‹ Histoire de l'ancienne infanterie françaiseChapitre 12 sur 46 · H1ST0IM · texte numérisé non relu

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chers, de mailres d'engins, de canonnière,* de charpentiers, de fossoyers, et de toute l'artillerie de l'dst; à toutes les monstres a l'ordonnance sur ce, à la bataille premier assied les écoutes (sentinelles), envoyé querre le cry la nuict; et, se ville, forteresse, ou château est pris, à luy appartient toute l'artillerie, quelque soit, qui trouvée y est; et, se l'artillerie de l'ost est commandée à traire sur ennemis, le revenant de l'artillerie est à luy »

Les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de Louis XL Seulement, comme les maîtres-artilleurs, habiles à fabriquer et à servir les machines de guerre, étaient rares; que les fondeurs de bombardes, les bons poudriers et les canonnière experts étaient particulièrement dans ce cas; qu'ils étaient même pour la plupart étrangers, allemands et italiens; qu'il était devenu de plus en plus important de s'assurer leur concours et de se les attacher ; on leur avait concédé des privilèges et ils avaient obtenu des brevets du Grand maître. L'État, souvent pris au dépourvu par des guerres inopinées , avait aussi commencé à sentir la nécessité de posséder lui-même un matériel d'artillerie toujours disponible et judicieusement réparti sur divers points du royaume. Pour la garde et l'entretien de ce matériel, et pour la surveillance des ouvriers appelés à le servir à la guerre, on avait créé des offices permanents demaîtres et visiteurs de l artillerie. Ces maîtres de l'artillerie, subordonnés au Grand maître des arbalétriers , et

qu'on voit paraître dès le xm° siècle , répondaient aux officiers nommés plus tard lieutenants-généraux de V artillerie, et réunissaient les attributions des généraux commandants et des colonels-directeurs d'aujourd'hui.

La certitude qu'il y eut, dès le xm e siècle, plusieurs départements d'artillerie, résulte de l'observation des faits. En 1291, sous Philippe le Bel, Guillaume de Dourdan est maître de l'artillerie du Louvre et Guillaume Châtelain est maître de l'artillerie de Montargis. Jean du Lyon, établi le 6 janvier 1345 (nouveau style) à la garde de l'artillerie du Louvre, était précédemment garde et visiteur de l'artillerie au bailliage de Vermandois. On trouve, vers 1418, un maître de l'artillerie, nommé Jean Gaude, qui avait autorité ailleurs qu'au Louvre. Le 7 janvier 1422, Pierre Caresme est commis au fait et gouvernement de l'artillerie pour le Languedoc et la Guyenne. Pierre l'Hermite est qualifié, en 1436, de maître de l'artillerie et n'était pas au Louvre. Jean Bureau de Montglas est dans le même cas, ; il exerce cette charge en 1439, au siège de Meaux.

Nous croyons aussi que c'est à tort que l'on commence à Jean du Lyon la liste des Grands maîtres de l'artillerie. La charge de Grand maître de l'artillerie a succédé à celle de Grand maître des arbalétriers, et ne pouvait point coexister avec celle-ci. Ce qui a pu jeter dans cette erreur, c'est que les maîtres et visiteurs de l'artillerie du Louvre prenaient ou

recevaient le titre de maîtres de toutes les artilleries de France ; mais, au xv e siècle, ce titre redondant voulait simplement dire que leur autorité s'étendait sur tout le duché de France, sur la province d'Isle de France, et non point sur tout le royaume.

Quoi qu'il en soit , comme l'arsenal du Louvre était le plus important et probablement le plus ancien de tous ; comme il est resté sous la direction immédiate du Grand maître de l'artillerie, et, qu'à ce point de vue restreint, le Grand maître de l'artillerie était bien le successeur des maîtres de l'artillerie du Louvre , nous donnons ici la liste de ces dernière officiers, telle qu'elle nous est parvenue, en faisant toutefois remarquer que Jean du Lyon, suivant toute apparence, n'a pas été le premier (1),

Voici cette liste :

Jean du Lyon, nommé le 6 janvier 1345, Milet du Lyon, son fils, le 1" novembre 1378, Jean de Soisy, le 22 février 1398, Mathieu de Beauvais, le 17 juin 1407, Etienne Lambin, le 4 septembre 1411, Mathieu de Bkauvais, pour la deuxième fois, le 26 janvier 1414,

(1) La Chesnaye des Bois duune comme prédécesseurs de Jean du Lyon au Louvre, Guillaume de Dourdan en 1291, Guillebert en 4294, Jean en 1298, Benoit Fabry en 1307, Adam en 1314, et Lambert Amigard en 1322.

Nicolas de Manteville, le 4 mai 1415, Jean Petit, le 7 octobre 1 41 8, Pierre Bessoneau> le 1 er octobre 1420, Gaspard Bureau de Villemomble, le 27 décembre 1444 (1).

Gaspard Bureau, le plus célèbre des maîtres de l'artillerie du Louvre, fut contemporain des réformes que Charles VII tenta d'introduire dans l'armée, afin de la tirer du chaos féodal. C'était un homme très-versé dans son art et très- considéré. Peut-être ne fut-il point étranger à quelques-unes des bonnes mesures arrêtées par le roi, et notamment à l'ordonnance du 28 avril 1448 qui essayait de constituer l'infanterie en créant les Francs-archers.

Sous sa longue et habile administration, la charge de maître et visiteur de l'artillerie du Louvre acquit une grande importance aux dépens de celle du Grand maître des arbalétriers, qui était destinée à disparaître avec les engins névrobalistiques.

Gaspard Bureau, en recherchant avec soin et persévérance, en France et à l'étranger, toutes les inventions qui tendaient à améliorer l'artillerie à feu, en réunissant autour de lui les canonnière les plus

(1) Sous le règne des Anglais la charge de maître de l'artillerie de France fut occupée successivement par Philibert de Molans, nommé le 15 septembre 1420, Raymond Marc, nommé le 24 avril 4432, et Guillaume de Troyes, le 27 janvier 1433.

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habiles, en remplissant les magasins du Louvre des machines les plus parfaites, travaillait dans le même sens que la puissance royale, occupée à cette époque de combiner les moyens d'avoir raison des grands feudataires. Aussi Louis XI, ce roi qu'on ne peut s'empêcher d'admirer, donna- t-il au fidèle serviteur, le 15 septembre 1561, peu de jours après son avènement à la couronne, « en rcconnoissance de ses grands et louables services, l'office de Général réréformateur et insiteur des œuvres et ouvriers du royaume de France, en tant de maçonnerie, charpenterie, qu'autres métiers qui en dépendent, et la capitainerie du Louvre. »

A la mort de Gaspard Bureau , arrivée en 1469, la charge agrandie de maître de l'artillerie du Louvre ou de France fat donnée à Hélion, seigneur de La Mothe au Groing, qui se vit contester sa suprématie par Gobert Cadiot, autre maître de l'artillerie. Louis XI trancha leur différend, le 31 janvier 1470, en commettant un grand seigneur au gouvernement de toutes les artilleries. Ce grand seigneur était Louis, sire de Crussol, de Beaudisné,. de Lévis et de Florensac. Cette mesure nous semble avoir été le coup de grâce porté à l'autorité et à la considération du Grand maître des arbalétriers.

Hélion de La Mothe au Groing finit par se démettre; sa charge fut accordée, le 31 mai 1472, à Gobert Cadiot son compétiteur, et la mission du sire de Crussol se trouva terminée.

A Gobert Cadiot, tué au siège de Lectoure, succédèrent Guillaume BourneldeLambercourt, nommé le 1 5 août i 473, Jean Cholet de la Choletière, pourvu le 7 décembre 1477, et Guillaume Picard, seigneur d'Esteland et Bourgachard, commissionné le 3 octobre 147^9.

Ce fut pendant l'exercice de ces successeurs de Gaspard Bureau, que le personnel de l'artillerie fut l'objet d'un premier essai d'organisation militaire, ensuivant nous, ce dut être dans les années 4469 ou 1470.

On se rappelle que nous avons placé à cette époque la reconstitution des Francs-archers parLouisXI, que cette reconstitution fut basée sur le partage du royaume eu quatre gouvernements, et que chacun de ces gouvernements eut un coi^js, ou légion de 4,000 Francs-archers, commandé par un capitaine général. Nous regardons comme infiniment probable, qu'à chacun de ces corps fut attachée une bande d'hommes de métiers, spécialement chargée du service de l'artillerie, et voici les faits sur lesquels cette opinion peut s'asseoir.

En 1478, après la mort de Jean d'Auxy, Grand maître des arbalétriers, cette charge est supprimée, et l'on voit quatre maîtres de l'artillerie devenir au même moment chefs suprêmes de quatre bandes de gens de pied d'une institution antérieure.

Jean Cholet, maître général et visiteur de l'artillerie du Louvre , hérite de la première . celle qu'on appelait la grande Imnde ;

Jacques Galiol a la seconde, dite bande de Bertrand de Samand, du nom de son capitaine;

Perceval de Dreux a la troisième, surnommée la bande des bastons , et dont Guillaume Bachelier, dit Rousselet, était le capitaine;

Enfin Géraud de Samand, maître de l'artillerie au département de Normandie, possède, lui aussi, une bande.

Ainsi, à l'instant où la charge de Grand maître des arbalétriers disparait et va faire place à celle de Grand maître de l'artillerie, il existe des bandes spéciales affectées au service de l'artillerie ; ces bandes, en même nombre que les départements des Francs-archers, avaient déjà quelques années d'existence, puisqu'elles étaient connues par des sobriquets; il n'y a donc rien de hasardé à rattacher leur établissement à la mesure générale prise par Louis XI, vers 1469, pour l'amélioration du service à pied. On remarquera que l'une de ces quatre bandes d'artillerie devait être munie d'armes à feu, car le mot bâton, ou canne, s'appliquait dans ce temps-là aux canons de petite dimension.

On peut aussi juger par induction que les bandes d'artillerie valaient mieux que les corps de V'rancsarchers auxquels elles étaient attachées, car elles ne subirent point les effets du courroux de Louis XI après la bataille de Guinegate , et restèrent sur pied encore quelque temps. Ainsi, Jean Barrabin de Beauregard, capitaine de la grande bande et qui a le premier porté le titre de lieutenant-général d'ar-

tillcrie, en sa qualité d'adjoint au maître général du Louvre, était encore à la tête de sa compagnie en décembre 1479 ; François de Samand remplaça Bertrand de Samand comme capitaine de la seconde bande, le 5 octobre 1480.

L'année 1480 fut une année de grandes réformes, de réformes longtemps méditées par le roi. Jacques Ricard de Genouillac, seigneur de Brussac, dit le chevalier Galiot, nommé le 5 décembre 1479, par lettres datées de Candé, maître visiteur et général réformateur de V artillerie de France, conduisit au camp du Pont-de-l'Arche 2500 ouvriers de tous états fournis par les villes, et pendant près de trois ans il les dressa aux travaux et exercices que comportaient les machines et la tactique de l'époque. On peut croire que cette bande de pionniers ainsi qu'on l'appela alors, dans laquelle se fondirent probablement les quatre bandes dont il a été question plus haut, était composée de gens choisis et destinés à faire honneur aux communes qui les avaient envoyés, car ils arrivèrent tous au Pont-del'Arche revêtus de la livrée de leurs villes respectives. On remarquera aussi la proportion des artilleurs aux autres troupes dans ce camp célèbre du Pont-del'Arche, qui, sur 20,000 hommes, comptait 16,000 hommes de pied (10,000 Français et 6,000 Suisses), 1 ,500 lances formant 7,500 cavaliersel 2,500 hommes de métiers. C'est le dixième environ du total.

Après la mort de Louis XI, son fils Charles VIII

reconnut les service» de Jacques Galiot, en le confirmant dans sa charge «de maître général de Y artillerie par lettres données à Amboise, le 13 septembre 4483, mais il n'y eut plus de bandes d'artillerie entretenues. Toutefois, les travaux du Pont-de-TArdie ne furent point perdus. Cette masse d'ouvriers habiles, initiés aux procédés les plus parfaits, qui retourna dans les cités, donna une vive impulsion à l'étude de tous les arts qui se rattachaient à la construction et à l'emploi des machines, forma desélèros, et permit à Charles VIII de mettre sur pied . onze ans plus tard, pour la conquête du Milanais et de Naples, une artillerie qui fit l'admiration des Italiens eux-mêmes, le peuple alors le plus avancé dans cette partie de la science militaire (1 ),

Le successeur du chevalier Galiot, Guy de Lauzières, nommé le 21 avril 1493, ei le premier qui nous paraisse clairement avoir porté le titre de Grand maître de l'artillerie , sans conséquence cependant pour ceux qui l'ont suivi et qui , pour la plupart, n'ont eu que le titre de maitre et capitaine général, nous conduit jusqu'au xvi e siècle.

(1) L'armée d'Italie, ou delà des monts, a eu son artillerie à part ainsi que son infanterie. Les maîtres généraux qui ont eu autorité delà les monts sont : Jean de La Grange de Vielehastel en 1494, tué Vannée suivante à Fornoue ; Jacques de Silly de Longray en 1501; Antoine de La Fayette de Pontgibaud en 1512; Jean de Pommereul du PIcssis-Brion en 1515, tué en 1524 au siégt d'Arroima sur le lac Majeur.

Nous donnerons une idée de l'état de l'artillerie à cette époque remarquable, ainsi que des prérogatives et de l'autorité dont jouissait le Grand maître, en citant une partie de l'ordonnance du 23 juin 1 504, qui nomme Paul de Busserade, seigneur de Cépy , aux lieu et place de Guy de Lauzières. « Louis, etc., à cause de la longue expérience de notre amé, féal cousin Paul de Busserade, chevalier, seigneur de Cépy, octroyons par ces présentes Testât et office de grand maître de notre artillerie, que souloit tenir et exercer le dict feu Guynot de Louzier, vaccant par son trépas. . . les mêmes prérogatives qu'avoit Guynot, et ses prédécesseurs. C'est assavoir : d'avoir le regard, et supÉflèpendance tant sur les canonniers, aydes de canon niers, maçons, charpentiers, forgeurs, chargeurs, déchargeurs, et aultres officiers d'icelle artillerie, et l'entretaineraent desbastons. pouldres, boulets de fer et autres provisions et munitions de la dite artillerie, avec pouvoir de la distribution et délivrance d'iceux et aussy de mener ou faire mener, ou conduire et exploiter pour notre service, et en nos armées et sièges la dite artillerie et faire faire la dite délivrance de matières, comme de salpêtre, souffre, plomb, pouldre et boulets, picqs, pelles, tranches, piques, hallebardes, hallecrets, cerveliers, avec trousses de toutes autres munitions servant aux faits de la dite artillerie.... pareillement de ordonner ou disposer des gaiges et salaires deschartiers, chevaux, conducteurs, pionniers ou de tous autres frais et

dépenses extraordinaires d'icelle artillerie »

Paul de Busserade, tué en 1512, au siège deRayenne, d'un coup de canon, fut remplacé le 16 mai de la même année, par Jacques Ricard de Genouillac, seigneur d'Acier, dit le chevalier Galiot, comme son oncle. Celui-ci commanda l'artillerie à Marignan, la première grande bataille où le canon ait joué un rôle décisif, et vit naître sous son administration la plupart des améliorations qui firent de l'artillerie de Henri II un service systématiquement organisé et à hauteur des services de l'infanterie et de la cavalerie de cette époque.

Comme cette organisation, surtout en ce qui a rapport au personnel, a été maintenue en vigueur jusqu'à Louis XIV, et même au delà pour certaines parties, sauf des modifications de détail qui n'en altérèrent point l'ensemble, nous devons lui donner place dans cette notice. Ce que nous en dirons est extrait du livre d'un homme de guerre contemporain, de VArl militaire de Biaise de Vigénère.

« Le roy, pour la conduite de son artillerie, entretient plusieurs officiers, tant ordinaires qu'extraordinaires. Les ordinaires jouissent des mêmes privilèges et exemptions, quelque part qu'ils soient, de toutes tailles, subsides, aides, emprunts et autres exemptions quelconques, que ses officiers domestiques, et sont couchés et employés en un état général, fait par chacun an, par le maître de l'artillerie et le contrôleur général d'icelle : auquel état sont con-

tenus les noms et surnoms des officiers dessus dits, et les gages auxquels chacun d'eux est appointé. Cet état est tous les ans présenté au roy, qui le signe, y changeant, augmentant et diminuant ce que bon lui semble; puis délivré au trésorier ordinaire de ladite artillerie , qui recouvre ses assignations , par chacun quartier, du trésorier de l'épargne , pour les prendre sur les comptables où il reçoit ses mandements, et en payer puis après, par quartiers aussi, à mesure qu'ils sont échus, lesdits officiers de leurs gages, lesquels peuvent se monter par an à quelques 50,000 livres, à scavoir :

«Le maître et capitaine général de la dite artillerie, 2,000 livres.. . Mais s'il y a armée dressée, ou qu'il soit en quelque autre sorte extraordinairement employé, il a, outre sesdits gages, 500 livres par mois pour son plat. Et outre ce, il a encore, aux dépens du roy, tentes et pavillons pour lui, ses gens et chevaux, une chapelle d'argent, vaisselle d'étain, linge de table et ustensiles de cuisine portés et payés partout où il marche. »

Suivent les détails des gages et privilèges du contrôleur général de l'artillerie et de ses onze commis ordinaires, établis en chaque magasin desonze provinces du royaume. « Les onze magasins sont ceux qui s'ensuivent : Le premier, appelé Arsenal, est de l'Isle de France, à Paris ; celui de Picardie, à Amiens, (depuis transporté à Montreuil) ; de Champagne, à Troyes, (depuis à Chàlons) ; de Bourgogne, à Dijon ; de

Dauphiné, à Lyon ; de Piémont, à Pignerof; de Provence, à Àix , (et depuis à Marseille) ; de Languedoc, à Toulouse; de Guyenne, à Bordeaux; de Bretagne et Touraine, à Tours; et de Normandie, à Rouen. »

Suivent également les émoluments du trésorier et du receveur général, du garde général et de ses onze commis. Arrivant aux officiers d'artillerie proprement dits, Vigénère continue ainsi :

« Le lieutenant-général de ladite artillerie a , par chacun an , de gages ordinaires , la somme de 800 livres, et d'extraordinaire, 200 livres, et pareillement tentes et pavillons, tant pour lui que pour ses gens et chevaux; la vaisselle cTétain, linge de table et ustensiles de cuisine, payés et conduits aux dépens du roy.

« Les commissaires ordinaires, couchés en l'état, au-dessous du lieutenant=général , combien qu'ils soient de même autorité l'un que l'autre , sont néanmoins appointés diversement. Les plus haut ont 400 livres par an ; les autres 350 livres ; d'autres 300 livres ; d'autres 250 ; et d'autres 200 livres ; le tout à la discrétion du maître de l'artillerie , selon qu'il les connoît le mériter. Ils souloient être communément vingt-quatre , dont les uns ont de gages extraordinaires par mois 100 livres, d'autres 50 livres; et leur sont baillées et départies des tentes et pavillons, selon le plus et le moins, au vouloir dudit maître.

« Il y a environ deux cents canonniers appointés

de diverses sortes , dont les pk» haol ne sont qu'à 100 livres par an, et sont compris en ce nombre aucuns poudriers et gens de métiers qui savent faire l'un et l'autre ; on leur baille et départ de petites tentes pour mettre auprès des pièces, en chacune desquelles se retirent ceux qui sont ordonnés pour la pièce qu'ils doivent exécuter.

«Après sont couchés au dit état le prévôt et ses archers; le maréchal des logis et fourriers; l'apothicaire, le chirurgien et ses aydes ; les fondeurs, les charpentiers, les charrons, les forgeurs d'affûts, les forgeurs de rouages, les tonneliers , les ten tiers, les déchargeurs, les capitaines du charroi et les conducteurs d'iceluy; tous lesquels officiers sont aussi diversement appointés, les plus haut à 1 20 livres par an.

« On a depuis érigé (ordonnance de décembre i 552) certain nombre de capitaines de chevaux par les provinces, qui ont 200 livres de gages ordinaires, et jcœwsetit des mêmes privilèges que les dessus dits.

v * Puis sont couchés audit état général, les commissaires, canonniers, et autres officiers vieux et impotents, qui ont autrefois bien fait leur devoir ; les uns à semblables appointements qu'ils souloient, les autres à moins, dont ils jouissent, et pareillement de leurs privilèges, jusqu'à leur trépas.

. « Quand le roi entend faire mettre en campagne

maître de l'artillerie, ou son lieutenant-général, ou l'un des commissaires, sachent du roi, ou son

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conseil, son intention ; afin que, sur ce, ils puissent dresser leur équipage, tant des pièces que de leur suite.

« Après donc que l'état en aura été dressé, faut qu'ils fassent dépêcher lettres adressantes aux capitaines des chevaux du charroi de l'artillerie,... pour tel nombre de chevaux qu'ils auront avisé être nécessaire, et leur fassent délivrer les deniers qu'on a accoutumé d'avancer pour le recouvrement de leurs chevaux, qui est à raison de vingt écus pour cheval, leur assignant le jour et le lieu auquel ils se doivent trouver avec les chevaux et charrettes et leur équipage

« Et pareillement, qu'ils fussent dresser des commissions pour lever les pionniers qu'ils auront aussi avisé être requis, pour les envoyer aux Élus des lieux avec de l'argent pour autant de jours qu'ils pourront mettre à venir du Jieu où ils seront levés jusqu'où se fera rassemblée ; et faut que ce soient gens de bras et de peine, afin qu'on en puisse tirer service, et qui aient feu et lieu, à ce qu'advenant qu'ils s'en voulussent en aller sans congé, ils aient cette crainte qu'on les pourra aisément recouvrer pour en faire punition. Et pour cet effet, on les enrôle par dizaines, dont le dixième répond des autres, et les représente quand on l'en requiert. »

Suit l'énumération des soins minutieux que les commissaires doivent apporter à la réunion des objets matériels et à la composition de l'équipage.

DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. iQ\

« Quand Jes chevaux mandés seront arrivés le maître et Je contrôleur général, ou leur lieutenant et commis, en feront la montre, ensemble des charrettes qu'ils sont tenus de fournir, et des charretiers qu'ils présenteront, pour voir s'ils seront propres à faire service. Et ne faudra oublier de coter en tête les meilleurs chevaux qui seront propres pour mener les pièces, ce qui sera un grand soulagement pour dresser l'attelage

« Quand les pionniers mandés arriveront, le maître de l'artillerie, et en son absence le lieutenantgénéral, ou les commissaires, avec ledit contrôleur général ou l'un de ses commis, en feront la montre sur le rôle des Elus, qui en auront fait la première revue, contenant le jour de leur partement et l'argent qu'ils auront reçu

« Au demeurant, le commissaire qui aura la charge et conduite desdits chevaux, charretiers et pionniers, n'oubliera, tant qu'on n'ait atteint le pays

de l'ennemi de partir le dernier du logis, pour

entendre s'il n'y aura point quelques plaintes et y donner ordre; envoyant le fourrier devant pour faire le logis.

« Outre les officiers ordinaires, faut qu'il y en ait d'extraordinaires, à sçavoir: des commissaires, canonniers, charpentiers, charrons, forgeurs, déchargeurs, tonneliers et tentiers, et parspécial, des charpentiers et charrons, ceux de qui on a communément plus d'affaire en cet endroit. Et a-t-on de coutume

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de commettre volontiers pour des commissaires extraordinaires, des plus expérimentés et diligens. caaonniers ordinaires^ ce qui leur donne occasion de bien faire sous l'espérance d'être avancés au rang, des commissaires ordinaires.

« Les déchargeurs doivent être gens d'expérience; au fait de l'artillerie,, et dignes de foi, et quasi comme contrôleurs, qui avertissent le maître et le contrôleur général, ou leurs commis, des menues, affaires qui surviennent où ils ne pourraient pas assister et avoir l'œil, et spécialement pour la réception et délivrance des munitious,pour en décharger ceux qui en ont la charge... » On voit que les déchargeurs étaient ce qu'on appelle de nos jours-gardes d'artillerie.

« Partie des pionniers se doit bailler aux canonniers pour servir autour des pièces, les ramener quand elles ont tiré, les recharger et aider à braquer, et aussi pour faire vues et fenêtres avec leurs cognées, serpes et gohzards, s'il y a des haies et buissons et

autres obstacles Et se doivent départir pour

chaque canon, trente pionniers; pour grande couleuvrine, vingt-quatre; pour bâtarde, douze;, pour moyenne,, six; et pour faucon et fauconneau, quatre à chaque pièce. Le reste desdits pionniers doit demeurer, partie au clos de la munition, partie avec les poudres et boulets* tant pour les garder que porter, et. en, outre faice Ge qui leur sera ordonné.

« Les canonnière, InnA ordinaires qu'extimoarlitnaires,, sont départis, jmhuî L'exécution/ de* piéce s

comme il s'ensuit, à sçavoir : pour canon, deux ordinaires, trois extraordinaires; pour grande couleuvrine, deux ordinaires et deux extraordinaires; pour bâtarde, un ordinaire, trois extraordinaires ; pour moyenne, un ordinaire, deux extraordinaires; pour faucon et fauconneau, à chacun un ordinaire et un extraordinaire. Pour les arquebuses à croc, chaque canonnier extraordinaire en exécute une. »

Les attelages des bouches à feu montées sur affûts étaient composés de 23 chevaux pour un canon, de 17 pour une grande coulevrine, de 13 pour une bâtarde, de 9 pour une moyenne, et de 4 à 6 pour les faucons et fauconneaux. Un charretier conduisait quatre chevaux, et 200 chevaux formaient la part de commandement d'un capitaine. L'approvisionnement des bouches à feu était de 200 coups pour les canons et coulevrines, et de 250 pour les bâtardes et les moyennes.

Nous terminerons cette citation par un résumé de la composition d'un équipage ordinaire de campagne. Un équipage de 30 bouches à feu , comprenant 10 canons, 4 grandes coulevrines, 8 bâtardes et 8 moyennes, était commandé par un lieutenant d'artillerie et quatre commissaires ordinaires, ayant sous leurs ordres, outre les officiers comptables et de justice, 94 canonniers, <) charpentiers, 4 charrons , 4 forgeurs, 4 déchargeurs et 1500 pionniers. Le train se composait d'un capitaine du charroi, de quatre conducteurs ordinaires du charroi , de sept

capitaines de chevaux, «le 325 charretiers et de 1 ,300 chevaux menant, outre les affûts, 200 chariots ou charrettes.

11 résulte de ce qui précède, qu'au xvi« siècle, le personnel militaire de l'artillerie, entretenu en tous temps, se composait du Grand maître et de son lieutenant-général, de vingt à trente commissaires ordinaires et de 200 canonnière appointés, auxquels on doit joindre un nombre proportionné d'employés et de maîtres ouvriers de diverses sortes et quelques capitaines de chevaux.

A ce cadre permanent, appartenant à l'armée, venaient se joindre, suivant les besoins, en qualité d'auxiliaires, des commissaires et des canonnière extraordinaires, c'est-à-dire des ingénieurs et des ouvriers civils, aspirant, pour la plupart, à obtenir la position de commissaires et de canonnière ordinaires entretenus, jouissant, en attendant, de certaines immunités et franchises, mais tenus de répondre à l'appel du roi.

On voit, ainsi que nous l'avons déjà dit ailleurs, que cette organisation présentait de l'analogie avec ce qui existe encore de nos jours pour la marine de guerre, dont le cadre permanent peut s'élargir et se remplir par l'admission des officiers et matelots de la flotte marchande, soumis à cet effet, à une législation spéciale.

Dans la pratique du xvr 3 siècle, les commissaires ordinaires exerçaient les fonctions des capitaines et

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officiers supérieurs actuels; les commissaires extraordinaires celles des lieutenants; les canonniers ordinaires étaient chefs de pièces et pointeurs ; les extraordinaires remplissaient, autour de la bouche à feu, les postes qui demandaient la connaissance et l'habitude du métier; enfin tout ce qui était affaire de bras était le partage des pionniers, dont le nombre était énorme, sans doute pour compenser la qualité, puisqu'on en attachait i 500 à un parcde30 pièces (1 ).

La garde de cet attirail était confiée, en campagne , à des bandes d'infanterie désignées spécialement pour ce service, et toujours les mêmes pendant la durée d'une expédition. C'étaient habituellement des bandes suisses, et cet usage s'était introduit dès le commencement des guerres d'Italie , sous Charles VIII. Ce fut, dit-on, un privilège concédé aux Suisses par ce prince, à la suite de la bataille de Fornoue, où ils avaient sauvé l'artillerie par leur intrépidité, et renouvelé par François I er après Marignan, quand les Suisses, battus par nous, jurèrent la

(i) Il résulte (Tim passage des Aventures du baron de Fœneste, que, vers la ûn du xvi* siècle, ces pionniers avaient une organisation militaire et un costume un-forme, au moins dans l'armée protestante. Voici ce passage :

« Il me semble, dit fieaujeu à Fœneste, vous avoir veu en l'armée du roy de Navarre, quand il reprit Marans, aux enseignes de la petite casaque de drap rouge. .

a Ha! je vous dirai, répond Fœneste, qui se croit attaqué dans sa noblesse, mon père avoit charge à l'artillerie, et quelques fois par voutade et par caprice, je preuois quelque casaque d'un des pionniers de sa coinpainie, mais par fantaisie, non pas autrement.»

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paix éternelle avec la France. Au reste, à cette époque, il y avait en effet peu de compte à tenir de la solidité des gens de pied français ; mais, si les Suisses sont restés pendant près de deux siècles en possession de ce privilège honorable, il ne faut point voir dans cette singularité l'aveu de l'infériorité continue de notre infanierie, mais le résultat de la routine, de la religion des usages etsurtoutde la morgue desofficiers placés à la tète des bandes, aux yeux de qui la mission d'escorter l'artillerie n'était qu'une gêne et même une humiliation.

Malgré les préjugés contre lesquels il avaiteuà lutter, préjugésqui devaient longtemps encore le retenirdans une position mal définie et au-dessous de l'importance de ses services, le corps de l'artillerie avait su se don» ner, avant le commencement des guerres civiles, une constitution qui devançait celle de l'infanterie ellemême, et se faisait dès lors remarquer par un esprit d'ordre et de prévoyance, un soin des détails et une régularité de service qui ne se sont jamais démentis.

A partir de l'époque, sur laquelle nous venons de nous arrêter, le corps réalisera, avec suite et sans précipitation, toutes les améliorations qui lui seront indiquées parle progrès de l'art et par le perfectionnement graduel de la constitution de l'armée ; mais il tirera toujours sa principale force du mode de recrutement Je ses officiers de tous grades et de toutes classes, pris les uns parmi les artisans les plus habiles et les plus probes , les autres fournis par la partie éclairée de la bourgeoisie et par ces familles de fi-

nsmce et de parlement, qui n'étaient pas encore de te noblesse, et que celle-ci, cependant, était déjà obligée de considérer et démettre au partage de ses prérogatives.

A Jacques Ricard de <*enouillac , qui avait exercé pendant presque toute la durée du règne de François I er la charge de Grand martre de l'artillerie, succéda, le 2! janvier 1546, Jean de Taix, naguère capitaine général de toute l'infanterie de France, tant deçà que delà les monts. Celui-ci ne reçut toutefois, dans ses lettres de nomination, que le titre o!e maître et capitaine général.

Henri II, à son avéneraeut à la couronne, en même temps qu'il créait les colonels généraux de ri nfanterie, donnait le 11 avril 1547, la charge de maître et capitaine général à un homme de naissance, à Charles de Cossé, comte de Brissac, remplacé luimême, le 9 juillet 1550, par Jean, marquis d'Estrées, qui avait épousé Catherine de Bourbon, ïïlie du bâtard de Vendôme. Sous le marquis d'Éstrées, la charge obtint des privilèges essentiels qui régalèrent à celle du colonel général de l'infanterie. Par lettres du 1 5 août 1 557, cinq jours après la funeste bataille de Saint-Quentin , qui détermina d'importantes réformes, M. d'Estrées reçut, pour lui et pour ses successeurs, pleins pouvoirs pour nommer directement aux offices vacants. Le même brevet disait, que le maître et capitaine général devait répondre et communiquer le plus souvent avec le roi, et l'établissait comme le colonel général de l'infanterie, capitaine et colonel

de deux enseignesde gensde pied, spécialement attachées auprès de sa personne à la garde du quartier général de l'artillerie. Une de ces compagnies colonelles survécut aux réformes de Henri IV, prit plus tard le nom de compagnie des canonniers du Grand maitre,et est entrée en 1671 dans ia composition du régiment Royal de l'artillerie.

Jean d'Estrées, vieux eleassé, après avoir été obligé, en 1567, de faire exercer sa charge par Jean Babou de La Bourdaisière, seigneur de Sagonne, eut pour successeur, le 6 novembre 1 569, Armand de Gontaud, baron de Biron , maréchal de France en 1577 , tué d'un coup de canon, le 26 juillet 1592, au siège d'Épcrnay. Philibert de La Guiche l'avait remplacé, le 6 juillet 1 578, avec le titre de Grand maître et capitaine général, et céda la charge,lc 5 septembre 1 596, à François d'Épinay-Saint-Luc , tué, le 8 septembre 1597, au siège d'Amiens, d'un coup d'arquebuse. La belle Gabrielle eut alors la fantaisie de faire de son père un Grand maître de l'artillerie, et, dès le I e * octobre, Antoine d'Estrées était en possession. Cela dura aussi longtemps que vécut la favorite. Gabrielle mourut le 10 avril 1599, et, le 13 novembre de la même année, Maximilien de Béthune, baron de Rosny et duc de Sully, était nommé Grand maître de l'artillerie, vu la dihiimion volontaire du précédent.

Sous l'influence de cet homme illustre, les progrès du corps de l'artillerie prirent une allure rapide. Il convient toutefois de remarquer que les circonstances avaient déjà, d'elles-mêmes, singulièrement fait

ressortir l'importance du service de ce corps, et que le Grand maître n'eut en quelque sorte qu'à constater les faits acquis, à en développer les conséquences, à les coordonner et à les réduire en règlements. Les nombreuses ordonnances promulguées par Henri III, au sujet de l'artillerie, témoignent assez de l'intérêt qu'on attachait, pendant les guerres civiles, à assurer le bon emploi du canon, et l'on peut dire que le rôle de Sully a surtout été une mission d'ordre, de régularisation et d'économie, pour laquelle sa grande intelligence, la fermeté de son caractère et jusqu'à son orgueil et son avarice semblaient l'avoir fait naître.

La guerre civile, en effet, et l'on regrette de le dire, est une grande école de guerre. Dans ces temps malheureux, où tout le monde est soldat pour le succès d'un parti et pour sa défense personnelle, où l'idée fixe est, non pas seulement de vaincre, mais de détruire son ennemi, l'esprit de l'homme acquiert une faculté diabolique d'invention et de perfectionnement. La tendance à l'emploi habituel des machines de guerre les plus puissantes, de l'effet le plus prompt et le plus grand , s'augmente en raison du peu d'étendue et du peu de durée des opérations, qui permettent de transporter machines et munitions facilement et sans beaucoup de frais, de les réparer ou de les remplacer entre deux expéditions.

Pendant les guerres de religion qui remplirent le dernier tiers du xvr siècle, il n'est pour ainsi dire pas une ville, un bourg, en France, dont la

vieille enceinte n'ait été entamée par k <camra> par lamine ou par le pétard. Quelques forteresses, qui avaientcoxiHJ&encé depuis une oinquantaine d'années à s'entourer de fortifications rasantes , se virent aussi à cette époque insultées pour la première fois. Les armées, peu nombreuses en général, se fortifiaient de toutes les bouches à feu enlevées au* villes. On vit l'artillerie se mettre en batterie en rase campagne, à découvert, en avant de l' infanterie, et, à la journée d'Arqués, Charles deGontaud» baron de Biron, conduisit à la charge un escadron de cavalerie au centre duquel marchaient deux ooulevrines. €ette nouvelle manière de couibaMre exigeait une augmentation du nombre des canonniers et une diminution de celui des pionniers ou goujats. Ceux-ci disparurent presque complètement dans les dernières campagnes faites par Henri IV contre les Espagnols, alliés des Ligueurs* L'armement formidable des nouvelles places baslionnées effrayait, on doit le croire , de mal heure u\ paysans que la contrainte seule pouvait amener aux t rattachées. Henri IV, comme nous l'avons dit ailleurs, profita d'un mouvement d'impatience et d'indignation manifesté par les vieilles bandes au siège d'Amiens, en 1597, et fit faire les travaux pari' infanterie. Il paya les soldats à la toise, et donna à ceux qui n'avaient point été tués en travaillant ia somme entière qu'il avait promise. La réussite de cette tentative, les éloges du roi adroitement distribués et un sentiment de satisfaction intérieure du service

DE L'ANCIENNE tNft&MTERIE FRANÇAISE. 171

qu'elle avait rendu, opérèrent ce jour-là une révolution dans l'esprit de' l'infanterie. A partir de ce moment, elle devient la fidèle auxiliaire de l'artillerie dans les sièges et sur les champs de bataille, ne laissant aux pionniers que les travaux à exécuter hors de la portée du feu de l'ennemi.

A la paix de Vervins, suivie de si cruelles réformes parmi les gens de guerre, le personnel entretenu de l'artillerie fut, au contraire, notablement augmenté. Henri IV établit dans toutes les places des canonniers et des bombardiers, et dans les plus importantes il mit des officiers chargés d'en réparer et d'en améliorer le matériel et les fortifications. Les emplois nouveau furent, en général, donnés aux officiers et soldats réformés de l'infanterie qui avaient montré de l'aptitude ou du talent. Le roi accorda en même temps une haute-paie à un certain nombre d'hommes par compagnie d'infanterie, sous la condition de se pourvoir d'outils propres à remuer la terre ou à couper le bois, et de se rendre capables de diriger leurs camarades dans les opérations d'un siège.

Sully, qui avait commandé eu personne l'artillerie pendant la guerre de Savoie et qui l'avait fait servir avec éclat et habileté au siège de Montmélian, obtint du roi l'érection de sa charge de Grand maître en office de la couronne, comme celles des colonels généraux de l'infanterie et de la cavalerie. L'ordonnance d'institution fut rendue à Lyon au mois de janvier 1601 , et enregistrée au parlement de Paris le 6 février suivant. C'est du temps de Sully que datent

la plupart des privilèges dont les grands maîtres ont joui. Nous nous contenterons d'indiquer sommairement ces privilèges.

Le Grand maître de l'artillerie était ordonnateur de tous les tonds alloués au corps; les marchés se passaient en son nom. Tous les officiers étaient brevetés par lui ou prenaient son attache; ils n'avaient d'emploi que sous son bon plaisir. Lorsqu'il entrait dans une place et lorsqu'il en sortait, il était salué de cinq volées de grosses pièces. Quand le canon avait tiré contre une ville , les cloches et tous les ustensiles de cuivre lui appartenaient, à moins que la capitulation ne portât expressément le contraire : c'était un usage ancien, fort sujet à controverse, mais sur lequel Henri IV s'expliqua, après la prise de Montmélian, de manière à le faire vivre jusqu'à nos jours. Les villes rachetaient leurs cloches; le Grand maître en touchait la valeur, prenait la grosse part et distribuait quelques miettes aux officiers et canonniers. Le Grand maître avait sa juridiction à l'arsenal de la Bastille de Paris (1). Comme marque de sa dignité, il entretenait des gardes et plaçait au-dessous de l'écu de ses armes deux canons sur leurs affûts, entourés de caques de poudre, de boulets et de gabions. On voit encore aujourd'hui ces insignes ressortir en

relief au-dessus de l'une des portes de la bibliothèque de l'Arsenal.

(1) Un ùdil du mois do décembre i 572 avait transporté du Louvre à la Bastille le siège de lu juridiction du Grand maître.

Maximilien H de Béthune, marquis de Rosny, remplaça son père le 30 avril ! f > 1 0 et fut confirmé par-Louis XIII le 27 novembre de la même année (1). Le nouveau Grand maître était protestant et n'exerça point sa charge pendant les guerres soutenues par le roi contre les religionnaires du midi. Cette circonstance futloind'êtredéfavorable au développement de l'artillerie. De 1621 à 1628, on ne fit que des sièges de villes défendues avec acharnement. En l'absence du Grand maître, les maréchaux de France briguèrent l'honneur de diriger l'artillerie. Praslin, Chaulnes, Créqui, Bassompierre , Schomberg , d'Effiat, attendaient leurs jours de tranchée pour faire jouer les pièces, devant Saint-Jean-d'Angély, Clérac, Montpellier, Montauban et La Rochelle. Convertis par ces illustres exemples, les mestres de camp se disputaient les travaux de sape et les batteries. Ce ne fut, il est vrai, qu'un moment d'engouement, mais il sortit de là plusieurs choses utiles et justes.

D'abord, Louis XIII renouvela, en 1621, devant Saint- Jean-d'Angély, la mesure prise par Henri IV, vingt-quatre ans auparavant, devant Amiens ; il décida que les soldats d'infanterie qui travailleraient aux tranchées et aux batteries, recevraient à l'avenir une

(1) Sully, en se démettant, avait stipulé que la charge lui ferait retour en cas de mort de son fils. Ce cas se présenta en 1634. Sully n'était plus en faveur; il réclama vainement, et comme compensation on le nomma maréchal de France .

174 irtsTomR

sotofc extraordinaire. Quelques officiers, plus courtisans que gens de guerre, lui ayant représenté que le marquis de Spinola et le prince d'Orange exigeaient un pareil service de leurs troupes, sans rien leur donner au delà de leur solde : « Pour moi, dit le roi, je- me ferais conscience d'exposer mes soldats à des périls qui ne sont pas attachés à leurs fonctions ordinaires, sans les animer par quelque récompense. » C'était du même coup accomplir un acte d'équité et rehausser aux yeux du soldat le mérite du service de l'artillerie.

Un grand nombre d'officiers d'infanterie, ceux surtout que leur naissance devait arrêter au grade de capitaine, étudièrent avec ardeur l'art de l'attaque et de la défense des places et reçurent des brevets d'ingénieurs ou de commissaires extraordinaires de l'artillerie. Quelques-uns de ces officiers s'ouvrirent ainsi un chemin vers les plus hautes dignités militaires : il suffit de nommer Fabert et Vauban. Par réciprocité, les commissaires de l'artillerie et les ingénieurs prirent rang dans l'armée et devinrent susceptibles de parcourir l'échelle des grades.

Nous citerons ici comme un indice du partage qui se faisait dans les opinions des officiers de l'infanterie, vers le milieu du xvn° siècle, un discoure que l'auteur des Campagnes du maréchal de Fabert met dans la bouche de cet homme illustre.

En 1641, au siège de Bapaume, quelques officiers du régiment des Gardes Françaises trouvaient mauvais que Fabert s'occupât des sapes, des mines> de

DE L'ANCIENNE IflFÀ'NTEinE FRANÇAISE. 178

PartiHerie y des machines, des ponts et des autres travaux les plus pénibles. Ils chargèrent Grateloup, son ami, (Je lui représenter qu'il avilissait sa dignité de capitaine aux Gardes et d'officier général.

« Je suis très-obligé à mes camarades du soin qu'ils* prennent de mon honneur, répond Fabert. Je voudrois cependant leur demander, si le bien que m'a' fait le roi est une raison de diminuer le zèle que j'ai 1 toujours eu* .pour son service. C'est la conduite que l'on me reproche, qui m'a élevé aux grades dont je suis honoré. Je servirai toujours de même, quand' ce neseroit que par reconnaissance. Mais j'ose me flatter que ces travaux, que l'on trouve humihans, me conduiront aux honneurs militaires les plus élevés. Tout bien considéré, le conseil de ces messieurs n'est bon que pour ceux qui veulent vieillir dans le régiment des Gardes. Pour moi, je leur déclare que je n'ai 1 aucune envie d'y rester : bientôt je leur en dbn^ nera* des> preuves. La nuit prochaine, je ferai fa* des»* rente dirfêsse; et, sans avoir égard à fa dignité de rms grades, j'attacherai le mineur, je travai lierai moimême à la gallerie, à' Fa chambre de fa raine, et j'y mettrai le 1 feu>, si la garnison refuse de se rendre. »

Richelieu n'apporta' point d'amélioration directe à l'organisation- du corps de l'artillerie; mais il» travail lai* sans relâche' à Fara^fndrissemerrt de 1a nobltesse, soumettait les' officiers dé l'infanterie et de 1a cava**lorie au* entravesde la discipline et de fa* hiérarchie; remettait au temps' le soin de faire disparaître* les

dernières traces des préjugés chevaleresques, et en attendant, il confiai!, le 27 septembre 1034, à la mort du marquis de Rosny, la charge toute-puissante de Grand maître de l'artillerie à son cousin germain, Charles de La Porte, duc de La Meiileraye.

Mazarin agit de même et, le 10 avril 1648, le duc de La Meiileraye, devenu maréchal de France, fut remplacé parsonfils, Armand CharlesdeLaMcilleraye, duc de Mazarin, auquel le cardinal avait fait épouser une de ses nièces et transmis ses titres.

La paix des Pyrénées, en 1059, laissa le corps de l'artillerie, sous le rapport de la forme de l'organisation, dans l'état où il se trouvait à la paix de Vervins. C'était encore, au-dessous du Grand maître, des maîtres ou lieutenants-généraux de l'artillerie, exerçant par délégation une partie des pouvoirs du Grand maître dans les provinces, des commissaires et des employés répartis dans les places et dans les ateliers de construction, des capitaines de chevaux dans chaque province, et enfin des bombardiers et des canonniers distribués dans les forteresses en raison de l'importance de chacune d'elles.

Au momept où Louis XIV prit en main le gouvernement de l'État, cette organisation n'était plus suffisante. Elle répondait assez bien encore au service que l'artillerie avait à faire dans la guerre de sièges ; mais cette guerre de sièges allait être complètement transformée sous la main de Vauban, et les essais tentés par Gustave-Adolphe , pendant la

de l'ancienne infanterie française. 177 guerre de Trente Au», pour faire appuyer par des pièces légères les mouvements des troupes sur le champ de bataille, commençaient à être imités en Allemagne et en Hollande. Il devenait donc nécessaire de modifier l'organisation de l'artillerie et de la rendre plus militaire.

Louis XIV était tout-puissant; un signe de sa volonté faisait taire toutes les objections; il aimait et estimait l'artillerie; il était fort des opinions -de Louvois, de Colbert et de Vauban. 11 n'osa cependant entrer dans la voie qui lui était indiquée que peu à peu, et même par plusieurs détours.

En 1667, lorsque le roi déclara la guerre à l'Espagne, une partie des canon niers et bombardiers, distribués dans les places, furent appelés à l'armée, suivant l'habitude. Ils servirent avec éclat à la prise de plusieurs villes de la Flandre, et au commencement de 1668 ils contribuèrent encore à la rapide conquête de Besançon . Après ce siège, qui terminales hostilités, Louis XIV, au lieu de renvoyer ces hommes dans les places qui les avaient fournis, les retint sur pied et en forma six compagnies, quatre de canonniers et deux de bombardiers.

Des motifs qu'il serait difficile de déterminer, amenèrent presque aussitôt la réforme de ces compagnies. Le Grand maître, peut-être, avait-il allégué que ces canonniers et bombardiers étaient plus utiles dans les places. Ce qui est certain, c'est que le 28 juillet 1669, le duc de Mazarin se démettait

■IST. Dl L'ANC, infanterie française, t. tu 12

178 HIST01RB

volontairement de sa charge en faveur de Henri de Daillon, duc du Lude, premier gentilhomme de la chambre (1).

Le projet fut repris aussitôt sous une autre forme et, le 4 février 1671, Louis XI Y créa un régiment d'infanterie, sous le titre de régiment des Fusiliers du roi, dont le Grand maître, duc du Lude, fut établi colonel-lieutenant, et qui eut pour destination spéciale la garde de l'artillerie. On se rappelle que cet honorable service avait jusque-là été un des privilèges des Suisses. Il était digne de Louis XIV de faire disparaître un usage qui avait quelque chose de blessant pour l'infanterie française. Il profita habilement d'un moment où il n'y avait plus en France d'autres troupes suisses que le régiment des Gardes, fit valoir l'importance de cette restitution, et introduisit ainsi par un biais l'organisation militaire de l'artillerie, que nous allons voir se développer.

Pour la formation des quatre compagnies de 100 hommes, qui composèrent à l'origine le régimentdes Fusiliers, on prit d'abord les débris de l'ancienne compagnie des canonniers du Grand maître, employée jusque-là au service de l'Arsenal de Paris. Cette compagnie , complétée au moyen d'hommes choisis dans les régiments d'infanterie, resta sous le

(i) Le duc du Lude était maréchal de camp du 30 mars 1668. Il devint lieuteuant-général le 4 juillet! 670.

commandement direct du Grand maître. La V compagnie, placée sous les ordres du lieutenant-colonel (i) , fut composée de sapeurs, c'est-à-dire de gens propres aux travaux des tranchées et des mines. Les 3* et 4* réunirent des ouvriers en bois et en fer, sachant faire les réparations du matériel et jeter les ponts. Ces trois dernières compagnies furent exclusivement recrutées avec des hommes tirés de l'infanterie. Lerégimentdu Roi fournit tous les officiers; les commissaires de l'artillerie restèrent complètement en dehors de cette organisation, mais leur état fut amélioré par la création des grades de commissaire provincial et de commissaire extraordinaire.

Le roi ne négligea, au reste, rien de ce qui pouvait donner de l'éclat à son institution et apaiser en même temps les derniers scrupules des hommes qu'il appela dans le nouveau corps. Le régiment des Fusiliers du roi est le premier des corps entretenus qui ait été complètement armé de fusils au lieu de mousquets ; il est le premier dont les soldats aient eu entre leurs mains la terrible baïonnette ; il est aussi le premier qui ait revêtu le costume uniforme. Ce costume fut magnifique, eu égard à la simplicité des habits délivrés vers la même époque aux autres troupes. Il se composait d'un habit blanc avec les

(1) Abel Louis de Marans de Varennes, premier lieutenantcolonel des Fusiliers du roi, était précédemment major du régiment du Roi. 11 fut fait brigadier le 23 février 1677.

parement* et la doublure bleus ; le collet , la veste , la culotte et les bas étaient rouges et les boutons de métal doré. Les drapeaux étaient pareils à ceux du régiment du Roi, avec cette différence, que le vert et le rouge, au lieu de présenter une teinte mate, avaient des reflets changeants, de nuance aurore, destinés à rappeler les couleurs des feux du ciel et de l'enfer.

Le 20 août 1671, six mois après sa création, et au moment où Louis XIV faisait ses préparatifs de guerre contre la Hollande , le corps reçut une augmentation considérable, déterminée par l'importance des parcs d'artillerie qu'il devait escorter. On y incorpora 22 compagnies, tirées des régiments d'infanterie. Deux de ces compagnies furent organisées en grenadiers, par un choix d'hommes fait sur toutes les autres, et le régiment fut divisé en deux bataillons de treize compagnies chacun. La compagnie de sapeurs du lieutenamt-colonel, qui appartenait au roi, marchait à la tête du 1 er bataillon; celle des canonnière du Grand maître était la première du 2 e . Les deux compagnies d'ouvriers , qui prirent plus tard la tête des 3 e et 4* bataillons, étaient partagées, ainsi que les grenadiers, entre les deux bataillons.

Le régiment des Fusiliers du roi, pendant la campagne de 1672, contribua, comme infanterie, à la rapide conquête d'Orsoy, de Rheinberg, d'Utrecht et de Doësbourg. Il fit, en 1673, le siège de Maës-

tricht, où le capitaine de Petit-Bord fut blessé dans la tranchée , et il alla prendre ses quartiers d'hiver dans la Bourgogne. Il servit, en 1674, à la prise de Besançon et de Dole, qui capitulèrent le i 5 mai et le 6 juin, et rallia ensuite le prince de Condé, qui battit le prince d'Orange à Séneff. Dans cette bataille, le i« bataillon, avec quatre petites pièces de canon, forma la tête de la colonne d'attaque contre le village et 1 église de Séneff , où l'infanterie d'Espagne fut complètement défaite. Il termina cette journée eu culbutant un gros corps d'infanterie hollandaise. Deux frères, nommés Dorthe, tous deux capitaines, se distinguèrent extrêmement. En 1675, on trouve le régiment aux sièges de Dînant, d'Huy et de Limbourg, et en 1676 à ceux de Condé, de Bouchain et d'Aire. Le 10 mai de cette année, aidé du régiment deGréder, il emporte d'emblée tous les dehors de Bouchain. En 1677 , il se distingue devant Valenciennes et Cambrai. Plusieurs régiments avaient échoué devant une demi-lune de Cambrai ; les Fusiliers y sont envoyés à leur tour et enlèvent cette demilune en plein jour. La place capitule le 4 avril sous leurs drapeaux. Le 1 4, au siège de la citadelle, ils se jettent avec le régiment du Roi sur la demi-lune située à gauche du bastion d'attaque, et s'en emparent encore. Le capitaine de Cavoye fut tué ce jour-là.

Les exploits accomplis par le régiment au siège de Cambrai, lui valurent le droit de semer de fleurs de lis Ja croix blanche de ses drapeaux et une aug~

i 82 HISTOIRE

mentation de quatre bataillons, qui furent formés, en novembre 1677, avec 60 compagnies tirées des derniers bataillons des vieux corps. Ces quatre bataillons, prirent la gauche des premiers, et rang entr'eux d'après l'ancienneté des régiments d'où ils étaient venus.

Cet accroissement considérable d'un corps destiné à la garde de l'artillerie, prouve que l'on s'était bien trouvé à l'armée de Flandre du service des Fusiliers du roi, et que l'on désirait avoir assez de ces soldats d'élite, qui savaient au besoin mettre la main à l'œuvre, pour en fournir à toutes les armées.

En 1678, le régiment se signala à la prise de Gand et d'Ypres et fut vivement engagé à la bataille de Saint-Denis. Il y eut quatre officiers blessés. Une partie du corps, qui servait à l'armée du maréchal de Créqui, occupa Soëst pendant l'hiver de 1678 à 1679 et se trouva le 26 juin suivant à l'affaire de Minden.

A la paix, le 6 e bataillon fut réformé; les cinq autres furent placés à Douai, où une ordonnance royale établit une école «l'instruction, qui est par conséquent la plus ancienne des Écoles de l'artillerie. Les bataillons n'y restèrent que peu de temps (1 ) et furent envoyés à Lille, où le roi les passa en revue le 1" août 1680.

Pendant la guerre qui venait de se terminer par

(i) La première école d'artillerie établie à Douai le 1 er m.ii 1679, a été supprimée le \ et novembre de la même aimée.

le traité de Nimègue, le régiment n'avait fait que le service ordinaire des troupes d'infanterie, avec la mission spéciale de veiller dans les marches et les campements à la sûreté de l'artillerie, ainsi que le faisaient précédemment les régiments suisses. Comme ces derniers, il avait pu accidentellement prêter aide aux canonniers, mais sans que cela dût tirer à conséquence. Il semble que Louis XIV n'ait voulu que laisser entrevoir sa pensée et faire la recherche de la manière dont elle serait acceptée.

Quelques mesures prises par le roi vont peu à peu rendre cette pensée plus sensible.

Le 26 novembre 1677, il élève au grade de maréchal de camp de ses armées, Pierre de Mormès de Saint-Hilaire, cet héroïque lieutenant-général d'artillerie, qui ne voulait pas que sou fils déplorât la blessure que lui avait faite le boulet qui tua Turenne, et qui mourut lui-même le 21 janvier 1680, après d'horribles souffrances.

Le 26 décembre 1678. il nomme lieutenant-colonel du régiment des Fusiliers, à la place de M. de Cavoye, un ancien officier d'artillerie, M. de Barviile, et cette charge, alors la plus importante de toutes dans les corps de troupes, sera à l'avenir toujours exercée par un officier de canonniers ou d'ouvriers.

En 1679, après la réforme du 6- bataillon, le roi licencie les canonniers appointés qui étaient répartis dans les places, et, « ayant remarqué combien il étoit difficile, dans les occasions pressantes, de trou-

ver parmi les troupes un nombre suffisant de soldats qui sussent parfaitement bien exécuter et servir le canon, » il revient à son plan de 1668, lève six compagnies de soldats canonniers, à qui l'on fait faire l'exercice du canon, et en fait accepter le commandement, comme un avancement et une faveur considérables, aux six plus anciens capitaines du régiment des Fusiliers. M. deCavoye lui-même, qui quittait la charge de lieutenant-colonel, est amené à prendre une de ces compagnies. On crée en même temps deux compagnies de bombardiers et une compagnie de mineurs, qui sont données à MM. de Vigny, Camelin et Le Goulon, tous les trois officiers d'artillerie.

En 1683, le régiment des Fusiliers est appelé au campdeBouquenom sur la Sarre, et Tannée suivante, au siège de Luxembourg, il fournit des détachements qui exécutent le tir des pièces de batteries avec les compagnies de canonniers et de bombardiers. Le gros du régiment fait, comme auparavant, le service d'infanterie. Deux compagnies se distinguent, le 30 mai, à la prise de la coupure du vieux château de Munster, qui amène le lendemain la capitulation de Luxembourg. Le capitaine Darquet et le lieutenant Lagarde avaient été tués à ce siège. Parmi les blessés se trouvaient les capitaines Pascal, d'Aiguière, Rabar et un lieutenant. Les Fusiliers furent mis en garnison à Metz, après la cessation des hostilités.

Trois mois après la conquête de Luxembourg, le

26 août 4684, Louis XIV crée, sous le titre de Royal- Bombardiers, un vrai régiment d'artillerie, composé avec les compagnies de bombardiers de Vigny et de Camelin et avec dix autres compagnies tirées des régiments de Piémont, Navarre, Champagne, La Marine et des Fusiliers du roi, qui en fournissent chacun deux. Le Grand maître de l'artillerie, duc d'Humières (1), déjà colonel-lieutenant des Fusiliers, est aussi établi colonel-lieutenant de Royal-Bombardiers, et il a pour lieutenant-colonel M. de Vigny. Ce nouveau corps est porté en 1686 à quinze compagnies.

Le 13 décembre 1686, le roi règle pour la première fois le rang que les officiers d'artillerie doivent tenir avec ceux desrégiments des Fusiliers et des Bombardiers et des compagnies de canonniers. Les relations nécessaires que ces divers officiers devaient avoir entr'eux amenaient de nombreuses contestations que le Grand maître ne parvenait pas toujours à apaiser. L'ordonnance du 13 décembre prescrivit aux officiers de troupes d'obéir aux officiers d'artillerie commandant aux armées. Les lieutenants-colonels et les commissaires provinciaux de l'artillerie prirent rang entreux suivant l'ancienneté de leurs brevets; la même égalité fut établie entre les capi-

(1) Le duc (THumières avait été nommé maréchal de camp le 4 septembre 1650, lieutenant-général le 18 octobre 1656 et maréchal de France le 8 juillet 1668.

laines el les commissaires ordinaires, les lieutenants et les commissaires extraordinaires, « de même que si lesdits commissaires d'artillerie étoient du corps desdits régiments, et les officiers desdits régiments et compagnies du corps de l'artillerie. » La pensée du roi commençait à se formuler très-nettement.

Tel était le point qu'avait atteint le corps de l'artillerie lorsqu'éclala la guerre de 1688. Les régiments des Fusiliers et des Bombardiers et les compagnies de canonniers servirent concurremment, pendant la première année de cette guerre, aux sièges de Philisbourg, de Manheim et de Franckenthal. Àu conmencement de la campagne suivante, qui allait nécessiter l'emploi de plusieurs armées, Louis XIV doubla le nombre des compagnies de canonniers qui fut ainsi porté à douze. Les hommes qui composèrent les six compagnies nouvelles, furent encore tirés des vieux régiments d'infanterie, et le régiment des Fusiliers en fournit les officiers. Ce dernier corps reçut en même temps une augmentation de deux compagnies de grenadiers qui furent placées aux 3* et 4 e bataillons. Dans cette année 1689, le régiment des Fusiliers détachadeux bataillonsà l'armée de Flandre et deux autres à l'armée du Rhin. Le 2 e bataillon, avec le major M. de Maisoncelles, fut envoyé à l'armée d'Italie sous Cattinat. Les bataillons qui servaient en Flandre combattirent à Fleurus en 1690; le capitaine de Vaucocourt y fut blessé, Le capitaine

Saint-Brice trouva la mort, en 1691 , au siège de Mons.

L'ordonnance royale du 26 avril 1691, qui ramenait tous les bataillons de l'infanterie à treize compagnies, apporta quelques modifications dans l'organisation du régiment des Fusiliers du roi. Avec les compagnies excédantes des cinq bataillons existants etquclquescompagnies empruntées à l'infanterie, on forma un nouveau bataillon qui prit le 3 # rang, parce que M. deBouvincourt, choisi pour le commander, se trouva par son ancienneté le troisième capitaine du régiment. Laconipositionducorpsse trouva alors ainsi réglée. Les quatre premiers bataillons eurent chacun une compagnie d'ouvriers, une de grenadiers et onze de fusiliers; le 5 e , une de grenadiers et douze de fusiliers; le 6 e treize de fusiliers; en tout 78 compagnies, dont quatre compagnies anciennes de 1 10 ouvriers, cinq de grenadiers à 45 hommes et soixanteneuf de fusiliers à 55 hommes. La totalité des troupes entretenues à cette époque pour le service de i'artillerie, s'élevait à environ 6,500 hommes.

Quatre bataillons de Fusiliers servaient, en 1692, à l'armée de Flandre : ils se firent fort remarquer au siège de Namur, et nous devons ici restituer au régiment Thonneur d'un acte de courage stoïque que l'on a attribué à tort, tantôt à un Garde Française, tantôt à un soldat de Royal-Vaisseaux. Voici un fragment d'une lettre écrite par Racine à Boileau, du camp de • vantNamur,le3 juin 1692, qui lève toute incertitude.

«... On raconte plusieurs actions particulières que je vous redirai quelque jour, et que vous entendrez avec plaisir; mais, en voici une que je ne puis différer de vous dire et que j'ai ouï conter du roi même: Un soldat du régiment des Fusiliers, qui travailloit à la tranchée, y avoit apporté un gabion ; un coup de canon vint qui emporta son gabion ; aussitôt il en alla poser à la même place un autre, qui fut sur-lechamp emporté par un autre coup de canon. Le soldat, sans rien dire, en prit un troisième, et l'alla poser; un troisième coup de canon emporta ce troisième gabion. Alors le soldat rebuté se tint en repos; mais, son officier lui commanda de ne point laisser cet endroit sans gabion. Le soldat dit : a J'irai, « maisj'y serai tué » .11 y alla, et, en posant son quatrième gabion , eut le bras fracassé d'un coup de canon. Il revient, soutenant son bras pendant avec l'autre bra6 , et se contenta de dire à son officier : « Je l'avois bien dit ». Il fallut lui couper le bras , qui ne tenoit presqu'à rien. Il souffrit cela sans desserrer les dents, et après l'opération, dit froidement : « Je suis donc hors d'état de travailler; c'est main- « tenantauroi à me nourrir. » Je crois que vous me pardonnerez le peu d'ordre de cette narration, mais assurez-vous qu'elle est fort vraie. »

En 1693, le roi fait un nouveau pas vers la réalisation de son plan, et rend l'ordonnance du 15 avril, que nous transcrivons presqu'en entier, à cause de son importance, et parce qu'elle fait toucher du

doigt les difficulté» que Louis XIV avait rencontrées dans sa marche et qui avaient imposé à ce prince si puissant vingt-cinq années de patience el de précautions.

« De par le roy : Sa Majesté, ayant été informée, qu'encore que son régiment de Fusiliers ait été mis sur pied pour seryir l'artillerie dans ses armées, les officiers qui Font commandé, ont prétendu s'en pouvoir dispenser pour marcher et camper avec les autres troupes desdites armées; et voulant qu'il soit uniquement employé pour le service auquel Elle l'a destiné, elle régler de manière qu'il ne s'y rencontre point de difficulté , Sa Majesté a ordonné et ordonne que ledit régiment des Fusiliers sera dorénavant appelé le Régiment-Royal de l'Artillerie , que les bataillons dudit régiment marcheront et camperont toujours avec l'artillerie de l'armée où ils serviront, qu'ils n'y seront jamais mis en ligne, et que le commandant et tous les autres officiers du régiment obéiront à celui qui sera préposé pour commander l'artillerie, quelque charge qu'il puisse avoir dans V artillerie. Voulant Sa Majesté , pour les attacher davantage à ce service, que le lieutenant-colonel dudit régiment soit lieutenant de l'artillerie, les six premiers capitaines commissaires provinciaux, le major et les autres capitaines commissaires ordinaires, etlesaydes-majors, lieutenants , swis-lfeutenants et enseignes commissauro extraordinaires ; desquelles charges le Grand maître «te l'artillerie leur fera délivrer les provisions

pour es dites qualités prendre rang avec les autres officiers de l'artillerie, du jour que chacun d'eux a été pourvu par Sa Majesté de la charge qu'il a dans le régiment, dont il sera fait mention dans lesdites provisions et qu'à l'avenir ils auront part aux profits des batteries dans les sièges où ils se trouveront, etc.. »

Cette ordonnance, si explicite et si claire, ne suffit point, pourrait-on le croire, quand on se reporte au temps où elle fut promulguée et au monarque qui l'avait signée, pour mettre fin aux embarras suscités par les préjugés d'une noblesse qui continuait à ne vouloir point envisager la guerre par son côté sérieux? Les gentilshommes, qui avaient assez de fortune pour pouvoir acheter des régiments et arriver ainsi aux gradesélevés, ne se souciaient pointde passer par le grave et laborieux métier de l'artilleur. Les autres voulaient de la gloire pour prix de leur courage, et répugnaient à un service qui demandait un travail et un dévouement de tous les instants, mais qui n'offrait, surtout alors, que bien rarement l'occasion de ces coups de main heureux, de ces actions individuelles, qui font paraître un homme, souvent plus qu'il ne vaut , et que fournissaient fréquemment les services de la cavalerie et de l'infanterie.

Les trois bataillons de Royal-Artillerie, attachés en 1 693 à l'armée de Flandre , servirent, comme le voulait le roi, les 70 pièces de canon que le maréchal de Luxembourg amena sur le champ de bataille de

Neerwinden ; ils exécutèrent aussi le tir cette année au siège de Charleroi, et en 1695 au bombardement de Bruxelles, concurremment avec les compagnies de canonniers et de bombardiers, mais avec peu de bonne volonté et en soulevant à chaque instant des difficultés. Il en fut de même à l'armée du Rhin qui avait deux bataillons et sur les Alpes où se trouvait toujours le 2 e . Cette conduite, si opposée à ses désirs et à ses vues, força Louis XIV à frapper un dernier coup. Il avait, à la fin de 1694, remplacé dans la charge de Grand maître le vieux maréchal d'Humières par le duc du Maine, son fils de prédilection; à la fin de la campagne suivante, après le bombardement de Bruxelles, le 25 novembre 1695, il rend une nouvelleordonnance,portantampliation des précédentes, où il fait connaître que son intention est : « Que les bataillons dont est composé le régiment marchent et campent toujours avec l'artillerie dans les armées où ils serviront; qu'ils n'y soient jamais mis en ligne, ni n'y montent aucune garde de tranchée, sous quelque prétexte que ce puisse être, et ne fassent aucun service avec le reste de l'infanterie, si ce n'est dans les places où ils se trouveront en garnison. Que le lieutenant-colonel, les commandans de bataillons et les autres officiers dudit régiment obéissent à celuy qui commandera V artillerie, et qu'il luy soit permis de se mettre à la tête dudit régiment et de chacun desdits bataillons, toutes les fois qu'il le jugera à propos, soit dans les marches et dans les détachemens,

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soit aux reveùes, ou ailleurs, où ledit régiment et lesd ils bataillons se trouveront. Et comme Sa Majesté désire que le service de toutes les compagnies dudit régiment se rapporte à celuy de l'artillerie, et préveuirles difficultez qui pourroient naistre là-dessus de la part des capitaines des compagnies de grenadiers, elle a supprimé et supprime ledit titre de capitaines de compagnies de grenadiers, et leur a donné et donne celuy de capitaines de compagnies de canoniers pour estre à l'avenir sur le mesme pied que les douze anciennes compagnies de canoniers dudit régiment, taire les mesmes fonctions, et recevoir la mesme paye, tant pour les officiers que pour les soldats. Ordonne Sa Majesté, que lesdites douze anciennes compagnies de canoniers, qui ont jusques à présent fait un service séparé dudit régiment, seront incorporées dans les six bataillons qui le composent, dans chacun desquels deux desdites compagnies serviront à l'avenir, moyennant quoy, il s'y trouvera trois compagnies de canoniers, y compris celle qui estoit de grenadiers, à la réserve du bataillon de Frades, dans lequel il n'y a point de compagnie de grenadiers, et où par conséquent il n'y aura que deux compagnies de canoniers. A l'égard des quatre compagnies d'ouvriers dudit régiment Royal- Artillerie, elles demeureront sur le mesme pied qu'elles sont à présent. Mais parceque Sa Majesté est informée que les capitaines y reçoivent indifféremment des soldats qui ne scavent aucun métief et dont les équipages d'artillerie ne

de l'ancienne infanterie française. 193

tirent aucun secours qui ait rapport à leur institution. Elle défend auxdits capitaines sur peine d'estre cassez, d'y engager à l'avenir aucun soldat qui ne scacheun des métiers deforgeur, serrurier, charron, menuisier, charpentier, mareschal, taillandier, chaudronnier, maçon, tourneur ou sellier; et elle enjoint aux commandans, major et aydes majors desdits bataillons d'y tenir la main, sur peine d'interdiction de leurs charges; defîendant aux commissaires des guerres qui feront les reveùes desdites compagnies, d'y passer de soldats qui ne soient ouvriers, quand bien ils seroient de la taille et qualité requise par les ordonnances. Ordonne aussi Sa Majesté aux commandans, capitaines et autres officiers desdits bataillons, de se conformer dans les garnisons où ils se trouveront, à ce qui leur sera ordonné par le Grand maistre de l'artillerie , ou par le lieutenant-colonel dudit régiment Royal-Artillerie, sur lout ce qui concernera les exercices et détails de l'artillerie, de manière qu'ils y puissent estre parfaitement instruits. Quant au rang que les officiers d artillerie doivent avoir ave? ceux dudit régiment Royal-Artillerie, Sa Majesté l'ayant réglé par sesdites ordonnances, elle veut et entend qu'ils s'y conforment; et comme il est nécessaire que les troupes qui serviront aux escortes de l'artillerie sçachenl des officiers qui les commandent ce qu'elles auront à faire, Sa Majesté veut et entend qu'à l'avenir, les colonels, mestres de camp, lieutenants-colonels, capitaines et autres of-

M1ST. DK l'anc. infanterie française, t. Tl. 13

ficiers de ses troupes d'infanterie , de cavalerie et de dragons qui seront commandées et détachées pour escorter l'artillerie , reconnoissent et fassent tout ce qui leur sera ordonné par l'officier de la dite artillerie qui la commandera, telle charge qu'il y puisse avoir, sans y apporter aucune difficulté, sur peine de désobéissance. »

Les 85 compagnies, dont le régiment se trouva alors composé, se divisaient en quatre compagnies d'ouvriers datant de la création du corps, dix-sept compagnies de canonniers et soixante-quatre compagnies simples, dont les hommes continuèrent de s'appeler fusiliers. Ces groupes de compagnies, qui avaient la préséance les uns sur les autres dans l'ordre Où nous venons de les placer, étaient partagés de la manière suivante entre les six bataillons : le 1 er bataillon avait une compagnie d'ouvriers, trois compagnies de canonniers et neuf compagnies simples; les 2% 3 e et 4 e bataillons étaient uniformément composés d'une compagnie d'ouvriers, trois compagnies de canonnière et dix compagnies simples; le 5* comptait trois compagnies de canonniers et douze compagnies simples; le 6" n'avait que deux compagnies de canonniers, mais le nombre de ses compagnies simples s'élevait a treize. Les compagnies d'ouvriers étaient à 1 10 hommes, les autres à 55, ce qui donnait pour Ja totalité du régiment 4,950 hommes, non compris tes officiers. Le corps de l'artillerie comprenait, en outre, à cette époque, le régiment Royal-Borabar-

diers de quinze compagnies de 55 hommes et deux compagnies de mineurs aussi à 55 hommes.

La solde des troupes de l'artillerie futrégléed'après les mêmes principes anti-chevaleresques, de manière à faire désirer de monter de* compagnies de fusiliers à celle de canonnière et des canonnière aux ouvriers (1).

(1 ) Voici le tableau de lu solde fixe journalière de Royal-Artillerie, en temps de paix, telle qu'elle fut réglée par Louis XIV.

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