‹ Histoire de l'ancienne infanterie françaiseChapitre 7 sur 46 · MORILLE DE BOCLARD (Henri-François ), 23 novembre · texte numérisé non relu

MORILLE DE BOCLARD (Henri-François ), 23 novembre

Le moment et le motif de la création de ce régiment et du suivant sont indiqués par cel article de la Gazette de France du M janvier 1670. « Le roy. pour la seureté de ses vaisseaux, ayant résolu la levée de deux régiments, chacun de 2,000 hommes, nommez le régiment Royal de La Marine et de l'Amirauté, a fait choix pour les commander de MM. de Lavardin et de Gacé. »

Le régiment Royal de La Marine fut, en effet, créé sous ce titre pour le service de mer, par ordonnance du 24 décembre 1660 et formé au commencement de 1 670 en Bretagne par le marquis de Lavardin avec des compagnies tirées des vieux corps et d'autres nouvelles. Les circonstances le firent passer, presque aussitôt après sa levée, au service de terre, où il est toujours resté depuis, malgré son nom.

Au mois d'août 1670, six compagnies furent embarquées à Brest sur la flotte de Duquesne et allèrent aux îles Canaries et du Cap-Vert. Elles rentrèrent à Brest le 1 1 mars 1671. Les autres compagnies avaient fait en 1670 la campagne de Lorraine et avaient contribué à la prise d'Épinal le 25 septembre et de Chasté le 6 octobre. Le comte de ïessé,

depuis maréchal de France, alors enseigne au corps, avait été blessé devant Épinal. En 1671, le roi, en appelant le régiment à Amiens, où s'assemblait une partie de l'armée destinée à faire la guerre à la Hollande, laissa aux capitaines la Faculté de quitter leurs compagnies pour servir en qualité de lieutenants de vaisseau. Royal-Marine se trouva en 1672 à la prise il'Orsoy et de Rheinberg, au passage du Rhin , à la soumission d'Utrecht et de Doësbourg. A la fin de cette campagne , il fut placé sous les ordres de Turenne, et il participa en 1673 à la conquête d'une partie de 1 électoral de Rrandebourg. L'année suivante, il assista à la bataille de Sintzheim et à celle d'Ensheim, où il fit des prodiges de valeur et où le colonel-lieutenant, comte de Clère, se fit tuer. Sous les ordres de son nouveau chef, le célèbre marquis de Feuquières (1), il combattit encore à Mulhausen et à Turckheim.

Peu de jours avant la mort de Turennc, Royal- Marine reçut l'ordre d'attaquer l'ennemi qui occupait l'église et le cimetière de Gcrmeshainull emporta cette position avec un élan admirable, et tua ou prit tous ceux qui la défendaient. Le régimeut se fit encore remarquer dans la retraite sur Altenbeim et au combat livré pour le passage du Rhin. 11 marcha ensuite au secours d'Haguenau et de Saverne , dont les

(!)M. de Feuquières a obtenu, on 1676, le régiment devenu Réarn.

IIISTOIRF.

Impériaux levèrent le siège au mois de novembre. En 1676, Royal-Marine, placé sous les ordres du maréchal de Créqui, commença la campagne en Flandre par le siège de Condé. ïl se distingua ensuite d'une manière toute particulière à celui de Bouchain , d'abord à la prise d'une redoute revêtue qui couvrait le chemin qui conduit à la ville basse à travers les marais de l'inondation , et plus encore à l'attaque de l'ouvrage à cornes situé entre la ville basse et le corps de place. Royal-Marine emporta cet ouvrage le 1 0 mai , s'y établit et eut la gloire de voir la ville capituler le lendemain matin sous ses drapeaux (1). Cette attaque eut lieu en plein jour, à cause des boues qui avaient arrêté jusque-là les troupes envoyées de nuit à l'assaut. Avant de partir, Feuquières voulut faire une harangue à ses soldats et les préparer aux dangers qu'ils allaient courir: « Les coups de mousquet ne nous arrêteront point, s'écrièrent-ils presque tous, marchons! » Feuquières voulut renvoyer un vieux sergent déjà nommé aux Invalides, et qui pouvait à peine se soutenir et un soldat de recrue qui n'avait pas quinze ans. Ils ne voulurent point rester en arrière, et le vieux sergent, atteint d'un éclat de grenade , emporta une blessure de plus aux Invalides.

(1) Les drapeaux de Royal-Marine avaient doux quartiers b1« u céleste et deux quartiers aurores; la croix blanche était semée île Heurs de lis d'or.

Royal-Marine alla achever la campagne de 1670 sur la frontière d'Allemagne avec M. de Luxembourg, et se trouva au combat de Kokersberg. 11 débuta encore en Flandre en 1677, et prit part à la lutte de Casscl. Retourné ensuite sur le Rhin, il servit au siège de Fribourg. 11 fit la même manœuvre en 1 678. Après avoir ouvert la campagne en Flandre, il joignit, le 30 juin, à Pont-à-Mousson , l'armée du maréchal de Créqui, alla en juillet, avec Champagne, camper auprès de Bàle , se trouva à l'attaque des retranchements de Seckingen , à la prise du fort de Kelh et au blocus de Strasbourg. Un détachement resté à l'armée de Flandre combattit, le H août, à Saint-Denis, et fit de grandes pertes à l'attaque de l'abbaye de Castiau. Le. régiment servit en 1679 sur le Rhin, et assista au combat de Minden.

En 1683, Royal-Marine fait partie du camp assemblé à Bouquenom sur la Sarre. L'année suivante, il couvre les opérations du siège de Luxembourg. Il contribue en 1688 à la prise de Philisbourg, de Manheim et de Franckenlhal, t:t prend ses quartiers d'hiver à Dinaiit. Il ne quitte cette ville qu'en juillet

1689, pour rallier le corps d'armée du maréchal d'Humièrcs , et il assiste, le 25 août, au combat rte Walcourt. Le 3 septembre, il joint l'armée d'Allemagne , et il fait sur cette frontière la campagne de

1690. Le 18 août de cette année , il attaque, près d'Offembourg , le village de Waldkirch , fermé par de bonnes barricades, pour y enlever un grand ma-

gasin de fourrages. Cette expédition a un plein succès, mais le colonel-lieutenant, marquis de Nart 1 gis , reçoit dans la lète un coup de mousquet dont rt meurt peu après (1).

Royal-Marine, envoyé en 1691 en Italie, se trouve à la prise de Nice , Vrllefranche , Montalban , Veiîlane , Carmagnola etMontmélian. Après avoir passé l'hiver sur les Alpes, il joint en 1692 l'armée dé la Meuse et fait le siège de Namur. Ses grenadiers s'y distinguent à l'afssaut du Fort-Guillaume ; le capitaine de Conche et deux lieutenants y sont blessés. Le régiment fait sur le Rhin la campagne de 1693, et il retourne en 1694 sur la frontière des Alpes, qu'il ne quitte plus jusqu'à la signature des préliminaires de la paix avec le duc de Savoie. Après la levée du siège de Valencia, qui fut la conséquence de cette paix , il vint sur la Meuse et fit la campagne de 1697 sous Boufflers. Le 30 décembre 1698, il reçut par incorporation les hommes du régiment de Sézanric, formé en 1 695 avec des milices.

(1) M. de Nangis avait été nommé brigadier le 26 avril 1689. Le roi laissa le régiment à son fils qui n'avait que huit ans, sous la condition qu'il servirait deux ans aux Mousquetaires avant de prendre le commandement du corps. Celui-ci avait alors pour lieutenant-colonel, depuis le U mai 1676, Henri de Graveson, venu en 1670 du régiment de La Marine avec sa compagnie pour concourir à la formation du régiment. M. de Graveson fut fait brigadier le 30 mars 1693. Le marquis de Nangis est passé à Bourbonnais et est devenu maréchal de France.

DE i/ANClENNE INPANTERIE FRANÇAISE. 99

Au commencement de la guerre de la succession d'Espagne, Royal- Marine , fort de deux bataillons, fait partie de l'armée du Rhin , qu'il quitte en décembre 170t pour aller renforcer celle d'Italie. Il y est embrigadé avec la Vieille-Marine, et se trouve en 4702 à la bataille de Luzzara, et à la prise de Luzzara et de Bcrgoforte. 11 a, celte année, ses quartiers d'hiver àCarpi. Le comte d'Eslrades, qui commandait à Carpi, apprenant que 250 fantassins et 20 hussards impériaux s'avancent sur Rovere , détache de ia garnison 50 cavaliers, portant chacun en croupe un grenadier de Royal-Marine , et les envoie reconnaître l'ennemi. Les Impériaux apercevant ce faible détachement de cavalerie , se précipitent à sa rencontre ; mais lorsqu'ils sont arrivés à cinquante pas, les grenadiers sautent à terre, les chargent à la baïonnette avant qu'ils aient le temps de se reconnaître, en tuent un bon nombre et font trente-sept prisonniers. Le capitaine d'Harteville, qui commandait cette compagnie de grenadiers, fut fort applaudi pour sa bravoure et pour le succès qu'il obtint.

Pendant la campagne de 1703, Je régiment fil partie du corps particulier placé sous les ordres du comte de Vaudémont , gouverneur général du Milanais pour Philippe V. Le 29 janvier 1704, il se distingua particulièrement au passage de la Secchia, et h la prise de la Bastia et de Buonporto. Le colonellieutenant d'Angcnnes pénétra le premier dans la Bastia. Royal-Marine fut ensuite employé aux sièges

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