‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 5 sur 41 · AN 46 DE J.-C · texte numérisé non relu

AN 46 DE J.-C

Tous les peuples , Sans tous les temps et dans tous Aes lieux, eurent toujours une religion vraie ou fausse* Les Gaulois, qui habitaient l'ancienne Carkonne , suivaient celles des Druides*, leurs prêtres, et ils adoraient Teutatès , Taranis , Dis et Niorder , dieux de l'élo-» quence , de la foudre , de la nuit et des tempêtes; mais ils n'avaient point de dieu delà miséricorde et du pardon* Les Romams apportant leurs dieux, auxquels ils assor

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aèrent ceux des Gaulois , et leur élevèrent un temple commun. Comme les monumens historiques de Vitry furent détruits par les différons incendies qui le consumèrent, nous ne pouvons connaître, avec une entière certitude, l'époque précise où ses habitans renoncèrent à Fidolâtrie pour embrasser le christianisme ; mais il est à présumer que ce fut saint Memmie lui-même oui leur apporta les lumières de l'Evangile (1). Il était patricien

(1) Il est très-important d^xaminer avec soin l'époque de l'arrivée de saint Memmie à Cbâlons-sur-Marne. Il y a trois opinions que nous allon* discuter.

La première place l'arrivée de saint Memmie à Châlons, en Tan 46 de J.-C. Beaucoup d'historiens célèbres et anciens la soutiennent. Citons— en plusieurs.

Lipomane , évéquo de Vérone , ch. 25 , dit que saint Memmie , noble Romain , et consacré évéque par saint Pierre , fut envoyé dans les Gaules, avefc deux compagnons , pour pvècher l'Evangile, etc., et ajoute que Domitien (qu'il appelle Maximien par erreur), étant mort , il retourna à Rome*

Vincent de Beauvais , religieux de Tordre de saint Dominique , qui vivait en 1240 , dit dans son Miroir historique , liv. x , ch. 45 : Sa ne tus Memmius de nobili génère Romœ oriundus qwtm à sancto Petro in episcopàtum benedictus fuisset, etc., et plus bas : Sepulto memorato subdiaçono continué ad sanctum Petrtun reversus \ lacrymâbiliter.

Saint Antonin, du même ordre, etarchevêque de Florence, qui vivait en 1450 , assure le même fait en son Histoire , titre vi , ch. 27 : Sanctus Memmius de nobili génère Româ oviuru dus , qunm à sancto Petro fuisset episcopus benedictus , ad partes GaViarum ab eo fui» dit r et us , etc..., et ajoute que Domitien étant môrt : Memmius revenus est ad urbem beato lacrymubiliier exponens .

Pierre de Nataiibus in me use maio, ch. 25) s'ei prime ainsi:

et descendait de l'illustre famille des Memmius. B fut converti par saint Pierre , qui le sacra évéque , et

Memmius Cathalaunensis episcopus , nobilis Romanus à saneto Petro apostoh in episcopum consecratus, etc., et plus bas : Memmius verà ad Petrum rediit et socùtm de—

Frère Jacques de Guise, religieux de Tordre de saintFran eois , liv. vi des Annales du Hainaut, fol. 129, dit la même chose, et ajoute que saint Memmie vint avec saint Clément, évéque de Metz , saint Mansuet 9 évéque de Toul , et saint Eucbaire, de Trêves,

La légende de saint Léger (Leodegarius) , disciple de saint Memmie, que Ton récitait le jour de sa fete, à Perthes en Perthois, commençait ainsi : Tempore quo sanctus Memmius à beato Petro urbis Romœ episcopo missus est in Gallias, etc..**

Les anciens bréviaires de Châlons, dans les leçons de l'office de sainte Pome , sœur de saint Memmie , s'expriment ainsi : Hcec sanctissima beati Memmiifratris sui qui à Petro apostolorum principe missus gratid prœdicandœ veritatis , qui in Gattias vrnerat, corpore simul ac mentis affectu^vestigia subsecuta , etc..

Les anciens bréviaires de Beauvais , au cinquième jour d'août, s'énoncent de cette manière : Memmius Cathalaunensis episcopus nobilis romanus à sancto Petro apostoh in epïsco— pum\consecrattts , etc., et plus bas : Memmius ver à ad Petrum rediit, et defmtctunt socùtm nuntia^it, etc..

L'illustré ordinal Baronius, assure le même fait dans ses annales, en l'an de J.-C. -46.

André du Chaisue, in episcopis Cathalaunensibus , et beaucoup d'autres auteurs moins célébressont du même sentiment.

Almannus , religieux fort savant , qui vivait sous le régne de Charles-le-Chauve , écrivit la vie de saint Memmie en un latin trés-élégant, et proteste avoir recueilli de la plus saine antiquité ce qyil rapporte de ce saint, = *!

l'envoya convertir les peuples delà Champagne , qu'on appelait la seconde Gaule belgique , vers Tan 46 , su^

On avait encore on autre manuscrit en parchemin , fort ancien , d'où étaient tirées les leçons que l'on récitait à l'office divin le jour de la féte de ce saint , dans l'abbaye de saint Me m mie , dont l'auteur se nommait Etienne , prêtre de saint Urbain, qui dédia son ouvrage à Roger 1 er ) évêque de Châions, en 1020.

C'est surtout d'après ces deux manuscrits que le pére Rapine , du couvent de Châlous , écrivit la vie de saint Memmie en 1624 , à l'occasion de différentes merveilles qui s'opérèrent en faveur de ceux qui avaient réclamé l'intercession de ce saint. Il dédia son ouvrage à monseigneur Henry Clause, évêque et comte de Châions. Il fixe également le départ de saint Memmie, de Rome, à l'an 46. Son ouvrage est revêtu de l'approbation du ministre provincial des Frères mineurs Récollets de la province de Saint - Denis , en France , et de docteurs en théologie de la Faculté de Paris.

Le père Ribadéneira , de la Compagnie de Jésus , dans ses Fleurs des vies des Saints, raconte aussi que saint Memmie fut envoyé de Rome par saint Pierre lui-même. Il écrivait en 1677.

Baugier , dans ses Mémoires sur la Champagne , assure que ce sentiment est conforme à la croyance de nos pères. Il s'était transmis non-seulement par les écrits, mais encore par la tradition orale.

Ce qui donne le dernier degré de force à cette première opinion , c'est le martyrologe romain, qui dit aussi que saint Memmie fut envoyé par saint Pierre, l'an" 46 de J.-C.

Elle était donc adoptée généralement jusqu'au commencement du xvin e 6Îècle.

D'après la seconde opinion , saint Memmie aurait été envoyé de Rome Tan 96, par saint Clément, l'un des succès- 4f Mrs de saint Pierre, au souverain pontificat. C'est celle de

Tant T opinion la plus probable. Il vint à Châlons, dont il Ait d'abord chassé par les idolâtres ; il ne perdit point

quelques écrivains i et surtout d'Hincmar. On ne voit pas qu'elle soit solidement établie sur des monumens authentiques.

La troisième opinion est celle des auteurs modernes f de Bérault-Bercastel , qui fixe l'arrivée de saint Memmie à Châlons à Tan 257 , et dit qu'il fut envoyé de Rome par Suite il, avec saint Sixte , de Reims, et son disciple , saint Sinice \ de Godescard , qui place sa mort sur la fin du m e siècle , et particulièrement des auteurs du deruier bréviaire et du rituel de Châlons, entre lesquels on ne voit pas un parfait accord. Le rituel, qui est plus récent que le bréviaire , met l'arrivée de saint Memmie sur la fin du m* siècle , el sa mort entre le commencement et le milieu du iv c siècle, tandis que le bréviaire dit qu'il mourut sur la fin du m* siècle. Cette divergence entre le rituel et le bréviaire marque l'incertitude de cette troisième opinion , qui ne parait appuyée sur aucun monument certain.

Ce qui induisit sans doute en erreur l'auteur du rituel , c'est qu'un saint Donatien, évéque de Chàlons, souscrivit au concile de Sardique , en 347 ; mais ce saint Donatien était évêque de Chàlons-sur-Saône, et nullement successeur de saint Memmie.

Cette opinion des écrivains modernes ne parait fondée que sur des raisons de convenance , qui sont i° les vides qui se trouveraient dans la succession des évéques , si l'on fixait l'arrivée de saint Memmie à Châlons à Tan 46 de J.-C. ; 2° les ténèbres qui enveloppent ces temps reculés ; 5° l'impossibilité , et en quelque sorte l'absurdité , de placer l'établissement du christianisme à Châlons dans le I er siècle. Essayons de ré— fciter ces raisons.

i. En fixant l'arrivée de saint Memmie à Châlons à l'an 46, on peut établir la succession de manière à n'y laisser aucune interruption. Saint Memmie fut quatre-vingts ans éyrque de

•ourage , et conserva l'espoir de les amener à la vérité ; il se retira avec ses cobpérateurs dans le bois deBuxèré ,

Châlons, d'après les auteurs cites plus haut, et ne mourut qu'en 126. Pour parvenir à saint Alpin, qui monta sur le iràne pontifical de Châlons en 409, nous trouvons six évéques qui purent remplir les 283 ans qui le séparent de saint Memmie.

Il jAit y avoir des évoques dont les noms furent perdus et ne parvinrent point jusqu'à nous. Le père Rapine en compte plus que l'auteur du rituel.

Le siège de Châlons put aussi vaquer par suite des troubles qui agitèrent l'empire romain pendant cette période de temps.

Mais l'auteur du rituel , en plaçant la mort de saint Memmie entre le commencement et le milieu du iv c siècle , ne laisse plus que soixante ans, pendant lesquels six évéques se seraient succédés bien rapidement. Ils ne serrât restés que dix ans chacun sur le trône pontifical de Cbâlous. Ce qui parait peu probable.

2. Les écrivains modernes craignent les ténèbres qui enveloppent ces temps reculés. Mais en plaçant l'apostolat de saint Memmie sur la fin du m c siècle, ils n'échappent pas à ces ténèbres auxquelles ils veulent se soustraire; il se trouve toujours quatre évéques dont on ne connaît que les noms. Il est au contraire étonnant qu'en plaçant ces évéques dans le iv* siècle, où l'histoire sort de l'obscurité, elle ne nous ait rien transmis de leurs œuvres.

3. Les écrivains modernes regardent comme impossible et en quelque sorte comme absurde l'établissement du christianisme à Châlons dans le 1 er siècle. Cette impossibilité et cette sorte d'absurdité ne sont qu'apparentes et même chimériques. Les Gaules faisaient partie de l'empire romain depuis environ un siècle. Jules-César les avait entièrement soumises 50 ans avant J.-C. La domination romaine s'y était affermie surtout pendant le règne d'Auguste: Les relations entre Rome et les Gaoles étaient faciles et fréquentes , a cause des colonies ro-

à un quart de lieue de la ville f et s'y fit un hermitage, où il s'appliqua à la prière et à toutes sortes de bonnes

maines qui se trouvaient établies surtout en Champagne, qu'où nommait alors la seconde Gaule belgique.

Tout, au contraire, nous porte à croire que la foi fut implantée dans les Gaules des le i er siècle. Pensez-vous que ces belles contrées, contigués à Pilai ie , aient échappé au zélé de saint Pierre, qui envoyait de tous côtés prêcher, l'Evangile .» qu'il ne les ait point embrassées dans sa charité universelle , et qu'il ait laissées incultes les plus belles portions du champ de pére de famille? Peut— on présumer que l'apôtre des nations, ce fidèle coopérateur du prince des apôtres, qui était dévoré du zèle du salut des ames , n'ait point senti ses entrailles se dilater à la vue des Gaules , et qu'il n'y ait point envoyé des ouvriers évangéliques ? Aussi saint Epiphane assurait-il expressément que les disciples de Paul , entr'autres Crescent et Luc , prêchèrent dans le pays des Gaulois. Saint Crescent fut premier évéque de Vienne , suivant les traditions respectables de celte église. On peut encore moins douter que saint Trophime ne fut envoyé dans les Gaules par saint Pierre lui-même , et n'ait fondé l'église d'Arles , même avant celle de Vienne, Saint Irénée, qui souffrit le martyre à Lyon, en 302 , nous affirme dans ses ouvrages qu'il y avait déjà de son temps plusieurs églises établies parmi les Celtes et dans les deux Belgiques , par conséquent dans la Champagne , qui était la seconde Belgique. Il atteste encore qu'il y avait déjà de son temps des églises à Mayence et à Cologne , métropoles des deux provinces germaniques ; à plus forte raison devait-il y en avoir dans la Champagne, qui était bien moins éloignée du siège apostolique*

Tertulien , dans le second siècle , disait aux empereurs romains :

u Les Maures , les Marcomans et les Parthe* ne sont point * si nombreux que les chrétiens qui ne reconnaissent d'antres

œuvres. Pendant toute une année , il se contenta d'élever les mains an ciel , et d'éclairer ceux qui se pré-

t) limites que celles du monde. Nous ne sommes que d'hier, y> et notre nombre s'est tellement accru , que nous remplisn sons tout ce qui est soumis à votre puissance, vos villes, 7» vos lies , vos forteresses, vos assemblées, vos armées mêmes, v vos tribus et vos décuries, le palais, le sénat et les places •n publiques. Nous ne vous laissons que vos temples. Si nous n voulions nous venger de vos persécutions , nous n'aurions * qu'à sortir de votre empire •, la perte de tant d'hommes de 9) tout éUt vous ferait une plaie dangereuse, et elle se— t> rait seule une vengeance terrible. La solitude où vous res- » teriex , le silence général et l'horreur de la nature vous » effrayeraient, comme si tout le monde était mort pour » vous. D

S'il n'y eût point eu des chrétiens dés le i er siècle dans la plus grande partie des Gaules, qui formaient les plus belles portions de l'empire romain , Tertulien n'aurait pu tenir ce 1 ci xi si liartli

Disons donc que Pierre , du haut de la chaire apostolique, abaissa des regards de compassion sur nos ancêtres , qu'il leur envoya des apôtres formés de sa main , éclairés de ses lumières, embrasés de sa charité, et puissaus comme lui en œuvres et en paroles. C'est pour moi un bonheur de penser que saint Memmie fut un de ces ouvriers évangéliques qu'il instruisit rai— même pendant quatrej ans dans la science des saints , et qu'il le chargea d'apporter à nos pères le don précieux de la foi. Qu'on ne m'ôte point cette douce persuasion, ou bien qu'on établisse l'opinion (contraire sur des preuves fortes , évidentes et irréfragables. Garde*- vous d'accuser avec légèreté la vénérable antiquité d'erreur et de mensonge! Sa croyance , qui était plus rapprochée de la source , était plus éclairée que nous ne pensons. Défions-nous de l'esprit d'incrédulité du avili* siècle qui avait pénétré dans tous les rangs

•entaient à lui. Sa confiance ne fut pas trompée. Lan* pas y fils du vice-roi ou du gouverneur de Ghàlons ,

de la société. Pleins d'un sot orgueil dans nos prétendues lumières , n'allons pas rejeter sans examen les pieuses histoires que nous ont léguées nos ancêtres. Songeons qu'ils n'étaient pas entièrement dépourvus de bon sens, et qu'ils tenaient surtout à la véracité de leurs traditions. Si les bords de la coupe ne sont pas [couronnés de fleurs , la liqueur qu'elle contient est pure et salutaire.

Mais l'auteur des Fragmsns, et d'après lui l'auteur de la Géographie de la Marne, loin de fixer dans le I er siècle l'établissement du christianisme à Vitry, ils le mettent dans le tx c , sous le règne de Cliarlcs-le-Qiauve , et même encore plus tard, sous le gouveuenent de Boson i er , roi de Provence, comte de Troyes et du Pcrlhois. Quand on adopterait l'opinion qui place sur la fin du iu e siècle l'arrivée de saint Memmie à Qui Ions , ce serait toujours un anachronisme au moins de six siècles. L'auteur des Fragment ne donne aucune preuve historique et aucune raison de son opinion , qui parait fort étrange et contraire à toute l'histoire.

Peut— on croire que saint Memmie ait si souvent traversé Vitry pour se rendre à Pertbcs , où il établit la religion chrétienne dans toute sa splendeur , sans songer à convertir cette première ville ; qu'il ait tire presque toute la Champagne des ténèbres de l'idolâtrie, et qu'il n'y eut que Vitry seul qui se serait opiniâtre à y demeurer? Après la conversion de Constantin , en 3 i i , tout l'empire romain devint cl ire tien ; il n'y aurait eu que Vitry qui serait resté dans le paganisme ? é Quand Clovis se fit baptiser à Reims, avec la plus grande partie de sou armée, en 496, les Gaulois étaient à peu prés tons chrétiens. L'exemple de ce prince n'aurait eu aucun pouvoir et aucune influence sur l'esprit des habitons de Vitry ; ils. se seraient toujours obstines dans l'idolâtrie ?

Saint Alpin , qui donna le voile des vierges à sainte Mené

étant tombé dans la Marne , s'y était noyé. Le pêre r , au désespoir de la mort de son fils , ëhvoya' chercher

hould et à ses sœurs , qui habitaient Perthes , n'aurait point entrepris de convertir Vitry, qu'il traversa si souvent ; où il aurait vu ses 'efforts infructueux auprès de ses habitans, qui auraient persisté à rester dans leurs ténèbres pendant plusieurs siècles, tandis que tou. les peuples voisins auraient embrassé le christianisme f

L'auteur des Fragmens cilî lui-même un fait qui prouve de la manière la plus évidente qu'il était établi à Vitry longtemps avant l'époque qu'il assigne. Il nous raconte l'histoire' de Mundéric, qui ne voulut point sortir de cette ville eu 525, que quand Ârégisille lui eut juré sur les saints autels* qu'il n'attenterait point à sa vie. Pour pouvoir jurer sur les" saints autels , il fallait qu'il y eut une église dans Vitry même, et que le christianisme y fut en honneur , puisque ce n'est qu'après le serment d'Àrégisille que Mundéric consentit à sortir de la ville.

Les rois de France de la première et de la seconde race" passèrent fréquemment par Vitry, pour se rendre à leur palais de Ponthion , qui n'en était éloigné que d'une Heue et demie. La route de Châlons à cette maison royale traversait Vitry. Est-il possible que ces rois , dont plusieurs furent si ardens à propager la foi chrétienne, n'aient pu la faire péné~ trer dans celte ville f

Le rot Sigebert fut couronné, à Vitry, rot duPertheis en 1 567. Cette cérémonie ne put se faire que dans une église/ Ce même prince tint . en 569 nue assemblée de tous tes grands de l'état dans le palais de Ponthion. Ils étaient tous chrétiens; il ne restait plus de trace de paganisme en France. Comment' Vitry seul y serait-il demeuré plongé f

: En 689 , le duc Pépin convoqua un concile â Ponthion , créé assista Thierry tti y pour discuter les moyens les plus propres à réprimer les désordres et les violences , et pour as-

Memmie , dont on racontait des choses étonnantes , et loi promit de m convertir au christianisme s*U le res-

surer la défense des églises. Si Vitry eut encore été enseveli dans l'idolâtrie , le premier boin du concile eut été d'y porter les lumières de l'Evangile, filais il n'y est question que de défendre les églises^ ce qui suppose le christianisme établi partout*

Le 6 janvier 754 , le pape Etienne m se rendit au palais de Ponthion, pour implorer le secours de Pépin, coHtre Astolphe, roi des Lombards; il y séjourna dix jours. Est -il possible qu v il vit de ses propres yeux la ville de Vitry, capitale du Perthois, plongée encore dans le paganisme, sans sentir ses entrailles s'émouvoir, et sans conjurer Pépin, qui se mou— trait j si empressé de lui accorder toutes ses demandes, d'y faire pénétrer les lumières du christianisme?

H est surtout absurde de supposer que Charlemagne, qui était animé d'un séle ardent pour la propagation de l'Evangile, qui rassembla plusieurs fois ses troupes à Ponthion, et par conséquent a Vitry même , qui était une de ses principales forteresses, n'ait pas entrepris d'y introduire le christianisme, tandis que pendant trente-trois ans il travailla avec un xèle st persévérant à la conversion des barbares du Nord.

Lotris-le-Débonnaire , son fils et son successeur , qui reçut en 815 , dans le palais de Ponthion , les hommages des Esckvons , des Saxons et des autres tributaires de la France , qui était si religieux , aurait également laissé dans le paganisme Vitry , qu'il traversa si fréquemment.

Ce serait donc enfin sous le régne orageux de Charles -le— Chauve, peut -être quand on le déposait dans le palais de Ponthion, où était venu Louis de Germanie, que le christianisme pénétra dans la ville de Vitry. L'auteur des Fragment n'en est pas encore sur ; cette époque lui paraît trop reculée ; il retarde cet établissement du christianisme jusqu'au régne sinV *aut, sous le gouvernement de Boson i* r , comte d<? Vitry.

suscitait. Hemmie implora le maître suprême de la vie et delà mort, qui exauça ses prières. Le gouverneur, au comble de la joie de voir sou fils vivant , tint sa promesse , et embrassa cette religion nouvelle qui donnait un si grand pouvoir aux hommes. Tout le peuple, également touché d'un prodige si étonnant, se jeta

Cependant Charlcs-le-Chauve fit tenir un concile à Ponthion, où se rendirent cinquante évêques de France, à la tête desquels se trouvaient sept ou neuf archevêques. 11 parait qu'il ne leur vint pas en pensée de convertir Vitry \ il fallait que ce fui une ville singulièrement endurcie.

Trente-deux évêques se seraient succédés sur le siège de Ghâlons, sans qu'aucun ait songé à travailler à la conversiou de la capitale du Perlhois-, cependant sept sont honorés comme saints. Ce ne serait que le trente-troisième , Erchanraus, qui aurait fait élever , en 865 , une chapelle , non pas dans la ville même , mais sur un monticule qui en est éloigné d'un quart de lieue. Ce ne fut que plus de deux siècles plus tard que Hugues , comte de Vitry , bâtit, en 1096 seulement, une chapelle dans son château. Est-il probable que les habitans de Vitry aient été obligés d'aller assister aux offices divins, a un quart de lieoe de leur ville, pendaut plus de deux cents ans , et qu'ils n'aient eu ensuite qu'une petite chapelle au sommet du château jusqu'en 1236 , dans des siècles où la religion était dans toute sa splendeur, lorsque les églises étaient fort multipliées , et que les rois de France se faisaient honneur de remplir même quelques fonctions cléricales.

Pour lutter ainsi contre toute l'histoire , et même contre le bon sens , il conviendrait de produire quelques chartes ou quelques témoignages historiques , ou au moins quelques raisons péremptoires. Mais on ne trouve dans les Fragment qu'une simple assertion qu'on est en droit de rejeter avec plus de raison qu'on ne l'avance.

stax pieds du saint pontife et demanda le baptême.

Quand saint Memmie eut affermi dans la foi tous ces nouveaux chrétiens , il parcourut toute la Champagne. Etant Romain , il dût s'empresser de visiter les soldats romains , ses compatriotes , qui étaient établis à Vitry, et de les tirer des ténèbres de la gentilité. Touchés de ses discours , de ses vertus et de ses miracles , ils renoncèrent aux idoks , purifièrent leur temple , et le consacrèrent au vrai Lieu. . . ■„

Menu nie convertit encore au christianisme la ville de Perthes , qui était alors fort considérable, et la capitale duPerthois , auquel elle donna son nom. Elle était gouvernée par un comte nommé Âthila. Il laissa , pour faire fleurir cette église naissante, Léger (Leodegarius), un des prêtres qu'il avait formés lui-même aux vertus sacerdotales dans le collège de clercs qu'il avait établi dans sa solitude , où est maintenant l'église Saint-Memmie. Le^er parvint à une grande sainteté. Il joignit l'esprit de prière à la pratique du jeûne et des autres bonnes œuvres ; il se rendit surtout rccommandable par son humilité , sa douceur et son affabilité. Il délivra, par la vertu du signe de la croix , un homme possédé du démon , et guérit par ses prières un autre homme perclus de ses membres. Il mourut de la mort des justes dans un âge fort avancé , et fut enterré dans la partie méridionale de l'église de Notre-Dame de Perthes. Il y est encore en grande vénération, quoique ses reliques aient été dispersées pendant la révolution.

Memmie , après avoir amené à J.-C. presque toujt son diocèse , porta les lumières de l'Evangile à Dinan , ville située dans le pays de Liège. Il la soumit au joug de la foi.

Enfin , épuisé de fatigues, plein de mérites, cassé de y vieillesse et âgé de ee,nt cinq ou cent dix ans , il s'endormit paisiblement dans le Seigneur, après un épiscopat de quatre-vingts ans. Les habitants de Vitrv, pénétrés de reconnaissance du don inestimable de la foi qu'il leur procura, d'admiration pour ses vertus et de confiance en son pouvoir auprès de Dieu , mirent leur église sous son invocation.

Ce qui contribua puissamment dans la suite à confirmer dans la foi , surtout les Romains qui habitaient le château de Vitrv , ce fut la croix lumineuse qui apparut à Constantin, lorsqu'il était dans les Gaules en 311 ; il l'aperçut un peu après midi au-dessous du soleil, avec cette inscription : in hoc signo vinces ; c'est par ce signe que tu vaincras. Ce fut en mémoire de ce prodige, que les Romains élevèrent sur le sommet du château une chapelle sous l'invocation de la sainte Croix. Cette chapelle subit bien des désastres , et fut rebâtie plusieurs fois.

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