‹ Histoire de l'ancienne infanterie françaiseChapitre 11 sur 46 · deGRIBEAUYAL (Jean-Baptiste Wacquette), 1* janvier · texte numérisé non relu

deGRIBEAUYAL (Jean-Baptiste Wacquette), 1* janvier

Ce régiment, depuis sa création en 1671, jusqu'à la désorganisation de l'ancienne armée, a constamment fait partie de l'infanterie, marchant au rang qui lui est assigné ici. C'est à ce titre que nous devons nous en occuper dans V Histoire de l'ancienne infanterie française. On nous pardonnera cependant si nous donnons à la notice de ce corps, qui, par le fait, avait une constitution, des privilèges et un service distincts, plus de développement qu'à celle desautres régiments de la même ancienneté. Nous traiterons Royal- Artillerie comme un vieux corps, c'est-à-dire que nous remonterons un instant vers le moyen âge, pour constater qu'il y avait des artilleurs bien avant qu'on

eût songé à les enrégimenter. 11 faut bien d'ailleurs que le bout de l'oreille perce quelque part.

Le mot artilleur, ou artiller, est plus ancien que l'invention de la poudre, ou plutôt que l'application de la force expansi ve des gaz con tenus dans cette composition. Des le temps des croisades, l'ensemble des machines de guerre de toute espèce, grandes et petites, névrobalistiques, à contre-poids, contondantes, incendiaires, imaginées pour produire des effets auxquels la force musculaire de l'homme n'eût point suffi, et du personnel spécial occupé à construire et à mettre en jeu ces machines, était appelé du nom d'artillerie, expression dont le sens est clair et convenable, puisqu'il dérive du terme latin, ars, artis, qui résume les connaissances variées qu'exige le métier.

Le mot artillerie, qu'au moyen âge on écrivait quelquefois attillerie, sans doute par euphonie, est évidemment le frère germain d'atelier, attirails, artificier, artisan. L'artisan, qui appliquait son intelligence et son adresse aux choses de la guerre, s'était distingué de la masse des ouvriers, en sa faisant appeler artiller, ainsi que de nos jours le nom nouveau d'artiste a été adopté par les personnes exerçant un état qui demande du goût, de la délicatesse et le sentiment du beau (1).

Dans les républiques aristocratiques de l'antiquité,

(1 ) Le verbe artiller a été autrefois le synonyme d'armer, fortifier. On disait d'un vaisseau armé en guerre, qu'il était arlilli. L'adjec-

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ainsi que sous les Césars, le service des machines de guerre était généralement abandonné aux affranchis et aux esclaves, qui , seuls à peu près à cette époque, étaient assez abjects pour savoir faire autre chose que manger, boire, dormir, cabaler et se battre. Dans les armées romaines, ils obéissaient à un chef, pris dans la classe des chevaliers ou publicains, qui portait le titre de rnagister fabrûm.

11 en fut de même en France sous le régime féodal. Les préjugés chevaleresques, qui, jusqu'au xvi e siècle, tinrent la noblesse éloignée du service à pied et qui entravèrent le développement de celui-ci, ont fait peser leur influence pendant plus longtemps encore et bien plus énergique ment sur le service de l'artillerie. Un bon gentilhomme, qui croyait déjà déroger en descendant de cheval et en se mêlant aux vilains qui formaient l'infanterie, et dont la science n'allait pas toujours jusqu'à savoir signer son nom, ne pouvait pas, en effet, s'abaisser à ce point de diriger des opérations, dont la conduite exigeait la con-

tif arlilleux se trouve dans le Roman de la Rose, daiis le sens d'ingénieux, subtil.

. Les chercheurs d'étymologie, ne se sont point laissés arrêter par l'évidence. Ils ont fait venir artillerie de l'italien arliglie, qui veut dire serres d'aigle ; de ar te gli era, phrase inintelligible, à moins qu'elle ne signifie ito avaient de l'art; de artedi lirare, etc, ou bien du latin arcus lelum, ardens telum, et même de ars tollendi. Le général Bardin, dans son Dictionnaire de Varmée de terre , observe que cettè dernière étymologie pourrait bien être une épigrarame. La remarque est plus pointue que l'épigramme, si épigramme il y a.

naissance et même la pratique des arts mécaniques.

Les progrès du corps de l'artillerie ont toujours été intimement liés aux progrès faits par l'infanterie, avec laquelle il était confondu. C'est en inventant desarmes de plus en plus efficaceset maniables, en les essayant d'abord eux-mêmes, en les vulgarisant ensuite dans les bandes de gens de pied , que les artilleurs, hommes d'élite et initiateurs de la roture, ont de jour en jour agrandi le rôle de l'infanterie, élevé celle-ci au uiveau de la cavalerie , et amené la noblesse à ne plus apercevoir de différence entre ces deux services. Ce résultat était obtenu au commencement du règne de Louis XIV. C'est aussi à partir de ce moment que l'artillerie, se réservant le maniement des machines les plus compliquées et les plus énergiques, commence à se constituer elle-même à part et à poser les bases de son organisation en troisième arme, destinée dans les circonstances, les plus solennelles de la guerre à porter les coups décisifs, ultima ratio.

Au moyen âge , quand une entreprise militaire exigeait l'emploi des machines, on avait recours à des maîtres-ouvriers , qui fournissaient tout ce qui était nécessaire et embauchaient pour la campagne un certain nombre de compagnons de divers états. Lorsquelesarmes à feu commencèrent, au xm e siècle, à se substituer aux anciens engins, il.se forma dans beaucoup de villes une nouvelle corporation d'ouvriers sous les noms de bombardiers, de canonniers, de poudriers, etc. Les maîtres-canonnierset bonibar-

diers vendirent leurs services, comme avaient fait les artillers, leurs prédécesseurs , et les vendaient fort cher, car un bon maître-bombardier était payé jusqu'à vingt florins d'or par mois. Il est vrai que c'était le temps des secrets et qu'il y avait alors tel artisan, qui possédait sur son métier des connaissances assez étendues, pour être en état de faire ce que plusieurs autres n'eussent pu accomplir en se réunissant.

De même que les milices des communes donnèrent lieu à l'organisation des milices féodales, les maitrescanonniersdcs villes firent naître les maîtres-canonniers des fiefs et des abbayes. Les uns et les autres étaient appelés dans les armées du roi.

Pendant qu'ils étaient en campagne, les maîtresouvriers et leurs compagnons étaient sous les ordres du Grand maître des arbalétriers. Quelquefois, quand l'artillerie d'une armée était considérable, on plaçait à sa tête un maître de V artillerie qui servait d'intermédiaire entre le Grand maître des arbalétriers et les maîtres-ouvriers. Cet officier n'avait qu'une commission temporaireet spéciale. Le Grand maître des arbalétriers exerçait seul des droits absolus et permanents sur l'artillerie, comme il résulte de l'extrait suivant des Titres de Rochechouart-Champdenier, cité par Daniel.

« Le maître des arbalétriers, de son droict, a toute la cour (juridiction), garde et administration, avec la cognoissance des gens de pied étant en l'ost où chevauche le Roy,* et de tous les arbalétriers, des ar-

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