GÉNÉRAUX ( AN
Pendant les vingt dernières années de Louis xv le trésor public avait été épuisé pour satisfaire à l'avidité insatiable des favoris et des maîtresses. Louis xvi à peine sur le trône, avait soutenu une guerre désastreuse pour l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique, où allèrent s'engloutir les richesses de la France. Necker, ministre des finances, par de faux calculs et la manie des emprunts, avait creusé de plus en plus l'abîme, et l'Etat se trouvait chargé de sept cent trente-trois raillions de nouvelles dettes. Les revenus publics , loin de couvrir cet énorme déficit, et loin même d'égaler les dépenses , se trouvaient au-dessous , chaque année , de cent millions. Pour ne pas tomber dans ce gouffre qui ouvrait sans cesse une bouche plus énorme, Necker décida la convocation des états-généraux à Versailles , pour déterminer le peuple à fournir les subsides dont le gouvernement avait besoin. Ces états-généraux se composaient des trois ordres de l'état, des députés, du clergé, de la noblesse et de la bourgeoisie qu'on appelait le tiers-état.
vaij, Ce ne fut qu'en 1504 que lei députés du tiers-état 1 ,,,,p ' 59 parurent pour la première fois aux assemblées générales de la nation, qui n'étaient composées auparavant que
du clergé et de la noblesse. Ils étaient les représentai des communes qui avaient été affranchies. Ils prirent
insensiblement dans les Biètes de la nation une auto* riié, égalé ou même supérieure à celte 4ft clergé et de la noblesse, et qu'on appela tiers-état, nom qui était inconnu i dans les siècles précédons.
Necker, pour gagner la faveur populaire, fit accorder au troisième ordre un nombre de Toix égal à celui des deux autres réunis; ce qui donna toute la prépondérance au tiers-état qui poussé par un esprit tfe domination, ne tarda pas à s'arroger toute l'autorité, anéantir les deux autres ordres, abolir la monarchie et bouleverser toute la, France.
Tous les députés du royaume furent convoques pour l'ouverture des états-généraux, le 15 mai 1789. On procéda promptement à leur nomination dans toute la Fi ance , et on rédigea des cahiers où étaient exposées
les remontrances , plaintes et doléances de chaque
bailliage.
Les députés des trois ordres des cinq bailliages de l'élection de Vitry, s'assemblèrent ,en cette ville, savoir : ceux de Vitry , qui était le bailliage principal , ceux de Saintc-Méneliould, dei$ajnVl&?ier,, .d'Ëpernay et de Fismes, qui n'étaient que baillajas secondaires, et qui ressortissaient de celui de Vitry. Ils se réunirent le 17 Recherche* mars 1789 dans l'église des RR. PP. Récollets chemet prêtèrent entre les mains de M* le marquis de TW wmassin, grand bailli et pré aident, le serment de procéder fidèlement à la rédaction du cahier général et à la. nomination des, députés. Delà ils ^se rendirent è »Mrî glisc collégiale et -paroissiale de la ville, et assistèrent à la messe célébrée par 31. l'abbé de Montcetz, président de Tordre du clergé. L'accord ne dura pas long-temps
entre les trois ordres, pendant les séance* qui se tinrent à Vitry. Il fat décidé parles députés du clergé et de la noblesse, que chaque ordre délibérerait séparément et non par tête, suivant l'ancienne constitution de la monarchie, si ce n'est dans des cas particuliers du consentement des trois ordres , sans qu'il résultât aucune dérogation pour l'avenir. Mais les députés du tiersétat demandèrent qu'on votât par tête et non par ordre, Louis-Philippe, duc d'Orléans, avait envoyé différents articles pour être insérés dans les cahiers, et surtout un en faveur du divorce ; ils furent repoussés à la pluralité des voix. On refusa encore à son fondé de pouvoir, qu'il prit connaissance des cahiers de l'ordre delà noblesse, et qu'il allât accompagné de gentilshommes, faire part des instructions du prince aux deux autres ordres.
Chaque ordre rédigea séparément ses cahiers de remontrances et de doléances , et nomma ses députés. La noblesse, dans ses cahiers, fit le sacrifice de ses privilèges pécuniaires, et consentit à supporter les charges des impôts ; mais elle voulut conserver ses distinctions honorifiques que le tiers-état ne tarda pas à anéantir.
Les députés du «clergé furent messir* Nicolas Damont, docteur en théologie, et curé de Vitters-devant-le Tour, et messire Jacques Antoine Brouillet curé d'Avize, gradué en droit canon, université de Montpellier.
Ceux de la noblesse furent messire Jean-Baptiste David de Ballidart, chevalier, seigneur de la cour, du fief des Grandes et Petites-Côtes, procureur syndic de l'ordre de la noblesse au département de Vitry, et messire Pierre Louis, comte de Failly, chevalier, vicomte de Vinay-les-Mousselines, Conardins, chevalier de l'ordre royal militaire de Saint-Louis , demeurant au château des Conardins, près Epernay.
Ceux du tiers-état furent MM. Nicolas Remv
Ttï ÏT^Tw™ Sie ' gC Particu,ier de Sainte-Ménehouldj Edmond-Louis-Alexis Dubois de Crancé, seigneur de Balham ancien mousquetaire, demeurant à Chalons; Pierre-François Barbié, conseiller du roi, heutenant-generalaubailliage et siège présidial de Vi
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verÏrelL^ * « *IW verture des e tats^eneraux, le 15 mai 1789. Mais dès
cejour même le tiers*,at, pour parvenir à dominer dan!
i assemblée, voulut abolir la distinction des ordres, et
demanda avec une persistance invincible qu'on votâtpar
tete. Ses députes étantplus nombreux que ceux du cier-
ge et de la noblesse pris séparément, il était sûr de se
rendre maître de tout le gouvernement. La noblesse £
fend,t avec la plus maie énergie la distinction des ordres
T ° rdre - MM - de Ba,,idart et d « Failly
«rent fide.es aux prescriptions de leurs cahiers. Mais
le 15 juin la majon.e de l'ordre du clergé et quarantesept membres de Tordre de la noblesse se réunirent au tiers-état et se constituèrent d'eux-mêmes assemblée nationale. Lou.s xvi n'eut point la force derésis ter aux prétentions du tiers-état, et par désir du bien public, il engagea l'ordre du clergé et celui de la no
UM e /« e S ndreà , ,0 i' Ct àcédCra ses pences. >IM. de Balbdart et de Failly ne voulant point trahir les prescriptions de leur mandat, écrivirent à M. le mar <nns de Thomassin, président du bailliage de Vitrv pour qu'on leur traçât la ligne de conduite qu'ils devaient len.r. La noblesse du bailliage de Vitry s'assembla dans
le lieu de ses séances , et pour donner un témoignage éclatant de son dévouement au bien public , elle autorisa ses deux députés à se réunir au tiers-état et nomma deux députés suppléans. Cette condescendance des deux premiers ordres ne fit qu'inspirer plus d'audace au tiers-état, qui sapa , les unes après les autres , toutes les lois constitutives de la monarchie. Le jeune Matthieu, vicomte de Montmorency, fit la motion d'abolir la noblesse. Elle fut décrétée, et le roi la sanctionna. On ne put abolir le clergé, mais on l'expulsa de la France , ou on le massacra. C'est ainsi que le tiersétat devint maître souverain dans les assemblées, et put exécuter l'œuvre de destruction qu'il méditait depuis long-temps.