‹ Histoire de l'antique cité d'AutunChapitre 16 sur 43 · MEDIO. M · texte numérisé non relu

MEDIO. M

UXSOR

POSVIT.

Proche le temple de Pluton {en dehors de la porte d'Arroux ) , où était un polyandrjon , on trouve quantité d'effigies en marbre ou en pierre . précédées de ces deux lettres D. M. , desquelles je me dispense de donner ta représentation , parce qu'on n'eu peut tirer aucune instruction pour l'histoire ; me contentant d'avertir les curieux du lieu où ces tombeaux se trouvent.

Des inscriptions je |>;isse aux statues; il s'en rencontre peu en marbre, la barbarie les ayant ruinées. On en déterra cependant , il y a vingt ans. une de marbre blanc, entre la rivière d'Arroux et tes anciennes murailles d'Autun. du front de laquelle sortaient deux cornes; le reste du corps comme l'humain, ayant sous le bras gauche une urne de laquelle l'eau découle lentement. Elle est à présent (i660) en la cour du château de Montjeu, servant à une fontaine. Personne ne doute que ce ne soit l'effigie de la rivière d'Arroux. Les fleuves ne sont jamais représentés autrement, et le lieu où on l'a trouvée en est une pressante conjecture. Si on lui a donné des cornes, c'est peut-être h cause des détours que l'Armux forme en serpentant. Le |>oète, au livre [v des Géorgiques, en attribue autant au P6 :

Fa geniina aur.)tiis lauriiio cornua vultu Erid;mus

Cette statue était en marbre blanc, k cause de la netteté et de Téclat

des eaux de notre rivière, dont le lent écoulement Indique le nom de la figure, Âppooç en grec signifiant la lenteur.

pour de petites statues de bronze, on en trouve davantage. J'ai d»ns mou cabinet celle de Pallas, tenant la demi-pique de la main droite , et de la gauche le bouclier orné de la tête de Gorgone, ayant au-dessus de son casque un Pégase, symbole de la renommée : malheureusement les ouvriers rompirent les deux, bras, la pique et le bouclier, en la tirant de terre.

J'ai encore un Jupiter Gapitolin tenant un foudre de la main gauche, et celle de Gérés ou Cybèle.

En l'année 1613, sous la magistrature de M. de Montagu, lieutenant général en la chancellerie, on entreprit d'ouvrir des fossés autour de la ville. En y travaillant, les ouvriers arrachèrent de terre un grand coffre en plomb renfermant plusieurs médailles d'or et d'argent, lesquelles

fureat aussitôi dissipées, et deux bracelets d'or dont l'un garni d'ambre gris fut donné à M. l'abbé Jeannin, de qui il passa à M. Jeannin .

trésorier de l'épargne, par la succession de M. de Caslille, abbé de St. -Bénigne de Dijon.

L'autre bracelet demeura audit sieur de Montagu, vierg, dont le fils en fit cadeau à M. le duc d'Epemon, gouverneur de Boui^ogne. Il est

parfaitemeiii beau el se lenne par une médaille de l'empereur Hélagabale.

Ce bracelet est considérable en ce qu'il sert d'illustration à l'histoire qui nous apprend que les empereurs scellaient leurs constitutions, principalement les militaires, du cachet de leurs bracelets, ainsi qu'il se coUige de plusieurs passages que Longus rapporte en son Traité de AnnvXis signatoris.

On trouva en même temps quantité de monuments antiques de bronze. Voici ceux qui sont chez des particuliers : un lion qui est à M. Jeannin • un homme nu, tronqué de la tête et d'un bras, tenant un cheval par la

bride, qui appartient à M, Munier comme aussi un groin de porc ; et une tête de cheval qui est chez les héritiers de Benjamin Rebourç , peintre.

Je conserve dans mon cabinet deux couteaux de sacrificateurs, des lampes antiques et des clefs curieuses, dont la plus considérable est celle

qui a au manche un groin de pourceau de mer.

J'ai encore deux pièces antiques très particulières : la première est un petit trophée de bronze qui s'érigeait à la gloire de ceux qui avaient mis en fuite les ennemis, lesquels trophées on appendait aux temples parune sorte de consécration. Je m'abstiens de produire des preuves de cet allégué *, puisqu'on les peut lire au long dans l'ouvrage singulier de Bulingerus, de Trophœis et Spoliis bellicis.

La seconde est une cuillère d'or trouvée dans les Cités ' , qui fut oflerte à M. le duc de Bellegarde, lorsqu'il fit son entrée dans Autun en qualité de gouverneur de Bourgogne, dont j'ai gardé l'empreinte suivante :

Les dessins de cette cuillère sont mystérieux et concernent tous les

' Il D'est point sûr que celui-ci soit aatique.

' Les Cilés : od désigne ainsi à Auiun de vast«s espaces vides , abundonnés à la culture , situés au nord et à l'ouest de la ville , entre l'antique enceinte gallo- romaine en ruines et l'investiture OHxlernfi commencée lors de lu captivité du roi Jeao. C'est à

attributs de Mercure, lequel on dit présider à divers arts dont il a été l'inventeur. Le caducée le déclare père de l'éloquence :

Mercuri , facunde nepos Âtlantis , Qui feros cultus hominum rccentum Voce formasti

La bourse qu'il porte montre qu'il est le Dieu tutélaire du commerce, pour lequel la vigilance étant absolument requise , il y a un coq à son opposite, qui avertit les marchands d'être vigilants à leur trafic.

Les cestes qui sont à ses pieds lui sont présentés comme à l'auteur de la joute et de la lutte :

Qui feros cultus hominum recentum Voce formasti catus, et décor»

More palestrse.

Et la tortue y est représentée comme à l'inventeur de la lyre, qu'il forma le premier d'une coquille de tortue, et le chapeau ailé, comme au Dieu des intrigues, auxquelles la célérité et la promptitude est nécessaire : le Lyrique , livre i. ode 10.

Te canam, magni Jovis et Deorum Nuntium , curvaeque lyrae parentem....

Quant au bouc , il désigne que Mercure a sous sa protection les troupeaux dont il gouverne le profit, selon Pausanias, in Corinthiacis.

travers ces terrains, qui formaient les plus beaux quartiers d'Augustodunum , que Ton retrouve les restes des monuments les plus considérables. C'est aujourd'hui le lieu ordinaire d'approvisionnements de pierres à bâtir pour beaucoup d'habitants.

J'ai encore deux cuillères anciennes, au fond d'une desquelles est un serpent que je crois être une figure talismanique contre les poisons.

Une urne lacrymale de marbre et deux urnes à mettre les cendres des morts, qui ont aux anses ces lettres, à l'une P. S. AX, et à l'autre

SAXEER, qui sont des noms de famille ou de particuliers qui sont inconnus, n*y ayant aucun vestige dans Thistoire. ^

On trouva, il y a vingt ans, un simulacre de bronze, qui fut donné à un conseiller de Dijon, qui représentait Mercure assis sur un monceau de pierres, étendant Tindex de la main droite et présentant de la gauche une bourse, d'où il est désigné le Dieu des voyageurs et des marchands qui amassent des richesses par leurs voyages, dont il leur montre le fruit par la bourse qu'il leur offre.

Enfin , dans les ruines de l'amphithéâtre, on a trouvé un ouvrage de fer travaillé avec tant d'art, que les ressorts en étant une fois fermés, ils se serraient davantage, plus on apportait de force à les ouvrir. Il servait d'entraves aux bêtes féroces destinées au spectacles publics, lorsqu'on les voulait arrêter.

Voilà tout ce que j'ai pu amasser en divers lieux et de diverses personnes : le siècle, auquel les rares antiquités ont été trouvées , ayant été si négligent ou si cruel, qu'il en a envié la mémoire à la postérité.

* Ces lettres sont le plus souvent des abréviations des noms de potiers , comme on ie voit par la liste nombreuse que la Société éduenne a publiée dans ses Mémoires de 1844. Le désir d'y trouver des noms de familles connues a occasionné ce que nous regardons comme une erreur.

On aurait découvert dans un des polyandres d'Âutun, et déposé au château de Montjeu, une urne portant J. SURI. GIN. C'était, disait-on. Fume funéraire de Surus qui, lors de la réduction de la Gaule en provinces romaines, se perça de son épée et mérita de la postérité le titre de dernier des Eduem.

@0[)(ii^^7^3 ^,

De la ruine et do rétablissement de la cité d'Autun qui lui a fait changer de nom.

La connaissance des ruines de la cité d'Autun est une preuve certaine et indubitable de sa grandeur passée.

La première ruine qu'elle a soufferte vient des Cimbres, un demi-siècle avant l'arrivée de César dans les Gaules, lesquelles étant divisées en divers partis, la cité d'Autun, comme la plus éminente en autorité et en richesses, fomentait la discorde chez elle-même, ce qui favorisait l'entreprise des brouillons qui ravageaient la ville pour assouvir leur ambition.

César s'en prévalut, ainsi qu'il l'avoue au commencement de ses Commentaires de la Guerre des Gaules. Lorsqu'il vint , il trouva les Eduens abattus par les Arvernes et les Séquanais, avec lesquels ils avaient eu de grandes guerres, principalement pour les péages de la rivière de Saône. Les Séquanais avaient appelé à leur secours les Germains, et la facilité de rafraîchir leurs troupes, qui n'avaient pour cela qu'à repasser le Rhin, leur donna le moyen de défaire en plusieurs rencontres les Eduens et d'en obtenir des otages , avec serment de ne les retirer jamais. Cette misère soumit les Eduens à César, qui, pour rétablir leur noblesse, délivrer de la captivité leurs magistrats et les enfants des meilleures maisons , se servit d'eux et de leurs forces pour subjuguer les autres cités. S'il est vrai que César les rétablit en leur première splendeur , il sut bien aussi les détruire. L'inimitié avec les Séquanais et les Arvernes continuant, quoique César les eût accommodés.

ce qui parut évidemment lorsque Arioviste, tyran des Séquanais, étant défait, ils ne voulurent jamais se mettre sous la protection des Eduens, quoiqu'ils eussent aidé à leur délivrance par les soins de Divitiacus ; de même que la défiance des Eduens contre les Arvernes et les Bituriges, les empêchèrent de passer la Loire pour secourir ces derniers, par la crainte qu'ils eurent d'être investis et surpris par les uns ou par les autres; de même que le passage des Helvétiens par les terres des Eduens n'a pas peu contribué à rendre César mattre de tout le pays.

Il est donc évident que les dissensions civiles ont été une des principales causes de la ruine de l'état des Eduens et des Gaules en général : Vercingétorix le reconnut bien et tâchait, pour cela, d'imprimer fortement en l'esprit de tous ceux qui assistèrent à l'assemblée générale des provinces des Gaules , que leur union les rendait invincibles.

L'ambition des princes des Eduens a beaucoup aussi avancé leur ruine. Dumnorix , frère de Divitiacus , voulant empiéter l'état , publiait l'entreprise des Romains sur leur liberté qui était opprimée, et les décriait au peuple.

Julius Sacrovir , sous Tibère, prétextait son usurpation de la cause du bien public, pour délivrer le peuple qui était surchargé de subsides excessifs. Il s'empara d' Autun , et ayant été défait par Silius, ce capitaine prit la ville et la bailla en pillage à ses soldats.

César les jeta tous en défiance par le séjour qu'il continuait aux Gaules, après les cinq ans expirés de son gouvernement. Et les auteurs remarquent qu' Autun, après avoir fourni pendant l'hiver, aux légions, la subsistance et l'armement, fut pillé par lui, de même que par Fabius, un de ses lieutenants * , qu'il avait laissé avec quatre légions dans le pays

* Bien que Chasseneuz , et après lui Rosny et les auteurs du Voyage pittoresque en Bourgogne , aient donné œmme certain le séjour de César à Bibracte, chez Divitiacus , pendant rhiver qui suivit le siège d'Alise, et avancé, sans preuves, qu'à son départ il avait

Eduen pour se le conserver; après quoi il fut réparé par Auguste, duquel on estime qu'il a pris le nom d'Augustodunum.

Il ne faut pas douter que dans les mouvements arrivés sous Galba et Othon, sous Vitelllus et Vespasien, Gallien et Posthume, Aurélien et Tétricus, Cari nus et Dioclétien, comme sous Magnence et Constance, Autun n'ait été exposé aux ravages des factieux, parce qu'il formait toujours un parti dont la défaite ou la victoire lui était toujours fatale.

Eumène, en son Panégyrique à Constance, décrit une étrange ruine par les Gaulois rebelles, et dont il se plaint que l'empereur Claude leur fit attendre en vain du secours, dont le manquement les ayant réduits, après un siège de sept mois, à une extrême nécessité (à laquelle ils cédaient plutôt qu'à la valeur de leurs ennemis), ils abandonnèrent à leur merci la cité, qu'ils pillèrent et brûlèrent. *

Les Allemands en firent autant sous Probus, qui les en chassa; et vingt-cinq ans après, des larrons ou bandits appelés Bagaudes, sous la conduite d'^EUanus et d'Amandus qui s'étaient révoltés contre Dioclétien , saccagèrent Autun , avant leur défaite par l'empereur Maximien \

Maximien , en une autre occasion , repoussa les Séquanais d' Autun ; puis Constantin et Crispus son fils en éloignèrent les Allemands qui l'avaient assiégé et endommagé, en les forçant de repasser le Rhin.

enjoint à son lieutenant Fabius d'exciter une révolte afin d'avoir un prétexte pour détruire cette ville, nous persistons à douter de l'authenticité de ces faits.

* Expectantes divi Claudii parentis tuî auxilium, septem mensibus clausi , ef omnia inopiae miseranda perpessî , tum demum irrumpendas Gallicanis rebellibus portas reliquerunt , cum fessi servare non possent.

* [Victor in Dtoc/etîano. JNamque ubi comperit Garini discessu iElianum Amandumque per Galliam excita manu agrestium ac latronum ( quos Bagaudas incolae vocaut ) , populatisque lateagris, plerasque urbium tentare; Maximianum Imperatorem jubet.

Ammien Marcellin, livre xvi, fait mention d'un siège mis par les Barbares devant Autun, sous Constance et Julien, qui ne le purent sei^ourir à temps; de sorte qu'il fut encore ruiné *. Ces Barbares étaient l(^s Allemands qui , sous leurs rois Chronodomarus et Veslralphus, firent cette irruption.

Sous Honorius et Stilîcon, il ne fut point épargné par rinondation de divers peuples qui s'épanchèrent par les Gaules, dont ils saccagèrent les villes capitales, entre lesquelles Autun était la plus excellente.

Nous apprenons d'Aimoin le moine et des historiens de France et de Bourgogne , qu'Attila , roi des Huns et des Goths , ravageant toutes les Gaules , détruisit Autun à son passage de la Hongrie en Lorraine et en Bourgogne. 2

Childebert et Clotaire , poursuivant la vengeance de la mort de Clodomir leur frère, assiégèrent Godomar dans Autun où il s'était retiré, lequel fut pris et la ville pillée. Elle souffrit, peu de temps après, la même disgrâce par Ebroin, maire du palais sous Thierry.

La plus grande ruine arriva sous Charles-Martel, par les Sarrasins, qui mettaient le feu à toutes les villes qu'ils prenaient. Autun n'en fut pas exempt, ainsi qu'il conste par la charte de Charles le Chauve expédiée

* Dum , apud Viennam , negotiosam hiemem ageret Julianus , inter rumores qui volitabant assîdui , comperit Âugustoduni eivitatis antiquae muros Barbarorum impetu repentino insessos; nihilitaque remittentibus curis, satis omnibus comparatis vui calendas Jul. Augustodunum pervenit, per diversa palantes Barbaros aggressurus.

* Rien n'atteste qu'Attila soit venu dans nos contrées en 451 , et l'on doit d'autant plus considérer comme une fable qu'il ait fait décapiter l'évéque Procule , qui venait au-devant de lui pour implorer sa clémence , que la date du premier évêque de ce nom est postérieure de près d'un siècle; mais si l'on veut admettre qu'un lieutenant du roi des Huns ait ravagé notre pays , on croira en trouver un indice dans cette expression villageoise, pour désigner un homme féroce : C'est tm Tilla.

en faveur des chanoines de l'église cathédrale , dont les titres, privilèges et immunités avaient subi le même sort du feu que le reste de la ville. Elle est conçue en ces termes : Tune cum Augustodunum à Sarracenis captum, incensum et depopulatum est.... etc. Le titre entier, exactement et fidèlement copié sur Foriginal qui est au trésor de l'église cathédrale, se lira à la fin de cette histoire.

J'ajouterai à ces ruines celle que RoUo, roi de Danemarck lui causa , dont nous avons la preuve dans Guillelmus Brito, au livre i." de sa Philippique parlanl d'Autun :

iEdua quos mittit , urbs antiquissima , plena Divitiis multisque tumens legionibus olim , Romulidîsque fide junctissîma , gente superba , Assiduis bellis , plusquam vicina fatigans. At modo nulla fere raris habîtata colonis , Nobilibus vicîs , ubi gaza domusque fuere ; Pro gaza silvas monslrat , pro gente myricas. Quam rex Arturus Romœ subduxit eamdem, Postea Norvegus evertens Rollo , redigil 1d nihilum , prorsus , vix ut vestigia restent.

Autun, l'ornement des Gaules/ à la suite de tant de secousses et de destructions, a été rétabli quelques fois. César reproche aux Eduens qu'il a non-seulement réparé la cité, mais qu'il leur a remis la liberté et le pouvoir.

Qu'Auguste ait été son restaurateur, on n'a aucun témoignage certain, n'y ayant que l'imposition de son nom qui puisse appuyer celte conjecture.

Et l'autorité seule d'Eumène me persuade que, si Augustodunum a été nommé Julia, PoUia, Florentin^, c'a été pour marque de reconnaissance

* Voir la note (D).

à quelques-uns de ses bienfaiteurs particuliers que l'histoire ignore absolument. Ces noms n'ont eu qu'une durée pareille à celui de Rome, lorsqu'elle fut appelée Commodiana.

La plus certaine réparation d' Autun est celle qu'Eumène lui procura par les empereurs Dioclétien, Maximien et Constance; mais principalement par ce dernier, lequel, ayant la souveraineté des Gaules, choisit pour son siège impérial Autun ; et pour l'embellir il éleva les portiques, rétablit les temples, les lieux publics, les écoles, les aqueducs, les rues, les chemins et les maisons des particuliers, y ayant à cet effet envoyé de toutes les provinces des colonnes entières d'hommes de métier, et recherché dans la Grande-Bretagne et au Beauvoisis les meilleurs ouvriers et architectes, disposant les légions pour ouvrir les montagnes, remuer les terres pour les levées et pavés, et pour la conduite des eaux à la cité; et ensuite il employa ses soldats à élever des masses de pierres prodigieuses par leur grandeur, qui composent les portes d'Arroux et de St. -André, construites à la romaine. ^

* ' Voici comme parle Eumène en son Discours , pro restaurandis Scholts : Ante omnia igitur, Vir Perfectissime, divinae imperatorum Cœsarumque nostrorom providendde , singularique in nos benevolentiae hujus quoque operis instauralione

parendum est, qui civitatem istam non solum pro admiratione meriiomm, sed

etiam pro miseratione casuum attollere ac recreare voluerunt, ipsamque ruinanim ejus magnitudinem immortalibus liberalitatis suae monumentis dignam judicaverunt , ut tanto esset illustrior gloria restitutorum , quanto îpsa moles restitutîonis immanior. Itaque maximas pecunias, et totum , si res poscat, aerarium non templis modo , ac lods publicis reficiundis , sed etiam privatis domibus indulgent : nec pecunias modo , sed etiam artifices transmarinos , et ex amplissimis provincîarum ordinibus incolas novos,..

ut commodis nostris studio gratiae hospitalis operentur, et résides aquas , et novos

amnes veluti aridis fessae urbis visceribus infundant.

Outre ces témoignages antiques, en voici sans reproches, puisqu'ils sont propres à Constance : c'est un trophée après la victoire de la Grande-Bretagne , représenté dans une seule pierre de marbre par deux corps de dauphins sans tête, enlacés en forme d'un double C, qui est le ebiOTre de Constance. Au miUeu de ces dauphins est un trident, symbole de l'empire de l'Océan subjugué par lui en la conquête de l'Angleterre. Ce trophée se voit sur la porte qui entre en la clôture de l'abbaye de St.-Jean-le-Grand, ainsi que je l'ai fait dépeindre.

Pour preuve que cette pièce marque la domination de l'Océan, c'est que Pompée s'étant rendu maître de la mer et ayant dissipé les pirates , le sénat fit frapper des médailles où son effigie était d'un côté, et au revers un dauphin et un trident.

Les marques de ce triomphe de Constance sont empreintes en plusieurs fragmenu de marbre dans la cité, et entr'antres dans une frise, le plus

délical ouvrage qu'on saurait voir, portant sa corniche seulement, dans laquelle il y a des masques d'hommes marins, et k côté des dauphins enlacés en la forme d'un double C et accompagnés d'un trident. Celle frise se voit aux Cordeliers en la figure suivante.

On voit aussi un trident en relief, sur une grande pierre qui est à St.-Roch, et en plusieurs autres endroits de la cité qui avaient éi^ réparés par Constance. Cette réparation faite par Constance se confirme encore par la quantité de médailles qui se rencontrent sur les ruines d'Autun, desquelles j'en ai choisi quatre, deux de lui et deux de ses femmes, Hélène et Théodora, lesquelles je n'ai point vues ailleurs. La première , celle de Constance , marque son élection de César par Maximien, avec le partage des Gaules qu'il accepta lors de son adoption à l'empire. La seconde montre son apothéose ou consécration par sa tête voilée et par un temple au revers, lequel les Autunois consacrèreni à sa mémoire, comme à leur bienfaiteur et insigne restaurateur.

Sa mort suspendit ses grands ouvrages : mais son fils Constantin les

conliiiua, décbai^eant les Autunoisde tout tribut et de la capitalion, el leur renouvela leurs aDcJennes franchises et privilèges , au rapport d'Eumëne qui était présent; en reconnaissance de quoi les Autunois donnèrent le nom de Flavia * à leur cité , et firent frapper plusieurs médailles qui représentaient les titres de la réfection et de la seconde restauration d'Autun, procurée par la bienveillance de Constance et de Constantin son fils (u).

' Voir la noie (U).

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