PREMIERS HABIT ANS DB VITRY-EN-PERTHOIS
Les premiers habitans de Vitry furent les Gaulois qui résidaient dans l'ancienne Carkonne, et occupaient les deux rives de la Saulx. Les Romains, qui les sou* mirent, ne se mêlèrent point entièrement avec eux 5 ils s'établirent au pied et sur lu pointe de la montagne 5 il»
s'environnèrent de retranchemens , afin de maintenir les anciens habitans dans la soumission et de n'en craindre aucune surprise ; ils étaient très-prudens. On a des preuves incontestables de leur séjour dans Vitry et aux environs. Les noms des anciens monumens l'attestent; des découvertes que Ton fit le confirment.
DflcouvNtc En cultivant la terre , sur un monticule qui. est au
rwutc cachant du château , au-delà de la route actuelle , on déterra deux squelettes , dont l'un portait un anneau de fer sur la poitrine. Ce ne pouvait être qu'un chevalier romain qui avait été inhumé avec la marque distinctive de son ordre. On a trouvé desfragmens de flèches et d'armes romaines en beaucoup d'endroits.
StMifar. En plantant un nouveau vignoble , vers Tan 4656 , à cent pas des remparts de Vitry-le-François , du côté du nord , il s'est trouvé que cet endroit servait de cimetière à la garnison romaine , sur la rivière de Marne; car c'était la coutume d'inhumer les morts auprès du courant des eaux , pour montrer que la vie passe et coule de même. On en a tiré quantité de tombeaux de pierre , dans lesquels il y avait , entr'autres choses , des haches romaines , dont une fut conservée longtemps par la famUle des Salligny > des javelines , des dagues , des lampes et des vaisseaux servant aux liqueurs aromatiques. Cette même famille des Salligny en avait retiré une médaille , où d'un côté l'on voit le visage de l'empereur Gratien , et au revers un homme d'armes relevant une vierge avec ces mots à l'entour :
Reipubticœ renovatio. Dans l'un de ces sépulcres on trouva les ossemens de deux corps , et ces lettres romaines sur le flanc : Censorini C. R. Ce Censorinus était peut-être un fils ou un petit-fils de Censorinus
(C. Marcius) , qui fut consul avec Asinîus Gallus , sous l'empire d'Auguste , huit ans avant J.-C. Horace lui adresse une de ses odes. C'est la septième du quatrième livre , dans laquelle il se propose de montrer que les louanges des poètes sont d'un grand prix.
C'est ainsi que la prophétie du poète Virgile s'est accomplie sous nos yeux :
Scilioet et tempus venict cum finibus illis ,
Agricola incurro terra m ai o lit us arato ,
Exesa inveniet scabra rubigine pila.
Haud gravibus rostris galeas pulsabil in amnem ,
Grandiaque effossis mirabitur ossa sepulcris. (Géoug.)
Ces vers furent ainsi traduits par l'abbé Delille :
Un jour le laboureur, dans ces mêmes aillons Où dorment les débris de tant de bataillons , Heurtant avec le soc leur antique dépouille , Trouvera sous ses pieds des dards rongés de rouille, Entendra retentir le casque des héros , Et d'un œil effrayé contemplera leurs os.
Il y eut] encore à Vitry-en-Perthois une colonie de Juifs. Quand ces malheureux , après le désastre de Jérusalem , leur patrie, ruinée par Titus, furent dispersés dans tout l'univers, beaucoup se répandirent dans la Gaule belgique , et plusieurs vinrent se fixer à Vitry . Leurs maisons ne furent pas d'abord somptueuses; elles n'étaient composées que' d'appentis adossés aux murs extérieurs du château. Nous trouvons des preuves certaines de leur séjour à Vitry. I\\ y avaient déjà une synagogue en 279 ; trois portes de la ville proprement dite, ou du bourg, burgum, portaient encore dans le
treizième siècle des noms hébreux : Abba , Mor , Sabbat. Elles sont maintenant détruites. La principale rue s'appelle encore la Juiferie , Judaria / un monticule , situé à l'occident , se nommait Rose ht y c'està-dire chef ou tête. Les Juifs ne formèrent jamais la partie la plus considérable de la population de Vitry. Ils n'habitèrent que la rue que les Romains leur avaient concédée dans le bourg , qui était la moins étendue des quatre parties de la ville , et où se trouvaient en outre la plupart des monumens publics qui n'étaient point en leur pouvoir. On ne peut apporter aucune preuve qu'ils aient eu des habitations ailleurs. Les Romains étaient assez bons politiques pour ne pas admettre dans leurs colonies un nombre, trop considérable de Juifs, pour ne pas se donner des maîtres. Ils les avaient répartis en une infinité d'endroits pour les affaiblir , les conteni» dans une entière sujétion , et n'en avoir aucun sujet de crainte.