‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 8 sur 41 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sigebert est couronne et ensuite assassine a vitry

(année 567).

Sigebert avait succédé à Thierry , et était roi d'Austrasie. Chilpéric, son frère, roi de Soissons, était bouillant , impétueux , et dominé par une ambition effrénée. Il était encore excité par une femme qui ne redoutait aucun genre de forfaits; c'est en dire assez que de nommer Frédégonde. Chilpéric entre subitement en. Champagne , met tout à feu et à sang > se rend maître de Reims , de plusieurs autres villes , et même de Vitry. Sigebert , indigné de ce procédé violent , lève de» troupes , s'avance contre Chilpéric , le combat , taille en pièces son armée , et reprend les villes qu'il avait perdues. Il s'empare même de Soissons , où il fait prisonnier Théodebert , fils de Chilpéric. Il le retint prisonnier pendant un an dans le palais de Ponthion], où se tint en 569 une assemblée de tous les grands de l'Etat. Il voulut tirer une vengeance encore plus éclatante de la perfidie de Chilpéric ; il alla investir Tournay , où il s'était renfermé avec Frédégonde , qui trouvait toujours des ressources dans le crime , quand tout paraissait désespéré , et qui valait elle seule plus

qu'une armée. Comme le siège traînait en longueur , Sigebert vint dans le Perthois pour recevoir les hommages de ses sujets qu'il avait reconquis, et il fut couronné à Vitry. Les habitans de cette ville suivirent dans cette cérémonie l'ancienne coutume des Francs, qui

^consistait à élever devant l'autel , sur un bouclier qu'on appelait pavois , celui qui , par sa valeur , s'était montrp digne d'être leur roi et le couronnait de lis. Le chef qu'ils proclamaient ainsi , devait se tenir sur le pavois debout et sans appui , pour montrer qu'un roi ne doit 8 élever que par lui-même et par son propre mérite. Il recevait ensuite l'onction royale et la couronne aux acclamations, du peuple. Cette cérémonie se renouvela plusieurs fois à Vitry ; ce qui fit donner à ses habitans le surnom de pavois, qu'ils conservent encore. On croit leur dire comme une sorte d'injure, et c'est un houneur qu'on leur fait en leur rappelant leur ancienne célébrité. , t

Celte sorte de couronnement passa dans la Navarre, quand les comtes de Champagne en devinrent rois. Elle s'observa encore en 1329, quand Jeanne de France et Philippe , comte d'Evreux , furent sacrés à

■ Pampelune, capitale de la Navarre. {fTelty , ,U>fn. Y c«j. y m, p. 229.) ,

Mais Sigebert ne jouit pas long-temps de ces hommages ; deux scélérats envoyés par Frédégonde , vinrent à Vitry lui présenter une dépêche , qu'ils disaient importante, et pendant qu'il la lisait, ils l'assassinèrent. Ainsi périt, au milieu de v ses triomphes , le prince le

*^rTftyiumain et le plus vertueux qui eut encore monté ^Tûr^. trône français. , t ,

)gle

MARTYKE DE SAINT lOUVEMÏ (aUT 584).

La ville de Vitry vit commettre, comme sons ses yeux, un grand crime qui la fit frissonner d'horreur , mais qui procura une gloire immortelle à celui qui en fol la victime.

Louvent , abbé de Saint-Privat de Cabales , ou de Jarouls en Gévaudan , fut accusé par Innocent, comte v* de Cabales, d'avoir tenu des discours injurieux contre d« *ainu j a re{ne B rune ] iaut ^ V euve de Sigebert , et mère dé waire Childebert n , qu i avait succédé à son père dans le de châion» royaume d'Austrasie. Il fut obligé de se rendre à la cour pour se justifier. Quand la cause eut été discutée avec soin , il fut prouvé que Louvent n'avait point attaqué en paroles la majesté royale , et il reçut l'autorisation de s'en retourner ; mais ses ennemis ne lui pardonnèrent point. Lorsqu'il se fut mis en chemin , le comte Innocent le suivit , s'empara de lui , le conduisit à Ponthion , qui est à une lieue et demie de Vitry , et lui fit souffrir les plus indignes traitemens. Il le relâcha ensuite ; mais il le saisit de nouveau , lorsqu'il eut tendu sa tente près de la rivière d'Aisne (1), le mit

à mort , lui coupa la tête qu'il enferma dans un sac de

(i) Il doit y avoir ici une erreur de nom \ au lieu d y Axonam ( Aisne j), ce doit être Matroitam (Marne car il n'est f^ftpro» bal) le 'que sainV Louvent retournai sur ses pas, eî cpie 4<*rar^; gers qui retirèrent son corps de l'Aisne soient venusGnierrer à Perlhes, qui en est éloigné de douze à quinze lieues*

cuir , qu'il remplit de cailloux , et la jeta dans la rivière. Il attacha le reste ëu .corps # une pierre et le précipita dans un gouffre; mais quelques jours après, il fut découvert par des bergers qui le retirèrent du fleuve

et se disposaient à l'enterrer. Pendant qu'ils faisaient les préparatifs nécessaires à cet effet , et qu'ils se demandaient quel pouvait être cet homme , et pourquoi ils ne pouvaient trouver la tête qui était séparée du tronc , tout à coup survient un aigle , qui retire le sac de la rivière et le dépose sur le rivage. Tous ceux qui se trouvaient là étaient dans l'étonnement. Ils prennent le sac , l'ouvrent et y découvrent avec horreur la tête dû cadavre. Ils la mettent avec le reste des autres membres dans le tombeau qu'ils avaient creusé à Perthes. Ils firent ensuite des recherches actives , et connurent bientôt la qualité de cet homme assassiné , ses ' vertus , son meurtrier , et les motifs de sa mort. Saint Grégoire de Tours raconte que de son temps on assurait (ju'une lumière divine apparaissait sur le tombeau du saint martyr. Il ajoute encore que les malades qui s'en approchaient et le priaient avec ferveur, recouvraient la santé. Le corps de saint Louvent fut transporté du village de Perthes à Gliâlons , où il fut conservé religieusement dans la cathédrale. On le fit passer par Vitry , où il fut accueilli avec respect. Il fut brûlé en partie dans l'incendie de la cathédrale , arrivée par la foudre le 19 janvier 1668. M** de Choiseul-Beaupré, . évêque de Châlons-sur-Marnc , mort en 1763 , donna quelques ossemens de saint Louvent à la cathédrale de Monde. Ce saint fut toujours en grande vénération , surtout dans le Perthois , où plusieurs paroisses l'ont choisi pour leur patron.

— 4tt —

Page 1