‹ Histoire de l'antique cité d'AutunChapitre 34 sur 43 · T. I. ALLIA. T. LA · texte numérisé non relu

T. I. ALLIA. T. LA

BIENL VXOR BELLENO- DD.

Dans Gruter, il y a plusieurs inscriptions APOLLINI BELLENO, et Ausone, en ses Professeurs de Bordeaux, car. 4, justifie qu'Apollon, sous le nom de Betenus, était adoré en la Gaule transalpine, lorsque parlant d'Attius Patera le père , il écrit :

.... Beleni sacratum duds e templo geniis, Et inde vobis nomîna :

Tibi Paterae (sic ministros nuncupant , ApoUinaris mystici )

Et au car. 10. Phœbicius Beleni œdituus. Tellement qu'il parait par ces passages qu'Apollon, désigné par Belenus, était révéré d'un culte particulier des Eduens.

Je suis d'avis, avec plusieurs autres doctes personnages, que ce Dieu a été adoré dans les Gaules sous le nom A'ÀbelliO:, quoique Joseph Scaliger, en ses leçons sur Ausone, livre i, chap. 9, semble en faire un Dieu séparé et distinct, quand, après avoir dit que Belenus est Apollon , il ajoute : Alios Deos Galli prœter Hesum et Taranem Lucani habebant, nempe

Abellionem et Onuavam, vu que js'il eût cru Abellio signifier le môme . qu* Apollon, il l'aurait mis infaillibkment à la suite de Belenus; car, outre les trois inscriptions rapportées par Gruter, page 37, n/' 5, 6, 7, qui se trouvaient — in convenis Novem Populoniœ DEO ABELLIONI, qui montrent que c'était ôeo; èiriKouptoç , un dieu du pays; je me fonde sur le passage d'Hesichius qui porte ÀêiXtov viXiov KpviTe; , Abelion solem Crêtes, Et comme plusieurs mots de la langue grecque avaient été reçus dans Tusage de la langue gauloise , je me persuade que le nom de ce Dieu avait été emprunté des Grecs , vu même que les Druides, qui étaient les intendants souverains des choses sacrées, savants en grec, et lesquels, au dire de César, — in publiais , privatisque rationibus grœcis litteris utebantur^ — usurpaient volontiers les noms des Dieux grecs pour les rendre plus vénérables aux peuples, puisqu'ils leur étaient inconnus.

Quant à Onuava^ je n'en ai rien trouvé que l'allégation de Scaliger. S'il est pourtant permis d'user de conjectures, je me dis que ce mot Onuava est corrompu de Diva Jana, qu'on appelle Diafia par sincQpe, comme il se reconnaît in carminé Saliari apud Varronem, de Ungna latina. Or, il n'y a point de doute que les Gaulois n'aient beaucoup vénéré Diane. Plutarque en est un témoin authentique au livre des Vertus des Femmes, auquel il assure que les Gaulois ont pour elle une vénération singulière. Si ce n'est qu'on veuille avancer qu'ils adoraient conjointement Jbelio et Onuava, pour Apollon et Minerve, comme les divinités des arts et des sciences, à quoi ils étaient extraordinairement adonnés. M. Bochard, en sa Géographie sacrée, partie u, de Coloniis , croit avec les doctes que Onuava est Minerve, mot formé de ôyxa, qui signifie Minerve chez les Phéniciens, suivant Euphorion apud Stephanum, ou de Oyxa, mot dont on usait à Thèbes pour désigner cette Déesse, dont on a dérivé Onua et Onuava par la transmutation du g et de Vu.

Mercure, sous le nom de Theutatès, est celui des Dieux auquel les Eduens recouraient plus souvent. La multiplicité des statues de ce Dieu.

qu'on trouve tous les jours à Autun, en fait foi; car, outre celles que j'ai représentées au i." livre, Il y en a\jtit deux au cabinet de feu M. l'abbé Jeannin, dont la première est en pied, la figure nue, excepté l'épaule, et le bras gauche couvert d'une manteline, le pouce et l'index ouverte et étendus, les trois autres doigts plies dans la main , la tête couronnée de laurier et la main droite chargée d'une bourse pendante. La seconde statue est un Mercure assis et appuyé de la main gauche sur une pierre, présentant de la main droite et le bras étendu une bourse pleine. Je ne puis laisser échapper à cet endroit une inscription antique qu'on lil sur un marbre qui est en une chapelle du village de Villey-sur-Tille. aux environs de Dijon, dédiée à présent à saint Hermès, et qui fait voir que Mercure était singulièrement vénéré dans le pays des Eduens. Je la communique volontiers au public, non-seulement parce qu'elle est curieuse, mais pour témoigner ma gratitude k M. Nicaise, chanoine -À ta Sainte-Chapelle de Dijon, antiquaire et qui a quantité de belles connaissances dans les lettres. Voici la copie exacte qu'il m'a envoyée :

MERCVRIO ET MINERVE

ARNALI^ NVMINIBVS AVGVSTORVM

SACRVM

CNEIVS LUCEIVS MARCELLINVS

DECVRIO V. S. L. M.

Mme l'abbesse de St.-Andoche conserve une bague antique telle que les chevaliers romains les portaient, au chaton de laquelle estenchâssée une pierre précieuse, dont la gravure représente un Mercure assis sur un tronc de colonne, le caducée à la main gauche et la bourse à la droite, dont voici la représentation.

Que Theutatès soit Mercure , personne n'en doit douter après le consentement de tous les écrivains ej l'induction qu'on tire de Tite-Live, déc. m, I. VI, où il dit que Scipion^ au siège de Carthage la neuve, trouva un tombeau qu'on disait être de Mercure Theutatès; et, chez les Eduens, il y avait un lieu qui lui était consacré et qui a retenu encore aujourd'hui celui de Vauthiot, comme si l'on disait la vallée de Theutatès. De même que Aisy a pris son nom de Hesus qui était Mars; et la rivière de Tarrenet et le village de ce nom (Tavernay) ^, du temple de Jupiter bâti en ces lieux et adoré sous le nom de Taranis, où se voient encore les fondements d'une vieille muraille carrée qui montrent les ruines de ce temple. L'opinion qu'ils avaient de ces Dieux, est que Mars présidait aux guerres, que Jupiter gouvernait les foudres, les tonnerres, les vents, les pluies et les fruits de la terre, de même que Mercure favorisait le commerce et Apollon les sciences.

' 11 est certain, par des titres d'au moins cinq cents ans, que cette rivière s'appelait le Tamirt. Dans une charte de 4547, on lit Taranaim, Mabillon, Itiner. Burgtmd. p. iS, affirme que le ruisseau coulant entre Autun et le monastère de St.-Martin s'appelait le Tareneu Nous ferons observer ici que l'arbre principal d'un vaisseau s'appelle en hébreu TRN ; on traduit ce mot par Frêne. A Autun , la rue du Frêne conduit à Montjeu (Mona-Jovis). Sur le monument trouvé à Notre-Dame de Paris, Esu$ est représenté comme un bûcheron coupant un arbre (en hébreu, AES signifie le signe du travail manubritmi). Lés dendrophores Eduens de Forum Segusianorum honoraient ce dieu sous le nom de Mars sylvanus. Nous pensons que TARAN représente le principe de la puissance souveraine symbolisé par un arbre, et ESUS le principe électif représenté par une hache. Mercure ou Theutatès , d'après le monument de Chalon , serait le principe moyen qui combine ces deux forces. Les faits cités ci-dessous viennent à l'appui de ceci. Sur la colonne de Cussy, Hercule ou Mars est opposé à Taran ou Jupiter. L'un porte la haste longue et l'autre la bourde. L'un a le pied sur une boule, figure de la puissance sur le monde , l'autre porte la peau du lion , signe d'association , de partage de la propriété territoriale et d'initiation partielle aux mystères.

(do^a^^^^s mi

Du calle de leurs Dieux et des principaux points de leur religion.

11 est difficile de particulariser le culte des Eduens envers leurs Dieux, n'y ayant point d'auteurs qui en aient parlé en détail. Mais il est vrai , néanmoins, que depuis qu'ils en eurent reçu plusieurs, s'étant départis de leurs premiers instituts, ils admrrent aussi les rites qu'on observ^ait à l'égard des Dieux de ceux dont ils les avaient empruntés. Entre ces rites, on peut discourir de ceux qui se faisaient à Mercure et à Mars, car, comme remarque César, livre vi, les Gaulois révéraient principalement Mercure, parce qu'il est l'inventeur des arts et qu'il contribue entièrement au gain et au trafic. Ils le croyaient le guide des chemins et des voyages heureux. C'est pourquoi je me persuade que les Eduens, comme tous les autres Gaulois, le respectaient sous les amas de pierres qu'ils lui dressaient par les champs, qui sont appelés Mercurim, et que les gloses expliquent — Concertes lapidum Mercurio dicata , — ou sous ces statues appelées Hermœ^ qui se plaçaient aux chemins fourchus, ainsi qu'on peut conjecturer de l'inscription suivante, qui se lit sur un piédestal de pierre qui est au jardin de M. le conseiller de la Mare l'aîné, à Couternon, et trouvé près de Dijon, à la tête du chemin pavé qui conduit de Chalon à Langres :

DEO MERCVRIO D.

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