LIVRE TROISIÈME
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De la religion des Edaens, quels Dieux ils ont adorés, el en quels temples
de leur cité?
Comme la religion des Eduens n'a point été différente de celle des autres peuples de la Gaule, je ne puis en parler que je n'aie justifié les Gaulois du reproche qui retombe sur eux, et que Cicéron leur fait en son oraison pour M. Fonteius, lorsqu'il dit qu'il ne faut point ajouter de foi aux Gaulois qui sont éloignés de toute religion ; et pour fortifier cette objection , il ajoute : « croyez-vous que ces nations soient touchées de 1^ religion des serments et de la crainte des dieux immortels dans les témoignages qu'elles rendent ^. Leurs mœurs diflFèrent tellement de celles
* Igitur testibus, judices, non credere.... ab religione reiDotis, non solum potestis, sed etiam debetis.... An veroistas nationes religione jurisjurandi, acmetudeorum immortalium in testimoniis dicendis commoveri arbitramini ? quae tantum a ceterarum gentium more, ac natura dissentiunt, quod ceterae pro religionibus suis bella suscipiunt , istae contra omnium religiones. Dlae in bellisgerendis ab diis immortalibus pacem, ac veniam petunt: istœ cum ipsis diis immortalibus bella gesserunt.
des autres peuples, qu'au lieu d'entreprendre comme eux des guerres pour la religion , elles les entreprennent contre la religion de tous les peuples, et que, où les nations demandent la paix et le pardon aux Dieux , eux au contraire font la guerre aux Dieux. >»
Il faut avouer que le passage est pressant, mais il est facile d'en rabattre l'efifet, si on observe que Cicéron emploie cette exception pour favoriser la cause de Fonteius dont il était avocat, et pour affaiblir les dépositions des Gaulois qui le chargeaient des crimes dont il était accusé. J'opposerai pour cela Cicéron à lui-même, car au i." livre de Divinatione, parlant de Dejotarus. roi des Gaulois en Asie, il rapporte qu'il ne faisait aucune chose sans augures. ^
Justin, au livre xxivrf^ Trogtis, assure aussi que les Gaulois Jexcellent par-<l66sus tous aux augures, parce qu'ils s'y adonnent entièrement.
•Maïs sans rechercher des autorités étrangères, César, qui avait une parfaite connaissance des mœurs des Gaulois, nous apprend au livre vi tju' ils étaient fort superstitieux et adonnés aux religions ^, dont il fournit xune preuve infaillible en disant que les Druides ont l'intendance du cuite des dieux et de la religion , qu'ils font les sacrifices publics et particuliers, et sont les interprètes, comme les maîtres des scrupules de * leur religion'. Si l'accusation de Cicéron était vraie, à quoi bon des Druides, des sacrifices et des scrupules touchant le culte de leurs Dieux? k quelle fin César eût-il remarqué, au livre ii de la Guerre civile, qu'on découvrait , du camp des Romains, dans Marseille , que la jeunesse et les
' Nam quid ego hospitem uostruin, clarissimum atque optimum virum, Dejotarum regem, commemorem? qui nihil unquam nisi auspicato gerit.
-' Natio est omnium Gallorum admodum dedîta religionibus.
^ Ijli (druides) rébus divinis intersunt, sacrificia publica ac privata procurant, religiones interpretanlur. [Guerre des Gaules,]
vieillards, les femmes, les enfants et les gardes mêmes de la ville, ou élevaient leurs mains au ciel de dessus les remparts, ou se transportaient aux temples des Dieux , ou encore , prosternés devant leurs images , leur demandaient la victoire. *
Ils ne sont donc pas sans religion, ainsi que Cicéron Ta voulu insinuer, puisqu'ils demandaient au ciel et aux Dieux la victoire contre leurs ennemis, et qu'ils avaient des temples, lesquels eussent été inutiles, si on n'y eût pas adoré quelque divinité. Bien loin donc d'être sans religion, on les blâme d'y être attachés avec excès. Pomponius Mêla, livre m, prend occasion de les appeler superstitieux , gentes superbœ , super stitiosœ .
Après avoir prouvé que les Gaulois étaient fort religieux , il est facile de conclure que les Eduens, qui étaient les principaux de la Gaule, avaient une religion à laquelle ils s'étaient constamment adonnés.
Les Druides, leurs maîtres, n'avaient point de dieux animaux, Deos animales, puisqu'ils croyaient à l'immortalité, de laquelle il s'ensuit que leur religion n'a pu être autre que la connaissance d'une seule divinité. Je ne trouve point de preuve par écrit de cet allégué ; mais il se collige des preuves muettes qui se rencontrent encore dans leur cité. A l'abbaye de St. -Martin, on voit plusieurs colonnes de marbre blanc, dont chacune était l'image d'un Dieu, pour insinuer l'unité de la divinité. Cela n'est pas sans exemple : à Delphes, Apollon était représenté par une colonne; Besançon et le Mont - d'Or en Auvergne conservent de ces piliers tout d'une pièce, d'une grandeur étonnante et d'une grosseur admirable. 11 est vrai que la corruption s'étant glissée parmi eux , ils adorèrent des Dieux gaulois : Hercule, Mercure, Apollon, Mars, Jupiter et Minerve, au rapport de César. Et outre ces Dieux, comme ils furent les premiers
* Omnis juventus quae in oppido remanserat, omnesque superiores aetatis, cum
Hberis atque uxoribus publicisque custodiis, aut ex muro manus tenderent , aut templa deoram immortalium adirent , et ante simulacra projecli victoriam ab diis exsposcerent.
qui s'associèrent étroitement aux Romains, ils prirent soin que leurs Dieux fussent reçus et révérés dans les temples d'Autun que nous avons décrits ci-dessus, tels que les temples de Diane en l'abbaye de St-Andoche, de Pluton au portail d'Arroux, de Janus au-delà du pont St.-Andoche, et de plusieurs autres dont il est difficile d'indiquer la place; comme par exemple il est constant, par les actes du martyre de saint Symphorien, qu'ils avaient un culte particulier pour Bérécynthe, la mère des Dieux ; la statue de laquelle, portée en pompe, saint Symphorien n'ayant pas voulu adorer , donna sujet à sa passion : — Augustodunensis civitas vanarum numinum ac prœsertim Berecynihiœ , ÀpoUinis et Dianœ cuttui addicta; — à Bérécynthe, à Diane et à Apollon, parce qu'ils président aux sciences et à l'éloquence.
Dans l'étendue de leur domination , combien de lieux ont pris le nom des divinités profanes? Le village de Marmagne, d'un temple de Mars magnus ; Morcou , de la colline dédiée au même Dieu , sous laquelle ce hameau est bâti. — Belin , de Belus , — Vauthiot , de Vallis ThetUatès , — Aisy, de Esus, — Fleury, de Flora y — Sauturne, de Saturne , — Mercurey, de Mercure, — Issy, de la déesse Isis , — Saulieu, du bois consacré au soleil , quasi a soit luco, — Lucenay, de Juno Lucina, — comme Monetoy, de Juno Moneta , et plusieurs autres que je me dispense de rapporter.
Qui doutera de leur religion, lorsqu'il lira le Panégyriste racontant comment, à l'entrée de Constantin dans Autun , ils portèrent en procession les simulacres de leurs Dieux ? Quelle preuve plus grande de leur religion que le témoignage même de César, livre v de la Guerre des Gaules, quand il rapporte parmi les excuses que Dumnorix alléguait à César pour se dispenser de le suivre en Angleterre , qu'il était retenu de faire ce voyage par des appréhensions de religion, ^
* nie omnibus primo precibus petere contendit , ut in Gallia relinqueretur..... quod relîgionibus sese dîceret impediri.
Enfin, quelle marque plus authentique peut-on désirer de leur grande religion que le choix que les Gaulois firent de Julius Vercondaridubius , Eduen, pour grand prêtre du 'temple d'Auguste qu'ils bâtirent par un vœu public et solennel au confluent de la Saône et du Rhône ^. Ce choix doit passer pour un titre de la religion plus épurée et plus excellente des Eduens.
* Ara Caesari Augusto ad confluentem Araris et Rhodani dedicata est , sacerdosque creatus C. Julius Vercondaridubius ^Eduus. [Epitame Titi Livii.]
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Des Dieux que les Eduens araient reçus et de Topinion quils en avaient.
Il a été de la politique des Romains, pour retenir dans la fidélité les peuples qu'ils subjuguaient, d'associer les Dieux de ces peuples et de les introduire dans Rome en leur dressant des temples. Les Eduens qui étaient les plus puissants de la Gaule , frères du peuple romain , se sont conformés et conduits par cette maxime, ayant reçu, outre iflbnnaissance d'un seul Dieu, les Dieux de leurs voisins et de ceux qui étaient en leur clientelle ; et même pour favoriser le dessein qu'ils avaient de la principauté de toute la Gaule, ils admirent les Dieux reçus de tous les Gaulois, comme ils reçurent après ceux des Romains, quoique les mêmes, mais sous des noms différents.
Les Eduens donc, instruits par les Sénonais, leurs clients, de la puissance d'Apollon qui avait défait ces Gaulois par lesToudres et les flèches, lorsqu'ils furent piller le temple de ce Dieu en la ville de Delphes, sous la conduite de Brennus, l'adorèrent sous le nom de Belenus. Le village de Belin, peu distant d' Autun, en est une preuve certaine , puisqu'il a pris son nom de ce Dieu qui s'appelait en leur langue Belin. Hérodian, livre vni de son Histoire in Maximinis, raconte que ceux d'Aquilée étant assiégés par Maximin, et le peuple consentant à se rendre à lui sur les discours de ses ambassadeurs , il en fut empêché par Ménophile, qui les assura que le Dieu Belin ^ avait promis par les auspices
* BeXtv hi xaXoofft toOtov, ÀiroXXwva slvai êÔéXovTeç. Belin vocant, ApoUiûem interprétantes.
la défaite de Maximin. Julius Capitolinus, qui décrit la même histoire . l'appelle Deum Belenum, ajoutant ^que les soldats de Maximin disaient qu'Apollon avait combattu contre eux.
En la maison de ville de Clermont se voit une pierre de forme ovalique, creusée comme une auge, qui avait servi de cercueil à la femme de Titus Labiénus, lieutenant de César, à Tune des faces de laquelle se lisent les fragments de cette inscription :
VL PAVLLIN