‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 6 sur 41 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

YITRY DEVIENT CAPITALE DU PERTnOIS. SIGMARE, COMTE

1)1 PERTHOM ET SES SAINTES FILLES 'an 451).

La ville de Perlhes était La capitale du Perthois , auquel elle donna son nom. Elle avait pour gouverneur un comte infiniment recommandable par ses hautes qualités; c elait Siginare, père de sept filles qui toutes devinrent saintes. Cette ville éprouva bientôt les fureurs d'Attila. Ce roi des Huns, qui se faisait appeler le fléau de Diou, était sorti des régions du Nord, en 431 , et s'était répandu sur les contrées méridionales Comme un

torrent dévastateur. Il laissait partout après lui des traces -i sanglantes de son passage , depuis les bords du Volga jusqu'à .ceux de la Seine. Il avait envahi les Gaules ; il 'Tenait d'àfrel repoussé devant Orléans : il se retira dans la Champagne et dans le Perthois pour rassembler son immense armée. Il assiégea la ville de Perthes qui était fort considérable, l'emporta d'assaut, la livra aux flammes et la renversa de fond en comble. On ne sait pas s'il s-'approcha de Vitry qui passait pour une place imprenable , et qui ne portait pas en vain le nom de Victrix , victorieux ; s'il essaya d'escafader ses remparts qui étaient très-élcvés , et s'il fut forcé d'en abandonner le siège, ou si, après la ruine de Perthes, il alla de suite camper dans les plaines de Chàlons. Ce qui parait certain , c'est que Vitry ne tomba point en son pouvoir. Ce barbare se vit bientôt attaqué par les quatre peuples qui habitaient les Gaules , et qui réunirent leurs efforts oonlre l'ennemi commun. Les Francs étaient commandés par leur roi Mérovée ; les Bourguignons, qui étaient établis sur les bords de la Saône et du Rhône, par Gondioclie ou Gondieaire ; les Visigoths, qui occupaient les pro\inres méridionales au-delà de la Loire, par Théodoric ; et les Romains, qui conservaient encore les provinces du centre , par Aétius. Attila éproujva la plus sanglante défaite, perdit deux cent mille hommes dans cette bataille et fut chassé des Gaules. Mais Perthes ne put se relever de ses ruines ; elle ne forma plus qu'un bourg peu éloigné de la Marne , qui fut habité par les tristes restes de ses citoyens qui avaient échappé au carnage et à l'incendie. Ses débris servirent à l'agrandissement de Y itrv , qui devint alors la ville la plus considérable de la contrée et la capitale du Perthois.

U comte Sigmare et sa famille étaient parvenus à se Tm soustraire au désastre de leur patrie. Ce bgn seigneur des $aiato » conserva le gouvernement de la province , dont jouirent également ses fils jusqu'au temps de Mundéric. Mais deChâion» ses filles , au nombre de sept, Lintrude , Amé , Hoïlde, Pusinne ,Francure , Libérie et Ménehouïd , qui avaient été formées à la piété par un prêtre vertueux nommé Eugène , renoncèrent aux alliances terrestres , et ne voulurent d'autre époux que J.-C. Les ruines fumantes de leur patrie leur apprirent à mépriser les choses caduques de la terre » et à ne soupirer qu'après |a patrie céleste , où tout est immuable. Elles reçurent le voile des vierges des mains de saint Alpin , huitième évêque de Chàlons. Ce charitable pasteur parcourut la partie de son diocèse qui avait été dévastée par Attila f ets'efforça de consoler, par ses paroles et ses aumônes, les malheureuses victimes des fureurs de ce monstre-, Il I$assa par Vitry , pour se rendre à Perthes qui notait plus qu'un monceau de cendres* Il prodigua tous les secours de sa charité , surtout au bon Sigmare et à ses saintes filles. Elles se donnèrent tout entières aux exercices de piété, d'abord dans la maison paternelle.. Quand les auteurs de leurs jours furent passés à un monde meilleur , Lintrude , qui portait le nom de sa mère , se f étira dans un petit domaine qu'elle tenait d'héritage , et y vécut dans la solitude. Quelques années après , elle entreprit le voyage de Rome , pour visiter les tombeaux des apôtres saint Pierre et saint Paul. Aussitôt qu'elle fut de retour de ce pieux pèlerinage , elle construisit dans sa solitude une chapelle, sous l'invocation de saint Maurice , dont elle avait rapporté des reliques. Elle passa près de ce sanctuaire le reste de sa vie dans

des prières , des veilles et des jeûnes continuels ; elle y ifat enterrée après sa mort, i Ame et Hoïlde menèrent aussi une vie qui parait pénible aux sens , mais qui convient à des vierges et qui

< est pleine de douceurs ; elles vécurent avec Ménehould, là plus jeune de leurs sœurs, et la formèrent à tous les exercices de la plus haute vertu. Après leur mort , elles furent inhumées dans le lieu où elles avaient vécu.

' Henry , comte de Champagne , porta le corps de sainte Hdïlde à Tfoyes , vers l'an 1 1 59 , et le déposa dans

J l'église de Saint-Etienne. Ménehould , qui survécut à ses sœurS y marcha sur leurs traces , et parvint encore à un plus haut degré de perfection. Elle s'était retirée à Blainville , sur la rivière de Marne , où elle mena une vie angéliqxic. Elle mourut environ Tan 490. Le lieu de sa sépulture fut long-temps inconnu. Quand il fut découvert , son corps fat d'abord déposé dans la basilique abbatiale de Saint-Urbain , sous Ercbanraus , évêque de Chàloos. Plusieurs années après , un bras et une côte extraits du corps de la sainte furent transportés par l'évêque Archambaut , dans la ville d'Auxuenne , qui prit le nom de cette sainte vierge et s'appela Sainte-

' Ménehould. - Pusinne s'était retirée dan» le diocèse d'Amiens ,

< dans un village qu'on appelle Bausion. Sa vertu attira

< autour d'elle beaucoup de filles qui aspiraient à la per- • faction. Elle supporta avec une patience admirable de!

; douleurs extraordinaires sur la fin de sa vie : divers miracles qui s'opérèrent après sa mort, en l'invoquant rendirent son culte célèbre. En 860 , sous ' le < règni de Louis-le-Pieux , Adélard , abbé du monastère d< 1 - Clorbie, et Vala son frère , moine dans te, mémq monas

1ère , firent présent du corps de cette sainte à leur nièce , abbesse ç>e l'abbaye de Herwoden , en Westphalie.

Francule et Libérie ne dégénèrent point de la piété de leurs sœurs , et sont honorées comme saintes.

Les vertus modestes de ces vierges chrétiennes font plus d'honneur au Perthois, que les actions les plus éclatantes des comtes de Champagne.

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