Franço* i" eut résolu de transporter l'ancien Vitry à Maucourt , il fit ?emr on célèbre arehitecte boulonnais , nommé Jérôme r qui tralça le plan de la nouvelle ville en itUÙ, et doana ordre sur-lechamp an comte de Nanteuil , bailli de Vitry-en^Pepthois, de faire commencer les travaux. Cette ville est carrée, d'une grandeur médiocre, descend par une pente presque imperceptible sur la rivière de Marne, occupe soixante-sept arpens , ou quatre-vingts arpents de terrain , en. y comprenant les fortifications , et renferme le village de Maucourt dans son enceinte. Elle est fermée de terrasses avec huit bastions royaux, mais bastions sans maçonnerie ; elle est entourée de fossés d'eau vire , et

du côté du couchant est un bras de la rivière de Marne qui baigne ses remparts. La ville elle-même est propre, bien bâtie , quoique la plupart de ses maisons soient en bois. Elle est très bien distribuée; les rues en sont larges , belles , et tellement disposées , que les quatre principaux vents y sont rompus par leurs angles , et s'y purifient avant d'arriver au centre de la ville , où l'on voit une place qui a quatre arpens , qui est une des Satiigny. plus spacieuses qui soient en aucune autre cité , d'une forme assez régulière, du milieu de laquelle sortent quatre principales rues qui en produisent de moindres , et celles-ci d'autres plus petites , le tout formant comme un parterre carré , et coupé à angles droits en chaque quartier. L'architecte romain voulut lui donner quelque ressemblance à ce que Julius Solinus dit de l'ancienne Rome : Quœ factaerat ad equilibrium, et qui avait la forme d'un quinconce (1). François i cl lui donna son nom et voulut qu'on l'appelât Vitry-lc-François et non Vitry-le-Français , comme on le prononce communément par ignorance. Il lui assigna pour armes sa devise , qui est une salamandre au milieu des flammes , avec ces mots à l'entour : Nutrisco et extinguo.

Il fit aussi construire la halle dans l'endroit destiné pour les marchés, qui est une des plus grandes , des mieux bâties et des plus commodes.

(1) L'auteur de la géographie de la Marne trouve que cette régularité est d'une monotonie fatiguante pour l'observateur. Une ville sans aucun plan , dont les rues seraient tortueuses et irrëguîières lui sourirait bien plus. Oa remirqne dans son ouvrage beaucoup d'erreurs , surtout sur l'ariciéA Vvtry.

Il joignit à la ville une citadelle dans un des bastions des remparts , vers l'orient , au haut d'une des grandes rues qui sortent de la place.

Pour aider à construire la nouvelle viHe , il donna la faculté de couper tout son bois de Bettancourt.

La ville se partage en quatre quartiers , dont les rues principales forment les délimitations : quartier Notre- Dame", où est situé l'église; quartier du Lion-d'Or, quartier de la Halle , et quartier Saint-Germain , qui renferme l'ancien Maucourt. Dans Vitry-en-Perthois, trois rues portaient les noms des trois premiers quartiers. Cette ville est fermée de quatre portes dont une seule se voit du centre de la place ; les autres sont placées sur le côté des trois bastions principaux. Ces portes ne furent pas construites de suite. Celle de Saint- Dizier fut bâtie en Tannée 1608 , aux frais du Roi ; les pierres en ont été achetées à raison de six sols le pied de roi. Ce fut le 17 août 1746 qu'on arrêta que la porte du pont serait alignée sur la rue de la ville. On fit construire le pofct à la porte de Frignicourt, le 8 août 1619. .

On employa bien des années pour élever les fortifications de la ville* Le 13 novembre 1610, elles se faisaient par les habitans qui y travaillaient à corvée. Le 19 mars 1614, la ville emprunta 6,000 livres pour construire les fortifications du côté de la rivière; ce Baiiiin qu'elle fit encore Tannée suivante. Le 25 mars 1619 on leva également 6^000 livres sur les habitans , pour fortifier la ville.

Le 15 juillet 1622 , le comte de M ansfeld, levant une grosse armée' pour entrer en France , on travailla enr nr* r>ar corvées aux endroits faibles des fortification* ,

pour mettre la ville à l'abri de Jtoute surprise. Le 8 juin 1624 on éleva la tour des Moulins, pour empêcher d'entrer dans la ville et d'en sortir.

Le pavage des rues se lit assez lentement. Le 9 novembre 1608 on obtigea les particuliers devant les maisons desquels on avait pavé , d'entretenir ce pave à leurs frais et dépens , ce qui suppose que la ville était loin d'être pavçe entièrement. Ce fut le 27 juillet 1615 qu'on pava la rue Saint-Martin ; l'année suivante on entreprit celle de Saint-Christophe.

Le 6 mai 1623 on ordonna aux particuliers de niveler et de rehausser, chacun devant sa maison, les rues de Saint-Germain , de la Madeleine , de Saint-Nicolas et de Saint-Paul.

Le 3 juillet suivant on obligea de nettoyer les rues qui n'étaient pas pavées , et d'y mettre de la grève aux dépens des particuliers qui avaient des maisons dans ces rues.

Le 11 janvier 1625 on fit paver les rues qui ne l'étaient pas , et réparer celles qui l'étaient aux irais des propriétaires des maisons devant lesquelles on travaillait.

Ce fut le 10 juillet 1627 qu'on fit l'adjudication du pavé de la rue du Pont, dite la rue de Troyes.

Le 22 juin 1671 on commença à rétablir le pavé de la ville par le bas de la rue du Pont. Le premier pavé placé près du goulet de la ville , à gauche en sortant , porte les lettres P. P. D. V. (premier pavé de Vitry), et le millésime 1671.

Le 3 juillet suivant, les quatre grandes rues furent pavées en entier de pavé neuf, et le vieux qu'on en

tira fut conduit dans les rues collatérales , et d'abord dans la rue de la Tour.

Vitry se peupla dans le principe fort lentement. Les habitans de l'àncienVïtry n€ voulaient point quitter le sol qui les avaient vus naître. La population du nouveau Vitry, en Tannée 1620', n'était que de deux mille habitans, dont quatre à cinq cents seulement étaient tenus de loger les gens de guerre. La guerre intestine qui désola cette jn'lle , et dont nous parlerons , fut sans doute cause de ce petit nombre d'habitans ; mais bientôt il s'augmenta d'une manière étonnante.

Le 20 avril 1626 , on fit un recensement et on trouva onze mille six cents personnes. Malgré la peste qui dévasta la ville, il y avait, le 24 avril 1650, plus de douze mille communians. Par le dénombrement des feux de la ville , fait en Tannée 1772 , on connut qu*a y avait trente-six feux nobles et mille nuit cent quarante-huit feux roturiers. Depuis cette époque la population diminua beaucoup : nous en examinerons les eau ses.

Vitry-le-François avait plus de cent vingt arpents d'usages communs entre les* deux bras de la rivière de Marne.

Ge fut le 30 juillet 1611 qu'on fit faire la chaussée et les ponts pour aller à Vitry-en-Perthois, et c'est la ville qui en fit la réception.

Lesponts et la chaussée qui conduisent à Blaoy ont été fcits des deniers do la ville et par adjudication le 9 terrier 1612.

Ce fut l'année suivante , le 5 octobre , qu'U fut fait adjudication pour faire venir de l'eau pour des fontaines au milieu de la place et aux carrefours de la

ville, 4es ruos S*infeJ*>nge ^nfrPa.fll. jfl jpar^i*. qu'elles furent détruites ou que ce, projet ne ^rçt ^'exécuter. * ? ' *

*ilte tvj&ulat : p<Hi^oir à tc?ut t ee gui ,é>^itift^Pr >aire A *es Muius ; le 15 octo}>i?e 1614, elle t ut^cor* cw&tfllwe Ja *p»r #ro«lie la Çoaynan<lerie , pour lui servir 4e magasin; ^if^rons w4atenan**es m^ur mens. • • v : < "

CH1PITBE U.

MOIftJMENS PUBLICS DB riTRY-tE-PRàïfÇOlS, SOIf' BGMS* SON HÔPITAL „ SON COLLEGE , SON PALA19-R0TAL , SON

arquebuse bt sà commander» (an 1547).

r. François i* r n'avait pu éleveirdans sa nouvelle ville las monuinens publics- dont il avait tracé les emplacement > la mort l'empêcha d-exéouter ses préjets. Mais Henri u. qui lui succéda en 1547 , continua son œuvre &ans pouvoir y mettre la dernière main. Il commença par bâtir a Vitry-le-François une église seulement en bois , afin de pourvoir de suite aux besoins religieux de s*s hfibi— ' tans; elle fut consacrée le 19 juin 1557 ; mais il If dota dans l'intention que ses revenus seraient employés , après les charges acquittées, à en bâtir une en pierreslis furent b^en insnffisàns.

Il y avait dans l'enceinte de Vitry l'église Samt-Gernrtiin qui était l'ancienne paroisse de Maucourt, et qu on laissa dans le même élat qu'elle était; ma** elle *c trouvait absolument insuffisante pour la nouvelle

pulâtion. .< t • « i

Ce fut en 1567 qu'on commença à élever un Hôtel- Pieu près l'église Saint-Germain. On lui donna tous

tes biens dont jouissait l'ancien hôpital de Vitry-en- Perthois, et il perçut une censive sur les maisons qu'où construisit sur ses ruines. Il parait que ses revenus dans le principe étaient peu considérables , puisque le 21 décembre 1611 la ville se chargea de la garde et de la nourriture d'une pauvre fille nommée Martine , qui courait les rues nuit et jour. Le 1 9 mars 1 6 1 6 les soldats blessés furent pansésetmédicamentésà l'hôpital, aux frais et dé- BaiMan pens de la ville» Les bâtimens en étaient peu solides ; le 4 avril 1820 la ville fut contrainte de les faire réparer.

Pour donner plus de ressources à l'hôpital on y réunit les revenus de la léproserie de Vitry-en-Perthois ; ils étaient assez considérables ; ils consistaient en sept journels un quartier et quatre perches de vignes ou terres , qui furent vendus , à cens perpétuel , le 2 janvier 1627 , dont le prix fut mis à rente au profit de la Léproserie, en une rente de 72 livres que lui devait l'abbaye de Huiron et une ferme à Couvrot, dite la Censede-Champagoe , qui fut aussi vendue à cens perpétuel pour y planter des vignes , et une ferme située aux FiJiages de Meixtiercelin et d'Humbeau ville , qui était louée, douze setiers quaue boisseaux , par moitié seigle et avoine. Ce fut le 4 octobre 1646 que la ville remit au sieur Renauldot^ qui en était administrateur , les lettres du Roi à cet effet ; ce qui s'exécuta le 18 novembre suivant par les soins de Mf l'évêque de Châ- Ions* Cette léproserie était sans doute devenue inutile par l'extinction de la lèpre dans ces contrées. Il est à présumer que ce fut à cette occasion qu'on réserva deux lits à l'hôpital pour Vitry-en-Perthois , auxquels il avait droit, comme nous l'ont assuré les anciens ; mais on en a perdu les titres,

Cet hôpital ne resta pas iong-temps près l'église Suint- Germain. Le 7 ami 1694, M. Jérôme dé Ptotevillé, doctéur en Sorbonné , légua aux hatbka«& de Yfaty > pour la construction d'un nouvel hôpital , dé* maisons et des emplacemens où il se trouve maintenant, avec tfâe somme de deux mille Kvres; cé qui fat GfCcépté datrfelm conseil èxtraerdinairè. Ce fut le 1 0 sèptéa^rè 1 634 qu'eût lieu là translation de l'ancien hôpital à l'endroit où étaient les toaisoos données par M. de Rri^e¥flle , et qu'on commençâtes bàtimenls du nouveau^ ' " '

Cet hôpital reçut encore de nouveaux accrdi&sémens. M. Daniel Morel, maître de la Chambie aux Denièrs , établit à Vitry , en 1671 , un hôpital qu'il fit desservir par quatre religieux de la Charité , et où il fonda huit lits qui avaient chacun deux cents livres de revenu. Là ville leur avait donné pour demeure l'ancien hôpital près Saint-Germain , où, au moyen de 8000 livres que la ville leur avait accordées, ils s'étaient logés et y aff aient établi huit lits. Mais se trouvant, eux et leurs malades , trop à l'étroit , ils demandèrent de changer de demeure ; ce qui leur fut accordé , et de plus 400 lii*e* décrites annuelles à prendre sur les revenus de l'hôpital , iavec exemption de droit de lots et ventes pour les maisons dont ils devaient faire l'acquisition» ' •

L'hôpital dut encore un nouvel agrandissement à M. Noël Jacobé , grenetier ; il fit un legs, le 1 er no-* vemfere 1681 , pour contribuer à rétablissement de la Renfermerie où devaient être reçus les habitans infirmes et pauvres qui , sans ce secours , ne pourraient vivre sans mendier. Mais le 26 juin 16&2, on se détermina à biettre la renfermerie des pauvres à l'hôpital , et pour cela les habitans s'obligèrent de lui payer une

somme de quatre mille livres avec l'intérêt , jusqu au remboursement, et de plus, ils lui donnèrent un tiers du paquisqui est au bout du Bas- Village, qui consiste en vingt fauchées. Le o février 1686 , Louis xrv donna des lettres-patentes pour réunir la Renferme rie à THô tel- Dieu , et en faire un hôpital général. La ville d'abord s'y opposa ; mais le 28 juin 1 687 , elle consentit à la levée de son opposition. Le 3 juin 1750 , la ville prescrivit aux frères de la Charité- d'avoir chez eux deux lits, outre les huit qui avaient été fondés par 31. Mord, pour y recevoir des malades à la décharge de l'hôpitat. qui leur a donné pour ces deux lits une somme de huit mille livres. On leur donna , le 49 octobre 1768 , le cimetière des pestiférés. Il parait que ce ne fut qu'au moment de la révolution qu'ils furent réunis au grand hôpital. Leur maison était celle où sont maintenant les sœurs de l'Immaculée-Conception. Ainsi, l'hôpital actuel est un composé de l'ancien hôpital de Vitry-en-Perthois , qui fut transféré près l'église Saint-Germain dans le nouveau Vitry , de la Léproserie , de la Renfermerie et de l'hospice de la Charité. C'est donc avec raison qu'on a fondé dans la chapelle de cet hôpital une octave des morts, qui Jcommence le lendemain de 1 Toussaints , pour le repos des ames des nombreux bienfaiteurs de la maison.

Un autre établissement non moins utile à Vitry , est son collège. Il reconnaît aussi bien que la ville. François I er pour son fondateur ; mais ce ne fut qu'en 1567 qu'il fut confirmé par Charles ix.'Nous allons en fair l'histoire succinctement.

Il était peu important dans son origine; il n'avait r«. u «i que deux regens qni étaient prêtres. En 1605 , le cî?a- *******

* ' Pallidart,

pitre offrit 80 livres pour une prébende que le roi avait accordée pour leur entretien ; le conseil de ville le força de donner 200 livres , sinon que les régens jouiraient de la prébende ; mais comme cette somme était insuffisante, il y ajouta une égale somme, de sorte que les deux régens avaient 400 livres de gage par an. Comme ces deux régeas ne pouvaient suffire au nombre croissant des élèves , on leur en adjoignit un troisième , et on ajouta à leurs gages soixante livres.

Dans les années 1608 et 1609 il y eut à Vitry une cherté de denrées ; on augmenta par chaque année les gages des régens de 50 livres , et ils furent portés à 550 livres pour les trois régens. -

Ce ne fut que le 14 mai 1613 que la ville fit fermer de bàtimens la cour du collège.

Un des trois régens prit le titre de principal , qoi n'était pas très lucratif. Le sieur Garnier, qui en était honoré , s'était fait pourvoir de la cure de Landricourt. Les habitans de Vitry, pour l'engager à rester, augmentèrent ses gages de 100 livres , ce qui fit 300 livres par an 5 on lui donna un troisième régent avec lQfr livres de gages , et on lui assura , en cas d'infirmité , 250 livres de pension sa vie durant.

Les régens obtinrent encore le privilège , le 6 mai 1617, d'être exempts de se trouver au guet et garde des portes , sinon en cas d'alarme.

Indépendamment des 300 livres que le principal recevait de la ville , il percevait encore une modeste rétribution des çcoliers du collège ; chaque élève lui payait cinq sols par mois ; ce qui avait une plus grande valeur qu'aujourd'hui , à cause de la rareté de l'argent.

Les bàtimens du collège n'étaient pas encore consi-

défables, puisque ce ne fat que le 5 novembre 4620 que la tille fit construire une cave qui coûta *8 livres.

Elle veillait avec beaucoup de soin à l'instruction de la jeunesse. Le 22 mai 1627 , elle obbge les régens du collège de se présenter à l'hotel-de-ville pour y prêter serment, et promettre de faire diligemment leur devoir pour former leurs élèves tant à la piété qu'aux lettres humaines.

Elle ne borna point là sa sollicitude ; jugeant que des religieux seraient plus propres pour élever la jeunesse que des séculiers , elle consentit que les pères Minimes eussent le collège , sous l'agrément toutefois d'une assemblée générale qui y donna son assentiment. En conséquence, le 7 février 1650, les pères Minimes prirent possession du collège , et y furent établis par un échevin. La ville leur donnait 1,000 livres pour la conduite du collège dont ils s'étaient chargés , sur quoi ils devaient payer 500 livres au sieur Garnier, ancien propriétaire , sa vie durant. Il parait que cette clause ne leur convint point , qu'ils quittèrent le collège pour retourner dans leur maison f et que le sieur Garnier reprit ses fonctions.

La ville n'abandonna point son projet de confier le collège à des religieux. Dans l'assemblée générale du 17 juillet 1661 , il fut question d'établir les pères de l Oratoire. Leshabitans devaient leur allouer 1500 livr es par an , ou même jusqu'à 1 ,800 livres , outre 1 ,000 livres que leur donnait M* r de Châlons ; en conséquence il fut -résolu de renvoyer le principal et les régens qui occupaient le collège. Il y avait trois classes le 18 octobre 1662 ; on donnait 550 livres au régent de la première , et 325 livres aux régens des deux autres classes.

Le 5 novembre 1666 fies père» de la Doctrine demandèrent 300 livres par aa d'augmentation , pour établir au collège une classe de physique.

Ce ne fut que le 29 septembre 1667 qu'on reçut les lettres-patentes données par Sa Majesté pour rétablissement des pères de la Doctrine au collège.

Gomme l'hérésie de Calvin avait fait des progrès considérables à Vitry, M** de Vialard, évêque de Châlons, s'était concerté avec les officiers municipaux pour appeler au collège les prêtres de la Doctrine chrétienne , persuadé qu'il trouverait en eux des coopérateurs capables d'arrêter l'erreur , d'en retirer les citoyens qui en étaient infectés , de donner des soins utiles à l'éducation de la jeunesse et de la former en même temps dans la connaissance des lettres divines et humaines. L'hôtel-de-ville leur donnait 1,200 livres ; mais le prélat jugeant les rétributions votées par la ville insuffisantes pour l'entretien des maîtres , s'obligea par-devant notaires , envers les pères de la Doctrine , présens en personne , et acceptant pour le collège de Vitry , de lui faire unir , le plus tôt qu'il se pourrait , un bénéfice qui serait au moins de la valeur de i ,200 livres de rente , et en attendant que cette union puisse se réaliser, de payer aux pères , par chaque année , une pareille somme de 1,200 livres, dè six mois en six mois. Il avait placé à cet effet une somme de 24,000 livres sur le roi , qui produisait les 1 ,200 livres , qu'il s'était engagé de payer aux pères de la Doctrine ; mais une mort prématurée enleva bientôt cet illustre prélat, et les babitans de la ville virent s'évanouir leurs flatteuses espérances. Le corps de ville, toujours empressé de seconder le rôle des maîtres , et de leur assu-

rer une subsistance gracieuse accorda un supplément de 100 pistôles qui dura jusqu'au moment fatal où la révolutioh priva pour un temps le» citoyens du bienfait

de l'éducation qu'on recevait au collège.

Les pères de la Doctrine eurent beaucoup de peine à jouir d'une paisible possession. Le 16 février 1669 , plusieurs écoliers , qui regrettaient les anciens régéns , s'étant rendus au collège armés de bâtons , de baïonnettes , de pistolets et de pierres , firent déserter les Pères doctrinaires. Mais le conseil de ville se transporta au collège, fit faire aux élèves les soumissions convenables. Les pères et mères et les maîtres de pension furent mandés à la chambre du Conseil de yille pour prendre arec eux les précautions nécessaires. Cependant l'émeute ne fut pas encore appaisée ; le 20 du courant plusieurs babitans s'emportèrent jusqu'à injurier les pères de la Doctrine; mais la ville fit présenter requête au juge pour en informer ; les séditieux furent punis 3 et le calme se rétablit.

Les doctrinaires étaient tenus , par le traité fait par les habilans, de payer une pension de 550 livres au sieur Dominé , ancien principal du collège ; mais ils s'y refusèrent quafcd il fut nommé à la cure de Vitryen-Perthois, le* 9 octobre 1680.

Quand ils virent que la tranquillité s'affermissait dans leur collège , et que le nombre de leurs élèves croissait chaque jour, ils songèrent à reconstruire leur maison qui se trouvait trop exiguë , et surtout à bâtir une .chapelle. Ils demandèrent à la ville; l'auto, risation . d»,âcueteiî des 'âtteisopS" pour aVt^r> plus d em— placement. Elle leur fut accordée le 28 décembre 1689. Ils ne purent exécuter prompteraent leur projet ;

ce ne fut que le 23 avril 1710, que le maire et les échevins posèrent la première pierre du bâtiment des Pères de la Doctrine, auxquels ils firent un présent de 300 livres.

Pour les aider à terminer leur entreprise , on les auto-

risa, le 25 octobre 1716, à lever 15 sols par mois sur chaque écolier , pendant dix mois.

Quand leur maison fut achevée , ils se mirent à élever leur église. Le 3 septembre 1721 , le maire et les échevins vinrent également en poser la première pierre , et firent aux pères un présent d'une somme de 400 livres.

Comme ces constructions leur avaient occasionné des dépenses énormes, le 14 octobre 1728, on leur accorda la permission de lever vingt sols sur chaque écolier pendant deux ans, et dix mois par chaque année; pendant ce temps ils devaient se pourvoir pour obtenir une augmentation de la pension que la ville leur payait.

Comme leur collège prospérait de plus en plus , ils se trouvèrent encore bientôt à l'étroit ; pour s'agrandir , ils obtinrent la maison curiale, et le 3 janvier 1752 , les officiers du conseil de ville leur donnèrent un certificat, comme c'était avec leur consentement qu'ils avaient fait à leur collège la réunion de la cure.

Pour stimuler l'ardeur de leurs élèves , et donner plus d'éclat à leur établissement, ils résolurent de faire une distribution de prix au collège. Ce fut le 7 février 1759 qu'eut lieu pour la première fois cette solennité scolaire. Les élèves jouèrent une tragédie. La dépense monta à la somme 453 livres 4 sols.

Le conseil de vîHe fut si satisfait qu'il se chargea de

tous les frais. Le 17 septembre 1766, la dépense pour la distribution des prix monta à la somme de 214 livres 7 sols 9 deniers. Le 9 juillet 1769 , dans l'assemblée des notoires , on porta à 200 livres la dépense que ferait la ville pour la distribution des prix , selon le bon plaisir de M. l'Intendant.

C'est ainsi que le zèle des pères de la Doctrine, et les encouragemens de l'hôtel-de-ville firent fleurir les études. C'était avec raison , et sans basse flatterie, que Baugier disait dans ses Mémoires sur la Champagne que la plus grande partie des personnes de Vitry avaient beaucoup d'esprit, et qu'un grand nombre donnaient des marques d'une profonde érudition.

L'arquebuse remonte aussi bien que le collège à l'origine de Vitry. Cette institution guerrière , joyeuse et même religieuse présentait plusieurs avantages ; elle entretenait l'union entre les citoyens et même les différentes villes ; elle formait d'habiles tireurs pour l'Etat ; elle servait de sauve— garde aux communes , et faisait l'ornement des cérémonies tant religieuses que civiles. Elle jouissait de plusieurs privilèges. Nous voyons que , dans Vannée 1605 , le Roi de l'oiseau était affranchi des tailles et des droits d'entrée de la ville. Le 10 septembre 1617, le corps municipal abandonna aux chevaliers de l'arquebuse une place proche la porte de Marolles où se tenait le marché aux chevaux et autre bétail , et ordonna que ce marché se tiendrait dorénavant hors <fcM.d« la ville , du côté de Blacy. Baiiid.rt.

Le 24 janvier 1621 , les chevaliers de l'arquebuse ayant vendu un jardin et quelques places qui leur appartenaient , la ville leur en abandonna les lods et ven-

tes pour la construction d'un bâtiment pour eux et pour les chevaliers de l'arbalète.

Le 7 octobre 1623, ils achetèrent des Pères Minimes une place pour faire leur jardin dont ils payaient la rente.

Le 13 juillet 1624 , devant aller à Troyes pour tirer un joyau et un bouquet, ils furent autorisés à demander le même privilège pour Vitry l'année suivante , comme regardant l'honneur de la ville. Les chevaliers ayant, obtenu leur demande , la ville leur accorda 400 livres pour réparer leur maison et leur jardin.

Le 25 janvier 1625 , on assigna le boulevard Saintr- Jean aux chevaliers de Tare pour y faire leur exercice au lieu et place de la citadelle , donnée aux Pères Récollets.

Le 23 mars 1667 , la ville payait 500 livres au roi de l'arquebuse pour ses indemnités.

Le 28 juin 1684, on demanda des lettres-patentes pour la convocation des bandes pour rendre le bouquet du prix général que les chevaliers de l'arquebuse de Vitry avaient reçu en la ville de Bar-sur-Aubc , et l'hôtel-de-ville s'obligea de fournir aux frais. Le 27 juin de l'année suivante, le j<5ur du prix général , la ville fit faire un service et une procession solennelle, où elle assista en corps , et les communautés des religieux y furent invitées. Les frais du prix général montèrent à 439 Kvres.

Les chevaliers de Varquebuse allaient assez loin pour tirer ce prix dans les autres villes. Le 26 mai 1717 , revenant de Meaux , ils se rendirent en corps à l'hôtei-

de-ville pour montrer les prix qu'ils avaient gagnés ,

et on leur présenta la collation.

Le 4 août 1756 , les chevaliers de l'arquebuse étaient encore dans l'usage d'offrir aux maire et échevins delà ville , la veille du tirage de l'oiseau , une buttière d'argent pour avoir l'honneur de tirer le premier coup.

La révolution a détruit cette institution qui faisait la gloire et la joie de nos aïeux.

Henri II avait fait construire sur la grande place un monument plus nécessaire que l'arquebuse , c'était un palais assez remarquable. Il fut bientôt détruit par

que le 4 novembre 1625 , qu'on employa 1390 pour le réparer. Pour prévenir ce malheur à l'avenir, on arrêta qu'il serait fait un corps de garde entre la prison et l'escalier du palais , à la place de celui qui était au dedans du palais. Ce monument subsista jusqu'en 1 790 ; on le laissa tomber de lui-même en ruine et il ne fut pas reconstruit. U donna à la foire de Pâques le nom qu'elle porte.

Toutes les juridictions qui étaient à Vitry-en-Perthois, et que François P r avait transférées dans sa nouvelle ville, y tenaient leurs séances. La chambre de l'hôtel-de-ville y était également installée.

Il est nécessaire de faire connaître en quoi consistaient ces juridictions, afin de faciliter l'intelligence de l'histoire.

Le bailliage et siège présidial étaient composés d'un grand bailli-d'épée, d'un lieutenant général, d'un lieutenant particulier, d'un lieutenant de police, d'un kieutenant criminel , de six conseillers robins , de deux conseillers d'épée, de deux conseillers clercs, d'un avocat du Roi , d'un procureur du Koi , d'un greffier

et de deux huissiers à verge. Ce tribunal connaissait de toutes affaires civiles et criminelles.

Le tribunal d'élection était formé d'un président , d'un lieutenant , de six conseillers , d'un procureur du Roi , d'un greffier et d'un huissier; ce tribunal avait dans son ressort toutes les affaires relatives aux impositions connues sous le nom de tailles, et jugeait tous les délits relatifs au domaine royal concernant les aides. * Le grenier à sel se composait , d'un président , de deux conseillers , d'un procureur du Roi , d'un greffier et d'un huissier ; ce tribunal connaissait de toutes les affaires qui regardaient les gabelles.

La juridiction des eaux et forêts se formait d'un lieutenant particulier , d'un procureur du Roi , d'un garde-marteau , d'un greffier et d'un huissier. Ce tribunal s'occupait de toutes les affaires concernant les eaux et forêts.

Il y avait un président des traites foraines. Etaient encore attachés au bailliage , deux prévôts et denx présidens dont les charges ont été supprimées ; mais les titulaires ont conservé leur vie durant leurs titres de conseillers au bailliage.

La mairie 'était composée d'un maire , d'un lieutenant-maire , de quatre échevins , de six conseillers et de huit notables , lesquels étaient pris dans toutes les classes de la société, et n'étaient appelés que pour les affaires extraordinaires. Touslesdits maires, échevins, conseillers et notables devaient être renouvelés tous les trois ans, le dimanche entre la Toussaints et la Saint- Martin.

Nous avons montré dans l'histoire de l'ancien Vitry , combien le bailliage de Vitry était étendu , ainsi que

son élection : ce qui excitait l'envie de la ville de Châlons. En Tannée 1611 ; et même les précédentes, les babitans de cette dernière cité avaient sollicité de tout leur pouvoir la translation en leur ville de l'élection de Kettteil Vitry, mais ils ne purent l'obtenir. Ils ne se découra- *«M.d. gèrent point. Le 20 mars 1614, ils demandèrent qu'on transportât dans leur ville le bailliage de Vitry , sous prétexte que cette nouvelle cité n'étant pas fermée , la justice ne s'y rendait pas sûrement. Leur désir ne fut pas encore satisfait; ils ne se rebutèrent point. Le 25 avril 1625 ils recommencèrent leurs poursuites en Cour pour faire transférer chez eux le bailliage de Vitry, ou du moins pour en distraire plusieurs villes et villages , afin de les réunir à celui de Châlons. La ville de Vitry dressa un mémoire à ce sujet, et se défendit avec force et succès. Les habitans de Châlons voyant leurs efforts impuissans, renoncèrent à leurs prétentions.

Près de ce palais , où se tenaient toutes ces juridictions , s'élevait un monument qui est nécessaire et indispensable pour la tranquillité publique , c'est la prison. Elle offre l'aspect d'une espèce de tombeau , et contraste d'une manière pénible avec une belle place entourée de verdure.

Vitry renfermait encore un autre monument qui existait dans l'ancien Maucourt, c'était la Commanderie de l'ordre des Hospitaliers , annexe de celle de la Neuvillean-Temple.

Les religieux possédaient des propriétés fort éten- G*>|r. P ki. dues, et le terrain sur lequel forent construites plu- i. mI w sieurs rues de Vitry leur appartenaient. Ils exerçaient divers droits sur Blacy. La Commanderie de Saint- Etienne-au-Temple avait été réunie à celle de Vitry, de

sorte que le commandeur de Vitry , prenait encore le titre de commandeur de Saint-Etienne-au-Temple , et jouissait de tous les revenus qui y étaient attachés. En 1294, Philippe iv, roi de France, confirma à la Gommanderie de Maucourt diverses propriétés à Avize > sur lesquelles elle avait déjà des droits dès 1281. La révolution détruisit cet important établissement.

Vitry-le-François devint bientôt une ville assez considérable pour que les partis qui divisaient alors la France tentassent de se l'attacher.

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