‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 7 sur 41 · BT SA MORT (AN · texte numérisé non relu

BT SA MORT (AN

Syagrius, général romain, était gouverneur des. Gaules , et tenait Vitry sous son pouvoir. Il fut attaqué avec tant d'impétuosité par Clovis , roi des Francs , qui fit un' horrible massacre des ses troupes , qu'il resta presque seul sur le champ de bataille , et courut se réfugier à Toulouse entre les bras d'Alaric , roi des Visigoths. Mais Clovis le redemanda en menaçant Alaric de porter ses armes chez lui en cas de refus. Ce roi intimidé livra Syagrius au prince français qui, par sa mort, anéantit le nom romain dans les Gaules. Vitry se soumit au vainqueur. C'est ainsi que cette ville, après avoir été cinq cents ans sous la puissance des Romains , passa sous la domination des Francs, qui fut plus douce que celle de ces superbes maîtres du monde.

Clovis s'était fait chrétien après la victoire signalée gu'il avait remportée sur les Allemands, dans les plaines de Tolbiac , en invoquant le Dieu de Clotilde , son épouse* Avant de mourir, il avait partagé son royaume

entre ses quatre fils. Childebert fat roi de Paris ; Clotaîre , de Soissons ; Clodomir , d'Orléans ; et Thierry, (FAustrasie , dont Metz était la capitale.

Mundéric paraît être fils naturel de Clovis comme

B»u|i«r. Thierry, quoique l'histoire ne nous apprenne pas pourquoi Clovis refusa de le reconnaître en cette qualité. Cependant il lui avait donné le gouvernement de la province du Perthois ; mais Mundéric , impétueux^et téméraire, prétendit que le royaume d' Australie lui appartenait à plus juste titre qu'à Thierry. Il leva- des troupes et se mit en campagne ; mais Thierry s'avança contre le rebella avec une puissante armée. Mundéric ne se voyant pas en état de lui résister, se retira dans là ville de Vitry. Cette place était déjà très-forte par ellemême ; elle était divisée en quatre parties : le quartier ritué au-delà de la Saulx était presqu'aussi grand que les trois autres ensemble ; on l'appelait le quartier du Rachapt : Vicus derachapto. Il était défendu au nord

Fr*pm«M. p ar } a Saulx , dont les rives étaient revêtues de murs en bois flanqués de tours aussi en bois. Il était fermé à Test, au sud et à l'ouest par des remparts très-élcvés , par des fossés de quarante pieds de largeur , et par des palissades de pieux. Il communiquait par un pont couvert sur ht Saulx au quartier de la Halle (i) ; aux

(I) L'auteur de* Fragment appelle ce quartier le quartier de la Graviêre , vicus de Gravereia \ maïs aucun ancien titre ne lui donné ce nom. La rue qui descendait le long des remparts vers la Halle , se nommait bourgbacale , qui signifiai! sans doute le bas du bourg, ou la ville basse. Il y a au hameau de Saint-Etienne , qui fait maintenant partie de Vitry— en-Perthois, un quartier qu'on appelle de la Graviêre , où il

deux extrémités du pont s'élevaient deux tours ^ On bâtit plus tard dans ce quartier la Maison-Dieu de Saint- Jacques , avec une chapelle sous l'invocation de ce saint. C'était là que se tenait le marché , que se trou~ rait la halle et que réaidaient les différentes sortes de * marchands (l). Ce quartier était entouré à l'ouest d'un fossé de quarante 7 pieds de largeur y de remparts trèsélève^ flanqués de plusieurs tours et garais de pati** sades de pieux. Ce fossé se joignait au nord à celui du troisième quartier qu'on appelait le Bourg , burgum , et quittait la ville proprement dite. C'était là que se trouvaient les principaux monumens. Trois rues partageaient le bourg ; l'une ô'apcûLjt la/niferie, Judarta (2)y v où étaient le capitole et la synagogue. La rouie qui allait de Chalons à Langres' passait par cette rue des Juifs. La seconde , dite du Forum , eù était la place publique ., le palais, les prisons, le pilori et les fourches patibulaires , conduisait à l'église principale ; on la nommait encore rue de Saint-Memmie. La} troisième- rue qui menait aux moulins se ^ npimnaitjrue. f des ; Pr4tre$. Ce quartier était défendu au nord , à l'ouest et au sud par des fossés larges et profonds , revêtus de murailles en pierres , sur lesquelles s'élevaient des tours en maçonnerie. On avait construit sur ces fossés Jrois ponte ;

y avait raufefofe une halle | c'est peut-être ce <fiii r induit en r erreur Fauteur des Fragment

(1) Il y a quelques années, en remuant ne terrain, qu'on appelle encore les Jardins de la Halle, on y trouva une grande quantité de grosses épingles.

(2) Cette rue se nomme encore , dans les anciens titres , rue d'En-Bourg. L' *

— Sâles trois portes qui en formaient la tête, étaient défendues de chaque côté par des tours.

Enfin le quatrième quartier était le château , castrum, à Test du bourg. Ce fort, bâti en amphithéâtre sur la croupe de la montagne , était environné au nord et à l'ouest de fossés d'une profondeur effrayante , où Ton faisait couler une partie des eaux de la Saulx ; ses murs étaient partout d'une épaisseur considérable. Il s'élevait sur un rocher en craie d une telle hauteur qu'il le mettait à l'abri de l'escalade. La Saulx avait son cours presqu'au pied de ses murailles à Test. Il était couenne de créneaux et flanqué de cinq grosses tours crénelées qui servaient de logement à la garnison et aux habitans assujettis au guet et à la garde. On voyait au midi un antique palais flanqué de deux tours , l'une à Test , l'autre à l'ouest. La cour était fermée par une porte défendue de chaque côté par une petite tour. Non loin du mur de clôture du château, était un petit temple, JEdicula , sous l'invocation delà sainte Croix, et une modeste maison habitée par le prêtre qui desservait la chapelle ; elle avait une cour et un jardin d'une modique étendue. Un puits ouvrait sa bouche énorme , près du chemin qui conduisait du palais du comte à la porte d'entrée qui était au nord. Sous cette porte, on descendait par une poterne dans les fossés. A la droite de cette porte s'élevait la tour dite Saint-Léo- ~ nard. Comme Mundéric l'augmenta considérablement,, elle conserva son nom. Elle formait la forteresse principale du château , où habitaient le châtelain , sa famille et ses gens de service. Du château on passait par un pont-levis au donjon qui en était une seconde partie, et qui était très-fort.

La ville de Vitry était ainsi la réunion de quatre Decourer. forteresses indépendantes qui se soutenaient mutuel- Uâ rw *" lement , et qui se communiquaient en cas de siège par difierens souterrains. L'un se dirigeait au nord et conduisait au donjon. Il semblait descendre sous le chemin pavé qui montait au château , faisait une ligne courbe et remontait vers le donjon*. On Ta découvert dernièrement , mais on n'a pu en suivre les sinuosités : les voûtes n'étaient plus solides , et il se fit des éboulemens. Il reste encore la partie qui conduit au château , où Ton pourrait pratiquer une ouverture ; trois hommes pouvaient y marcher de front. Un second souterrain menait sous l'église ; des vieillards disent y avoir descendu. Un troisième passait sous les fossés qui environnaient le bourg , peut-être même sous la Saulx, et communiquait au quartier de la Halle. On Ta découvert il y a quelques années en creusant une cave dans l'emplacement de l'ancien hôpital Saint-Jacques ; des hommes y descendirent; mais ils ne purent pénétrer que sous la rue qu'il traverse , et sous quelques maisons qui sont au-delà ; leur chandelle s'éteignit , et ils faillirent être asphixiés. Un quatrième souterrain se dirigeait sous la rivière de Saulx et la Bruxenelle , et conduisait au quartier du Rachapt. On présume qu'il avait une issue hors de la ville , à une assez grande distance des remparts. Ce fut encore en creusant des caves qu'on •n a trouvé les traces ; mais on ne put les suivre à cause des éboulemens qui avaient eu heu en' différons endroits. Ces souterrains servaient à s'échapper en cas de siège et d'assaut , à se procurer des vivres , à recevoir des nouvelles de l'extérieur, à donner des ordres ans autres quartiers de la ville , leur faire parvenir des secours , et faire des sorties imprévues.

Mundéric se renferma avec tout ce qn'3 possédai*, et tous ceux qu'il s était attachés , dans Vitry , qu'il regardait avec raison comme une place imprenable. L'armée de Thierry vint l'y assiéger , lui livra différons „; S oMca e assauts , et lança de toutes parte une nuée de traits Tours et pendant sept jours; mais Mundéric , résolu de mourir ,r< Fni * plutôt que de se rendre, repoussa les assiégeans avec

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vigueur. Le roi, voyant £es efforts impuissans, eut recours à la ruse. Il envoya Arégisille , un des siens , à Mundéric , pour rengager à se soumettre , et lui dit : «Tu vois que ce perfide réussit dans sa révolte, et j> que nous allons être couverts d'une confusion éter- » nelle. Va, et engage-le , sous serment, à sortir sans » crainte , et lorsqu'il sera hors de la ville , tue-le , et » efface son souvenir de notre royaume. »

Arégisille se présente aux portes de Vitry, tenant en main l'olivier de la paix. Mais auparavant il était convenu d'un signal avec ses gens , et leur avait dit : « Lorsque je dirai telles et telles choses , jetez-^vous

* aussitôt sur lui , et massacrez-le impitoyablement. »

Mundéric fit entrer Arégisille dans Vitry. Ce perfide lui dit : « Jusqu'à quand demeureras-tu ici comme un

* insensé ? Espères-tu résister encore long-temps au

* roi? Tes provisions ne seront-elles pas bientôt épui- » sées ? Vaincu parla faim, tu seras forcé de te rendre, » de sortir de cette place , de te livrer entre les mains » de tes ennemis, et tu mourras comme un chien. > Ecoute plutôt mes conseils , et soumets-toi au roi ; » tu sauveras ta vie et celle de tes fils. »

Ebranlé par ce discours , Mundéric lui dit : « Mais ».si je sors, je serai pris- par le roi , qui me fera pé-

> rir, moi, mes fils eftonà mes amis qui se sont at- » tachés à ma fortune. »

Arégisille lui répond : «Ne crains rien ; reçois mon : s serment qu'il ne te sera fait aucun mal , et tu vien- » dras sans danger en présence du roi ; il te laissera , » non-seulement la vie et la liberté, mais encore la » paisible jouissance de tous tes £>iens , et tu seras près » de lui ce que tu étais auparavant. »

Mundéric avait coince le pressentiment du sort qui l'attendait, et répartit : «Plût au ciel que je fusse sûr » de ne pas être massacré 1 »

Alors Arégisille , étendant les mains sur les saints autels , lui jura qu'il pouvait sortir sans crainte. Après avoir reçu ce serment , Mundéric ouvre les portes du châtéau , et sort tenant Arégisille par la main. Les gens du traître les regardaient en les voyant venir de loin. Alors Arégisille , selon le signal dont il était convenu, leur dit : « Que regardez-vous donc avec tant d'atten- * tion , ô hommes ! n'avez-vous jamais vu Mundéric ? s>

Aussitôt ils accoururent pour se jeter sur lui. Mundéric , furieux de* se voir honteusement trahi , s'écrie : « Puisque , par ces paroles , tu as donné à tes gens p le signal de me tuer , et que tu m'as trompé par un j> parjure , je te le dis , personne ne te verra plus en » vie ! »

En même temps il lui enfonce 4k lance dans le doà avec tant de violence , qu'elle ressort par la poitrine. Arégisille tombe et meurt. Mundéric, soutenu des siens, tire l'épéè , fait un horrible carnage des soldats de Thierry, et ne cesse de porter autour de lui des* 1 coups mortels qué quand , accablé par] le nombre , il * expire lui-même sur un monceau de cadavres. Ses

biens furent réunis au fisc* Ses enfans le firent inhu- Baugiar. mer avec beaucoup de pompe dans l'église du château. La ville de Vitry passa sous l'obéissance de Thierry. Depuis ce temps le Perthois fit partie du royaume d'Àustrasie.

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